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La pratique du pélerinage est inscrite dans notre foi par Mgr Delannoy

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Le pèlerinage est une pratique très ancienne. Quand on lit la Bible, dans l’Ancien Testament, que l’on appelle aujourd’hui aussi la première Alliance, on parle déjà de pèlerinage. Le peuple de Dieu aimait se rendre à Jérusalem, au temple de Jérusalem. Car ce temple est le signe par excellence de la présence du Seigneur au milieu de son peuple. Et dans les jours qui précèdent la fête de Pâques, la Pâque chrétienne, nous lisons ce récit dans l’Evangile où il nous est dit que Jésus se rend à Jérusalem, où il y avait beaucoup de monde car la Pâque juive allait approcher. A l’approche de la Pâque juive, beaucoup de juifs venus d’Israël ou d’autres pays se rendaient à Jérusalem.

 

Le pèlerinage est donc une pratique très ancienne. Et c’est une pratique qui va se développer très rapidement dans l’Eglise. Dès les premiers siècles, on prendra l’habitude de se déplacer où sont enterrés les martyrs et les saints. Le meilleur exemple que je puisse vous donner : saint Denis. Pour venir prier saint Denis, on se mettra en route, parfois de fort loin, afin de demander à saint Denis d’intercéder pour nous, pour nos familles et pour le pèlerin lui-même.

 

Très vite aussi la pratique du pèlerinage se rependra dans des grands lieux de la chrétienté : Rome et Jérusalem, pour ne citer que ces deux lieux ; et puis bien sûr, la pratique du pèlerinage a été marquée par des apparitions. Pensez à Lourdes et à d’autres lieux où la Vierge est apparue. Je pense que, parmi vous, il y a des frères et sœurs originaires du Portugal. Fatima est aussi un lieu de pèlerinage. Vraiment, la pratique du pèlerinage est inscrite dans notre foi depuis des siècles et des siècles. Cette pratique a peut-être été un peu oubliée pendant quelques années, mais aujourd’hui elle revient en force. Vous entendez peut-être parler chaque année de ces dizaines de milliers d’hommes et de femmes qui prennent la route de Saint-Jacques de Compostelle. Alors que ce pèlerinage était tombé en désuétude, dans les années 70 et au début des années 80. Tout cela nous rappelle qu’on peut vivre le pèlerinage seul ou en groupe. Chacun d’entre vous peut aller s’acheter un sandwich et prendre la route de Saint-Jacques de Compostelle dès maintenant. Rien ne l’empêche, et vous arriverez au printemps pour le passage des Pyrénées. On peut le faire seul ou en groupe… nous choisissons de le faire en groupe.

 

Si on choisit de le faire en groupe, ce n’est pas pour le vivre chacun dans notre coin. C’est une évidence et un point important. Pourquoi le pèlerinage est-il tellement important dans la vie chrétienne. Tout d’abord, je crois que le pèlerinage est un moment de grâce parce qu’il nous fait quitter notre lieu habituel et nos habitudes. Et en quittant le lieu qui nous est familier et en quittant nos habitudes dans le même mouvement, on se rend davantage disponible à ce que Dieu souhaite nous dire. On se débarrasse, en quelque sorte, de nos préoccupations immédiates, quotidiennes pour se rendre totalement disponible à ce que Dieu souhaite nous dire. Entrer en pèlerinage, c’est s’exposer à la nouveauté, à la surprise, à l’étonnement.

Avant de partir en pèlerinage, on ne sait jamais ce qui se passera, le moment qui nous marquera le plus. Cela, ce sera l’histoire de chacun, et peut-être même le secret de chacun. Mais une chose est certaine : on ne revient pas d’un pèlerinage de la même manière que l’on est parti. On y revient transformé.

 

Partir en pèlerinage, c’est quitter le monde de nos certitudes. Plus on est âgé, plus on a de certitudes, et plus il est difficile paraît-il de les remettre en question. Partir en pèlerinage, c’est remettre en cause les certitudes qui peuvent nous habiter pour se rendre vulnérable ou perméable à notre Dieu. C’est vraiment manifester par ce départ que l’on est en quête de Dieu, que l’on est à la recherche de Dieu. J’ai beau avoir 40, 50 ou 90 ans, je n’ai jamais fini de connaître Dieu. Durant toute ma vie, je suis invité à rechercher Dieu, à mieux le connaître. Partir en pèlerinage en groupe, c’est rejoindre des hommes, des femmes, des enfants, qui comme moi, ont choisi de prendre la route et que je ne connais pas. Dès le départ, laissons-nous inviter par cette vérité toute simple : le frère que je ne connais pas peut être pour moi chemin vers Dieu. Cela aussi, c’est une clé pour bien vivre un pèlerinage en groupe. Se souvenir que le frère qui part avec moi est aussi chemin vers Dieu. Et si par hasard, le frère ou la sœur que vous avez à côté de vous vous énerve, vous vous souviendrez des œuvres de miséricorde spirituelles, rappelées par le pape François qui nous dit qu’une œuvre de miséricorde, c’est de supporter avec amour celui ou celle qui nous énerve et nous agace terriblement. Et souvenez-vous que dans le cœur et la volonté de Dieu même celui qui nous énerve peut être chemin vers Dieu pour nous. Donc surtout, durant ce pèlerinage, ne dressons pas des écrans opaques et infranchissables entre nous, ayons le souci de vivre l’unité et la communion.

 

Autrefois, on faisait déjà des pèlerinages, et ces pèlerinages au Moyen-Âge était souvent pour expier une faute. Les gens allaient voir leur confesseur, disaient leurs péchés, et le confesseur disait : « Je vous pardonne, mais en signe de votre désir de vous convertir, vous allez partir à Saint-Jacques de Compostelle, ou à Tours prier sur la tombe de saint Martin. La pénitence, souvent au Moyen-Âge prenait la forme d’un pèlerinage, ce qui n’était pas rien à cette époque. Car on partait sans être sûr de revenir. Une première raison de partir en pèlerinage était vraiment de vouloir aller jusqu’au bout de cette démarche de réconciliation, de pardon, en le faisant en quelque sorte pour expier son péché. L’autre raison était aussi de vouloir recevoir la grâce de la conversion à l’écoute de Dieu. Une autre raison était bien sûr de se tourner vers Dieu pour lui demander quel était le chemin à suivre, lui demander ce qu’il attend de moi.

Deux grandes raisons de partir en pèlerinage : un désir de conversion et un désir de rendre grâce et de demander à Dieu ce qu’il attend de moi.

(…)

Donc je souhaite que nous allions à Rome pour vivre cette double dynamique : une dynamique d’action de grâce et une dynamique d’intercession et de prière. Qu’est-ce que tu attends de nous, Seigneur ? Et bien sûr, durant ce pèlerinage, nous porterons car vous êtes délégués pour cela, car vous ne venez pas seulement en votre nom personnel, vous venez porteur de votre paroisse, votre mouvement, de ce monde qui nous entoure, pour prier à toutes nos intentions. Et il sera important que chaque jour puisse émerger de chacun d’entre nous les prières que nous avons le souhait de confier au Seigneur, à notre Dieu. Voilà la première raison pour laquelle j’ai souhaité que nous faisions un pèlerinage diocésain : rendre grâce et nous tourner vers Dieu ensemble pour lui demander qu’est-ce qu’il attend de nous dans les années à venir.

 

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