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À propos de l’usage des langues vernaculaires

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Paix Liturgique dans sa lettre n° 401 du 20 août évoque la question de l’usage du vernaculaire (langue parlée) dans la liturgie. Si la langue parlée est peu présente dans la forme extraordinaire (à part pour la traduction des lectures), il y a eu à plusieurs reprises des réflexions dans des colloques sur la possibilité d’insérer davantage de langue vernaculaire dans la liturgie. Le latin étant la langue de l’Église, il présente l’immense avantage d’être universel et limite les risques de mauvaises interprétations ou mauvaises traductions comme nous le rappelle si justement cette tribune ci-dessous.

La lettre de Paix Liturgique nous livre un texte d’Étienne Gilson (1884-1978), membre de l’Académie française, professeur à Harvard et la Sorbonne, publié dans France Catholique (n° 970, 2 juillet 1965) intitulé « Suis-je schismatique ? » :

« On parle beaucoup de schisme, ces temps-ci. Cela m’a d’abord surpris, mais sans m’inquiéter. J’avais toujours cru que les schismes étaient des sécessions collectives par lesquelles des groupes de chrétiens se séparaient de l’Église en corps pour se constituer eux-mêmes en églises distinctes. Cela n’arrive pas souvent, mais cette manière d’entendre les choses exclut toute crainte de créer pour soi-même un petit schisme personnel. Je viens d’apprendre que cette confiance est mal fondée, et qu’un seul individu peut s’offrir le luxe d’un schisme privé, pourvu seulement qu’il s’établisse, consciemment et intentionnellement, hors du corps des fidèles.  Cela peut se faire de bien des manières. La plus remarquable que je connaisse est celle de ce prêtre de Boston, qui se fit naguère exclure du corps de l’Église pour son obstination à enseigner, ce que l’on m’enseignait pourtant dans mon enfance, que, hors l’Église, point de salut. Et le voilà lui-même dehors ! II doit être bien étonné, mais son cas peut inquiéter d’autres que lui, car il suit, en effet, de là qu’une personne particulière peut devenir schismatique sans s’en apercevoir. Il lui suffit pour cela de refuser son adhésion à quelque formule particulière de la doctrine que l’Église enseigne et prescrit d’accepter. Je commence à me demander si, contre mon intention la plus profonde, je ne serais pas moi-même engagé sur la voie d’une aussi périlleuse erreur. […] Que penser de tout cela ? Le plus sage serait assurément de n’en rien dire. Un texte liturgique vu, certainement examiné de près par de hautes compétences théologiques, et adopté par elles, doit présenter toutes les garanties nécessaires. On ne veut certainement pas nous ramener à l’homoiousios de jadis, source de l’un des schismes les plus redoutables qui aient divisé l’Église : le moindre soupçon de ce genre serait absurde. Pourtant, ce ne peut être par hasard, par ignorance ni par négligence que la nature est ici venue remplacer la substance. Pourquoi cette substitution s’est-elle opérée ? Pour un motif apostolique, je crois, et généreusement chrétien. On veut faciliter aux fidèles l’accès des textes liturgiques. On le veut si ardemment qu’on va jusqu’à éliminer du français certains mots théologiquement précis, pour leur en substituer d’autres qui le sont moins, mais dont on pense, à tort ou à raison, qu’ils « diront quelque chose » aux simples fidèles. De même nature semble plus facile à comprendre que de même substance. Ce l’est, en effet, si on prend ce terme à la lettre, et c’est bien là ce que pensaient les Ariens, mais les liturgistes du texte ne pensent certainement pas que le Fils soit d’essence semblable au Père. Ils ne le pensent, ni le disent, ni ne veulent le dire ; alors la seule manière sûre d’exclure ce faux sens est de maintenir le consubstantialem Patri de la tradition.  Il serait troublant de penser qu’une sorte d’avachissement de la pensée théologique puisse tenter certains de se dire qu’au fond ces détails techniques n’ont guère d’importance. Car à quoi bon faciliter l’acte de croire, s’il faut pour cela délester d’une partie de sa substance le contenu même de l’acte de foi ? » 

Cette question de la place de la langue parlée dans la liturgie est essentielle, elle pose la question des traductions (le Pape émérite Benoît XVI a retardé à plusieurs reprises la publication de textes en raison de ces problèmes de traduction) et donc de l’unité, de l’unicité de la célébration de la messe (quel qu’en soit le rite).

11 comments

  1. Yves

    Oui, mais comme à part quelques éminents latinistes, personne ne pense en latin, chacun est bien obligé de se faire sa petite traduction personnelle, plus ou moins juste et précise. On est au mieux ramené au cas de l’usage direct du vernaculaire…

  2. Daniel

    Si on part du principe que M ou Mme tout-le-monde (et les enfants) doivent comprendre ce qu’on dit alors que 99% d’entre eux ne comprennent pas un mot de latin, alors il faut bien traduire pour leur compte. Simplement se pose la question de trouver 1°/ un traducteur qui connait parfaitement le latin (et le grec si possible) 2°/ un traducteur qui soit catholique « pour de vrai ».
    D’ailleurs de nombreux missels d’avant Vatican II portaient une traduction en français, et le problème de la traduction était donc résolu à l’époque. D’excellente traductions de la Bible existaient aussi en français, sinon seulement 1% des français auraient pu la lire (et encore …)
    Et les prêtres qui lisent les épitres sont bien obligés de travailler sur une traduction et cette traduction leur est donnée …
    Donc je ne vois pas de problème de parler français mais seulement de traduction volontairement erronée pour mettre en accord le texte avec la théorie théologique.
    Il faudrait qu’enfin les problèmes de base sur des questions aussi vieilles que le salut des non-chrétiens, la souffrance dans la création, la substance divine du Christ ( en somme le trinité), le Notre Père, soient résolus.
    Rome a bien traduit en latin (langue très parlée à cette époque) les textes originaux grecs.
    Je ne vois pas pourquoi réaliser la transsubstantiation ne français serait de moins de valeur qu’en latin, sachant que la version authentique fut en araméen …

