L’abbé de Tanoüarn en son Centre Saint-Paul

Le monde traditionaliste, que l’on dépeint souvent comme renfermé, est surtout un univers aux palettes bien différentes. Sous l’attention portée à une même Tradition, parfois avec un rien d’exagération, de maniérisme ou de fidélité toute disciplinaire, on y trouve une surprenante liberté d’esprit, un goût de la discussion qui se transforme parfois en polémique et, surtout une variété qui devrait obliger au questionnement l’observateur, si celui-ci prenait encore le temps de bien observer.

Prenons le cas de l’abbé Guillaume de Tanoüarn, aussi admiré qu’il est décrié, ancien fantassin de la Fraternité Saint-Pie X, devenu voltigeur parisien, pas toujours facile à suivre, mais déroulant avec une véritable logique des positions successives qu’il défend avec talent et passion. Il est frappant de constater, par exemple, dans le débat publié récemment par L’Homme Nouveau, combien l’abbé de Tanoüarn parvient à défendre Civitas, pourtant bras temporel de la Fraternité Saint-Pie X, et qu’il sait accordé à son interlocuteur, l’abbé Grosjean, que celui-ci l’a aidé à mieux percevoir certains enjeux. Le « méchant traditionaliste » fait ainsi preuve d’une grandeur d’âme que l’on aurait aimé trouver chez son interlocuteur, bien muet dans ce registre.

Bien que membre de l’Institut du Bon-Pasteur (IBP), l’abbé de Tanoüarn anime quasiment seul (comme prêtre, je ne parle pas des laïcs heureusement bien présents) à Paris le Centre Saint-Paul, qui est, dans sa modestie même, certainement l’une de ses plus belles réussites. Pour beaucoup d’entre nous, le Centre Saint-Paul est devenu une évidence, preuve psychologique de sa réussite, mais aussi preuve que nos âmes s’habituent trop et que nous avons décidément des réflexes de consommateur. L’idée en est elle-même était ingénieuse et pertinente. À la place d’un lieu de culte supplémentaire destiné à remplacer Saint-Nicolas du Chardonnet où il célébrait jusqu’à son départ de la FSSPX, l’abbé de Tanoüarn a fait le pari d’un centre culturel catholique, comprenant évidemment la célébration de la messe – comment séparer la culture du culte ? – mais allant bien au-delà, dans une confrontation avec les idées et les problématiques du monde contemporain ou les débats agitant Tradiland.

C’était un pari osé, car si pour beaucoup la culture ressemble à la confiture qu’on étale à la mesure de son ignorance, pour les catholiques, c’est souvent la terre inconnue sur laquelle il faut impérativement éviter de mettre les pieds : l’humain y est trop présent, dans toute son étendue.  Avec tous ses défauts, l’abbé de Tanoüarn a décidé, lui, d’y camper bien résolument. Il propose, préconise, analyse et débat. On peut parfois se demander quelle direction il prend, quelle passion l’emporte, de Maurras à Pascal, pour s’exposer ainsi aux défilés des idées et du dialogue. Une chose est sûre, il n’y a pas deux Centre Saint-Paul.

J’en ai pris conscience tout simplement (et bien tardivement) en recevant l’annonce de trois conférences qui vont s’y succéder dans les semaines qui viennent. Les voici car mieux qu’un long discours (le mien), elle montre la pertinence d’un tel lieu pour la nouvelle évangélisation de et par la culture (et pas la peine de me dire que je suis vendu ou acheté par le dit abbé, je ne mange pas de ce pain-là) : 

 

 

Mardi 14 février

J’ai épousé un musulman

Candide au Pays d’Allah

Clotilde nous offre, sous le titre Candide au Pays d’Allah, un livre qui constitue un magnifique témoignage, d’autant plus important qu’elle part en Tunisie, après plusieurs années de mariage en France, sans aucune idée préconçue, amoureuse et sûre de son couple. Ceux qui cherchent à banaliser le monde islamique, ceux qui croient que les sentiments peuvent tout et sont au dessus des lois et des coutumes, qu’ils viennent écouter Clotilde : elle leur ressemblait avant de partir.

