Benoît XVI : l’allocution aux évêques américains

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Vraiment, je dois remercier de tout cœur Jean-Michel van Pruyssen, qui lundi matin, dès potron-minet, m’adressait sa traduction de
l’allocution de Benoît XVI à ses frères évêques américains, prononcée au National Shrine of the Immaculate Conception de Washington le mercredi 16 avril. Une semaine plus tard,
voici le travail de Jean-Michel  – un peu remanié par votre serviteur – qui est, bien sûr, une traduction “non officielle” – mais depuis la version officielle en anglais. Ce texte
substantiel – dont il est à craindre qu’aucune version officielle en français ne soit publiée – méritait non seulement d’être lue mais méditée. Ce que dit le Saint Père aux évêques américains –
ils étaient plus de 350 réunis ce jour-là – s’adresse aussi, évidemment, à tous les évêques catholiques, et rien de nous interdit de méditer, nous aussi fidèles laïcs, les fortes paroles du pape.
Bonne lecture ! [1]

Chers frères évêques,

j’ai la grande joie de vous saluer aujourd’hui, au début de ma visite dans ce pays, et je remercie le cardinal George des paroles aimables qu’il m’a adressées en votre nom. Je veux vous
remercier tous, particulièrement les dirigeants de la conférence épiscopale, du dur travail qui a été accompli pour la préparation de cette visite. Mon appréciation reconnaissante va également au
personnel et aux volontaires du Sanctuaire National, qui nous accueillent ici ce soir. Les catholiques américains sont connus pour leur fidèle dévouement au siège de Pierre. Ma visite
pastorale ici est une occasion de renforcer encore les liens de communion qui nous unissent. Nous avons commencé en célébrant l’Office du soir dans cette basilique consacrée à la Conception
immaculée de la Bienheureuse Vierge Marie, un sanctuaire particulièrement important pour les catholiques américains, en plein cœur de votre capitale. Recueillis dans la prière avec Marie, mère de
Jésus, nous recommandons affectueusement à notre Père du ciel le peuple de Dieu dans chaque région des États-Unis.

Pour les communautés catholiques de Boston, New York, Philadelphie et Louisville, c’est une année de célébration particulière, puisqu’elle marque le bicentenaire de l’établissement de ces églises
locales en tant que diocèses. Je joins mes remerciements aux vôtres pour les nombreuses grâces accordées à cette Église pendant ces deux siècles. Comme cette année marque également le
bicentenaire de l’élévation du siège de Baltimore en archidiocèse, cela me donne l’occasion de rappeler avec admiration et gratitude la vie et le ministère de John Carroll, le premier
évêque de Baltimore – un digne chef de la communauté catholique de votre nation nouvellement indépendante. Ses efforts inlassables pour répandre l’Évangile dans le vaste territoire dont il avait
charge ont posé les bases de la vie ecclésiale dans votre pays et ont permis à l’Église en Amérique de parvenir à la maturité. Aujourd’hui la communauté catholique que vous servez est une des
plus grandes du monde, et une des plus influentes. Combien est-il dès lors important, que votre lumière puisse briller devant vos concitoyens et devant le monde, de sorte « qu’ils puissent voir
vos bonnes œuvres et rendre gloire à votre père qui est dans le ciel » (Mt 5 :16).

Beaucoup de ceux que John Carroll et ses frères évêques servaient, il y a deux siècles, étaient venus de terres lointaines. La diversité de leurs origines se reflète dans la riche variété
de la vie ecclésiale de l’Amérique actuelle. Frères évêques, je veux vous encourager vous et vos communautés à continuer d’accueillir les immigrés qui rejoignent vos rangs aujourd’hui, à partager
leurs joies et leurs espérances, à les soutenir dans leurs douleurs et leurs épreuves, et à les aider à s’épanouir dans leur nouvelle patrie. C’est, en effet, ce que vos compatriotes ont fait
pendant des générations. Dès le début, ils ont ouvert leurs portes à ceux  « qui en rang pressés aspirent à vivre libres » (cf. sonnet inscrit sur la Statue de la Liberté). Ce sont
les gens-là que l’Amérique a fait siens.

