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Tribune – Primaire, vote utile et relativisme du rapport de force

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Alors que la Primaire commence, difficilement, à émerger de l’été, sens commun vient de choisir son poulain. L’un des arguments n’est autre que le sempiternel vote utile. Sans me prononcer sur ce choix, ni sur le dit vote utile, dont Jean Frédéric Poisson qui risque de faire les frais de cette décision affirme « qu’on crève du vote utile », il me semble qu’un problème plus structurel paralyse les catholiques dans leur action politique.

 

Il semble bien difficile, en effet, de se positionner aujourd’hui sur l’échiquier politico-socio-religieux.

Tout part dans tous les sens, mais plus encore, il me semble que les nôtres (je ne sais comment nommer notre camp) ne saisissent pas la réalité de la situation présente, laquelle a bien évoluée depuis les années 80.

Il est du reste intéressant de se dire que nous ne savons pas nous nommer. Cela fait maintenant  trois ans que, personnellement, je me tors l’esprit pour dire, avec force guillemets,  » notre camps « ,  » notre dynamique  » ou encore  » notre mouvance « . N’est-il pas finalement relativement symptomatique de ne pas savoir se nommer ? Cela peut signifier plusieurs choses.

Premièrement que nous ne savons pas identifier ce qui nous rassemble et/ou nous meut. Pourtant cette distinction n’est pas mince. Sommes-nous ensemble parce que quelque chose nous unit, ou sommes-nous unis pour aller quelque part ensemble ? Et m’est avis que là est notre premier obstacle. Tous, nous refusons la civilisation dite Taubira. En revanche, nous ne sommes d’accord ni sur ce que nous estimons devoir promouvoir, ni sur la méthode pour y parvenir. Aussi, malgré un fond commun essentiel, fondamental et puissamment ancré dans notre « code génétique », nous nous trouvons incapables d’avancer. Nous sommes à même de dire ce que nous ne souhaitons pas, mais nous pennons à exprimer ce que nous voulons. La raison me parait trouver sa racine dans une erreur inscrite, malheureusement elle aussi, dans notre caryotype. Nous avons commencé à être « contre ». Nous étions quelques-uns à avoir pointé du doigt, dès les premiers balbutiements de nos marches, ce travers qui nous lierait pour longtemps. Nous avons dit et redit ce que n’était pas la famille, nous sommes restés sur la défensive au lieu de proposer et défendre la beauté de notre vérité. Ce faisant nous avons passé notre temps à courir derrière les annonces du gouvernement et de ses mentors LGBT.

Ce travers fut couplé, dès l’origine, au second sens possible de notre impossible capacité à nous designer : il fallait ratisser large. Obnubilés par la loi du nombre, nous avons commis la même erreur qui nous condamne  sempiternellement à l’échec, nous nous sommes mis sur le terrain que nos adversaires, celui du rapport de forces et par là du relativisme. Même si nos revendications sont fermes et non négociables, nous les défendons selon le principe démocratique du rapport de forces, mettant ainsi au vote des vérités transcendantales qui, dès lors, ne le sont plus. L’idée d’un référendum sur le sujet était assurément la plus absurde et mortifère qui fut.

Car le vrai problème n’était pas le mariage homosexuel qui n’est qu’anecdotique en soit. La gravité de l’affaire reposait et repose toujours, avant tout sur le fait qu’un parlement s’arroge le droit de décider des vérités transcendantales sur l’homme et la vie et par là devienne le maître absolu du bien et du mal. C’est ici que réside le changement de civilisation. Bref nous nous sommes battus contre la seule partie émergée de l’iceberg. Forts de quoi, nous n’avions aucune chance de faire fondre la glace.

Alors, nous sommes-nous levés pour de bonnes raisons ? Assurément oui ! Avons-nous mené le bon combat, apparemment non. Nous avons cherché le plus petit dénominateur commun pour lancer une manifestation pour tous, contre la loi Taubira, parce que nous voulions peser dans le rapport de force politico-médiatique.  Ce que faisant, nous nous sommes enlisés dans le bourbier relativiste bien malgré nous.

Le véritable combat n’était autre que celui de l’intangibilité des lois naturelles qui ne sont pas objet de débat législatif. En voulant faire nombre contre l’épiphénomène, nous avons manqué le lieu véritable du combat : la démocratie, comme tout régime politique, a, au-dessus d’elle, des lois fondamentales et son pouvoir est limité, compris entre les bornes de ces lois intangibles. C’est cela qui est miné. C’est cela qu’il faut défendre.

