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Cardinal Caffarra : la conjugalité, une “communio personarum” capable de donner la vie

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Voici donc la suite de la conférence magistrale donnée par le cardinal Carlo Caffarra la semaine dernière, où il a qualifié de « séisme » social la reconnaissance des unions homosexuelles. Suite et fin de cette traduction que je vous propose, la première partie est . — J.S.

 

2. Le bien de la conjugalité.

Ayant vu ce qu’est la conjugalité, demandons-nous maintenant quelle est sa valeur, son grand prix propre et spécifique. En un mot : sa bonté.

Avant d’entrer dans la seconde partie de notre réflexion, je dois poser une prémisse assez importante. Il existe une vérité sur le bien de la personne, qui peut être partagée pas toute personne douée de raison. Que signifie « la vérité sur le bien » ? Cela ne signifie pas en premier lieu ce que l’on doit ou ne doit pas faire. C’est la perception de la valeur propre d’une réalité (dans notre cas : la conjugalité).

Je prends un exemple. En voyant la Pietà de Michel Ange, nous « voyons » une beauté sublime, ce qui fait que ce morceau de marbre est unique : il a en soi sa propre valeur. En ce cas : une valeur esthétique.

A la question qu’est-ce que le bien/ qu’est-ce que le mal, la réponse n’est pas de dire de manière simpliste : c’est ce que chacun pense être bien/mal, sans que personne ait la possibilité de partager une même réponse. Il existe au contraire une vérité sur le bien, qui peut être découverte et partagée par toute personne douée de raison. Nous autres, nous cherchons quelle est la valeur propre de la conjugalité, sa précieuse spécificité, sa beauté évidente. Le bien qu’est la conjugalité présente deux aspects fondamentaux.

Le premier. La conjugalité est une communio personarum. La bonté propre de la conjugale est une bonté de communion. J’aimerais que nous notions quelques-unes de ses dimensions.

(a) Une telle relation ne peut exister qu’entre personnes, et son fondement consiste en la perception de la bonté, du caractère précieux propre à la personne. Les conjoints sont, l’un pour l’autre, des personnes.

(b) La communio personarum qui constitue le bien de la conjugalité n’est pas fondée sur les émotions, sur la simple attraction physique : même les animaux sont capables de liens basés sur cela. Seules les personnes sont capables de la promesse suivante : « Je promets de t’être toujours fidèle… tous les jours de ma vie. » Seules les personnes sont capables de vivre en communion, car seules les personnes sont capables de se choisir de manière libre et consciente.

(c) Seule la personne est capable de faire le don d’elle-même et seule la personne est capable d’accueillir ce don. La personne – et la personne seulement – est capable d’autodonation, parce qu’elle est capable d’autopossession, dans la force de sa liberté. Il est évident qu’elle ne peut donner ce qu’elle ne possède pas, et la personne peut se posséder elle-même dans la force de sa liberté. Mais la personne peut aussi renoncer à sa liberté, et se maintenir au niveau où elle se laissera conduire par le mainstream social ou par ses propres pulsions. La conjugalité est particulièrement exposée à ce piège.

(d) La communion personarum conjugale – autodonation et accueil réciproque – plonge jusque dans l’intimité de la personne : au « Je » lui-même. C’est la personne en tant que telle qui est donnée/accueillie. C’est là peut-être le mystère le plus profond de la conjugalité. Vous savez bien que la Sainte Ecriture désigne le rapport sexuel homme-femme par le verbe « connaître ». Il s’y vit une révélation de l’un à l’autre dans leur identité intime.

C’est dans cet événement que peut s’introduire une sorte d’indolence, de paresse spirituelle qui empêche les conjoints d’aller au bout de cet acte qui ne peut naître que de leur centre spirituel et libre. Et alors la communion des personnes s’engourdit.

Le deuxième aspect de la valeur éthique qui est le propre de la conjugalité, c’est la capacité qui lui est intrinsèque d’être à l’origine d’une nouvelle personne humaine.

La possibilité de donner la vie à une nouvelle personne est inscrite dans la nature même de la conjugalité. C’est elle, dans l’univers créé, la plus haute capacité et la plus haute responsabilité dont disposent l’homme et la femme. Elle est l’un des « points » où l’action créatrice de Dieu entre dans notre univers créé. Le temps dont je dispose ne me permet pas de prolonger la réflexion sur ce thème sublime.

Conclusion

Deux simples réflexions pour conclure. La première. Vous avez remarqué que je me suis bien gardé d’utiliser le mot amour. Pourquoi donc ? Parce qu’il a fait l’objet… d’une sorte de vol à la tire. L’une des paroles-clef de la proposition chrétienne, l’amour justement, a été prise en otage par la culture moderne et elle est devenu un terme vide, une espèce de récipient où chacun met  ce qu’il sent. La vérité de l’amour est aujourd’hui difficile à partager. « Dépourvu de vérité, la charité bascule dans le sentimentalisme. L’amour devient une coque vide susceptible d’être arbitrairement remplie. C’est le risque fatal auquel est exposé l’amour dans une culture sans vérité » (Benoît XVI, Caritas in veritate 3).

La deuxième. Les témoins de la vérité de la conjugalité auront la vie dure, comme il n’est pas rare que cela arrive aux témoins de la vérité. Mais il s’agit là de la tâche la plus urgente de l’éducateur.

