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Les hommes de l’éternel

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Il y a des saisons pour la sagesse. Socrate, Platon et Aristote ne sont pas nés à n’importe quel moment, ni n’importe où. Saint Thomas d’Aquin, après saint Augustin, n’émerge pas dans n’importe quel siècle. Pascal, aux dons si multiples, au génie si étendu, vient en son temps, qui est celui d’une crise religieuse et de progrès techniques.

Thibon fut l’un des sages du XXe siècle. Nous le savions en le lisant alors ; nous en étions persuadés en l’écoutant. Sa disparition aux yeux des hommes en 2001 nous a laissés un peu plus seuls que d’ordinaire. Et puis le temps a cru gagner la partie, en effaçant de la mémoire des hommes les seules choses véritables qui comptent. Espoir vain !

Il y a de nouveau des fleurs aux arbres en attendant que les fruits naissent. Nous sommes en pleine saison Thibon. Après la publication du Dossier H, si admirablement dirigé par Philippe Barthelet, François Chauvin vient de faire paraître aux éditions Mame des conférences inédites données par Gustave Thibon entre 1940 et 1985 (Les Hommes de l’éternel, Mame, 298 pages, 21 € ).

L’aspect inédit est comme souvent en matière d’édition un peu exagéré. Par exemple, la conférence intitulée « L’information contre la culture », qui fut prononcée notamment au Congrès de Lausanne en 1965, a déjà été publiée dans les actes de ce congrès. Mais ceci, au fond, n’est que de la cuisine éditoriale. Plus important est le fait que nous retrouvons ici vingt conférences de Thibon, lesquelles sont autant de sujets actuels de réflexion et de méditation.

Lire Thibon, en effet, ne consiste pas seulement à se souvenir du passé – il avait en horreur la nostalgie – ou, à cultiver, pour soi, comme un petit jardin égoïste, le contact avec un philosophe particulièrement marquant. Non, lire Thibon, c’est accepter de prendre le risque de penser et de réfléchir, puis de tracer sa propre route, en dehors des sentiers battus, des idées toutes faites, des certitudes médiatiques, des considérations mondaines. François Chauvin a amplement raison de citer ce mot de Thibon : « Je ne veux pas vous amener à penser dans le même sens que moi, mais à penser vous-mêmes, dans votre propre sens. »

C’est, au fond, le pari de ce livre. Qu’il aborde les questions touchant à la « civilisation » moderne, les problèmes de la transmission, l’ambivalence du progrès ou encore la destinée de l’homme, il n’y a pas un seul moment où cette sagesse en acte ne laisse notre propre intelligence et même tout notre être dans le repos tranquille de celui qui est gavé de télévision et de pop-corn. Thibon, aujourd’hui encore, c’est un réveil pour l’intelligence. Il est plus que temps de le faire sonner. Et, fort !

 

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