Cardinal Egan : le mariage des prêtres ? Pourquoi pas…

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Archevêque émérite de New York depuis le 23 février dernier (voir ici), le cardinal
Edward Egan (photo), s’


il a perdu, en quelque sorte, son munus docendi pour les fidèles de New York, s’estime toujours en droit de parler. Personne ne le lui contestera encore que, en
certaines occasions, la sagesse inspire de se taire.
Malgré un âge très vénérable (77 ans au mois d’avril) dont on dit qu’il est celui de la sagesse, le cardinal Egan en a manqué en faisant quelques déclarations intempestives le 10 mars dans
une émission de radio de 1300 Talk Radio d’Albany (New York).
Interrogé par le directeur du New York Post sur le célibat des prêtres – un de ces “marronniers” dont les journalistes a court d’inspiration interrogatrice ont souvent recours –,
le cardinal a déclaré : « Je pense que la chose sera réenvisagée, car je ne suis pas certain que ce ne serait pas une bonne idée que de décider, pour des motifs géographique ou culturel, d’en
[du célibat des prêtres] faire une décision généralisée »
. La phrase est assez torturée en anglais, mais elle veut bien dire que qu’elle veut dire ! Le cardinal ajoute que discuter du
célibat des prêtres « est parfaitement légitime ». Mais qu’il affirme, pour appuyer sa thèse, que les prêtres mariés dans les Églises de rits orientaux « ne posent aucun problème
»
, me semble relever d’une information très imparfaite de la question… Évidemment que le mariage de ces prêtres pose souvent des problèmes du fait même des problèmes qui incombent à tout
époux et père de famille ce qui les empêchent d’être tout entier au Christ pour les fidèles qui leur sont confiés. On renverra là-dessus le cardinal à Matthieu 19, 12, et à l’exemple de saint
Paul en cette année qui lui est consacrée. Certes, le célibat des prêtres n’est pas un dogme de l’Église, et le cardinal a raison de la rappeler, mais il a bien tort de croire que cette
rupture de la discipline latine serait propre à régler la crise de la raréfaction des prêtres. Sa « plus grosse déception », d’ailleurs, comme ordinaire de New York fut de n’avoir pas
été capable de redresser la tendance à la chute des vocations dans son archidiocèse. Ceci pourrait aussi expliquer cela…

9 comments

  1. Marie

    Mouais… Il leur reste si peu de latin qu’ils doivent avoir confondu munus docendi avec munus nocendi…
    Les fruits au moins, oui, sont là…

  2. Jean

    Daniel,

    Ayant ete New Yorkais pendant pres de cinq ans, je me permettrais de dire que tu discredites le cardinal Egan sur une simple declaration (vraie en l’occurence, pour ce que tu en dis) mais que tu estimes avec mepris (c’est mon avis base sur le ton de ton article)

    D’une declaration parfaitement legitime ne remettant en cause aucunement le magistere de l’Eglise, tu analyses l’intention, les sous-jacents et conclus a:

    – un “manque de sagesse”: affirmation gatuite vis a vis d’un pasteur dont l’age le garde plus jeune que notre saint-Pere BXVI (que vient faire la mention de son age dans cet article???).

    – qu’ “il a tort” et que la preuve qu’il a tort, c’est qu’il n’a pas arrete la chute des vocations dans son diocese et que le mariage des pretres pose un probleme dans les Eglises orientales.
    Mais comment peux tu porter un tel jugement sur un pasteur de l’Eglise qui, pardonne moi, a mis les mains dans le camboui et a travaille sur ces situations au quotidien?

    Mon regard personnel: Ton argumentaire est court, simpliste et non equilibre. Pourquoi ne pas rappeller au lecteur l’attitude du Cardinal Egan vis a vis de Giulliani lors de la venue du Pape l’anne derniere…
    Ceci est ton avis personnel et nous, lecteurs, l’apprecions et le respectons mais il serait bon de ne pas en faire une verite universelle sur la personne. Dieu seul connait les coeurs.