Parmi ceux qui sont venus pour construire ici une nouvelle vie, beaucoup ont pu faire une bonne utilisation des ressources et des possibilités qu’ils ont trouvées, et atteindre un niveau élevé de
prospérité. En effet, le peuple de ce pays est connu pour sa grande vitalité et créativité. Il est aussi connu pour sa générosité. Après l’attaque des Tours Jumelles en septembre 2001, et encore
après l’ouragan Katrina en 2005, les Américains ont montré leur empressement à venir en aide à leurs frères et sœurs dans le besoin. Au plan international, la contribution apportée par le peuple
américain aux opérations d’aide et de secours après le tsunami de décembre 2004 est une autre illustration de cette compassion. Laissez-moi vous exprimer ma satisfaction particulière pour les
nombreuses formes d’aide humanitaire fournies par les catholiques américains, par le réseau des Catholic Charities et d’autres agences. Leur générosité a porté des fruits dans le souci
manifesté aux pauvres et aux indigents, et dans l’énergie mise à établir le réseau national des paroisses, des hôpitaux, des écoles et des universités catholiques. Tout cela donne de grandes
raisons de rendre grâce.

L’Amérique est aussi une terre de grande foi. Votre peuple est remarquable pour sa ferveur religieuse et il est fier d’appartenir à une communauté priante. Il a confiance en Dieu, et n’hésite pas
à introduire dans le discours public des arguments moraux enracinés dans la foi biblique. Le respect de la liberté religieuse est profondément enraciné dans la conscience américaine – un fait qui
a contribué à attirer dans ce pays des générations d’immigrés, cherchant une patrie où ils puissent pratiquer librement selon leur croyance.

À cet égard, je suis heureux de reconnaître parmi vous la présence d’évêques de toutes les vénérables églises orientales en communion avec le successeur de Pierre, je les salue avec une
joie spéciale. Chers frères, je vous prie d’assurer vos communautés de mon affection profonde et de mes prières continues, pour elles et pour les nombreux frères et sœurs qui restent dans leur
terre d’origine. Votre présence ici est un rappel du courageux témoignage pour le Christ de tant de membres de vos communautés, souvent au milieu de la souffrance, dans leurs patries respectives.
C’est également un grand enrichissement de la vie ecclésiale de l’Amérique, donnant une brillante expression de la catholicité de l’Église et de la variété de ses traditions liturgiques et
spirituelles.

C’est dans ce sol fertile, nourri de tant de sources différentes, que vous tous, frères évêques, êtes appelés à semer les graines de l’Évangile aujourd’hui. Cela m’amène à demander comment, au
XXIe siècle, un évêque peut mieux répondre à l’appel de « faire toutes choses nouvelles dans le Christ, notre espérance » ? Comment peut-il conduire son peuple « à une rencontre avec le Dieu
vivant », la source de cette espérance de vie transformée dont parle l’Évangile (cf. Spe Salvi, n. 4) ? Peut-être doit-il commencer par éloigner les obstacles à une telle rencontre. Bien
qu’il soit vrai que ce pays est marqué par un esprit véritablement religieux, l’influence subtile du sécularisme peut néanmoins déformer la manière dont les gens permettent à leur foi
d’influencer leur comportement. Est-il cohérent de professer notre foi à l’église le dimanche, et pendant la semaine de promouvoir des pratiques commerciales ou médicales contraires à ces
croyances ? Est-il cohérent pour des catholiques pratiquants d’ignorer ou d’exploiter les pauvres et les marginalisés, de promouvoir des comportements sexuels contraires à l’enseignement moral
catholique, ou d’adopter des positions qui contredisent le droit à la vie de chaque être humain de la conception à la mort naturelle ? Toute tendance à traiter la religion comme une question
privée doit être combattue. C’est seulement quand leur foi imprègne chaque aspect de leurs vies que les chrétiens deviennent vraiment ouverts à la puissance transformatrice de l’Évangile.

