2009-9-22-ventura-inline_1_730_273

Épiscopat français : la stratégie du nonce Ventura

Download PDF

Riposte Catholique examine avec soin la configuration de l’épiscopat français sous le nonce apostolique Luigi Ventura, et salue le signe favorable de la toute dernière nomination, celle de de Mgr Georges Colomb, le 9 mars 2015, au siège sinistré de La Rochelle.

Lors de la nomination du nonce Ventura, le 22 septembre 2009, nous avions remarqué que Benoît XVI donnait à la France son meilleur nonce. Nous avions souligné que Luigi Ventura était d’une étoffe et d’une “ligne” qui lui eût permis (et lui permettra peut-être, lorsque cette ligne redeviendra dominante) d’accéder au plus haut dans la Secrétairerie d’État.

À l’origine, secrétaire du cardinal Casaroli, il avait percé comme membre du personnel diplomatique sous Sodano, et passait pour être devenu un pur ratzinguérien. Nonce au Canada en 2001, il facilita l’ascension de Marc Ouellet, à l’archevêché de Québec, qui devint cardinal, puis Préfet de la Congrégation des évêques. En France, il a trouvé le cardinal Barbarin, archevêque de Lyon, très proche du cardinal Ouellet (tous deux sont des disciples de H. U. Von Balthasar). Ce treppiede Ouellet/Ventura/Barbarin, selon une expression bien romaine, ce trépied, explique bien des nominations françaises.

Nous n’avions pas tardé à noter que les premières nominations de Luigi Ventura étaient en demi-teinte. La suite a montré qu’une inflexion se dessinait, très prudemment, dans un sens plus “identitaire”, ma non troppo, le bilan que nous pouvions dresser l’an passé le confirmant le nonce composant ses terna (les trois noms qui sont envoyés à la Congrégation des évêques avant chaque nomination), en jouant entre les diverses influences présentes à la Conférence des évêques : le cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris et membre de la Congrégation des évêques ; le cardinal Barbarin, dans une direction assez similaire ; Mgr Le Gall, archevêque de Toulouse, faisant quant à lui entendre la voix des “sans voix” ; enfin l’influence conciliaire avec Mgr Pontier, archevêque de Marseille, président de la Conférence, Mgr Simon, archevêque de Clermont-Ferrand, aujourd’hui démissionnaire, Mgr Bouilleret, archevêque de Besançon.

Sous la direction de Mgr Ventura, une grosse quarantaine de nominations et de transferts ont ainsi été opérés, soit déjà près de la moitié de l’épiscopat français. Parmi eux, plus de 50 % des nommés ou transférés peuvent être considérés comme “classiques”, mais à des degrés divers (Ravel, Carré, Habert, Legrez, Wintzer, Roland, Nahmias), et même très classiques (Metz-Noblat, Touvet, Nault), voire, toutes choses égales, identitaires (Brouwet, Camiade, Macaire). En 2016-2017, devront être pourvus les sièges de Clermont-Ferrand, Saint-Dié, Saint-Étienne, Gap-Embrun et Strasbourg (sans parler des évêques auxiliaires : sans doute à Lyon, à Bordeaux, à Lille, à Paris).

Il restera à régler dans les deux ans à venir l’épineuse question du remplacement du cardinal Vingt-Trois. L’establishment bergoglien, comme on nomme à Rome les proches du Pape, avance le nom d’un jésuite français, le P. François-Xavier Dumortier, qui vient d’être déchargé de ses fonctions de l’Université grégorienne. Nul doute que l’entourage du cardinal de Paris fera tout pour empêcher cette nomination.

Les récentes nominations épiscopales de 2015-2016 soulignent une tendance, sensible bien que très précautionneuse : celle de Georges Colomb, supérieur des Missions étrangère de Paris, qui a l’étoffe d’un patron et a relevé le niveau des vocations des MEP, très proche du cardinal Barbarin, mais auquel est donné un diocèse que son prédécesseur, Mgr Housset, a rendu comateux ; celle de Mgr Touvet, à Chalons, beau-frère du général Pierre de Villiers chef d’état-major général des armées, qui a lui aussi de l’avenir ; celle Mgr Macaire, à Fort-de-France, il y a un an, qui est une grande pointure intellectuelle et pastorale. L’avenir dira si Mgr Camiade, à Cahors, a le courage de ses convictions.

Cette politique de nominations va, comme on dit, dans le bon sens, mais reste extrêmement prudente, on se gardera de dire pusillanime. Et puis, l’atmosphère générale – l’effet François – étant ce qu’elle est, il y a toujours “du déchet”. Qu’on nous permette de répéter un propos entendu dans les hautes sphères ecclésiastiques françaises : « Le malheur est un certain nombre des “bons évêques” que l’on nomme rejoignent la cohorte de ceux qui préfèrent les petits fours aux gros emmerdements ».

Il est clair, cependant, que cette politique de nominations est un pari sur l’avenir, qui anticipe ce que pourraient être les futures évolutions romaines à moyen terme, et de toute façon à long terme. Verra-t-on, selon notre souhait inlassable pour un nouveau catholicisme français qui se dessine, non seulement ces “nouveaux prêtres” aujourd’hui plus nombreux, mais aussi de “nouveaux évêques” de même profil ?

1 comment

  1. von von

    Merci de nous donner enfin les noms des évêques et leurs orientations classiques ou + ou – classiques.
    La place du nonce est très important.
    Quand celui-ci va-t-il partir ?

    Le Père Dumortier comme remplaçant de mgr Vingt-Trois serait une catastrophe, à mon avis., en tous cas !
    On a déjà un Pape jésuite … bien que tous les jésuites ne soient pas dans la ligne du pape actuel

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *