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Royaume-Uni : suicide assisté pour ceux qui ont moins d’un an à vivre ?

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Lord Falconer

Le Royaume-Uni est de nouveau sous le coup de campagnes visant à légaliser l’euthanasie et le suicide assisté. Une proposition de loi signée du leader de la « Commission sur la mort assisté », Lord Falconer, vise à donner aux médecins le pouvoir d’aider les adultes mentalement capables de prendre ce genre de décision à se suicider, dès lors qu’ils ont moins d’un an à vivre.

L’association pour la mort digne (« Dignity in Dying », naguère la « Voluntary Euthanasia Society) entend faire pression sur le Parlement afin de faire ouvrir une enquête sur le sujet ; elle espère voir la proposition débattue et soumise au vote dès 2013.

Moins d’un an à vivre ? Le critère proposé par le texte est des plus élastiques et dépend d’un diagnostic médical forcément incertain – mais là n’est pas le vrai problème. Le vrai problème est double : c’est la question du devoir de respecter la vie d’autrui, quel que soit son état de santé, et c’est surtout celle de la gestion financière rationnelle de la fin de vie dans des sociétés vieillissantes, possible uniquement si ce respect est nié.

C’est ce que souligne le Dr Peter Saunders, ancien chirurgien militaire et président du Christian Medical Fellowship, sur son blog, Christian Medical Comment.

Il relève que les arguments en faveur du droit au suicide assisté insistent toujours sur le droit des patients, de leur volonté, de leur autonomie, et mettent en avant la « compassion » qui motive la décision d’accéder à leur demande de mourir.

Mais, « en un temps de récession économique et de budgets de santé qui rétrécissent, nous allons être confrontés à un nombre croissant de demandes d’euthanasie pour des raisons économiques ».

Il cite un commentaire sur l’initiative de Lord Falconer parue mardi dans sur le site britannique du Huffington Post. Jill Shaw Ruddock, fondatrice de la Fondation « La seconde moitié de votre vie » y raconte comment elle a vu son père mourir il y a quinze jours au bout de quatre ans d’incontinence et de démence, sans reconnaître sa femme ou ses enfants, sans pouvoir se nourrir : « Il vivait mais ce n’était pas une vie. » Elle y regrette de n’avoir pas pu « l’endormir » comme elle l’a fait la veille pour son vieux cocker de 14 ans atteint de démence sénile, de cécité, d’incontinence et incapable d’utiliser ses jambes.

« Avec notre chien, nous avons eu le droit de choisir quand mettre fin à sa vie afin qu’il puisse mourir dignement et avoir une “bonne mort”. Cette option ne nous a pas été donnée pour mon père. »

Ne vous y trompez pas, la poussée actuelle pour imposer l’idée que l’homme n’est qu’un animal comme les autres, un utilisateur de la planète comme les autres mis à part qu’il la détériore beaucoup plus, est aussi au service de l’élimination de ceux qui pèsent le plus lourd dans nos vies et dans nos sociétés.

Le Dr Saunders, qui titre son message « Ne vous laissez pas berner, c’est surtout une affaire d’argent », relève ces deux paragraphes révélateurs dans le billet de Jill Shaw Ruddock :

« Au Royaume-Uni, au cours de ces 20 dernières années, le nombre de personnes âgées de plus de 85 ans a doublé – un total qui pourrait doubler de nouveau d’ici à 2033. Le coût des soins sur le long terme pour la population âgée de plus en plus nombreuse en Grande-Bretagne a progressé de 67 % entre 2007 et 2009, et pourrait finir par coûter jusqu’à 106 milliards de livres par an, ce qui reviendrait à payer un deuxième NHS (National Health Service – système de soins publics), selon Henry Featherstone, chef de l’unité Santé et soins sociaux de “Policy Exchange”.

La plupart des experts estiment que les changements technologiques de la médecine sont la force agissante qui provoque la progression sur le long terme des dépenses pour la santé. Cependant, si l’on analyse les dépenses de santé, plus de la moitié de ces dépenses aussi bien au Royaume-Uni qu’aux Etats-Unis se font pour des patients qui vont mourir dans moins d’un an. Il n’est pas évident de savoir combien l’on dépense pour des services qui sont non seulement pas nécessaires, mais non désirés. Ce qu’il faut analyser, c’est de savoir qui bénéficie des milliards dépensés pour les soins de santé de ceux qu’on aide à vivre contre leur gré. »

Le message est on ne peut plus clair. Au lieu de multiplier par deux le coût des soins pour les vieillards encombrants, on pourrait diviser par deux le budget de l’assurance maladie au Royaume-Uni s’ils étaient éliminés un an avant leur mort prévisible… Bien sûr les choses ne sont pas dites aussi crûment, mais sur le plan mathématique, tout est là. Notez au passage la pique lancée contre ceux qui profitent de la situation : les soins apportés aux personnes âgées pendant les derniers mois de leur vie sont présentés comme une mine d’or pour des profiteurs sans scrupules – le corps médical qui abuse de la faiblesse de ces vieillards.

 

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