Pour une société riche, un autre obstacle à une rencontre avec le Dieu vivant réside dans l’influence subtile du matérialisme qui peut bien trop facilement concentrer l’attention sur le centuple
que Dieu promet maintenant pour ce temps, au détriment de la vie éternelle qu’il promet dans l’âge à venir (cf. Mc 10:30). Les gens aujourd’hui ont besoin qu’on leur rappelle la fin dernière de
leurs vies. Ils ont besoin d’admettre qu’il y a en eux une soif profonde de Dieu. Ils ont besoin qu’on leur donne des occasions de boire au puits de son amour infini. Il est facile d’être
émerveillé par les possibilités presque illimitées que la science et la technologie mettent sous nos yeux ; il est facile de faire l’erreur de croire que nous pouvons obtenir par nos propres
efforts la réalisation de nos besoins les plus profonds. C’est une illusion. Sans Dieu, qui seul nous accorde ce que par nous-mêmes ne pouvons atteindre (cf. Spe Salvi, n. 31), nos vies
sont finalement vides. Les gens ont besoin qu’on leur rappelle constamment qu’ils ont à cultiver une relation avec Celui qui est venu pour que nous puissions avoir la vie en abondance (cf. Jn
10:10). L’objectif de tout notre travail pastoral et catéchétique, l’objet de notre prédication et le centre de notre ministère sacramentel doit être d’aider les gens à établir et consolider
cette relation vivante avec le « Christ Jésus, notre espérance » (1 Tim 1:1).

Dans une société qui valorise la liberté et l’autonomie personnelles, il est facile de perdre de vue que nous dépendons des autres et que nous avons des responsabilités vis-à-vis d’eux. Cette
insistance sur l’individualisme en est même venue à affecter l’Église (cf. Spe Salvi, n. 13-15), entraînant une forme de piété qui parfois accentue notre rapport privé avec Dieu au
détriment de notre appel à être membres d’une communauté rachetée. Pourtant dès le commencement, Dieu vit que « il n’est pas bon que l’homme soit seul » (Gen 2:18). Nous avons été créés en tant
qu’êtres sociaux qui ne trouvent leur accomplissement que dans l’amour – pour Dieu et pour notre prochain. Si nous devons vraiment fixer notre regard sur lui qui est la source de notre joie, nous
devons le faire comme membres du peuple de Dieu (cf. Spe Salvi, n. 14). Si cela semble contre-culturel, c’est seulement une preuve de plus du besoin urgent d’une nouvelle évangélisation
de la culture.

Ici en Amérique, vous avez le bonheur de posséder un laïcat catholique d’une diversité culturelle considérable, qui apporte ses vastes dons au service de l’Eglise et de la société dans son
ensemble. Il attend de vous encouragement, qualités de dirigeant et orientation. En un temps saturé d’informations, l’importance qu’il y a à fournir une formation profonde à la foi ne craint pas
être surestimée. Les catholiques américains ont traditionnellement donné une grande valeur à l’éducation religieuse, que ce soit dans les écoles ou dans le contexte des programmes de formation
pour adultes. Ceux-ci doivent être maintenus et développés. Les nombreux hommes et femmes généreux qui se consacrent aux activités caritatives, ont besoin d’être aidés pour renouveler leur
dévouement par une « formation du cœur » : une « rencontre avec Dieu dans le Christ qui éveille leur amour et ouvre leurs esprits aux autres » (Deus Caritas Est, n. 31). À une époque où
les progrès en science médicale apportent un nouvel espoir àtant de gens, ils provoquent également des défis moraux inimaginables autrefois. Cela rend plus important que jamais le fait d’offrir
aux catholiques travaillant dans le domaine de la santé une formation complète à l’enseignement moral de l’Église. Des conseils avisés sont nécessaires dans tous ces apostolats, de sorte qu’ils
puissent porter des fruits abondants ; s’ils doivent vraiment promouvoir le bien intégral de la personne humaine, ils doivent aussi être renouvelés dans le Christ notre espérance.

En tant que prédicateurs de l’Évangile et chefs de la communauté catholique, vous êtes également appelés à participer aux débats d’idées publics, afin de contribuer à former les attitudes
culturelles. Dans un contexte où la liberté de parole est appréciée et où le débat honnête et vigoureux est encouragé, la vôtre est une voix respectée qui a beaucoup à offrir au débat sur les
questions sociales et morales pressantes du jour. En vous assurant que l’Évangile est clairement entendu, vous formez non seulement les personnes de votre propre communauté, mais en raison de
l’extension globale de la communication de masse, vous aidez à répandre le message de l’espérance chrétienne dans le monde entier.

