Une question de vocabulaire comme au temps de Soljénistyne

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Dans son dernier livre paru Agent de Soljénistyne (Fayard), Claude Durand, qui fut longtemps le patron de cette maison d’édition, raconte les plaintes du dissident russe quand des traducteurs mal avisés lui faisaient dire ou écrire « soviétique » à la place de « russe » ou « russe » à la place de « soviétique ». Claude Durand cite notamment cette réaction énervée de l’écrivain :

Ça fait des années et des années que j’ai commencé à me démener pour expliquer à l’Occident la différence entre Russie et URSS, et j’estime qu’un éditeur qui me publie devrait respecter cette distinction, du moins quand il s’agit de mes œuvres !

On le sait depuis longtemps : le vocabulaire n’est pas neutre. Très souvent – trop souvent – il devient une arme par destination, même s’il est entré avec une aisance plus que suspecte dans l’imaginaire de nos concitoyens. Il en est ainsi du mot « intégriste » ou de son pendant « intégrisme » que l’on a vu refleurir, comme par hasard, ces derniers jours. Dans une certaine presse, on se plait à entretenir la peur et la confusion, premier barrage pour empêcher la réflexion sur un sujet.

Ainsi, ce seraient des intégristes ou le chef des intégristes ou les représentants de l’intégrisme que le cardinal Levada aurait reçu le 14 septembre. Et, ce sont ces affreux « intégristes » qui devraient maintenant accepter intégralement, en bloc, et sans rien dire, le Concile Vatican II, sans quoi, aucune réconciliation ne serait possible, comme le dit un « préambule » que l’on admet par ailleurs être « confidentiel »,  grâce à Mgr Fellay qui a eu l’intelligence de le signaler dans son entretien à DICI.

Oui, les mots ne sont pas neutres, mais on s’étonne toujours que Radio Vatican, par exemple, donne la parole à ceux qui les utilisent ou qui ont la mauvaise manie de se moquer des cardinaux…

D’autant que l’on semble dire que les « intégristes » doivent accepter le concile Vatican II (autrement dit que le fameux préambule doctrinal serait les actes mêmes du concile) alors que la grande nouveauté se situe là justement : Vatican II, en raison de ce qu’il a voulu être lui-même, est discutable dans ses parties qui ne concernent pas les affirmations de foi comme l’a bien montré Jean-Marie Guénois, par exemple, que l’on verra mal en sous-marin des « intégristes ». Sur le forum FECIT, Ennemond le dit aussi très bien, à sa manière, que je reproduis ici :

Mgr Pozzo n’est pas un sentimentaliste, un fixiste ou un accroché..Il n’est pas fou non plus … Il ne va pas demander à la Fraternité dans un préambule d’engager ses prêtres à célébrer selon le nouveau rite. Sinon, je puis vous garantir que Mgr Fellay n’aurait pas perdu son temps à publier un communiqué avec le Saint-Siège et à prévenir qu’il allait soumettre le préambule au chapitre…

Il en est de même pour le Concile. Pour les mêmes raisons – et le texte de la CPDF le dit – il n’est pas demandé de signer le Concile dans ce préambule. Sinon Mgr Fellay n’aurait pas perdu son temps et la réunion aurait rapidement tourné court. C’est pourquoi je m’étonne que Nicolas Senèze, sur toutes les ondes, affirme – et encore ce soir sur Radio Notre-Dame – que Vatican II est à signer dans le préambule, que ce serait non négociable. En même temps, avec une telle posture, il est utile dans sa capacité à anesthésier les plus progressistes.

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