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« Amoris laetitia »: le RP Michelet répond à l’abbé Barthe

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L’abbé Barthe a réagi à la tribune du RP Michelet sur la note 351 d’Amoris laetitia. À son tour, ce dernier nous a fait parvenir sa réponse aux objections de l’abbé Barthe. Cela contribue au débat respectueux sur Amoris laetitia, que nous n’avons jamais escamoté depuis la publication de l’exhortation apostolique. Nous avons relayé les positions aussi bien à charge qu’à décharge, espérant contribuer à une saine disputatio.

Sans masquer nos perplexités, nous nous sommes efforcés de traduire les différentes objections à cette exhortation apostolique de la façon la plus respectueuse.

Riposte catholique précise que les différentes tribunes relayées n’engagent que leurs auteurs. Cela vaut aussi bien pour la tribune de l’abbé Barthe que pour celles du RP Michelet. Nous pensons qu’il est possible, dans la courtoisie, d’offrir à nos lecteurs un débat de fond sur l’exhortation apostolique.

J.-M. Vaas

Dans un article du 8 mai sur Riposte catholique, l’abbé Barthe attaque mon article de l’avant-veille sur le même site à propos de la fameuse note 351 d’Amoris laetitia. C’est de bonne guerre. Rien de tel qu’une bonne disputatio pour progresser dans la vérité. En toute justice, je lui dois donc une… riposte catholique.

  1. « Il n’est plus possible de dire que… » (n. 301)

L’Abbé Barthe introduit son propos par cet extrait censé montrer que le texte entend bien introduire du neuf. Or que dit la phrase en question ? L’abbé la cite lui-même plus loin :

« Il n’est plus possible de dire que tous ceux qui se trouvent dans une certaine situation dite “irrégulière” vivent dans une situation de péché mortel ».

Quelle nouveauté, en effet ! Qui consiste à rappeler une doctrine fermement établie dans le Catéchisme de l’Église catholique, selon laquelle il faut distinguer entre situation objectivement désordonnée et péché mortel – parce que ce dernier requiert non seulement une matière grave (« péché objectif »), mais encore une pleine advertance et un plein consentement :

1857 Pour qu’un péché soit mortel trois conditions sont ensemble requises : “Est péché mortel tout péché qui a pour objet une matière grave, et qui est commis en pleine conscience et de propos délibéré” (RP 17).

Doctrine nouvelle ? Le Catéchisme cite à l’appui l’exhortation apostolique post-synodale du pape Jean-Paul II, Reconciliatio et Paenitentia, qui conclut une longue étude biblique, patristique et même thomiste en invoquant le Concile de Trente :

Nous recueillons ici le noyau de l’enseignement traditionnel de l’Eglise, repris souvent et avec force au cours du récent Synode. Celui-ci, en effet, a non seulement réaffirmé ce qui avait été proclamé par le Concile de Trente sur l’existence et la nature des péchés mortels et véniels (95), mais il a voulu rappeler qu’est péché mortel tout péché qui a pour objet une matière grave et qui, de plus, est commis en pleine conscience et de consentement délibéré.

95 : Cf. Conc. Œcum. de Trente, Session VI, De iustificatione, chap. II et can. 23, 25, 27.

Pour l’Abbé Barthe, la preuve que le pape veut introduire une nouveauté, ce sont donc ces quelques mots isolés de leur contexte, qui introduisent en réalité le rappel d’une doctrine catholique des plus classiques. Et c’est lui qui parle de « faire violence au texte » ? Tout simplement, le pape voit que certains ne comprennent toujours pas cette doctrine traditionnelle (les réactions au texte le montrent assez), et rappelle qu’il n’est pas possible de tenir le contraire si l’on se dit catholique.

 
  1. En bonne règle, considérer le contexte

L’Abbé Barthe entend lire ce document pontifical à partir des propositions du cardinal Kasper. On comprend dès lors qu’il parvienne à d’autres résultats que les nôtres. Mais est-ce la bonne méthode ? Certainement pas, au moins pour trois raisons :

Primo, tout texte du magistère doit s’interpréter à partir de la foi catholique. C’est cela son contexte authentique : non seulement le dépôt de la foi (fides quae), mais la vertu de foi qui nous donne de le recevoir dans la lumière qui convient (fides qua). Or je ne sache pas que le cardinal Kasper soit un docteur de l’Église, particulièrement reconnu pour la sûreté de sa doctrine.

Secundo, les propositions du cardinal Kasper ont été balayées les unes après les autres. – Il voulait une reconnaissance du divorce et une célébration liturgique des secondes noces au titre de “l’épikie”, à l’exemple des orthodoxes ? Le texte dit au contraire qu’il « doit être clair que ceci n’est pas l’idéal que l’Évangile propose pour le mariage et la famille » (n. 298). – Il évoquait un « chemin de pénitence » qui au bout de quelques années comme par enchantement permettrait à des divorcés remariés d’être réconciliés avec l’Église sans renoncer pour autant à ce desordre objectif ? Le texte rappelle les exigences de l’Évangile (nn. 38, 60, 112, 300, 301, 303) et l’invitation à la conversion (n. 297). – Il tentait en dernier recours de faire appel au jugement de la conscience ? On lui répond que celle-ci ne peut jamais s’exonérer de la recherche de la vérité, raison pour laquelle ce jugement de conscience devra s’effectuer sous le regard de Dieu, dans un accompagnement spirituel qui doit former et éclairer cette conscience, dans un « discernement pastoral » qui « ne pourra jamais s’exonérer des exigences de vérité et de charité de l’Évangile proposées par l’Église » (n. 300).