Il est évident que l’influence de l’Église dans le débat public se situe à bien des niveaux. Aux États-Unis, comme ailleurs, il y a beaucoup de lois actuelles ou en cours de discussion qui
constituent une source de préoccupations du point de vue de la moralité, et la communauté catholique, par vos conseils, doit offrir un témoignage clair et uni sur ces questions. Pourtant, et
c’est encore plus important, il y a l’ouverture progressive des esprits et des cœurs d’une communauté plus étendue à la vérité morale. Ici beaucoup reste à faire. À cet égard le rôle des fidèles
laïcs pour agir comme « levain » dans la société est crucial. Cependant on ne peut pas supposer que tous les citoyens catholiques pensent en harmonie avec l’enseignement de l’Église sur les
principales questions morales d’aujourd’hui. Encore une fois, il vous incombe de vous assurer que la formation morale fournie à tous les niveaux de la vie ecclésiale reflète l’enseignement
authentique de l’Évangile de la vie.

À cet égard, c’est une grave préoccupation pour nous tous que la situation de la famille dans la société. En effet, le cardinal George a indiqué précédemment que vous aviez inclus le
renforcement du mariage et de la vie de familiale parmi vos priorités pour les années à venir. Dans le Message pour la journée mondiale de la paix de cette année, j’ai évoqué la
contribution essentielle qu’une saine vie de famille apporte à la paix intérieure et entre les nations. Dans la famille à la maison nous faisons l’expérience de « certains des éléments
fondamentaux de la paix : justice et amour entre frères et sœurs, rôle de l’autorité exprimée par les parents, soins affectueux pour les membres les plus faibles en raison de la jeunesse, de la
maladie ou de la vieillesse, aide mutuelle dans les nécessités de la vie, empressement à accepter les autres et, au besoin, à leur pardonner » (n. 3). La famille est également le premier lieu de
l’évangélisation, pour transmettre la foi, pour aider les jeunes à apprécier l’importance de la pratique religieuse et de l’observance du dimanche. Comment ne pouvons-nous pas être consternés
quand nous constatons le déclin rapide de la famille comme élément de base de l’Église et de la société ? Le divorce et l’infidélité ont augmenté, et beaucoup de jeunes hommes et femmes
choisissent de remettre le mariage à plus tard ou d’y renoncer totalement. Pour certains jeunes catholiques, le lien sacramentel du mariage semble à peine distinguable du lien civil, et ils le
perçoivent même comme un arrangement pour vivre avec une autre personne sans cérémonie ni engagement. En conséquence nous avons une diminution alarmante du nombre de mariages catholiques aux
États-Unis ainsi qu’une augmentation de la cohabitation, dans laquelle le don mutuel des époux à la manière du Christ, scellé par une promesse publique de vivre les exigences d’un engagement
perpétuel indissoluble, est simplement absent. Dans ces circonstances, les enfants se voient refuser l’environnement sûr dont ils ont besoin pour s’épanouir vraiment en tant qu’êtres humains, et
la société se voit refuser les éléments de construction stables qui sont nécessaires pour maintenir la cohésion et le centre moral de la communauté.

Comme mon prédécesseur le pape Jean Paul II l’a enseigné, « dans le diocèse, la première personne chargée du soin pastoral de la famille est l’évêque… il doit lui consacrer un intérêt
personnel, des soins, du temps, du personnel et des ressources, mais surtout un soutien personnel pour les familles et pour tous ceux qui… l’aident dans le soin pastoral de la famille »
(Familiaris Consortio, n. 73). C’est votre devoir de proclamer courageusement les arguments de foi et de raison en faveur de l’institution du mariage, compris comme engagement pour la
vie entre un homme et une femme, et ouvert à la transmission de la vie. Ce message devrait résonner chez les personnes d’aujourd’hui, parce que c’est essentiellement un « oui » sans condition et
sans réserve à la vie, un « oui » pour aimer, et un « oui » aux aspirations au cœur de notre humanité commune, car nous tâchons d’accomplir notre désir profond d’intimité avec les autres et avec
le Seigneur.

Parmi les signes contraires à l’Évangile de la vie se manifestant en Amérique et ailleurs, il y en a un qui cause une honte profonde : l’abus sexuel des mineurs. Nombre d’entre vous m’ont parlé
de l’immense douleur que vos communautés ont ressentie quand des ecclésiastiques ont trahi leurs engagements et leurs fonctions sacerdotales par un comportement si gravement immoral. Alors que
vous vous efforcez d’éliminer ce mal là où il se produit, soyez assurés du soutien priant du peuple de Dieu dans le monde entier. À juste titre, votre priorité est de témoigner compassion et
attention aux victimes. C’est de votre responsabilité, donnée par Dieu en tant que pasteurs, de soigner les blessures provoquées par chaque abus de confiance, de favoriser la guérison, de
promouvoir la réconciliation et d’aller avec un soin aimant vers ceux à qui on a fait un si grand tort.

