Pope Francis addresses Mexico's bishops in the cathedral in Mexico City Feb. 13. (CNS photo/Paul Haring) See POPE-MEXICO-BISHOPS Feb. 13, 2016.

Les évêques mexicains blessés par le pape

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Le voyage apostolique du pape François au Mexique, du 12 au 17 février, a mobilisé d’innombrables foules de fidèles qui ont manifesté un grand enthousiasme. Un enthousiasme, toutefois, qui ne semble pas avoir été entièrement partagé par l’épiscopat mexicain… En effet, lors de sa rencontre avec les évêques en la cathédrale de Mexico, le samedi 13 février, le pape François les a admonestés : « Veillez à ce que vos regards ne soient pas obscurcis par les pénombres du brouillard de la mondanité ; ne vous laissez pas corrompre par le matérialisme trivial ni par les illusions séductrices des accords [conclus] en dessous de la table […] Ne perdez donc pas du temps et des énergies dans les choses secondaires, dans les commérages et les intrigues, dans les vains projets de carrière, dans les plans vides d’hégémonies, dans les clubs stériles d’intérêts ou de coteries. Ne vous laissez pas entraîner par les rumeurs et les médisances […] Je vous prie de ne pas tomber dans la paralysie de donner de vieilles réponses aux questions nouvelles […] je laisse à chacun de vous le soin de faire la liste des distances qui peuvent exister en cette Conférence épiscopale ; je ne les connais pas, mais surmonter la tentation de la distance – et du cléricalisme, de la froideur et de l’indifférence, du triomphalisme et de l’autoréférentialité […] Nous n’avons pas besoin de “princes”, mais plutôt d’une communauté de témoins du Seigneur ».

Remarque. La version française du discours, telle qu’on peut la lire sur le site officiel du Saint-Siège, traduit la dernière phrase citée par « Les “principes” ne sont pas nécessaires, mais une communauté de témoins du Seigneur l’est ». Dire que « les “principes” ne sont pas nécessaires », ne veut strictement… rien dire. La version espagnole, dans laquelle le pape s’est exprimé, dit : « No se necesitan “pr[í]ncipes”, sino una comunidad de testigos del Señor ». Príncipe, en espagnol c’est prince ; mais le principe c’est principio… La version française est donc fautive, ce qui est très souvent le cas dans les textes du Saint-Siège sur Internet.

C’est le fait de se voir qualifié de « princes » qui a blessé les évêques mexicains. Leur sentiment général a été exprimé d’une manière assez peu usuelle et encore moins diplomatique, dans un éditorial du 6 mars dernier de Desde la Fe, l’hebdomadaire officiel de l’archidiocèse de Mexico. On peut y lire : « Les évêques mexicains ont toujours accompagné le peuple souffrant et opprimé, consacrant leurs vies aux autres et ne vivant pas comme des “princes” […] Qui tente de saper le travail des évêques mexicains ? Est-ce que les mots improvisés du Saint-Père furent le résultat d’un mauvais conseil de quelqu’un de son entourage ? ». On ne pense pas que le pape se soit éloigné du discours écrit en s’adressant aux évêques mexicains, puisque la phrase incriminée figure expressément dans toutes les versions du discours dont nous disposons… Certains pensent que la réponse de l’épiscopat mexicain n’est pas convenable. D’autres que ce sont le propos du pape qui ne le furent pas. Allez savoir…

16 comments

  1. Rascol

    Le langage de François est très modéré par rapport à celui de Saint Paul: « Ô Galates stupides… ». Quant aux « princes » de l’Eglise…La tentation est toujours présente: je me souviens d’une photo, pas si lointaine, du cardinal Franc Rodé en « capa magna » de 5 mètres de long ou des goûts liturgiques pompeux du cardinal Burke. Si les évêques mexicains vivent tous comme Don Helder Camara , Mgr Samuel Ruiz ou François lui-même, ils n’ont aucune raison de se sentir visés.

    • Denis F

      Rascol, on a reproché aussi à notre dernier malheureux Roi ASSASSINE ses dorures et les apparences!
      Et on a vu le résultat!
      Un VIDE IMMENSE et la décadence généralisée, depuis…
      (Des parallèles pourraient être établis).
      La magnificence de l’Habit, dans l’ancien « culte », n’avait pas d’autre but que glorifier et magnifier DIEU!
      Selon vous, alors, l’habit fait bien le moine???
      Et retournons aux catacombes, pour célébrer librement, SIMPLEMENT, sans êtres vus, entendus…
      Pourvu qu’en écoutant des poissons roses ou des ives comme vous, on n’ait pas un vatican III, comme les ripoubliques qui se « réforment » successivement pour se survivre à OUTRANCE!