 

Mardi 21 février

Existe-t-il un modèle politique chrétien, réflexions autour de Carl Schmitt

Père Bernard Bourdin OP

Le Père Bernard Bourdin vient de publier pour la première fois en français l’ensemble des textes catholiques du juriste et philosophe allemand Carl Schmitt (1888-1985). Cela lui permet de poser d’une façon nouvelle la grande question des rapports entre religion et politique, quand cette religion est la religion chrétienne et quand l’Etat doit se définir par rapport à l’Eglise catholique. Comme toujours, la pensée de Carl Schmitt est à la fois puissante et nuancée. Elle nous permet de découvrir de nouveaux horizons.

En raison du Mardi gras, la conférence est suivie d’une petite soirée crêpes.

 

 

Mardi 28 février

Messe traditionnelle : histoire et mode d’emploi

Abbé Claude Barthe

L’abbé Barthe a plus d’une corde à son arc. Tantôt, en vaticaniste averti, il nous informe en avant-première de tel ou tel mouvement au sein de la Curie romaine, tantôt, délaissant l’actualité, il nous emmène au cœur du Sacré, à la découverte de ce qu’il appelle « le sens spirituel ». Mais qu’est-ce que ce sens spirituel ? Le sens que l’esprit donne aux textes bibliques ou aux rites liturgiques, par association et libre ressemblance. A suivre l’abbé Barthe dans son dernier livre Une forêt de symboles, à scruter cette première synthèse personnelle de plusieurs travaux antérieurs d’édition et de traduction, on découvre la puissance de l’esprit humain, quand, à travers le libre jeu des ressemblances, il médite et il contemple. Surprise : on retrouve ainsi, beaucoup plus facilement qu’on ne l’imagine au départ, tout ce que le scientisme a voulu nous faire oublier…

2 comments

  1. Michèle

    Si vous voulez trouver de la grandeur d’âme chez l’abbé Grosjean, prenez votre lanterne, comme Diogène..vous n’êtes pas arrivé! Sans aller jusqu’à la grandeur d’âme, on se contenterait du minimum syndical en matière de charité, mais là aussi, circulez, y a rien à voir! Quelle déception, ce prêtre!

  2. Riverieulx

    L’abbé de Tanoüarn fait un énorme travail de discernement intellectuel, moral, humain et, bien entendu, spirituel.
    Le Centre Saint-Paul est un lieu de sauvegarde de la liberté d’esprit. Il est aussi un lieu de charité où, enfin, des Tradis ne brandissent pas leur drapeau avec hargne ni n’invectivent ni ne banissent personne.
    C’est pourquoi beaucoup y ont trouvé LEUR lieu, ce lieu où l’on a le droit de PENSER sans tous les diktats modernistes…ou intégristes.
    On n’a pas non plus à présenter patte blanche à l’entrée. On vient quand on veut, si on veut. On n’est ni encarté, ni enrégimenté. Et on répondra sans problème et très sérieusement à toutes vos questions, objections, discussions, pour peu bien sûr qu’elles aient un intérêt. Et encore, comme vous le dites, cela va au-delà. Car l’abbé prend chacun au sérieux (même les plus casse-pied (appréciation toute personnelle!).
    Je partage donc l’opinion de Christophe Saint-Placide, en regrettant simplement sa phrase « l’abbé de Tanoüarn avec tous ses défauts »…ah bon ???
    Je lui vois, pour ma part, beaucoup de charité, d’éspérance et de foi.
    + l’admirable liberté des enfants de Dieu.
    Et je regrette beaucoup de le voir ainsi tout gêné aux entournures -physiques et mentales- dans ce tout petit centre. Je le verrais très bien aux Bernardins par ex.
    Comme vous, Christophe : « pas la peine de me dire que je suis vendu ou acheté par le dit abbé, je ne mange pas de ce pain-là ». La preuve, l’ab2T ne me connait même pas !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>