Xavier Lemoine : « seul le christianisme connaît le concept de « personne », avec la dignité inaliénable qui s’y rattache »

Le maire PCD de Montfermeil (Seine-Saint-Denis) répond aux questions de Pierre Cassen, un des animateurs de Riposte Laïque :

« Nos sociétés occidentales, c’est une réalité et un fait, ont été façonnées par la Révélation Chrétienne et si aujourd’hui bon nombre des errements intellectuels ne sont comme le disait Chesterton que « des idées chrétiennes devenues folles », elles en restent fortement imprégnées. Aucune œuvre d’art (littérature, musique, cinéma, peinture, sculpture) n’est intelligible sans la resituer dans ce contexte général.

Les œuvres qui ont prétendu s’en affranchir totalement sont souvent elles-mêmes inintelligibles au plus grand nombre et tombées dans l’oubli.

Précisons encore notre pensée. Si la notion de « personne » nous semble une évidence et ne paraît pas remise en cause, cette notion nous vient droit du Christianisme et est dans le même temps inconnue en Islam qui considère certes des individus, mais en tant qu’ils appartiennent à la Communauté. (L’OUMMA). En effet, la Révélation chrétienne, par laquelle Dieu se fait connaître aux hommes, a des conséquences directes sur la manière dont le christianisme considère l’Homme. Seul le Christianisme connaît le concept de « personne », avec la dignité inaliénable qui s’y rattache. Je retiens à ce sujet ce que le pape Benoît XVI écrivait dans son Message pour la Journée mondiale de la paix du 1er janvier 2007 : « La Sainte Ecriture affirme : ‘Dieu créa l’homme à Son image, à l’image de Dieu Il le créa, Il les créa homme et femme’ (Genèse 1, 27). Parce qu’il est créé à l’image de Dieu, l’individu humain a la dignité de personne : il n’est pas seulement quelque chose mais quelqu’un, capable de se connaître, de se posséder, de se donner librement et d’entrer en communion avec d’autres personnes ». On peut compléter ceci par une autre citation de Benoît XVI, extraite de son encyclique Caritas in Veritate (2009) : « De l’affirmation biblique découle la dignité inviolable de la personne humaine » (n° 45).

Ce n’est pas tout. Dieu a tellement de considération pour sa créature humaine qu’Il est allé jusqu’à s’abaisser, Lui le Transcendant et le Tout-Puissant, en prenant la condition humaine par l’Incarnation de Son Verbe, en se faisant « Emmanuel », Dieu avec nous. Et Benoît XVI en tire cette magnifique affirmation, toujours dans Caritas in Veritate : « Le christianisme est la religion du Dieu qui possède un visage humain » (n° 31). Ce faisant, Dieu a confié à son Fils unique, Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, la mission de faire de nous des fils adoptifs, par le baptême. Et c’est ainsi que Dieu s’est également révélé comme Père.

Peut-être bon nombre de vos lecteurs se récrieront violemment à ces citations. C’est quand même, au-delà de la Foi et des convictions profondes de chacune et chacun d’entre nous, la vision qui a irrigué, fécondé nos cultures et notre civilisation. On peut en récuser la source mais on ne peut nier avoir bénéficié de ces apports tout à fait fondamentaux.

Voyons maintenant ce que l’islam enseigne au sujet de l’identité de l’homme.

Le récit coranique de la création ne reprend pas l’information contenue dans la Genèse, selon laquelle l’homme est créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. Le Coran insiste d’ailleurs à dire : « Dieu, rien ne lui est semblable » (42, 11). Il s’agit là d’un reproche adressé aux chrétiens, coupables, selon le Coran, d’avoir divinisé Jésus, mais cela s’applique à tous les hommes.

Le Dieu du Coran n’est pas un Dieu personnel. C’est pourquoi l’islam ignore le concept de « personne ». Il reconnaît certes l’existence d’individus – une évidence – mais cet individu ne réalise pas sa dignité à partir de sa nature d’être créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. La dignité de l’homme lui vient de son état de musulman, mot signifiant « soumis » à Dieu. L’islam se présente d’ailleurs comme la religion que Dieu a inscrite dans la nature humaine (30, 30) et qu’Adam, le premier homme, a acceptée. Cet échange constitue le « pacte primordial » (7, 172) qui n’est en rien l’alliance biblique. Tout être humain qui vient au monde est donc considéré comme musulman. Il lui est demandé de suivre cette religion constitutive, sous peine de se trouver dans un « profond égarement » (4, 136).

L’homme réalise aussi sa dignité grâce à son appartenance à l’Oumma (la communauté des « vrais croyants ») qui prévaut sur lui. L’étymologie du mot arabe Oumma est intéressante de ce point de vue. Sa racine est « oum » qui veut dire mère ou matrice. L’Oumma enferme le musulman dans un système fraternel qui le protège et le rassure, certes, mais où il n’est pas vraiment libre et responsable. Le musulman est fier de cette appartenance car Dieu, dans le Coran, présente l’Oumma comme « la meilleure communauté suscitée parmi les hommes » (3, 110). Au passage, il convient de noter le sentiment de supériorité qui résulte d’une telle affirmation, si bien que, dans le comportement avec le monde non-musulman, il n’y a en principe pas de place à l’examen de conscience ou à l’auto-critique, comme c’est le cas dans le christianisme.

Par ailleurs, en réfutant les dogmes de la Trinité et de l’Incarnation, le musulman refuse le sens, adoptif mais non moins réel, de la paternité divine. Pour lui, il s’agit d’une croyance blasphématoire car, du point de vue islamique, il n’y a de paternité que biologique. L’islam ignore les notions d’engendrement en Dieu et de fécondité spirituelle.

C’est pourquoi il n’y a pas chez les musulmans de virginité consacrée, tout comme il n’y a pas de religieux au sens chrétien du terme, c’est-à-dire des personnes qui se donnent à Dieu dans tout leur être au moyen des vœux religieux ; mais il y a des hommes de religion, qui sont chargés de fonctions relative au culte et à la Loi. La nuance est importante.

Il convient aussi de souligner que le mot « personne » n’existe pas dans le vocabulaire arabe, langue qui sert de référence aux musulmans du monde entier, car, selon la croyance islamique, c’est elle que Dieu a utilisée pour dicter le Coran à Mahomet. S’il n’y a pas ce mot, il n’y a donc pas de concept équivalent. Il y a certes des individus, des gens, mais ceux-ci n’ont pas la dignité ontologique de personnes. Confrontés à cette lacune, les chrétiens du Proche-Orient, arabisés lors des conquêtes islamiques, à partir du VIIème siècle, ont conservé le mot araméen (la langue que parlait Jésus) « ouqnoum », pour désigner le concept de « personne ». Cette négation de la personne trouve son expression dans certaines pratiques comme l’interdiction de reproduire le visage humain au moyen d’images, de photos, de sculptures, comme cela se constate dans certains milieux intégristes. Mais la forme la plus terrible de cette négation est sans doute le port du voile intégral (niqab ou burqa) par certaines femmes. Comment peut-on cacher le visage, reflet de l’âme, expression de la personnalité et vecteur de la convivialité sociale ? De même, le fait que bon nombre de pays musulmans n’aient pas signé la Charte Universelle des Droits de l’Homme s’explique par ces divergences fondamentales. »

Arthur Leroy

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