Cardinal Carlo Caffarra

archevêque de Bologne

 

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© leblogdejeannesmits pour la traduction. 

 

 

11 comments

  1. Loco

     » Le mot  » amour  » a fait l’objet d’une sorte de vol à la tire.
    Il a été pris en otage ,
    il devenu une coque vide où chacun met ce qu’il sent.  »

    Alors le mot et la réalité se mélangeant, on perd l’amour véritable.. Un des nombreux mérites de Benoît XVI c’est d’avoir, dans l’encyclique  » Caritas in veritatem  » remis l’amour dans l’élément de la vérité.

    Heureusement que dans ce siècle de déliquescence, l’Eglise demeure, nef que nul ne pourra faire sombrer.

    • Jeanne Smits
      Author

      Chère Madame, non bien sûr, cela ne veut pas dire que votre remariage ne sera pas un vrai mariage. L’engagement de fidélité est pris et s’impose tant que les deux personnes qui se sont données l’une à l’autre sont en vie et le lien conjugal est rompu par le décès de l’une d’elles. Le nouveau lien ne rompt pas la fidélité ancienne, il en crée une nouvelle et a la même signification.

      Je vous souhaite bien sûr de trouver dans votre remariage beaucoup de bonheur après l’épreuve que vous avez vécue !

  2. marieceline

    Oui, mais si comme le dit le texte : « La possibilité de donner la vie à une nouvelle personne est inscrite dans la nature même de la conjugalité. C’est elle, dans l’univers créé, la plus haute capacité et la plus haute responsabilité dont disposent l’homme et la femme », quand le don de l’enfantement n’est plus possible, j’ai l’impression qu’il me dit que je ne peux pas me marier à nouveau? Me trompe-je? Cette condition est elle essentielle ou non

    • Jeanne Smits
      Author

      La condition est essentielle mais si je puis dire c’est une obligation de moyens et non de résultats. Le moyen, c’est l’acte conjugal qui est par nature ordonné au don de la vie, même si en raison d’une circonstance ou d’une autre il ne le fait pas. C’est pourquoi l’impuissance de l’homme, totale ou relative (relative à telle femme), et la non-consommation si l’un des époux n’est pas d’accord, sont des motifs de nullité.

      La stérilité de l’homme ou de la femme ne sont pas des motifs de nullité. Ni la stérilité découverte après le mariage, ni la stérilité connue au préalable pour autant qu’elle ne soit pas sciemment dissimulée à l’autre dans le but de le tromper pour obtenir son consentement.

      Dans le mariage, la fin procréatrice ne peut être dissociée de la fin unitive (et vice versa) : mais cela ne veut pas dire qu’il faut pouvoir procréer dans les faits pour que la fin unitive existe. Deux époux qui se découvrent stériles ou dont l’union sera stérile du fait de leur âge, sont réellement unis par le mariage au sens le plus réel du terme ; ils sont appelés à une autre fécondité. Leur union n’est pas fermée à la procréation par nature, mais par « l’accident » (la circonstance contingente) de leur âge.

      En revanche et par nature, les actes sexuels entre deux personnes de même sexe ne peuvent donner la vie et ne peuvent donc relever du mariage.

  3. marieceline

    Vous me rassurez un peu merci même si la différence que vous indiquez à la fin continue de m’inquiéter (car enfin, ce que fait l’âge ici il me semble le faire par nature aussi), mais je continue à prier et réfléchir. Merci

    • Jeanne Smits
      Author

      Non, par nature l’acte conjugal est ordonné à la vie, même s’il est à tel moment involontairement infécond : pendant les jours inféconds du cycle féminin par exemple, ou du fait de l’âge. Par nature ne voulant pas dire ce qui est naturel, mais ce qui est le propre de l’acte conjugal.

  4. Pour les couples stériles et de même sexe donner la vie est un long cheminement douloureux et parce qu’ils sont privés des moyens techniques de la nature.

    Ils ne donnent pas la vie malgré eux comme les fillettes
    des bidonvilles dont parlent soeur Emmanuelle.

    Il n’y a dans ces cas pas d’obligation de moyen, il y a une obligation de bonté et de noblesse qui ouvre un droit à accueillir la vie et de ce fait un droit au mariage.

  5. marieceline

    Chère Jeanne Smits
    Pour tout vous dire vous touchez sur ce point avec de ce qui a été un des mes scrupules fondamentaux dans mon engagement résolu contre le mariage pour tous. Un de mes neveux est chrétien, homosexuel et en couple. Et à le regarder je me demandais souvent si ma situation était si différente de la sienne. Et je dois dire que votre argument ne me convainc pas absolument, la « stérilité » qui vient avec l’âge me semble difficilement pouvoir être regardée comme « accidentel »; et j’ai du mal à voir comment l’acte conjugal peut encore être dit ordonné à la procréation. Merci encore de vos réponses si détaillées, cela nourrit ma réflexion.

  6. Monsieur le Cardinal

    Parlez nous d’ Amour si cela vous convient.

    Par exemple : Parlez nous d’un moment de votre vie où vous avez dit « Je t’aime  » à une personne en face de vous qui ne soit pas votre mère, ni votre épouse si vous avez été marié.

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