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Décryptage – Quand @Pontifex_Fr démontre à @najatvb les fondements théologiques de l’orthographe

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Le compte tweeter en Français du pape François vient de poster le tweet dont nous vous donnons la photo. Ce tweet a déclenché une petite discussion orthographico-métaphysique.

 

« Travailler est le propre de la personne humaine. Cela exprime sa dignité d’être créée à l’image de Dieu. »

 

Créée … qu’est ce qui est créé ? L’être ? Auquel cas il y a une faute d’orthographe. La personne humaine ? Dans ce cas c’est une faute de syntaxe. Anodin direz-vous ? Assurément répondrait le ministre de l’éducation nationale. Sauf que cette approximation traduit une incompréhension métaphysique, et au-delà théologique, de fond. Je ne suis pas allé vérifier s’il s’agissait d’une erreur de traduction de l’équipe francophone du compte pontifical ou si l’original, sans doute italien, comportait le même manque de rigueur, pour me concentrer uniquement sur les effets intellectuels et donc spirituels de l’indétermination orthographique.

En effet, en rigueur de termes, ce n’est pas la personne humaine qui est créée, mais l’être. Or l’être est un composé d’essence et d’existence. Il faut à tout être à la fois ce qui le différencie des autres espèces, l’essence (du latin esse, être) et l’existence. Il n’existe pas d’être humain sans existence. Existence signifie se tenir au-dessus du néant. Lorsque Dieu crée un être, il ne crée pas seulement la nature humaine (laquelle porte la personne humaine et la dignité qui lui est intrinsèque), mais il tire cette nature du néant en lui donnant l’existence. Aussi n’est-ce pas la personne humaine qui est créée, mais un être de l’espèce humaine à qui appartient en propre le fait d’être une personne.

 

Cela étant dit, en ce qui concerne l’être humain (il en est de même pour l’animal, le végétal et les êtres inanimés), il manque encore un élément fondamental, une condition sine qua non à sa création. Il n’existe pas d’espèce humaine, comme il existe des espèces d’anges. Nous ne trouvons pas dans la nature l’être espèce humaine, mais des représentants de cette espèce. La création de l’être humain tire donc du néant (donne l’existence) des individus porteurs de la nature humaine (l’essence, pour faire court). Ce qui fait l’individu, pour les êtres non spirituels, est précisément la matière. Aussi, l’être humain est-il tiré du néant, porté au-dessus du néant, par une matière informée par l’essence. En d’autres termes, la nature humaine (pour aller vite ce qui fait qu’un homme est homme) prend forme dans la matière.

Il faut donc ces trois éléments, existence, essence et matière, pour créer un être. La personne humaine n’est qu’un élément de l’être créé et ce point est d’autant plus fondamental qu’il distingue l’homme de l’ange, qui n’a pas besoin de la matière pour être créé, et de Dieu, qui est incréé. Cela signifie qu’il n’y a qu’un ange par espèce et donc autant d’anges que d’espèces angéliques. (Ce qui spécifie les anges étant leur fonction)

A l’inverse, il n’y a qu’une espèce humaine et une multitude de représentants de cette espèce. La nature humaine est ce qu’il y a de commun à tous les membres et leur donne égale dignité, tandis que la matière permet de différencier chaque être humain. De sorte que tout en étant de même espèce et donc de même dignité, chacun demeure unique.

Poser que la personne humaine n’est qu’un des éléments propres à l’être créé n’est pas neutre. Si la personne humaine différencie l’homme des autres êtres créés et dotés d’une âme animale, l’être humain ne se réduit pas à sa personne et la dignité de l’être humain n’est pas réduite à la seule dimension de sa personne. Son corps porte la même dignité. L’homme n’est pas que « personne » et le développement de tout l’homme suppose aussi le développement du corps. Cette réduction personnaliste ou spiritualiste conduit à l’adage bien connu « qui veut faire l’ange fait la bête ». Le véritable développement de l’homme consiste précisément dans l’unité de cet ensemble complexe.

Comme quoi, une simple faute de syntaxe et toute la création en est retournée !

 

Pour aller plus loin sur l’être, vous pouvez aller ici