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Tribune – Présidentielle 2017, les Chrétiens ont-ils quelque chose à apporter ?

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Ce texte de Pierre de Lauzun est de 2010. Il garde hélas toute sa valeur en 2016, après un quinquennat perdu.

Au-delà des perspectives politiques immédiates, ce qui frappe dans la classe politique en général et en premier lieu chez le président est l’absence d’analyse structurelle de la société et des causes profondes de déséquilibre, d’où résulte l’incapacité à définir un projet réellement mobilisateur.

Lire l’analyse sur le blog de Pierre de Lauzun

Suivent ds pistes de réflexion.

Le rôle des chrétiens

Tout ceci interpelle directement le chrétien. Ce qu’il a devant ses yeux est une communauté manquant de boussole et de repères essentiels. Il a, lui, des éléments à proposer. Notons parmi les points ici pertinents de la Doctrine sociale la solidarité, si du moins elle est combinée avec la subsidiarité, et l’importance des communautés naturelles, notamment la famille et la nation, si bien soulignée par Jean-Paul II. Ce qui donne potentiellement aux chrétiens les moyens non pas tant de créer un parti qui leur soit propre, mais sûrement une pensée propre. Il y a là largement de quoi non seulement proposer des pistes, mais aussi peser sur les évolutions.

Mais comme on l’a vu c’est sur les données fondamentales qu’il faut en dernière analyse agir, sur les ressorts premiers et essentiels de l’agir humain collectif. Ce qui implique une reconstruction politique. Et un point essentiel ici est qu’une telle reconstruction ne peut se faire qu’à partir de la base et non par en-haut. Au fond, au départ c’est chaque personne qui doit progressivement être transformée. Car en dernière analyse tout commence par la conversion. Puis de proche en proche ses domaines d’action. Nous donnerons ici un premier exemple proche, à la base, celui des écoles indépendantes, dont chaque création est aussi un acte politique de conquête d’un territoire d’autonomie, échappant à l’idéologie de la rue de Grenelle. Puis sur un plan bien plus large, historique, un deuxième exemple, celui de l’Empire romain : le fait est que l’action lente des chrétiens a mis plusieurs siècles pour aboutir à une société véritablement différente, renouvelée dans ses bases ; et cela n’a véritablement débouché qu’au Moyen Age. Entre-temps on avait cultivé l’illusion, récurrence dans l’histoire de l’action chrétienne en politique, du démiurge ou du grand bâtisseur qui reconstruit depuis le haut : or ce fut l’échec, avec le Bas-Empire puis Byzance, échec qui contraste avec le formidable succès de la reconstruction médiévale. Ce serait naturellement bien plus rapide aujourd’hui ; mais la logique reste la même.

Faut-il pour autant négliger la vie politique ? Bien sûr que non. Nos dirigeants ne sont sûrement pas en état de faire le genre de synthèse dont on aurait besoin ; mais ils sont sensibles au poids qu’on peut avoir dans l’opinion. Raison de plus pour agir, non pas nécessairement contre, mais au moins en partie en dehors. Un homme comme l’actuel président est par exemple un synthétiseur d’effets assez immédiats, sans grand dessein global ; mais il est pragmatique ; il a appris certaines choses. D’autres sur l’échiquier politique, de bords divers, peuvent être eux aussi sensibles à certaines priorités si elles sont exprimées avec suffisamment de force ou de poids. C’est là aussi pragmatiquement qu’il faut jouer, sur les uns ou les autres, sans se commettre, ni rejeter.

Sur la base d’une intervention le 17 novembre 2010 à l’espace Bernanos ; réunion organisée par la Fondation de service politique

Pierre de Lauzun

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