Tertio, en donnant raison au cardinal Kasper, on s’en fait l’allié objectif. On lui donne une importance qu’il n’a pas, et l’on contribue à faire passer dans les esprits les changements qu’il revendiquait sans les avoir obtenus. Autrement dit, on se fait malgré de bonnes intentions (dont l’Enfer est pavé) le propagateur d’une « herméneutique de rupture » dénoncée par Benoît XVI. Or non seulement une « herméneutique de continuité » est possible, mais il est nécessaire de s’y tenir, si l’on ne veut pas porter personnellement la responsabilité du désordre créé par ces « interprétations déviantes » que le pape François réprouve par avance (AL 307).

  1. Nul n’est censé ignorer la loi

Pour l’Abbé Barthe, « personne ne peut ignorer que l’on ne peut pas s’approcher de la femme de son prochain, car cela est directement enseignée par la loi de Dieu ».

Autre chose de l’ignorer de droit, autre chose de l’ignorer de fait. Ce serait faire injure à S. Thomas que de supposer que lui-même ignorait les exemples de polygamie qu’il rencontrait dans la Bible ou chez les mahométans, ou la concession faite par Moïse de la répudiation et du remariage, que le Christ condamne en remontant aux origines (Mt 19). Le péché originel qui obscurcit les consciences aboutit précisément au fait qu’une loi naturelle puisse être méconnue.

Quant à la loi divine, le Magistère a marqué un progrès doctrinal depuis S. Thomas. On pensait alors que personne ne pouvait s’en abstraire sans faute de sa part, les apôtres ayant annoncé l’Évangile jusqu’aux extrémités de la terre. Or la découverte du Nouveau Monde a bien obligé de réviser cette opinion théologique. Et sans aller si loin, dans notre « France pays de mission », on ne peut que constater que de plus en plus de nouveaux païens ignorent le Christ et son Évangile, alors qu’ils ont reçu un catéchisme (et souvent à cause de celui-ci). Quand des prêtres ont multiplié les « bénédictions de divorcés remariés », il ne faut pas s’étonner qu’à la génération suivante, les enfants du divorce aient une conscience totalement déformée. Les pasteurs qui ne les ont pas éclairées quant il ne les ont pas obscurcies en portent la responsabilité.

  1. Des limitations de culpabilité, mais « pas par ignorance » ?

Pour l’Abbé Barthe, « si on considère le texte du chapitre VIII, on ne voit pas qu’il fonde la non culpabilité de l’adultère en certaines circonstances sur l’ignorance de sa gravité. En réalité, l’Exhortation traite du cas de chrétiens de bon niveau de connaissance (…) ».

C’est faux. Le texte prend au contraire l’ignorance comme point de départ, plus complexe qu’il n’y paraît, même s’il reconnaît aussi la possibilité de limitation de la volonté : « Les limites n’ont pas à voir uniquement avec une éventuelle méconnaissance de la norme. Un sujet, même connaissant bien la norme, peut avoir une grande difficulté à saisir les valeurs comprises dans la norme (…) il peut exister des facteurs qui limitent la capacité de décision » (AL 301).

Encore une fois, pour faire un péché, il faut le savoir et le vouloir. Il est possible que certains facteurs limitent la volonté au point « de lever tout ou partie de la culpabilité » ; cela ne contredit pas le fait que puisse intervenir une limite de la connaissance, envisagée également par le texte. La difficulté était de montrer que cela peut se présenter même dans le cadre des divorcés remariés, alors qu’on ne se marie pas non plus sans le savoir ni le vouloir. Or l’expérience montre que tels obscurcissements de la conscience peuvent se produire après coup. Un seul exemple suffit à montrer que l’hypothèse du texte n’est pas farfelue, ni contraire à la doctrine. Ensuite, si l’on trouve d’autres exemples du côté de la volonté, cela ne fera que le confirmer. Simplement, ils me paraissent plus difficile à établir, S. Thomas étant davantage prêt à admettre les ténèbres de l’ignorance et de l’erreur que la faiblesse de la volonté.

  1. « Péché matériel » et « péché formel »

L’Abbé Barthe reconnaît que « la morale traditionnelle demande au confesseur de ne pas éclairer (tout de suite) le pénitent ignorant qu’il est dans un péché matériel, pour que son péché ne devienne pas formel ». Si donc cette distinction et cette pratique sont bien traditionnelles (ce dont d’aucuns doutent, mais sans doute pas ignorance), où est le problème ?

L’Abbé ajoute que cela ne vaut « que dans des cas fort rares et jamais pour l’adultère ». Mais c’est absurde ! Ou bien cette distinction est vraie, ou bien elle ne l’est pas. Le fait que les conditions pour la remplir soient très exigeantes peut bien faire que les cas soient rares en théorie, tout en étant fréquents en pratique, du fait précisément de l’obscurcissement croissant des consciences à proportion de leur éloignement de l’Évangile et de la loi naturelle. Sur ce point, les modifications récentes du mariage civil et le projet de facilitation du divorce ne font qu’agraver la situation en faisant perdre les quelques repères qui pouvaient subsister dans la société.

Encore une fois, la question est de savoir si l’on peut commettre un péché mortel sans le savoir pleinement ou le vouloir pleinement. La réponse traditionnelle est évidemment négative. Pourquoi ne faudrait-il le tenir alors que dans certains cas et pas dans d’autres ? On croyait jusque là que cela n’était pas possible dans la situation des divorcés remariés, qui faisaient du coup exception. Mais si l’on parvient à montrer qu’il y a bel et bien une diminution de la connaissance ou de la volonté qui entraîne effectivement une absence de péché mortel, pouvons-nous le nier ?