  3. Michel Cliche

    Oui, c’est vrai que le langage vernaculaire est parfois un piège pour ceux et celles qui l’annoncent, car dans une langue et l’autre, la traduction peut avoir une différence plus qu’appréciable. Imaginons-nous maintenant ce que cela représente pour le pape en regard de ses discours dans le monde entier! Le jeu de mots peut paraître humoristique dans une langue et porter une atteinte dans une autre. Malheureusement, c’est une possibilité qu’il ne faut pas ignorer et savoir s’excuser et se corriger lorsque cela se produit. Ce n’est pas de tomber qui est grave, mais refuser de se relever! Le mot à mot de l’Évangile et les explications appartiennent aux successeurs des apôtres de l’Église

  4. Loco

    Homoioisios = consubstantiel = de même substance .
    C’est la même substance qui est Père et qui est Fils , c’est pourquoi les deux personnes ne sont à elles deux qu’un seul Dieu, sans oublier l’Esprit, l’ Amour qui les unit et qui est une personne à part entière.

  5. AUBERT Roger

    Pôvre de nous… Si nous ne savions pas que la valeur de nos actes est due aussi et surtout à l’intention qu’on leur donne !
    Alors, aimer Dieu de tout son coeur … et le prochain …. adhérer au Credo: c’est simple. Changer la lettre, ce n’est pas forcément changer l’esprit de ceux qui, coûte que coûte veulent devenir des saints.
    Voyant tous ces plans de serpents pour circonvenir la foi, l’Eglise, les fidèles… celui qui en souffre, par le fait d’en souffrir et de demander pardon, rétablit un peu l’équilibre de la balance… Le bras de Son Fils est si lourd.
    Moi qui ne comprends guère le latin, je lis la traduction à côté, ou je m’unis à ce que dit le prêtre… Sourd plus qu’à moitié, une phrase des lectures me suffit pour ma journée…
    Que le pape soit paralysé par son entourage … … n’empêche pas de prier pour lui… Il est aux urgences !
    Nos évêques ont supprimé le catéchisme… 2 générations d’enfants sans évangélisation. Chacun peut, à partir de l’évangile du dimanche, catéchiser l’enfant dont il est responsable, ou apprendre à ses parents comment s’y prendre.
    Au Japon, deux siècles de persécutions n’ont pas éteint la foi. Elle a été transmise par la récitation du Rosaire, toute une évangélisation est là.
    Chez nous, c’est pire, car les chrétiens ne se confessent plus, ne s’agenouillent plus, communient debout … ça ce n’est pas le plus grave… Le plus terrible c’est qu’ils se croient presque des saints.
    Un message dit, « des sectes passent avant les chrétiens » !
    Mais comme on regarde le Père, sa bonté, la paix et la joie rayonnante font leur chemin… Dieu sait, nous écoute et agit,
    mais que de statues versent des larmes de sang !!!!!!!!!!!!!!
    UDP

  6. nicole

    Alors que dire des traductions faites par de simples laïcs sous le prétexte que nous habitons en  » Occitanie »

    .Dans notre paroisse béarnaise un petit groupe « confisque toutes les fêtes mariales Pour les vivre en occitan!

    les vrais béarnais de souche ne comprennent plus…Il est même’ arrivé que la litanie des saints soit chantée en occitan par le maître d’œuvre alors que l’assemblée la chante en béarnais: belle unité en vérité. Impossible d’avoir des .vêpres ne serait qu’en Français vive le latin!

  7. Jerónimo Savonarola

    El nuevo Misal argentino, impulsado por el entonces Cardenal Primado, es terrorífico.
    No sólo traduce mal el « consustancial al Padre », diciendo « de la misma naturaleza », sino que incluso empeora la versión anterior, dado que el criterio de los traductores fue el realizar una traducción que se acerque al habla popular de las personas, y no que sea lo más fiel posible a la editio typica, llevando a cabo de este modo todo lo contrario a lo que estipula la Liturgiam Authenticam.
    Se ve que dicha Instrucción no es conocida, no sólo en Argentina (esto no extraña, porque los traductores aquí son unos asnos, con el perdón de los cuadrúpedos), sino incluso en Roma, dado que dicho Misal tiene la aprobación de la Congregación para el Culto.
    Pero ahora, ¿quién le pone el cascabel al gato? El Señor nos libre de este Papa pronto.

  8. malheureux que l’on ne puisse trouver encore aujourd’hui beaucoup de ces « laïc«  studieux qui savaient en remontrer à des théologiens patentés et bourrés de diplômes dont on peut légitimement penser qu’ils ont été trafiqués comme le sont aujourd’hui tant de diplômes achetés à la sortie des universités…américaines et autres.
    Cécilien.

  9. Daniel

    Mon post du 23 août 22H34 vous pose t’il pb ?? pour que vous ne le mettiez pas en ligne?
    Est-il injurieux, diffamatoire, immoral, propage t’il une fausse rumeur, est-il un tissus de bêtises ?

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