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Entretien – Benoît XVI – Je ne m’attendais pas à lui, mais il est le pape de la réforme pratique

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Après la dernière biographie du pape émérite, publiée le 30 août dernier, un livre-entretien de Benoît XVI avec le journaliste allemand Peter Seewald, paraît ce vendredi 9 septembre. Le livre, qui s’intitule « Dernières conversations », dresse un bilan de son pontificat (2005-2013), de façon inédite, et rend hommage à son successeur le pape François.

En Italie, le quotidien « Corriere della Sera » a publié de large extraits de ce long entretien, en partenariat avec l’éditeur Garzanti. On y découvre la grande liberté avec lequel le pape émérite aborde des sujets sensibles, de sa renonciation à l’élection de Jorge Mario Bergoglio, en passant par le scandale Vatileaks, le « lobby gay » et l’impossibilité de réformer la curie.

« François est l’homme de la réforme pratique« , y déclare notamment Benoît XVI au sujet de son successeur. L’ouvrage paraîtra en français aux éditions Fayard ce 14 septembre.

 

Benoît XVI s’exprime également sur l’élection de son successeur, relevant une anecdote amusante, et avouant un moment « surprise » et de doute… « Mon successeur n’a pas voulu la pèlerine rouge. Cela ne m’a pas touché le moindre du monde. Ce qui m’a touché, au contraire, est qu’avant même de sortir sur la loggia, il ait voulu me téléphoner, mais il n’a pas pu me joindre parce que nous étions devant la télévision. La façon dont il a prié pour moi, le moment de recueillement, puis la politesse avec laquelle il a salué les personnes ont fait que l’étincelle a, pour ainsi dire, jailli tout de suite. Personne ne s’attendait à lui. Je le connaissais, naturellement, mais je n’ai pas pensé à lui. Dans ce sens cela a été une grande surprise. Je n’ai pas pensé qu’il était dans le groupe restreint des candidats. Quand j’ai entendu son nom, j’ai tout d’abord été incertain. Mais quand j’ai vu comment il parlait d’une part avec Dieu, et de l’autre avec les hommes, j’ai été vraiment content. Et heureux« .

Benoît XVI relève aussi le sens de cette élection par rapport au dynamisme de l’Eglise: « L’élection d’un cardinal latino-américain signifie que l’Eglise est en mouvement, est dynamique, ouverte, avec devant soi des perspectives de nouveaux développements. Qu’elle n’est pas congelée dans des schémas: il arrive toujours quelque-chose de surprenant, qui possède une dynamique intrinsèque capable de la renouveler constamment. Ce qui est beau et encourageant, c’est que justement à notre époque il arrive des choses auxquelles personne ne s’attendait et qui montrent que l’Eglise est vivante et déborde de nouvelles possibilités« .

« Ce n’était pas mon point fort »

« Chacun a son propre charisme« , indique également le pape émérite dans ce livre. « François est l’homme de la réforme pratique. Il a été longtemps archevêque, il connaît le métier, il a été supérieur des jésuites et a aussi l’esprit pour mettre la main à des actions de caractère organisationnel. Je savais que ce n’était pas mon point fort« .

Il revient aussi sur l’existence d’un « lobby gay » au Saint-Siège, du temps de son pontificat. « Effectivement on m’avait indiqué un groupe, qu’entre-temps nous avons dissous. Il était signalé dans le rapport de la commission de trois cardinaux que l’on pouvait identifier un petit groupe de quatre, peut-être cinq personnes. Nous l’avons dissout. S’il s’en formera d’autres? Je ne le sais pas. Mais le Vatican ne pullule pas de cas de ce genre« .

Dans « Dernières conversations, Benoît XVI se montre également lucide sur ses faiblesses, tout en refusant de parler d’échec au sujet de son pontificat. « L’un de mes points faibles est peut-être ma faible résolution dans ma façon de gouverner et de prendre des décisions. Ici en réalité je suis plus un professeur, qui réfléchit et médite sur les questions spirituelles. Le gouvernement pratique n’est pas mon point fort et c’est certainement une faiblesse. Mais je ne réussis pas à me voir comme une personne qui a échoué. Pendant huit ans, j’ai rempli mon service. Il y a eu des moments difficiles, il suffit de penser, par exemple, au scandale de la pédophilie et au cas Williamson, et aussi au scandale Vatileaks; mais, en général, ce fut aussi une période pendant laquelle de nombreuses personnes ont trouvé un nouveau chemin vers la foi et cela a été aussi au grand mouvement positif ».

Peter Seewald a déjà écrit deux livres avec Joseph Ratzinger, dont il est très proche: « Dieu et le monde » (2001), alors qu’il était cardinal, puis « Lumière du monde » (2010), une fois devenu le pape Benoît XVI.

Source Cathobel