  1. Laisser dans l’ignorance ?

L’Abbé Barthe objecte que « Le confesseur est un père, un médecin, qui a le devoir grave d’enseigner la vérité qui délivre. »

Parfaitement d’accord. Le texte ne dit pas autre chose. Mais il ne suffit pas d’enseigner la vérité : encore faut-il l’enseigner comme bonne et désirable, de sorte que la personne va finir par y adhérer et s’y conformer effectivement. Le pasteur ne peut pas être comme un médecin qui dirait : « vous êtes malade, ce n’est pas bien, il ne faut pas ! » Mais il doit guérir, ou du moins faire tout son possible pour obtenir cette guérison, qui est fondamentalement l’œuvre de Dieu. Parfois, on peut le faire séance tenante, cela suffit. En général, ça prend beaucoup de temps, parce que la conscience est très déformée. D’où la nécessité d’un accompagnement sur la durée.

Il faut vraiment n’avoir jamais confessé de convertis pour croire que l’on puisse se contenter de leur enseigner la vérité dans l’instant. Ce serait vraiment se débarasser du problème à bon compte. Même si le Seigneur les a touchés, et qu’ils veulent désormais marcher à sa suite, ils sont les enfants du siècle et ne perçoivent pas le choc culturel que cela représente. Ils vivent en concubinage, et viennent confesser des manques de charité vis-à-vis de leur compagne, mais ne confessent pas le concubinage lui-même parce qu’ils ne voient absolument pas le problème. Bien sûr, qu’il faut le leur dire. Mais vont le croire ? Vont-ils se convertir dans la minute ? C’est justement le propos d’Amoris laetitia que de les inviter à cheminer sous le regard de Dieu dans un accompagnement spirituel adéquat, pour conformer peu à peu leur vie aux pleines exigences de l’Évangile. « Il faut du temps pour aller à la vérité », reconnaît S. Thomas.

  1. L’accompagnement est-il obligatoire ?

L’Abbé Barthe s’interroge enfin : « Ce curieux accompagnement d’un prêtre est-il d’ailleurs strictement obligatoire, ou les partenaires, chrétiens engagés on le rappelle, ne sont-ils pas capables de se déterminer tout seuls ? »

Certes, d’un côté, Amoris laetitia dit bien que « Nous sommes appelés à former les consciences, mais non à prétendre nous substituer à elles. » (n. 37). D’un autre côté, un tel accompagnement est bien présenté comme nécessaire, de même que les soins d’un médecin pour guérir. Le discernement n’est pas laissé au seul intéressé, mais il est confié au pasteur ; l’expression « discernement pastoral » étant la plus fréquente : « Les prêtres ont la mission d’accompagner les personnes intéressées sur la voie du discernement selon l’enseignement de l’Église et les orientations de l’évêque (…) ce discernement ne pourra jamais s’exonérer des exigences de vérité et de charité de l’Évangile proposées par l’Église » (AL 300) ; « il faut encourager la maturation d’une conscience éclairée, formée et accompagnée par le discernement responsable et sérieux du Pasteur » (AL 303).

Nous devons pour finir remercier l’Abbé Barthe de ses objections. Comme le dit S. Thomas, l’erreur elle-même a pour vertu pédagogique de mieux manifester la vérité.

25 comments

  1. Je rappelle que le Pape a dit:  » l’Église est comme un hôpital de campagne » . Or le RP Michelet dit: »Le pasteur ne peut pas être comme un médecin qui dirait : « vous êtes malade, ce n’est pas bien, il ne faut pas ! » Mais il doit guérir, ou du moins faire tout son possible pour obtenir cette guérison, qui est fondamentalement l’œuvre de Dieu ». Mais il doit guérir en faisant comment ? En procédant de quelle façon ?
    Cas d’école: le médecin détecte en vous le début d’un cancer du poumon. Il faut que vous arrêtiez de fumer. Il se contente de soigner votre début de cancer mais il ne vous dit rien sur l’arrêt de la prise du tabac parce qu’il doit tenir compte des situations concrètes de votre existence ? C’est ça ? « cette guérison est fondamental pour l’œuvre de Dieu », est -ce donc une raison valable pour que le médecin reste bouche bée sur la racine même du mal, parce qu’il doit être miséricordieux (sous entendu fermer les yeux sur les causes de ton cancer) ?
    Saint Paul dans romains 6:23 dit « Car le salaire du péché, c’est la mort ». Si les médecins des âmes qui sont nos pasteurs font tout ce qui est en leur pouvoir pour ne plus appeler  » chat, chat », qu’allons nous devenir ? Tout se passe comme si ce sont les fidèles qui sont devenus les maitres tandis que le Pape, les évêques, les prêtres et les catéchistes doivent docilement suivre leurs élucubrations en fermant les yeux sur les Saintes Écritures. Consternant de tristesse !!!

    • TM

      Comment guérir? La réponse du pape est l’accompagnement spirituel, entendu comme un discernement des esprits sous le regard de Dieu, permettant un véritable progrès spirituel dans la croissance des vertus, via caritatis.
      Si vous avez compris que la miséricorde consiste à fermer les yeux devant le péché, alors ce n’est pas cela du tout. La miséricorde consiste au contraire à ouvrir un chemin de salut. De vrai salut. Ce qui passe par la reconnaissance de son péché.
      Si vous avez lu que le prêtre devait taire la vérité, alors c’est que vous n’avez pas lu le texte.

      • PM de Montamat

        Cher frère,

        A force de répondre à tout, vous embrumez le débat. Votre réponse à la question ‘Comment guérir?’ ne répond à rien; c’est une parfaite illustration du flou causé et entretenu.

        Comment ‘guérir’ de cet état ? en sortir ! c’est la seule issue ! Pardonnez-moi cette réflexion spontanée…

        Bien sûr, tous ont besoin d’accompagnement spirituel. Car tous nous sommes pécheurs. Mais cela suppose qu’il y ait vie spirituelle, c’est à dire réception du Dieu vivant en nous, c’est à donc la grâce sanctifiante. Et ça n’est pas possible avec le péché grave, cette grâce ne ‘cohabitant’ qu’avec les petits péchés et imperfections. Seul un sacrement va nous remettre dans la via caritatis. ‘Celui qui m’aime garde mes commandements’ et Dieu marche avec lui.

