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Mariage homo : clarifier les termes du débat

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Michael Cook (à droite !).

Journaliste remarquable au langage imagé des anglophones des antipodes, Michael Cook anime un remarquable blog bioéthique, BioEdge, lié au groupe de médias australien MercatorNet actuellement très en pointe dans la défense de la dignité humaine et de la famille. Il a publié récemment une réflexion sur le débat autour du mariage homosexuel – qui nous attend en France à brève échéance – et qu’il me semble important de méditer avant de se lancer dans la bataille. Je vous en propose ma traduction. Voici la source du texte : c’est ici. – J.S.

 Pourquoi donc est-il si difficile d’engager un débat calme et rationnel à propos du mariage homosexuel ? Aux Etats-Unis, en Australie et en Grande-Bretagne il se fait chaque jour plus vociférant et plus amer. Mais le torrent de paroles se déverse sur la pierre, sans être absorbé par l’adversaire. Ce que beaucoup de gens ne comprennent pas, c’est que les mots-clefs du débat sont interprétés de manières différentes. Si on ne les met pas en lumière, il y a peu d’espoir d’obtenir que les esprits se rencontrent. Voici quelques-uns des termes qu’il faut clarifier.

*

 • Moralité. Les actes homosexuels sont-ils moraux ou immoraux ? La plupart des discussions à propos du mariage homosexuel marchent sur des œufs pour ne pas aborder directement cette question. Mais si nous ne nous mettons pas d’accord, il n’y aura aucun progrès. S’ils sont moraux, il est assez difficile d’expliquer pourquoi une relation fondée sur ces actes ne devrait pas suffire à lier par mariage.

La question n’est pas de savoir si les actes homosexuels sont légalement permissibles. La loi n’offre guère de secours lorsqu’il s’agit de définir ce qui est moral ou immoral. De fait, dans Lawrence v. Texas, le cas emblématique de 2003 qui déclara inconstitutionnel le fait d’interdire la sodomie, la Cour suprême des Etats-Unis se déclara agnostique quant à la valeur morale des actes homosexuels. Elle reconnut que « pendant des siècles, il y a eu des voix puissantes pour condamner les actes homosexuels en tant qu’immoraux. La condamnation a été façonnée par des croyances religieuses, des conceptions par rapport au comportement juste et acceptable, et le respect de la famille traditionnelle. Pour beaucoup de personnes, il ne s’agit pas de questions mineures mais de convictions profondément ancrées comprises comme des principes moraux et éthiques auxquels elles aspirent et qui, de la sorte, déterminent le cours de leurs vies. » 

Néanmoins on jugea à la majorité que les considérations morales sont par essence étrangères à la question. « Celle-ci porte sur le fait de savoir si la majorité peut utiliser la puissance de l’Etat pour imposer ces points de vue à l’ensemble de la société par le truchement de la loi pénale. »

Affirmer que l’homosexualité a été rendue légale il y a plusieurs décennies passe à côte du problème. Au nom de quels principes devons-nous évaluer la moralité de ces actes – ou même de n’importe quel acte ? Voilà qui est fondamentalement en jeu. Si nous voulons être cohérents, il nous faut être prêts à accepter toutes les conséquences qui découlent en aval de l’acceptation des principes. Nous devons utiliser les mêmes principes éthiques pour décider si les assassinats ciblés en Afghanistan, l’infanticide ou le harcèlement par internet sont mauvais.

• Origines. Naissent-ils vraiment comme ça ? La plupart des partisans du mariage homosexuel supposent que l’homosexualité est déterminée de manière génétique, autant que la couleur de la peau. Gays et lesbiennes sont « nés comme ça » et ils ne peuvent pas changer. Discriminer à leur encontre est aussi injuste que la discrimination raciale.

Cependant, il n’y a pas de science commune permettant d’affirmer que l’homosexualité est inscrite dans les gènes, déterminée par le vécu de l’enfance ou affaire de choix. Même l’American Psychological Association – qui soutient le mariage homosexuel et l’homoparentalité – reconnaît que la cause ou les causes de l’homosexualité sont extrêmement opaques :

« Il n’y a pas de consensus parmi les scientifiques par rapport aux raisons exactes qui font qu’un individu développe une orientation hétérosexuelle, bisexuelle, gay ou lesbienne. Bien que de nombreuses recherches aient examiné les possibles influences génétiques, hormonales, développementales, sociales et culturelles sur l’orientation sexuelle, aucune donnée recueillie n’a permis aux scientifiques de conclure que l’orientation sexuelle est déterminée par un facteur ou des facteurs particuliers. »

Quoi qu’il en soit, la génétique ne détermine pas la valeur morale. Il y a une prédisposition génétique au cancer, mais le cancer n’est pas bon. Il y a peut-être un gène de l’alcoolisme, mais l’ivresse n’excuse pas les troubles à l’ordre public.

Il paraît certes injuste de refuser le mariage à une « minorité sexuelle », un groupe de personnes dont les préférences sexuelles sont inaltérables depuis la naissance. Mais il n’y a pas de consensus – y compris parmi les homosexuels, que l’homosexualité soit déterminée génétiquement.

• « Mariage ». De quelle version du mariage parlons-nous ? Après la légalisation du divorce sans faute et la large propagation de la contraception, deux visions parallèles du mariage ont émergé : la version sanctionnée par la loi et la version « culture pop ». Légalement, le mariage est « l’union d’un homme et d’une femme à l’exclusion de tous les autres, où ils entrent volontairement pour la vie ». Cette version impose la fidélité exclusive à un partenaire pour la totalité de sa vie. Si vous acceptez cela, alors les mœurs sexuelles contemporaines sont désorientées et déplorables. Les choix publics doivent viser à promouvoir activement la fidélité et à faire diminuer le nombre de divorces.

