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  1. A Z

    Bonjour,

    A. Aujourd’hui, il y a beaucoup moins, sinon presque plus, d’idéalisation rétrospective, à la fois épiscopale et hexagonale, du Concile Vatican II, et cela est suffisamment intéressant pour que l’on puisse le remarquer.

    B. Il est vrai que l’on comprendrait mal que qui que ce soit encense encore le Concile Vatican II, que ce soit en tant qu’enseignement ou en tant qu’événement, alors qu’il suffit de lire quelques chroniques du Concile, quelques histoires du Concile, dont celle de Roberto de Mattei, quelques observations ou analyses de Vatican II, sur l’ambiance et la doctrine qui lui sont propres, pour prendre la mesure de ce Concile, et pour savoir à quoi s’en tenir, non seulement sur ses mérites, considérables, mais aussi sur ses limites, non négligeables, et plus souvent maintenues dans la nuit que reconnues avec courage et franchise.

    C. A partir de là, on peut craindre qu’une idéalisation sentencieuse du Concile, et soupçonneuse, à l’égard des catholiques « non conciliaires » (comprenez : non consensualistes ou non irénolâtres, et non philo-modernistes ou non philo-progressistes), soit suivie par une « désidéalisation » silencieuse, souterraine, qui risque de priver les catholiques des arguments et des documents indispensables à la connaissance et à la compréhension du Concile, de ses mérites et de ses limites, de ses origines et de ses conséquences.

    D. Dans cet ordre d’idées, je me permets la remarque suivante, en espérant qu’elle ne sera pas ignorée.

    D’aucuns disent qu’au Concile Vatican II nous avons eu droit

    à la Liberté : c’est la liberté religieuse, avec la déclaration Dignitatis humanae.

    à l’Egalité : c’est la collégialité épiscopale, dans Lumen gentium.

    à la Fraternité : c’est l’œcuménisme et le dialogue interreligieux, avec Unitatis redintegratio et Nostra aetate.

    A mon avis, c’est à la fois moins schématique et plus dramatique que cela, pour les raisons qui suivent.

    E. Ce sont des conceptions ou des tendances pré-conciliaires, à caractère adogmatique, immanentiste, anthropocentrique ou akérygmatique, qui ont débouché sur une relation de plus en plus problématique à l’articulation entre liberté humaine et vérité divine, en amont, au moment, en aval du Concile.

    Ce sont des conceptions ou des tendances pré-conciliaires, inspiratrices de Unitatis redintegratio et de Nostra Aetate, qui ont donné lieu à la soumission de certains à la tentation de contribuer à la formation, à terme, d’un signe d’égalité, d’une part, entre toutes les confessions chrétiennes, d’autre part, entre toutes les religions.

    Et ce sont des conceptions ou des tendances pré-conciliaires, inspiratrices de Gaudium et Spes, qui se sont traduites par la mise en avant, en forme, en oeuvre, et en valeur, d’une véritable perspective de « fraternisation axiologique » entre l’Eglise catholique et le monde contemporain, non sans angélisme ni utopisme.

    En ce qui concerne l’articulation entre la liberté humaine et la vérité divine, on ne peut que regretter que le « renouveau dans la disproportion » qu’a été le Concile Vatican II se soit traduit, ultérieurement, par la survalorisation de la déclaration Dignitatis humanae et par la sous-valorisation de la Constitution dogmatique Dei verbum. La conscience de l’homme n’a pourtant pas plus d’autorité que la Parole de Dieu…

    Pour ce qui a trait à la soumission de certains à la tentation de poser ou de tracer un signe d’égalité, ne serait-ce qu’au crayon gris et en pointillé, d’une part entre les confessions chrétiennes, d’autre part entre les religions ou traditions croyantes, on ne peut que regretter que le même renouveau, le même Concile, aient été suivis, jusqu’à aujourd’hui, par la perte de conscience du fait qu’il y a bien une différence de nature entre la confession catholique et les autres confessions chrétiennes, et une différence de nature entre la religion chrétienne et les autres religions.

    Enfin, en ce qui concerne la tentative de fraternisation ou de réconciliation entre l’Eglise catholique et le monde contemporain, tentative dont on peut dire qu’elle a été globalement formalisée dans et par Gaudium et Spes, on ne peut que regretter qu’il n’y ait toujours pas eu désactivation ecclésiale, officielle, de cette tentative, ce qui explique grandement que l’on préfère déplorer fréquemment les abus ou les excès générateurs d’exclusions, d’oppressions, d’injustices, au sein du monde contemporain, au lieu d’en dénoncer les causes, religieuses, spirituelles, qui sont situées sur le terrain d’une « modernité » propice à l’apostasie et à l’idolâtrie, propice au reniement de Jésus-Christ et à la soumission de l’homme à la matière et à la technique.

    F. Je viens d’essayer de prendre appui sur ce qui est assez connu, la « diabolisation » contre-révolutionnaire du Concile Vatican II, pour essayer de tirer parti de cette « diabolisation », afin de suggérer en quoi une partie de la théologie de l’avant-Concile, une partie des textes du Concile, et une partie de la pastorale de l’après-Concile, nous font subir, aujourd’hui encore, un positionnement contre-productif, ou, en tout cas, dysfonctionnel, qui découle sur quelque chose d’infiniment plus profond et durable que ce qui découle avant tout, ou seulement, de Dignitatis humanae, de la collégialité épiscopale, ou de tel ou tel « dialogue ».

    Je vous remercie par avance pour toute l’attention que vous voudrez bien accorder à ces quelques lignes, et je vous souhaite une bonne journée.

    A Z

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