        Bien sûr tous veulent que le pécheur sorte de son péché et pour cela qu’il commence par en prendre conscience, si tant est qu’il ait pu s’obscurcir à ce point… Considérer sa misère et quémander l’aide de Dieu; on en est tous là, non ? C’est une démarche de foi, de foi vivante, informée par la charité, don de Dieu.

        En fait, vous avez le même argument que le P. Oliva sur l’amour homosexuel: c’est devenu pour eux une seconde nature, on n’y peut rien… Pour vous, ils ne s’en rendent même plus compte, donc aidons-les par la grâce sanctifiante à les sortir de leur situation… C’est aberrant !

        Oui, nous sommes tous des chercheurs de Dieu et nous cheminons tous. Mais certains restent sur des chemins de traverse ou ‘sans issue’…

        • TM

          @PM de Montamat

          Comment guérir? En guérissant. Merci de cette belle lapalissade.
          Si vous pensez que mon argument consiste à dire que le pécheur doit rester dans son péché parce qu’il ne peut pas faire autrement, ou bien je me suis très mal exprimé, ou bien vous n’avez décidément rien compris, car mon texte dit absolument le contraire.

      • TM dit « Comment guérir ? La réponse du pape est l’accompagnement spirituel ». Oui le Christ guérit, il redonne à l’homme sa dignité délicatesse, comme il l’a fait avec la femme adultère, mais il te dit fermement « Va et ne pèche plus ». Il s’attaque directement ainsi à la racine du mal. Au paralytique de la porte de brebis voila ce qu’il dit : « Te voilà guéri. Ne pèche plus, il pourrait t’arriver quelque chose de pire. » Jn 5, 14c. Il n’y a pas là de langue de bois. C’est claire et c’est direct. Son discours sur le pain de vie est mal accueil par le gens du peuple qui ne supportent pas ce langage et le lui font savoir en s’en allant. Jésus ne cherche pas même pas à moduler son message pour les rejoindre dans les « situations concrètes » de leurs vies. Il ne les retient même pas. Il ne se préoccupe pas de l’audimat lorsque ces derniers crièrent: « Ce qu’il dit là est intolérable, on ne peut pas continuer à l’écouter (…). À partir de ce moment, beaucoup de ses disciples s’en allèrent et cessèrent de marcher avec lui.» Au très petit nombre restant, il ne craint même pas de les perdre lorsqu’il leur pose la question test de confiance qui est presqu’un défi lancé par rapport à leur foi : « Voulez vous partir vous aussi ».
        Le Pape et les autres, sont ils plus royaliste que le Roi ? Deux synodes et une exhortation pour apprendre à éviter de dire tout simplement aux pécheurs qu’ils ont péché et qu’ils doivent se convertir ? Et Jean Baptiste alors ? a-t-il tout faux pour avoir reproché au roi le fait d’avoir commis l’adultère ? Il a manqué de miséricorde lui ? Il a donc bien mérité sa décapitation pour avoir dit au roi qu’en demeurant dans cette situation il se coupait de l’amitié avec Dieu ? Je pose ces questions au RP Michelet.

        • TM

          L’exhortation ne dit pas aux pécheurs qu’ils n’ont pas péché et qu’ils n’ont pas besoin de se convertir. C’est exactement l’inverse. Elle ne dit pas non plus qu’il faut cesser d’enseigner la vérité sur le mariage. C’est tout le contraire. Elle ne fait pas passer le divorce pour un bien : elle rappelle que c’est un mal, et que le remariage ne correspond pas à l’enseignement divin sur l’amour humain. Beaucoup de fausses lectures de ce texte seraient évitées si l’on cessait de partir du présupposé que le pape est hérétique et que ce texte est contraire à la foi catholique.

  2. Rascol

    Le paragraphe 305 d’ « Amoris laetitia », précisé par la note 351, est parfaitement clair. Le peuple chrétien et ses pasteurs n’ont nullement besoin d’ « éclairages » supplémentaires, qui reflètent surtout les opinions de leurs auteurs, pour prendre leurs responsabilités

    • TM

      Et bien non, il ne semble pas que cette note 351 soit si claire, puisque les uns disent qu’elle est contraire à la doctrine catholique et les autres qu’elle ne l’est pas. Il ne suffit pas de le jouer à pile ou face, cela suppose d’argumenter, avec des outils théologiques dont la complexité vous échappe certainement pour dire que les choses sont si claires.

  3. Sami

    Le péché , c’est un synode pour rien .
    Le péché c’est un titre ronflant pour des équivoques prétentieuses.
    Pécher, c’est être à la barre et ne pas penser.
    Pécher, c’est réduire le vocabulaire à un seul mot valise pour un an .
    Pécher, c’est forcer les autres jouer les agneaux parmi les loups tout en restant à l’abri .
    Pécher, c’est être indigne de sa fonction et la garder.

  4. Aurélien

    Merci au RP Michelet pour son analyse qui me semble tout à fait catholique. Personnellement, ayant la grâce de confesser tous les jours et pendant un certains temps… j’estime que ce débat devrait concerner uniquement les confesseurs « actifs ». On me reprochera peut-être de vouloir mettre en opposition doctrine et pastorale mais cette critique est trop facile ! Doctrine et pastorale sont inséparables. Un bon théologien devrait confesser souvent et ne pas se cacher dans sa bibliothèque.
    J’ai constaté aussi, en parlant avec de nombreux laïcs sur ce sujet, qu’ils ne comprenaient pas totalement l’enjeu car ils ont une vision limitée de la problématique. Une fois encore, seul celui qui confesse peut comprendre. Personnellement, n’ayant aucune notion de médecine, je ne dirai jamais à un médecin ce qu’il doit faire devant une opération…
    Vous remarquerez que Notre Seigneur Jésus donnait son amour avant d’indiquer le chemin de la conversion. (Femme adultère, Samaritaine, Zaché, Mathieu…). Alors apprenons du Maître.