Il n’est pas impossible qu’en prenant ce champ de bataille pour notre mobilisation, nous perdions des troupes en route. Pourtant, nous en serions plus clairs sur l’ADN de notre mouvement. Et ce d’autant plus que l’immense majorité de ceux qui restent mobilisés le sont, précisément, du fait de leur conviction viscéralement attachée à cette intangibilité des lois naturelles. Il ne faut pas seulement défendre les lois naturelles, mais aussi et fondamentalement leur intangibilité.

Aujourd’hui encore, nous sommes paralysés par notre genèse et nous demeurons sur le terrain du rapport de forces, nous contraignant à traiter les épiphénomènes.

Alors, en fin de compte, qui sommes-nous profondément ? Nous critiquons le système, les politiques, les mœurs, les médias, mais tout cela n’a qu’une seule racine, l’érosion quasi achevée de l’intangibilité des lois naturelles. Notre véritable combat est pour la transcendance des lois intangibles de la nature. Tout le reste ne sera jamais que des pansements sur une jambe de bois.

Telle est la raison de la désaffection des « nôtres », de toutes les propositions plus ou moins politiques qui leur sont faites. Chacun sent bien que celles-ci ne vont pas assez loin et elles déçoivent, voire démobilisent les acteurs de 2013.

Ici encore, nous payons notre genèse médiatiquement policée. Nous n’osons pas affirmer le fond de notre identité de manifestants « pro lois intangibles » parce que nous pensons que ce n’est pas assez racoleur ou vendeur. Les Antigone, reprenant le drame antique, ont plus que tout autre compris l’enjeu même du combat.

Et pourtant, que font très officiellement les tenants du gender, sinon affirmer qu’il n’y a ni loi naturelle, ni intangibilité et moins encore de transcendance ? Si personne ne leur porte la contradiction sur ce terrain, il est évident qu’ils progresseront comme dans du beurre, nous laissant nous enliser dans les sables, mouvants et par nature insaisissables, des épiphénomènes

Le fond de notre code génétique est là. Nous sommes des « intouchables » des « intangibles ». Nous défendons des lois naturelles transcendantes, comme Antigone autrefois. Nous sommes, une génération d’Antigone et de veilleurs. De veilleurs parce que les derniers Antigone. Plus l’esprit d’Antigone se répandra, plus les veilleurs gagneront en force, plus, peut-être, pourrons-nous convaincre « les nôtres » que le véritable combat n’est pas dans le rapport de force, ni dans le sulfatage de mesures « acceptables » par le plus grand nombre.

Car irriguer la politique de l’esprit d’Antigone, c’est-à-dire de ce primat dû à l’intangibilité des lois naturelles, c’est modifier profondément la perspective politique elle-même. La différence, le clivage est là et nulle part ailleurs. Tous les autres champs de bataille ne peuvent trouver leur cohérence interne et leur synergie que dans cette ultime finalité politique. Penser à 2017, 2020 ou 2022 n’a de sens que dans une perspective plus profonde et radicale, l’Homme n’est pas Dieu. Nous pouvons tourner les choses dans tous les sens, pour faire de « l’acceptable », le fond réel du problème, depuis des siècles, est là. Tel est le nœud gordien que doivent briser les nouveaux Alexandre de tous poils. Sans cela, ils (nous) s’échoueront toujours contre le récif du relativisme et de l’athéisme. Au fond, nous sommes tellement échoués sur ces deux récifs que nous ne voyons plus même que nous faisons leur jeu par notre timidité (couardise parfois, calcul souvent) à remettre l’Homme à sa place de créature. Ce n’est pas un discours politiquement audible peut-être, mais la véritable politique ne peut nier le réel, sans craindre de s’élever sur un monde de sable, pris à tous les vents.

On ose dire, encore aujourd’hui, qu’il est plus prudent de ne pas parler de Dieu en politique. Mais qu’avons-nous donc encore à perdre ? Les saints et les martyres ont-ils caché Dieu pour avancer ? Refuser, par peur du nombre ou de ne pas faire nombre, de mettre Dieu au cœur du débat (et non pas en débat) c’est par excellence mettre la lumière sous le boisseau. C’est la pire des contradictions, car c’est vouloir pour le monde la lumière et cacher la lumière elle-même.

Le temps n’est plus à l’entrisme. Il a démontré qu’il faisait le jeu du relativisme. Le monde plus que de belles propositions à besoin de repères et donc de lumière. Telle fut la genèse de la manif pour tous, telle doit être sa pérennité. Redonner à ce monde à la dérive les amers qui lui permettront de retrouver le chemin de sa vérité propre. Plus  nous cachons au monde la vérité, plus nous faisons le jeu du démon et de ses sbires, idéologues de tous bords qui, eux, se donnent comme la lumière du monde, sans aucun complexe.

Ne cherchons pas à gagner des voix, mais des âmes ! Le reste viendra de surcroît. Même en politique.