Réagir à cette situation n’a pas été facile et, comme le président de votre conférence épiscopale l’a indiqué, cela a été « parfois très mal géré ». Dès lors que la dimension et la gravité du
problème ont été plus clairement compris, vous avez pu adopter des remèdes et des mesures disciplinaires plus ciblées et favoriser un environnement sûr qui offre une plus grande protection aux
jeunes. Alors qu’il faut rappeler que l’écrasante majorité du clergé et des religieux en Amérique effectue un travail exceptionnel en apportant le message de libération de l’Évangile aux
personnes confiées à leur soin, il est extrêmement important que le vulnérable soit toujours protégé de ceux qui pourraient lui causer du mal. À cet égard, vos efforts pour guérir et protéger
portent beaucoup de fruits, non seulement pour ceux qui sont directement confiés à votre soin pastoral, mais pour toute la société.

Cependant, s’ils doivent atteindre leur plein objectif, les politiques et les programmes que vous avez adoptés doivent être situés dans un contexte plus large. Les enfants méritent de grandir
avec une saine compréhension de la sexualité et de sa place appropriée dans les rapports humains. Il faut leur épargner les manifestations dégradantes et l’utilisation brutale de la sexualité si
répandues aujourd’hui. Ils ont le droit d’être élevés dans des valeurs morales authentiques enracinées dans la dignité de la personne humaine. Ceci nous ramène à notre réflexion sur le caractère
central de la famille et la nécessité de favoriser l’Évangile de la vie. Quel sens y a-t-il à parler de protection de l’enfance quand la pornographie et la violence peuvent être vues dans tant de
foyers à travers les médias largement accessibles aujourd’hui ? Il est urgent de réévaluer les valeurs constitutives de la société, de sorte qu’une formation morale saine puisse être offerte aux
jeunes et aussi aux adultes. Tous ont un rôle à jouer dans cette tâche – non seulement les parents, les chefs religieux, les professeurs et les catéchistes, mais également les médias et les
industries du divertissement. En effet, chaque membre de la société peut contribuer à ce renouveau moral et en bénéficier. Se préoccuper véritablement des jeunes et du futur de notre civilisation
implique d’admettre notre responsabilité pour promouvoir et vivre les valeurs morales authentiques qui seules permettent à la personne humaine de s’épanouir. Il vous incombe, comme pasteurs
modelés sur le Christ, le Bon Pasteur, de proclamer ce message avec force et clarté, et ainsi de faire face au péché d’abus sexuel dans le cadre plus large des comportements sexuels. De plus, en
reconnaissant ce problème et en vous y affrontant quand il se produit dans un environnement ecclésial, vous pouvez offrir un exemple aux autres, puisque ce fléau se trouve non seulement dans vos
diocèses, mais dans chaque secteur de la société. Il exige une réponse déterminée et collective.

Les prêtres, aussi, ont besoin de vos conseils et de votre proximité dans ce temps difficile. Ils ont éprouvé la honte de ce qui s’est produit, et certains pensent qu’ils ont perdu en partie la
confiance et de l’estime dont ils ont bénéficiées par le passé. Beaucoup sentent une proximité avec Christ dans sa Passion alors qu’ils luttent pour faire face aux conséquences de la crise.
L’évêque, comme père, frère et ami de ses prêtres, peut les aider à tirer un fruit spirituel de cette union avec le Christ en leur faisant prendre conscience de la présence consolante du Seigneur
au milieu de leur douleur, et en les encourageant à marcher avec le Seigneur le long du chemin de l’espérance (cf. Spe Salvi, n. 39). Comme le pape Jean Paul II l’a observé, il y
a six ans, « nous devons être confiants que ce temps d’épreuve apportera une purification de la communauté catholique entière », conduisant « à un sacerdoce plus saint, à un épiscopat plus saint
et à une Église plus sainte » (discours aux cardinaux des États-Unis, du 23 avril 2002, n. 4). Beaucoup de signes prouvent que, durant cette période, une telle purification a bien eu
lieu. La présence permanente du Christ au milieu de nos souffrances transforme graduellement nos ténèbres en lumière : en effet toutes choses sont faites nouvelles dans le Christ Jésus, notre
espérance.