    • PM de Montamat

      cher Père, il faut vous adresser au Pape et lui demander de retirer ces réflexions si vous pensez qu’elles ne concernent pas les laïcs ou prêtres non-confesseurs avérés.
      Je comprends bien qu’en la matière, votre expérience soit d’or, mais n’extrapolez-vous pas ? « Confessez-vous » souvent des gens exactement dans ce cas ?
      Vous comparez la théologie avec la médecine; n’est-ce pas oublier que la première est la reine des sciences, rectrice dans le domaine des vertus humaines, alors que la médecine (ou chirurgie) relève de l’art et de la prudence ?
      Je partage entièrement votre conclusion: ‘va et ne pèche plus.’

    • TM

      Je suis d’accord avec vous : ce débat devrait de soi ne concerner que les confesseurs, les autres n’ayant en général pas les clefs pour les comprendre. Les incompréhensions auxquelles ont doit faire face dans ces échanges le montrent amplement. Malheureusement, le texte du pape obligeait à rentrer dans ces détails, pour montrer qu’une compréhension parfaitement catholique du texte est possible. Il faudra beaucoup de temps et de pédagogie, mais un vrai progrès spirituel pourra en résulter, lorsqu’on aura compris qu’il s’agit bien de sauver des âmes en les ramenant effectivement à Dieu, et non de s’arranger avec sa conscience.

  5. Il est vrai que le confesseur doit parfois laisser dans l’ignorance quand il prévoit que dire la vérité ne fera qu’augmenter le péché, voire le créer. C’est du moins ce que j’ai cru comprendre en lisant Heribert Jones.

    Sainte Ignorance et sainte Stupidité sauvent beaucoup de monde disait à peu près le cardinal Ottaviani. Je crois quil parlait de « sainte Stupidité, qui sauve tant de monde ! »

    Donc dans certains cas, par exemple à propos de la superstition (un des plus graves péchés qui se puisse commettre), il vaudrait mieux laisser certaines personnes dans l’ignorance par crainte que si on leur dévoilait la vérité, le résultat serait pire (révolte, perte de la foi etc.)

    L’abbé Barthe commet aussi une faute de raisonnement en croyant avoir démontré quelque chose en comparant les enseignements de Vatican II avec le texte difficile à comprendre de Amoris lætitia.

    En réalité cette affaire de Amoris Lætitia me semble un belle hypocrisie. Car, tout le monde sait que dans les paroisses des gens qui sont pécheurs publics, qui ne vont presque jamais à la messe, voire qui ne sont pas catholiques, communient sans s’être confessés, sans même être baptisés, au vu et au su du clergé quand ils assistent à une messe d’enterrement, par exemple. Traiter de la communion des divorcés remariés sans avoir traité de cette question rend l’objet de AL incompréhensible. Dans l’Église aussi se développe la stratégie du chaos.

  6. Hervé Soulié

    Même si l’argumentation du RP Michelet est sérieuse et respire une honnêteté de bon aloi, il n’en reste pas moins que le chapitre VIII de l’exhortation comporte des ambiguïtés (305, 331 notamment).
    S’agissant d’un texte d’origine pontificale, on ne peut pas sérieusement penser qu’elles sont involontaires.
    Le pape a clairement dans la tête de permettre aux divorcés-remariés, dans certaines conditions, mais définies largement, l’accès à la communion eucharistique.
    Pourquoi s’éreinter à essayer de démontrer le contraire, alors que même l’intéressé, dans l’avion qui le ramenait de Lesbos, a reconnu clairement un changement de doctrine ?
    On aura bon tourner les phrases dans tous les sens, contorsionner le texte, recourir au bien commode « discernement », à la si commode « miséricorde », parler d’un « développement » de la doctrine , il s’agit bel et bien là d’un tournant :
    par rapport à l’Écriture sainte (AT, Mt, Mc, Jean, Paul),
    par rapport à l’enseignement de l’Eglise depuis 2000 ans.

    • TM

      D’accord avec vous que le chapitre VIII n’est pas bien rédigé, et que ses formules peuvent être comprises de travers. Il faut beaucoup de temps et partir des bons présupposés pour bien le recevoir.
      En revanche, le pape n’a pas dit qu’il s’agissait d’un changement de doctrine. Au contraire : il a toujours dit qu’on ne touchait pas à la doctrine, et qu’il fallait continuer à l’enseigner clairement. Le texte lui-même dit bien que tout ce discernement et cet accompagnement doit se faire selon les exigences de l’Évangile et l’enseignement de l’Église. Donc si l’interprétation de ce texte conduit à dire que la doctrine a changée, c’est qu’on le lit de travers.

  7. eve

    Le fait même que des prêtres, évêques, des experts en théologie… débattent sur « amoris laetitia » démontre à quel point cette exhortation est problématique et n’apporte pas les réponses escomptées par l’ensemble des catholiques. D’emblée, elle a fait l’objet de controverses, de réactions contradictoires et soulever des polémiques au sein même de la curie romaine ! C’est l’évidence d’un échec, d’une publication « pour rien » ! Elle a semé davantage la confusion dans l’esprit des lecteurs, des pasteurs eux-mêmes qui, pour certains, par sites ou blogs interposés, argumentent leur point de vue… soi disant pour se rapprocher de LA vérité alors qu’Amoris laetitia aurait du être LA vérité et faire l’unanimité et l’unité entre tous ! Comme l’écrit si bien Mgr Schneider, tout était déjà contenu dans la doctrine de l’Eglise Catholique, tout est déjà dans l’Evangile, il n’y a qu’à s’y référer un point c’est tout ! L’exemple de ces voix disconcordantes au sein de l’Eglise est contre productive, fait le bonheur de ceux qui souhaitent la voir disparaître et blessent le cœur de ceux qui mettent leur foi en Jésus Christ !