    Amities,

    Jean

  3. Jonas

    C’est bien beau tout ça, mais comment expliquez-vous que Jésus ait choisi comme futur Pape un homme marié (car à l’époque on n’appelait pas belle-mère une marâtre !) ?
    Quant à dire que les prêtres célibataires sont plus libres, ce n’est pas sûr ! Bien des prêtres ont une “femme de leur vie”, comme ils disent : leur vieille mère, souvent bien plus exclusive et exigeante qu’une épouse. Et je ne parle pas de ceux qui en ont une sans en avoir (mais ce que je dis là est de la pure calomnie, bien sûr).

  4. Blaise

    Un livre excellent sur cette question délicate :

     Christian COCHINI, Les origines apostoliques du célibat sacerdotal, Genève, Ad Solem, 2006

    Mais est-ce vraiment sérieux d’envisager sur un plateau télé l’élémination pure et simple d’une tradition vénérable de l’Eglise ? Je m’interroge, tout en respectant dans le Cardinal Egan le pasteur et le conseiller du Pape.

  5. Blaise

    Jonas

    Pierre était déjà marié, et il était à la tête d’une entreprise de marins-pécheurs, lorsqu’il a été appelé par le Seigneur. -C’est dire l’arrachement que celà a dû représenter pour lui. Renoncer à toutes ses responsabilités, alors que plus que d’autres disciples il devait être engagé dans la vie.

    Par contre nous ignorons si sa femme vivait encore. Et même si c’était le cas, ce n’est pas un véritable problème . Le célibat implique pour un prêtre le devoir de renoncer au mariage après avoir reçu le sacrement de l’ordre. Mais il existe des cas de veufs, et de convertis vivant toujours maritalement, qui deviennent prêtres. Dans le second cas, la continence leur est imposée.

    L’histoire des premiers siècles de l’Eglise nous donne beaucoup d’exemples d’hommes n’accédant à la prêtrise que dans une seconde partie de leur vie, l’Eglise de leur époque étant beaucoup moins structurée. Ce n’est pas choquant.

  6. Jonas
    Cher Blaise,
    Je crois rêver en vous lisant :” Et même si c’était le cas (si la femme de Pierre était vivante), ce n’est pas un véritable problème” Si je comprends bien le sens de cette phrase, l’Eglise est prête à ordonner prêtres des hommes mariés, comme l’était Pierre !
    C’est un vrai de vrai scoop ! C’est ce que beaucoup demandent depuis des lustres ! C’est ce que font les orthodoxes ! Les Eglises catholiques orientales ! Alleluia (même en Carême, ça le mérite) !
    Qu’attend donc le Pape pour passer à l’acte ?
    Mais je continue à lire… “dans le second cas (les convertis mariés) la continence leur est imposée” ! Patatras ! Tout s’écroule !
    Evidemment, quand Pierre allait chez lui (ou vivait sa belle-mère et donc sa femme, certainement) il était continent ! Fait historique, avéré, tout le monde sait cela… Et en plus c’est normal (il n’allait quand même pas se salir au contact de son épouse légitime, avec la sainte mission qu’il avait).
    Désolant.
  7. Blaise

    Jonas

     

    Je vous l’ai dit : des veufs et des convertis reçoivent aujourd’hui le sacrement de l’ordre.

     

    Soyons logiques : le mariage et le célibat son deux vocations distinctes. En devenant prêtre, un homme renonce donc au mariage. Il ne peut se marier en ayant en vue la prêtrise.

     

    Nous ne savons pas si la femme de Pierre était encore vivante. Les évangiles et la Tradition n’en parlent pas. Mais en quoi voyez-vous une difficulté dans la continence ? D’ailleurs, puisque vous faites appel à l’Orthodoxie, je vous rappelle que le Concile byzantin in Trullo (691) exclut catégoriquement le mariage des évêques.