L’autre version admet l’infidélité et considère les mots « jusqu’à ce que la mort nous sépare » comme une aimable fiction. Le mariage traditionnel est battu en brèche d’un côté par des activistes gay et de l’autre par des « experts » du mariage qui veulent le reformater. Exemple d’une particulière corruption : l’universitaire britannique Catherine Hakim a soutenu l’autre jour que le problème des pays comme les Etats-Unis, l’Angleterre et l’Australie est qu’il n’y a pas assez d’adultère. « Quiconque rejette une nouvelle approche du mariage et de l’adultère, avec un nouvel ensemble de règles, n’arrive pas à reconnaître les bénéfices d’une vie sexuelle revitalisée en dehors du foyer », écrit-elle dans son dernier livre, Les nouvelles règles du mariage : rencontres par internet, champs de jeux loyaux et pouvoir érotique. Elle parle exactement comme le conseiller-sexe pour les gays, Dan Savage.

La coexistence de deux modèles d’une institution fondamentale crée beaucoup de confusion, et pas seulement chez les homosexuels. Les opposants au mariage homosexuel, pour la plupart, ont la définition légale à l’esprit. Les partisans de Catherine Hakim pensent que sa version du mariage est simplement géniale. Un vrai débat exige de clarifier la question de savoir quel type de mariage est idéal.

• « Amour ». Voilà un autre concept ambigu. Le mariage idéal a toujours été considéré comme un mariage empli d’amour. Mais cet amour se limite-t-il à l’attirance sexuelle ? La plupart des partisans du mariage homosexuel semblent le penser. L’attirance entre deux hommes ou deux femmes est une justification suffisante du mariage.

Cependant, l’amour érotique n’est qu’une composante du mariage traditionnel décrit plus haut. Il serait plus vrai de dire que le mariage est une affaire toute d’engagement – des époux l’un à l’égard de l’autre et des deux à l’égard des enfants – qu’une affaire toute d’amour. Les traditionalistes pensent que la redéfinition du mariage en vue de monter en épingle sa dimension érotique dévalue les sacrifices indispensables à la création et au maintien d’une famille.

• « Finalité ».  Le sexe a-t-il une finalité ? Et le mariage ? Dans la plupart des débats sur le mariage homosexuel la question des fins surgit quasiment d’emblée. La plupart des gens pensent que les institutions naturelles ont une finalité. Nos mains servent à saisir ; nos cerveaux servent à penser ; l’eau sert à boire. L’univers entier a une finalité, pour mystérieuse qu’elle puisse être.

Cependant, ce point de vue ne trouve que peu de soutien parmi les philosophes contemporains. La théorie de Darwin a récuré la science pour en faire disparaître toute trace de « finalité ». Les choses sont, c’est tout. Les choses se produisent, c’est tout. Aujourd’hui les philosophes postmodernes nient que les mots puissent avoir une signification stable. Au contraire, ils affirment avec Humpty Dumpty : « Quand, moi, j’emploie un mot, il veut dire exactement ce qu’il me plaît qu’il veuille dire… ni plus ni moins. » Si c’est le cas, alors se plaindre de ce que les gays et lesbiennes sont en train de redéfinir le mariage sont est tout simplement inintelligible. Evidemment qu’ils sont en train de le faire : que faire d’autre avec des mots ?

• Une présomption de malice. Les débats efficaces sont fondés sur le respect mutuel. Votre adversaire peut sembler illogique, il peut sembler ignorer les faits ou empêtré dans des préjugés quasiment insurmontables. Mais des deux côtés, on a abordé le débat en ayant conscience de ce que la vérité est difficile à saisir et difficile à exprimer. Ils savent que le langage est un instrument mal aiguisé mais ils persistent dans l’espoir que les conflits pourront être résolus.

Cependant, certains – des deux côtés du débat sur le mariage homosexuel – pensent que dans une affaire aussi importante que le mariage homosexuel il est impossible d’avoir en bonne conscience une opinion différente. A leurs yeux, la question est d’une évidence si criante que seul un sot ou un fripon pourrait professer une opinion différente. Etant donné que leurs adversaires utilisent des mots de plus d’une syllabe et savent utiliser un clavier, ce ne sont pas des sots. Par conséquents, ce sont des fripons malhonnêtes (un mot qu’on brandit volontiers), remplis de haine ou d’un appétit brut de domination.

Si c’est le cas, le mépris et la diffamation sont des réponses adéquates. Après tout, serait-il moral de serrer la main de Hitler et d’échanger des considérations polies sur le temps qu’il fait ? Evidemment que non. La politesse reviendrait à approuver tacitement sa politique maléfique.

Dans mon expérience, la présomption de malice est plus répandue parmi les partisans du mariage homosexuel. Ses adversaires tendent à penser que l’amour et le mariage sont fondés sur des vérités éternelles dont on peut parler de manière rationnelle, pour difficile que cela puisse être. Mais ses partisans sont généralement des postmodernes, sur le plan philosophique, qui sont sceptiques par rapport à la « vérité ». Tout débat est une bataille de domination dont le vainqueur rafle tout, et la partie « traditionnelle » est malveillante, et pas seulement dans l’erreur.

*

Le mariage homosexuel est une affaire profondément émotionnelle. La vie conjugale est parfois semée de pierres et bordée d’épines, mais le mariage est un chemin de bonheur pour la vie qui a fait ses preuves au cours du temps. Le lobby des gays et des lesbiennes pense que ceux-ci en sont injustement exclus. Mais peut-être que si nous parvenons à clarifier certains mots du débat, nous pouvons progresser afin de faire découvrir où se trouve le vrai bonheur.

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© leblogdejeannesmits pour la traduction.

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