    • TM

      Ce n’est pas le texte qui crée la confusion et le désordre. Il était déjà là, mais on n’en discutait pas vraiment. Le pape a donc voulu que l’on discute franchement, que les arguments puisent s’échanger librement. Cela peut donner l’impression d’un grand désordre, mais il fallait aussi que cela puisse sortir au grand jour pour en discuter et y répondre. La réponse du pape n’est pas ambigüe, mais subtile et complexe. Il ne répond pas en donnant raison à un camp contre un autre, mais en sortant par le sommet, en prenant comme modèle la pédagogie divine elle-même. Il faudra du temps pour bien le comprendre, mais un progrès doctrinal peut en résulter si l’on fait l’effort de le recevoir dans la foi catholique.

  8. yves

    C’est bien gentil de raisonner dans l’abstrait. Dans le concret, les paroisses que je fréquente, tout le monde va communier et ceux qui n’y vont pas on les regarde comme des bêtes curieuses et cela depuis des années et des années.

  9. Mike

    Merci pour votre réfutation de plusieurs des erreurs de l’abbé Barthe.
    Je vous mentionne un point qui me fait difficulté dans votre premier article.
    Vous avez écrit: «Tout en distinguant les situations, Jean-Paul II avait maintenu la règle, pour un motif pastoral et donc par un choix prudentiel, afin d’éviter le scandale. Il n’est donc pas contraire à la doctrine et à la loi divine que le pape François fasse un autre choix prudentiel, tenant compte de ces possibilités de distorsion de la conscience, tout en maintenant la règle d’éviter le scandale (AL 299).»
    http://www.riposte-catholique.fr/riposte-catholique-blog/points-non-negociables-riposte-catholique-blog/rp-thomas-michelet-op-analyse-note-351-damoris-laetitia-riposte-catholique
    Je pense que vous réduisez considérablement les raisons données par Jean-Paul II à l’appui de la position de l’Eglise concernant la question de la communion des divorcés-remariés. Il est vrai que Jean-Paul II donne une raison pastorale, une raison de prudence:
    «Il y a par ailleurs un autre motif pastoral particulier: si l’on admettait ces personnes à l’Eucharistie, les fidèles seraient induits en erreur et comprendraient mal la doctrine de l’Eglise concernant l’indissolubilité du mariage.»
    http://w2.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/apost_exhortations/documents/hf_jp-ii_exh_19811122_familiaris-consortio.html
    Mais vous omettez le motif principal qui fonde la discipline de l’Église en cette matière et que Jean-Paul II formule dans Familiaris Consortio (no 84):
    «L’Eglise, cependant, réaffirme sa discipline, fondée sur l’Ecriture Sainte, selon laquelle elle ne peut admettre à la communion eucharistique les divorcés remariés. Ils se sont rendus eux-mêmes incapables d’y être admis car leur état et leur condition de vie est en contradiction objective avec la communion d’amour entre le Christ et l’Eglise, telle qu’elle s’exprime et est rendue présente dans l’Eucharistie.»
    Ce n’est pas là une raison pastorale ou prudentielle qui peut changer avec le temps.
    Mes salutations fraternelles.

    • Mike

      Et voici ce que disait récemment le cardinal Müller à ce sujet:

      «Il y a des gens qui ont affirmé qu’ »Amoris Laetitia » a éliminé cette discipline et qu’elle permet, tout au moins dans certains cas, aux divorcés remariés de recevoir l’Eucharistie sans qu’il soit nécessaire qu’ils transforment leur mode de vie suivant les indications données dans FC 84 (c’est-à-dire en abandonnant leur nouvelle union ou en la vivant comme frère et sœur). À cela il faut répondre que, si « Amoris Laetitia » avait voulu annuler une discipline tellement enracinée et tellement importante, elle se serait exprimée de manière claire et en fournissant les motifs correspondants. Or il n’y a aucune affirmation en ce sens ; et le pape ne met en doute à aucun moment les arguments présentés par ses prédécesseurs, qui ne sont pas fondés sur la culpabilité subjective de ces divorcés remariés qui sont nos frères, mais sur leur mode de vie visible, objectif, qui est contraire à l’enseignement du Christ.

      «Mais est-ce que ce changement ne se trouve pas – objectent certains – dans une note en bas de page, dans laquelle il est indiqué que, dans certains cas, l’Église pourrait offrir l’aide des sacrements aux personnes qui vivent en situation objective de péché (n. 351) ? Sans entrer dans une analyse détaillée, il suffit de dire que cette note fait référence à des situations objectives de péché en général, sans citer le cas spécifique des divorcés qui ont contracté une nouvelle union civile. La situation de ces derniers, en effet, présente des caractéristiques particulières, qui la différencient d’autres situations. Ces divorcés vivent en opposition avec le sacrement du mariage et, par conséquent, avec l’économie sacramentelle, dont le centre est l’Eucharistie. C’est en effet la raison donnée par le magistère précédent pour justifier la discipline eucharistique de FC 84 ; un argument qui ne se trouve ni dans la note ni dans son contexte. Par conséquent ce qu’affirme la note 351 ne touche pas à la discipline antérieure : la norme indiquée par FC 84 et par SC 29 reste valable, ainsi que son application dans tous les cas.

