Faire l’expérience de la tradition

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La Porte Latine a retranscrit les interviews de Mgr Bernard Fellay, Supérieur Général de la Fraternité Saint-Pie X, sur TV Libertés et Radio Courtoisie que nous avons évoqué il y a quelques jours.

Extrait concernant la proposition canonique du Saint-Siège (sur Radio Courtoisie)

Abbé Lorans : A propos de laisser passer la Fraternité… il y a une proposition canonique de la part de Rome, on a parlé de prélature personnelle, et récemment Mgr Schneider a déclaré qu’il vous avait invité à accepter cette proposition canonique assez vite et sans attendre la perfection. Avez-vous reçu une telle invitation ? Et en ce cas, est-ce qu’un accord doctrinal serait mis au second plan ? Quelle est la position exacte de la Fraternité sur ce point ?

Mgr Fellay : Mgr Schneider m’avait écrit, mais cela fait déjà une année peut-être. Donc, je n’ai pas quelque chose de récent de sa part. En tout cas, je ne l’ai pas reçu. Mais le problème ne réside pas dans la structure canonique. Cette structure, je pense qu’elle est assez bien établie. Il y a encore des points, disons de détail, à perfectionner. L’idée générale est convenable : elle correspond à nos besoins. De ce côté-là, je suis satisfait. Encore une fois, il y a des points à améliorer, des points en discussion. Le problème n’est pas dans cette structure qui nous est offerte. S’il n’y avait que cette question-là, on dirait tout de suite oui. Ce n’est pas là le problème. Le problème, c’est ce combat d’idées. Est-ce qu’une Eglise qui depuis 40 ans a imposé une ligne, qui est cette ligne moderne, une ligne contre laquelle on se bat, à cause de laquelle nous avons été déclarés schismatiques, hors de l’Eglise et tout ce qu’on veut… Est-ce que cette Eglise est oui ou non disposée à nous laisser continuer notre chemin ? C’était Mgr Lefebvre qui parlait de nous « laisser faire l’expérience de la Tradition ». Est-ce que oui ou non, on nous laisse faire, ou bien on nous attend au tournant, et demain on dira qu’il faut nous aligner sur ce contre quoi on se bat depuis 40 ans, et qu’on n’est pas prêt d’abandonner ? Tout est là, vraiment, tout est là.

Avec ces nouvelles ouvertures où l’on dit que ce ne sont pas des critères de catholicité, il y a une voie qui semble être indiquée. Est-ce seulement une porte ou est-ce une voie véritable ? Est-ce une voie sûre ? Est-ce que vraiment on va pouvoir continuer ainsi qu’on a fait jusqu’à présent. Et pour nous, il est évident que ce n’est pas la fin de tout combat : l’erreur demeure l’erreur. Nous restons donc, aujourd’hui comme hier, tout aussi persuadés qu’il y a des erreurs qui ont été répandues dans l’Eglise et qui sont en train de la tuer. Evidemment nous comprenons qu’un temps est nécessaire pour purifier, pour enlever ces erreurs. Nous le comprenons. On ne change pas les hommes comme cela. Beaucoup de mauvaises habitudes ont été prises. Ne serait-ce que pour faire revenir une liturgie sainte, la sainte liturgique, nous comprenons que cela ne se fera pas en une semaine.

Mais est-ce qu’il y a la volonté de sortir de cette ligne qui a été imposée au Concile ? Et là, on constate que les voix autorisées, les voix directrices nous disent : « Non, nous continuons ». Et nous, nous restons des hors-la-loi ? Des hors-la-loi tolérés ? On peut dire, d’une manière absolument étonnante avec le pape François, plus que tolérés. Mais quand même, en marge. Alors est-ce qu’on en reste là, est-ce cela va plus loin, ou est-ce que demain on veut nous absorber dans le grand mouvement qui tue l’Eglise ? C’est toute la question. Et tant qu’elle n’est pas suffisamment réglée, nous ne pouvons pas avancer.

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