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Tribune – La Croix, la loi et la foi

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« Si par la Loi on atteint la justice, c’est donc pour rien que le Christ est mort. » Gal 2,21

 

Le rapport entre la foi, la loi et la Croix est un rapport complexe et souvent difficile à appréhender. De part et d’autre de la Croix se situent bien souvent le rigorisme et le laxisme. Prétextant le salut opéré par la croix et la nécessaire adhésion de foi, il arrive que l’on hypertrophie la miséricorde au point de soutenir que seule la foi suffit, que ce qui compte c’est l’esprit et que toute forme de loi est obsolète. Inversement, considérant le sacrifice sanglant du Christ avec son exemple d’obéissance et d’abnégation, on en arrive parfois à réduire la Croix à une efficacité mécanique liée aux sacrifices et aux rites.

En réalité cette dualité autour de la Croix peut  se résumer bien souvent au sacrifice de l’amour ou de la vérité. Sur l’autel de l’amour miséricordieux, est sacrifiée la Vérité.  Sur l’autel de la Vérité est sacrifié l’amour miséricordieux. Or comme le dit le psaume «  Amour et Vérité s’embrassent ». Comme le rappelle Benoît XVI dans son encyclique Caritas in veritate, il ne peut y avoir de vérité sans amour ni d’amour sans vérité. Une vérité privée de l’amour ne peut être une vérité divine. Un amour qui exclut ou amoindrit la vérité, ne peut être en aucun cas un amour divin. Aimer suppose la vérité. Or la vérité est une loi absolue, si ce n’est la loi divine par excellence. Car que nous demande Dieu sinon d’être vrais, de vivre dans la vérité et non soumis au Prince du mensonge ?

Avoir la foi c’est d’abord et avant tout adhérer à la Vérité divine, donc la reconnaître et chercher à la faire sienne. Ne pas reconnaître ni adhérer à la pleine vérité de Dieu c’est, en définitive, ne pas aimer Dieu tel qu’il est, c’est aimer un Dieu amputé d’une partie de sa vérité, c’est parfois même choisir, construire son propre Dieu. La Vérité est loi en ce sens qu’elle est normative. Rien au monde ne peut faire que la vérité soit fausse. La vérité de ce fait s’impose à nous comme loi et c’est à cette loi vraie à laquelle la foi est invitée à adhérer.

Aussi, la foi est-elle un acte d’adhésion à la loi divine de la vérité.  Refuser la loi, c’est refuser la foi. Voilà pourquoi, il faut aimer la Loi en tant qu’elle s’impose à nous comme Vérité, c’est-à-dire comme connaissance de Dieu et de ce fait comme chemin vers Dieu. Reconnaître la vérité de Dieu, exprimée dans la Loi est donc une étape essentielle dans le cheminement vers Dieu. La Croix n’abolit en rien la Loi, elle l’accomplit en ouvrant à la connaissance de l’homme et à l’adhésion de la foi, un visage désormais complet de Dieu.

Par la bouche d’Isaïe, le Seigneur dit au sujet de la montagne sainte : « Il ne se fera ni mal, ni destruction sur toute ma montagne sainte, car le pays sera rempli de la connaissance du Seigneur. » Is 10,9. Par Osée, Dieu pleure : «  Mon peuple est en exil faute de connaissance. » Le drame de l’homme et de l’humanité réside dans cette lacune terrible de la non connaissance de Dieu. Si l’on considère avec saint Augustin que connaître Dieu c’est l’aimer, alors on comprend le lien étroit entre le fait de connaître Dieu et donc sa vérité et d’appliquer ses commandements non par contrainte mais par amour.

Si Dieu est vérité, si ses lois sont vérité alors La vérité de Dieu est une réalité qui s’impose à nous. Aussi connaître Dieu n’est autre que vivre dans la vérité. Si connaître Dieu c’est l’aimer, alors connaître Dieu c’est aussi connaître la vérité et l’aimer. C’est pour cela que sur la montagne sainte, dans le royaume, là où Dieu est reconnu et aimé, il ne peut y avoir de mal, parce qu’il ne peut y avoir de mensonge. Si la vérité est Dieu, alors la pratique de la vérité, de ses lois, est d’abord un acte d’amour, une adhésion amoureuse pour demeurer avec Dieu et en Lui. Aussi qui cherche la Vérité, qui connaît Dieu, s’éloigne naturellement du mal, conséquence de l’ignorance et de l’éloignement de Dieu. La paix divine est liée à la connaissance de Dieu, d’une part parce qu’elle conduit à la vision béatifique et d’autre part parce qu’elle éloigne du mal. Connaître et aimer Dieu est le rempart le plus sûr contre le trouble et l’angoisse, contre les assauts du mal. L’Apôtre ne dit il pas lui-même : « Si Dieu est avec moi que puis-je craindre du mal ? »

Il est donc vital pour le chrétien d’approfondir sa connaissance de Dieu et par là sa fréquentation de Dieu afin de se prémunir du mal qui peut l’assaillir ou qu’il peut commettre, mais aussi afin de répandre autour de lui la connaissance véritable de Dieu. Car savoir l’existence de Dieu ne suffit pas. Pour être sauvé, pour vivre uni à Dieu, il faut le connaître parce qu’il faut l’aimer, Lui, en vérité, et non une image tronquée.

 

La ligne éditoriale de Riposte catholique cherche à sortir de la « langue de buis », peu propice à la recherche de la vérité.  C’est pourquoi nous publions volontiers des tribunes libres. Nous précisons cependant que ces tribunes publiées sur Riposte Catholique n’engagent que leurs auteurs. Nous les proposons à nos lecteurs en tant que contributions au débat et à la réflexion. La Rédaction