      «Le principe de fond est que personne ne peut véritablement désirer un sacrement, celui de l’Eucharistie, sans désirer vivre également en accord avec les sacrements, parmi lesquels celui du mariage. Les gens qui vivent en opposition au lien matrimonial s’opposent au signe visible du sacrement du mariage ; en ce qui touche à leur existence corporelle, même si ensuite ils ne sont pas subjectivement coupables, ils deviennent des “anti-signes” de l’indissolubilité. C’est précisément parce que leur vie corporelle est contraire au signe qu’ils ne peuvent pas faire partie, en recevant la communion, du signe eucharistique suprême, dans lequel se révèle l’amour incarné de Jésus. L’Église, si elle l’admettait, tomberait dans ce que saint Thomas d’Aquin appelait “une fausseté dans les signes sacramentels”. Et nous ne sommes pas devant une conclusion doctrinale excessive, mais bien devant la base même de la constitution sacramentelle de l’Église, que nous avons comparée à l’architecture de l’arche de Noé. C’est une architecture que l’Église ne peut pas modifier, parce qu’elle vient de Jésus lui-même ; parce qu’elle, l’Église, en est issue, et que c’est sur cela qu’elle s’appuie pour naviguer sur les eaux du déluge. Changer la discipline sur ce point concret, en admettant une contradiction entre l’Eucharistie et le mariage, signifierait nécessairement modifier la profession de foi de l’Église, qui enseigne et réalise l’harmonie entre tous les sacrements, telle qu’elle l’a reçue de Jésus. Le sang des martyrs a été versé sur cette foi en un mariage indissoluble, non pas en tant qu’idéal lointain mais en tant que pratique concrète.»

      http://chiesa.espresso.repubblica.it/articolo/1351295?fr=y

  10. LE PERE THOMAS MICHELET REFUTE PAR SAINT THOMAS D’AQUIN (III p. question 80, article 4)

    THESE DE SAINT PAUL (1. Cor. 11, 28) :

    Que l’homme s’éprouve lui-même et qu’ensuite il mange de ce pain et boive de ce calice.

    ANTITHESE DU PERE THOMAS MICHELET (interprétation d’Amoris laetitia) :

    Que l’homme mange de ce pain et boive de ce calice et qu’ensuite il s’éprouve lui-même.

    1er argument du père Michelet :

    « Le pape est clair sur le fait que tout le monde est appelé à la conversion : « conversion missionnaire » pour les pasteurs ; conversion aux exigences de l’Évangile pour les pécheurs. Simplement, cette conversion ne peut pas être présentée comme un préalable et un obstacle infranchissable [à la communion eucharistique] ; mais elle doit être le but visé, vers lequel on se dirige résolument, même s’il faut du temps et des étapes pour cela. Dieu a toujours fait ainsi avec son peuple. »

    Réponse de saint Thomas :

    « Il faut répondre [au premier argument] que dans l’eucharistie comme dans les autres sacrements, ce qui est le sacrement est le signe de ce qui est la chose du sacrement. Mais dans l’eucharistie on distingue deux sortes de choses… : l’une qui est signifiée et contenue, c’est le Christ lui-même ; l’autre qui est signifiée et qui n’est pas contenue, c’est-à-dire le corps mystique du Christ qui est la société des saints. Par conséquent, quiconque reçoit ce sacrement signifie par là qu’il est uni au Christ et incorporé à ses membres : ce qui est produit par la foi formée (la foi animée par la charité, contrairement à la foi informe qui désigne la foi sans l’état de grâce), qui est incompatible avec le péché mortel. C’est pourquoi il est évident que celui qui reçoit l’eucharistie dans l’état de péché mortel, commet une fausseté dans ce sacrement et tombe pour ce motif dans le sacrilège, comme profanateur d’une chose sacrée, et par suite pèche mortellement… Le Christ apparaissant sous son espèce propre, ne se donnait pas à toucher aux hommes en signe de leur union spirituelle avec lui, comme il se donne dans l’eucharistie pour qu’on le reçoive. C’est pour cela que les pécheurs qui le touchaient dans son espèce propre n’encouraient pas le crime de fausseté à l’égard des choses divines, comme les pécheurs qui le reçoivent dans le sacrement. De plus, le Christ portait encore la ressemblance de la chair du péché, et c’est pour cela qu’il était convenable qu’il se laissât toucher par les pécheurs ; mais cette ressemblance ayant été détruite par la gloire de la résurrection, il a défendu à la femme, dont la foi manquait encore d’une certaine perfection à son égard, de le toucher (Joan. XX, 17) : Ne me touchez pas, dit-il, car je ne suis pas encore monté vers mon Père, c’est-à-dire, ajoute saint Augustin {Tract, CXXI in Joan.): Je ne suis pas tel que je dois être dans votre cœur. C’est pourquoi les pécheurs qui manquent de la foi formée à l’égard du Christ, sont empêchés de s’approcher de ce sacrement. »

    2nd argument du père Michelet :

    « Tout en distinguant les situations, Jean-Paul II avait maintenu la règle [d’interdire la communion aux divorcés-remariés], pour un motif pastoral et donc par un choix prudentiel, afin d’éviter le scandale. Il n’est donc pas contraire à la doctrine et à la loi divine que le pape François fasse un autre choix prudentiel, tenant compte de ces possibilités de distorsion de la conscience, tout en maintenant la règle d’éviter le scandale (AL 299). Ce n’est pas que l’on permette au pécheur de « s’arranger avec sa conscience » ; c’est qu’il faut désormais partir de beaucoup plus loin pour pouvoir réconcilier un pécheur avec l’Église. Parce que les consciences sont de plus en plus déformées, et qu’il faut donc d’abord les reformer pour leur permettre d’avancer sur un chemin de perfection… Le pasteur ne peut pas être comme un médecin qui dirait : « vous êtes malade, ce n’est pas bien, il ne faut pas ! » Mais il doit guérir, ou du moins faire tout son possible pour obtenir cette guérison, qui est fondamentalement l’œuvre de Dieu. Parfois, on peut le faire séance tenante, cela suffit. En général, ça prend beaucoup de temps, parce que la conscience est très déformée. D’où la nécessité d’un accompagnement sur la durée. »