Désormais, une partie essentielle de votre tâche est de renforcer les relations avec votre clergé, particulièrement dans les cas où des tensions ont surgi entre les prêtres et leurs évêques à la
suite de la crise. Il est important que vous continuiez à leur montrer votre attention, à les soutenir, et à les guider par votre  exemple. Ainsi, vous les aiderez sûrement à rencontrer le
Dieu vivant, et vous les dirigerez vers l’espérance qui transforme la vie et dont parle l’Évangile. Si vous-mêmes vivez en étroite configuration au Christ, le Bon Pasteur, qui a donné sa vie pour
ses brebis, vous inspirerez à vos frères prêtres de se re-consacrer au service de leurs ouailles avec une générosité semblable à celle du Christ. Vraiment, se recentrer plus visiblement sur
l’imitation du Christ dans la sainteté de vie, c’est exactement ce qu’il nous faut pour avancer. Nous devons redécouvrir la joie de vivre une vie centrée sur le Christ, en cultivant les vertus,
et en nous immergeant dans la prière. Quand les fidèles savent que leur pasteur est un homme qui prie et qui consacre sa vie à les servir, ils répondent avec chaleur et affection, ce qui nourrit
et soutient la vie de la communauté entière.

Le temps passé dans la prière n’est jamais du temps perdu, quelle que soit l’urgence des tâches qui nous  pressent de tous côtés. L’adoration du Christ Notre Seigneur dans le Saint Sacrement
prolonge et intensifie l’union que nous établissons avec lui dans la célébration eucharistique (cf. Sacramentum Caritatis, n. 66). La contemplation des mystères du chapelet libère toute
leur puissance de salut et nous conforme, nous unit et nous consacre à Jésus-Christ (cf. Rosarium Virginis Mariæ, n. 11, 15). La fidélité à la liturgie des Heures garantit que toute
notre journée sera sanctifiée, et elle nous rappelle continuellement que nous devons demeurer attachés à l’œuvre de Dieu, quelles que soient les pressions et distractions qui pourraient nous en
distraire. Ainsi notre dévotion nous aide à parler et agir in persona Christi, à enseigner, gouverner et sanctifier les fidèles au nom de Jésus, pour apporter sa réconciliation, sa guérison et
son amour à tous ses frères et sœurs bien-aimés. Cette configuration radicale au Christ, le Bon Pasteur, est au cœur de notre ministère pastoral, et si nous nous ouvrons par la prière à la
puissance de l’Esprit, il nous donnera les dons dont nous avons besoin pour effectuer notre tâche écrasante, de sorte que nous ne chercherons jamais « avec inquiétude comment parler ou que dire »
(Mt 10:19).

En concluant mes paroles adressées à vous ce soir, je recommande l’Église dans votre pays tout particulièrement aux soins et à l’intervention maternels de Marie l’Immaculée, Patronne des
États-Unis. Puisse celle qui a porté en son sein l’espérance de toutes les nations intervenir pour le peuple de ce pays, de sorte que tous puissent être renouvelés en Jésus-Christ son fils. Mes
chers frères évêques, j’assure chacun de vous ici présent de mon amitié profonde et de ma participation à vos soucis pastoraux. À vous tous, et à votre clergé, religieux et fidèles, je donne
cordialement ma bénédiction apostolique comme promesse de joie et de paix dans le Seigneur ressuscité.

[1] Le pape a également procédé, sitôt cette allocution, à une sessions de trois questions-réponses aux évêques que je publierai tout prochainement.

5 comments

  1. Daniel Hamiche

    Chère Élise,
    en effet et également une autre traduction en français sur “Chiesa” de Sandro Magister – mais le traducteur semble être parti de la version itaienne (?). Abondance de biens ne nuit pas…

  2. Daniel Hamiche

    C’est tout à fait vrai, mais
    1. Elle ne s’y trouvait pas samedi dernier ;
    2. Elle ne figure pas dans le dossier spécial “États-Unis d’Amérique” qui figure sur la page d’accueil du Saint Siège sous le titre “Focus” – où l’in s’attend logiquement à la trouver – mais dans le dossier “Benoît XVI” qui s’ouvre de l’autre côté de la page d’accueil… Il fallait y penser !
    Merci, quand même, de votre vigilance.