  2. Denis F

    Je ne doute pas qu’un Evêque ou un Cardinal ait une vie plus « facile » que le commun des mortels, et pas seulement au Mexique…
    Mais qu’il vienne donc dire cela en France, ou dans les pays qui furent riches, ce Pape!!!
    Même si je comprends le sens habituel de ces propos, et le fond de la pensée (Mais en totale contradiction avec la collusion générale de l’Eglise avec le monde (???)), c’est quand même une certaine marque d’ignorance et de mépris…

  3. babacool

    oui, j’aimerai bien qu’il remonte les bretelles à un certain nombre de nos épiscopes qui se conduisent comme des roitelets et essayent de faire gober leur théologie et leur façon de penser à quatre sous!

  4. Si les evêques se sentent « blessés », c’est sans doute parce qu’ils entrent dans une des catégories citées par le pape. Ils sont donc invités à un examen de conscience, par un pape qui connaît bien les fragilités humaines et cherche à faire grandir l’Eglise. Il serait plus facile pour lui de bénir tout le monde, mais c’est un homme vaillant et clairvoyant, qui monte en ligne pour prendre les coups.

    • berjan

      d’accord;le pape François sait de quoi il parle et il est courant de beaucoup d’attitudes ou d’habitudes prisent chez ses ouailles …Cela est de l’éducation de dire non quand il faut et non amen …

  5. rosme

    Je trouve que des propos publics tels que cités ci-dessus sont insultants. On parlerait ainsi à des collégiens ou à des ados pour leur apprendre à vivre, passe encore, mais pas à des chefs et en plus, pas devant leurs ouailles.
    On « n’engueule » pas en public de dignes prélats en disant des généralités. C’est humiliant et cela ne corrige rien du tout. Même en confession, on nous apprend à nous accuser de choses précises, non de généralités.

  6. Bora

    Pourquoi se blesser des propos du pape François,a t il nommé quelqu’un en particulier?Le pape n’a insulté personne ,il exhorte les évêques comment vivre en tant que prêtres à la tête d’une communauté ecclésiale.
    Je ne vois pas pourquoi se vexer ce sont les enseignements même du Christ.J’ai lu dans son autobiographie que quand on l’avait nommé évêque en remplacement de son prédécesseur décédé on a appelé un couturier pour lui faire des habits d’évêque il avait refusé en disant qu’on lui ajuste les habits de son prédécesseur,qu il n’avait pas besoin des habits neufs.N’est ce pas un bon exemple de quelqu’un avec un esprit de pauvreté?

  7. Françoise

    Le Pape avait il une raison spécifique et fondée pour blesser à ce point l’épiscopat précisément mexicain ? Dans ce pays gangréné par la drogue, les enlèvements, disparitions, assassinats et paradoxalement ultra-catholique, la tâche est dure pour l’Eglise. On aimerait en savoir plus.

  8. Les propos du pape sont à comprendre dans le contexte de la vie au quotidien que mènent les Mexicains: violence, luxure, richesse douteuse, drogue, mort gratuite, prise d’otage, enlèvement, impunité…C’est pourquoi le pape encourage ses frères dans l’épiscopat pour qu’ils soient au-dessus de la mêlée par leur bon témoignage de vie; il les a appelés à ne pas trahir la crédibilité de l’épiscopat et la dignité sacerdotale ainsi que l’honneur de l’Eglise; il n’y a rien d’insultant pour ceux qui connaissent le contexte dans lequel vivent les Mexicains.

  9. jpm

    Que c’est triste ! Jeter le discrédit publiquement sur un épiscopat ! Cela fait partie depuis longtemps de la gesticulation contre les autorités après les cardinaux, les évêques et tout ce qui touche à l’Institution, source de tous les maux. Au Mexique quelques rares évêques sont des révolutionnaires déclarés qui méprisent toutes lois et doctrine catholiques. A ceux-là on ne dit rien !
    La pauvreté ostentatoire n’est pas un signe de sainteté !

    • Denis F

      Si on en croit Rascol, si, la pauvreté signifie sainteté!
      Et l’apparat est ostentatoire, alors même que les calices ne sont plus en or!!!
      Ou volés, car pas défendus!!!
      Pourvu qu’on nivelle, qu’on relativise, qu’on réduise à portion congrue, puis qu’on éradique purement et simplement…

  10. coeurunis

    Quand on est chef de l’Église et qu’il y a des problèmes avec l’épiscopat, cela ne se fait pas publiquement que je sache, mais en toute discrétion.
    Critiquer publiquement par des propos en forme de généralités s’apparente à des insultes sur lesquelles on ne peut pas mettre de contenu, mais dont le but est justement de blesser.
    J’en ai fait personnellement l’expérience dans le harcèlement professionnel: On est blâmé mais on ne sait pas de quoi. Cela est très déstabilisateur.
    Dans le cas des évêques mexicains, ces humiliations publiques ont aussi pour effet une perte d’autorité envers leurs ouilles qui peuvent désobéir en se justifiant par les propos du pape.
    Bref, ces paroles du Pape sont très pernicieuses et n’ont pas finies d’avoir des effets négatifs.

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