    Réponse de saint Thomas :

    « Il faut répondre au second argument, que toute médecine ne convient pas pour toute espèce de maladie. Car le remède qu’on donne à ceux qui n’ont plus la fièvre pour les fortifier, leur nuirait, si on le leur donnait quand la fièvre est encore très-vive ; de même, le baptême et la pénitence sont aussi des remèdes purgatifs que l’on donne pour enlever la fièvre du pécheur, tandis que l’eucharistie est une médecine fortifiante qu’on ne doit donner qu’à ceux qui sont délivrés de leurs fautes. »

    3ème argument du père Michelet :

    « Il ne suffit pas de rappeler la loi de l’extérieur : encore faut-il que la personne la comprenne et l’accueille véritablement de l’intérieur. [Amoris laetitia] ne dit pas autre chose… Ce qui est sûr, c’est que ce texte est incompréhensible dans le cadre d’une « morale de la loi » qui est celle de Kant ou des jansénistes. Il est parfaitement recevable dans le cadre d’une « morale de la vertu » qui est celle de S. Thomas d’Aquin, « doctor communis ». »

    Réponse de saint Thomas :

    « Il faut répondre au troisième argument, (…) [qu’]il y en a qui (…) usent mal [des vertus de l’âme], comme d’objets qu’on peut mal employer, ainsi qu’on le voit à l’égard de ceux qui s’en enorgueillissent. De même l’eucharistie, considérée en elle-même, n’est pas le principe du mauvais usage, mais elle en est l’objet. D’où saint Augustin dit (Tract, LXII in Joan. circ, princ.) : Il y en a beaucoup qui reçoivent indignement le corps du Christ ; ce qui nous apprend avec quel soin nous devons éviter de recevoir mal ce qui est bon. Car le bien se change en mal quand on reçoit mal ce qui est bon ; au lieu que l’Apôtre, au contraire, a changé le mal en bien, quand il a bien reçu le mal, c’est-à-dire quand il a supporté avec patience l’aiguillon de Satan. »

    4ème argument du père Michelet :

    « Le régime de « Familiaris consortio » est bien changé. Non pas dans le fait que des pécheurs conscients de leur péché grave vont recevoir la communion : cela n’est pas possible et ne le sera jamais. Mais dans le fait que des personnes qui ne savent pas qu’elles sont dans le péché peuvent recevoir « l’aide des sacrements », jusqu’à ce qu’elles prennent conscience de ce péché dans l’accompagnement spirituel. Elles cesseront alors de les recevoir, tant qu’elles n’auront pas changé leur état de vie pour se conformer pleinement aux exigences de l’Évangile, d’après « Familiaris consortio ». Ce n’est pas que l’on fasse une exception pour elles ; c’est plutôt qu’on leur applique le régime général déjà établi pour tous les autres cas. « Familiaris consortio » rappelait qu’il n’était pas possible de donner la communion aux divorcés remariés, parce que l’on estimait qu’une telle ignorance était impossible dans leur situation. En effet, de même qu’on ne fait pas de péché sans le savoir ni le vouloir, de même on ne se marie pas sans le savoir ni le vouloir. Et donc, toute atteinte à la fidélité du mariage était nécessairement coupable. Ou bien, si la personne ne le savait vraiment pas, cela signifiait à coup sûr que son mariage sacramentel était nul « ab initio », qu’il n’avait jamais existé faute d’un vrai consentement à ce qu’est le mariage. Or les progrès de la psychologie en même temps que les « progrès » d’une société confuse et sans repères font que de plus en plus de personnes ignorent ce qui était autrefois évident pour tous. De sorte que ce qui était valable pour toutes les autres catégories de péchés le devient aussi pour les divorcés remariés. »

    Réponse de saint Thomas :

    « Il faut répondre [au quatrième argument], que si l’on n’a pas la conscience de son péché, ceci peut tenir à deux choses : 1° ce peut être par sa faute ; soit parce que, par suite de l’ignorance du droit qui n’excuse pas, on croit que ce qui est un péché n’en est pas un, comme si un fornicateur pensait que la simple fornication n’est pas un péché mortel ; soit parce qu’on a mis de la négligence à s’examiner, contrairement à ce que dit l’Apôtre (I. Cor. XI, 28) : Que l’homme s’éprouve lui-même et qu’ensuite il mange de ce pain et boive de ce calice. Le pécheur qui reçoit ainsi le corps du Christ n’en pèche pas moins, quoiqu’il n’ait pas la conscience de son péché, parce que son ignorance est elle-même une faute. 2° Il peut se faire que ce ne soit pas par sa faute ; comme quand il s’est repenti de son péché, mais sans être suffisamment contrit. Dans ce cas, il ne pèche pas en recevant le corps du Christ, parce que l’homme ne peut savoir avec certitude s’il est véritablement contrit ; et il suffit qu’il trouve en lui des signes de contrition, par exemple qu’il se repente de ses fautes passées, et qu’il se propose de les éviter à l’avenir. Mais s’il ignore que ce qu’il a fait était un acte coupable, à cause de l’ignorance de fait qui excuse ; par exemple, s’il s’était approché d’une femme étrangère, croyant que c’est la sienne, on ne devrait pas pour cela lui donner le nom de pécheur. Il en est de même s’il a totalement oublié son péché, la contrition générale suffit pour qu’il soit effacé… On ne doit donc pas non plus le considérer alors comme pécheur. »

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