  8. Jonas

    La question est de savoir si l’Eglise Romaine acceptera un jour d’ordonner des hommes mariés vivant normalement leur mariage avec une épouse vivante (sans qu’on leur impose la continence). Ouf, c’est dur de se faire comprendre !
    Le mariage et la prêtrise sont des vocations distinctes mais parfairtement compatibles ; en devenant prêtre un homme qui a vocation à être marié vivrait une vie normale d’un humain normal, et s’y accomplirait pleinement, pour le bien de ses frères chrétiens et de sa famille.
    Comme le font les pasteurs, les prêtres orthodoxes et un certain nombre de prêtres catholiques autres que romains (pour ne parler que des religions chrétiennnes).
    Les évangiles ne parlent pas non plus de l’obligation de célibat des prêtres !!!
    Je ne vois aucune objection à la continence (qui est d’ailleurs pas tout à fait lamême chose que le célibat) quant elle est choisie pour elle-même et je serais ravi d’avoir encore des prêtres célibataires par vocation.
    J’y vois une réelle objection quand elle est imposée dans un “package” (excusez le terme, je n’en trouve pas d’autre) à prendre ou à laisser. En commerce, on appelle cela de la vente par lot, dont on connaît les bénéfices pour le vendeur et les inconvénients pour l’acheteur !
    Avec tous les inconvénients (le mot est très faible) de voir trop de prêtres se marier et être réduits à l’état laïc (quel beau terme, extrêmement valorisant pour les laïcs !) sans pour autant être privés de la communion eucharistique, eux, soit dit en passant.

  9. Blaise

    Jonas

    Je n’ai pas hélas le temps de développer réellement ce problème. Je manque de temps pour cela. Mais pour creuser l’importance et la fécondité du célibat dans la vie du prêtre, je vous conseille de lire, en complément de l’ouvrage historique de Cochini, les Cathéchèses du Pape Jean-Paul II sur le corps:

    Jean-Paul II, Homme et femme il les créa, Paris, Cerf, 2005 (dans la section Résurrection, Mariage et Célibat)

    Son approche est cette fois théologique et phénoménologique.

    Vous semblez confondre pasteurs protestants et prêtres orthodoxes. Mais les pasteurs ne sont pas des prêtres. Donc la seule comparaison valable est avec les prêtres orthodoxes. Sur ce point, force est de constater que depuis le concile in Trullo les Orientaux ont largement assoupli la règle du célibat. Ils n’ont pas osé l’abolir complètement. C’est une règle très ancienne, considérée comme apostolique, et vraiment ce serait assez inconsidéré de la supprimer comme cela.

    Vous dites que le célibat des prêtres est imposé dans un package. Mais cette façon de voir est artificielle. Lorsque j’ai été confirmé, je ne me suis pas proposé d’établir un inventaire des dogmes que j’acceptai et de ceux qui me déplaisaient; je ne me suis pas senti choqué que l’Eglise “m’impose” tel dogme contre ma volonté. Non, en décidant de me mettre à la suite du Christ, j’acceptai la confession de foi, les traditions et les règles de vie transmises par l’Eglise de génération de croyants en génération de croyants. Suivre le Christ, c’est accepter de se laisser transformer par lui, c’est oublier son ego.

    Je pense que c’est important de quitter ce regard focalisé sur nous-mêmes, et obnubilé par nos désirs et nos trahisons possibles. Vous pourriez aussi bien refuser le “package” qui vous oblige d’accepter avec le mariage de rester fidèle à votre conjoint(e). Vous parlez d’échecs, de prêtres réduits à l’état laïc. Mais des échecs vous en rencontrez partout. Combien de moines aussi, qui finissent par renoncer? (j’ai un cousin dans ce cas). Un échec n’invalide pas la règle. L’homme est faible, mais il est appelé à la sainteté.

    J’apprécie ce propos de Claudel expliquant que l’injonction socratique à devenir ce que l’on est déjà n’est pas Chrétienne. Il faut dépasser nos tendances égocentriques par le haut, quelle que soit la vocation que l’on embrasse (chacune à ses difficultés), se laisser transformer.