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La foi fonde une politique juste

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Le communiqué de presse, très tendance de Gaëtan Dussausaye, Directeur national du Front National de la Jeunesse, invite à quelques réflexions.

« Par le redressement de l’École de la République, le Front National de la Jeunesse entend rendre à la jeunesse un esprit critique, garantie d’une certaine sérénité au sein de notre société. Attachés à la liberté de culte et de croyance dans un espace privé, il est important de rappeler notre attachement à la laïcité dans l’espace public. »

La première d’entre elle est une surprise. Aujourd’hui encore parmi la jeune génération on mène ce combat d’arrière garde qu’est le laïcisme. Attendons-nous pourtant à ce que, dans peu de temps, les nouveaux tribuns de la doxa républicaine tentent de récupérer la vague religieuse qu’ils ne pourront plus contenir. Des siècles durant l’intelligentsia a assis son emprise populaire sur une schizophrénie de moins en moins refoulée.

L’Homme est fait pour Dieu et cela les hordes laïcardes n’y peuvent rien. Ce vide existentiel sera toujours la donnée principale du mouvement chez l’être humain.

L’essentiel de la débâcle de notre société, mais aussi de l’état dépressif des populations vient de cette rupture entre l’Homme et cette tension fondamentale en lui qui le pousse vers Dieu. L’Homme est « capax Dei ». Terrible grâce qui signe aussi son drame. Être capable de Dieu n’est pas simplement une possibilité parmi d’autres. C’est une nécessité vitale à combler. Alors face à ce vide existentiel, l’illusion moderniste athée offre tous les palliatifs de la compensation.

Mais accumuler des biens finis ne donne jamais l’infini. Aussi la réduction de l’Homme à l’état de bête laïque est l’assurance la plus forte de l’effondrement du château de cartes que l’on s’évertue à appeler « valeur de la république ».

Ensuite, s’émouvoir que 66% des musulmans et 38% des catholiques font davantage confiance en les lois divines qu’en l’enseignement humain montre bien la méconnaissance profonde de ce qu’est la foi. La foi est fondamentalement un acte de confiance et d’adhésion. Signe d’une part de l’attachement profond de ces jeunes à leur religion et de la défiance de ces mêmes jeunes vis à vis de ces valeurs de la république et/ou de ceux qui les enseignent. Signe également que les deux s’opposent. Ce n’est pas en mettant en concurrence les données de la foi et celles de la république que l’adhésion à ces dernières se fera. Remarquez que face au matraquage athée que subit la population, 66% de musulmans et 38% de catholiques résistent, ce qui restent des chiffres importants. Passons sur l’effet largement communautariste et identitaire pour les musulmans, signe de l’échec d’une politique d’intégration et d’un enfermement culturel allant jusqu’à refuser qu’en classe on puisse parler des dieux grecs.

38% de jeunes catholiques qui osent braver l’enseignement uniforme et anti-déiste, cela mérite d’être accompagnés et soutenus par les adultes.

Ces chiffres sont trop vagues pour leur donner plus de poids qu’ils n’en ont. Les conclusions auxquelles ils donnent lieu sont plus inquiétantes car elles refusent la liberté de conscience. En voulant renforcer le primat des valeurs de la république, on nie la liberté de celui pour qui ces mêmes valeurs doivent être en dépendance des lois religieuses.

C’est une inversion des priorités dangereuse tant pour la liberté de conscience que pour la liberté d’expression. Fonder le vivre ensemble sur les valeurs de la république, c’est exclure de facto ceux qui contesteraient la légitimité de ces dites valeurs. C’est commode pour exclure les musulmans, c’est gênant pour intégrer les catholiques.

Comme je l’ai dit en d’autres endroits, la religion est un enjeu éminemment politique. Ne pas fonder la civilisation sur la transcendance divine est précisément ce qui nous a conduit dans l’impasse actuelle.

Oui Monsieur Dussausaye, les lois divines priment bien sur les lois de la république en ce sens que les premières fondent la civilisation et le bonheur de l’Homme, tandis que les autres n’établissent qu’un modus vivendi à l’intérieur de ces cadres fondamentaux que pose la religion.

Nous ne devons pas avoir peur de l’affirmer, parce que notre foi est raisonnable, comme l’affirmait Benoit XVI dans son discours à la Sapienza et avant lui Jean-Paul II dans Fides et ratio. Contrairement au communiqué du FNJ, la foi n’est pas réservée au domaine privé. Les chrétiens ont suffisamment été contraints dans l’antichambre de la schizophrénie.

L’objection de conscience est une attention permanente pour l’âme qui cherche Dieu.

Nous-mêmes, si nous posons notre foi comme fondée sur le réel, à l’appui des sciences les plus justes, nous pouvons en rendre compte, selon l’invitation de saint Pierre. La foi n’est pas une simple conviction intime, elle est fondée dans le réel parce qu’elle est ce qu’il y a de mieux pour le bonheur de l’Homme. Tel doit être l’engagement du chrétien dans le monde politique. Il ne peut y avoir de déconnexion entre le politique et le religieux. Ce qui ne veut pas dire fonder une théocratie.

Si les lois de la république sont contraires à la foi, alors ces lois sont iniques et injustes. En conscience ces jeunes, s’ils sont bien formés et que leur conscience est effectivement droite, ont le droit et plus encore le devoir de s’y opposer. Aux adultes de les accompagner.