Le cardinal Gagnon et Mgr Lefebvre

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A l’occasion de la Constitution Apostolique
proposée aux anglicans qui veulent entrer dans l’Eglise catholique, l’abbé Paul Aulagnier, membre de l’Institut du Bon Pasteur, et figure historique de la Fraternité Saint-Pie X, publie sur son
site Item, le texte de la lettre envoyée par Mgr Lefebvre au cardinal Gagnon, qui fut le visiteur apostolique envoyé par le pape Jean-Paul II auprès
de la mouvance traditionaliste en 1986.

Le rapport du cardinal Gagnon avait été positif et la suite aurait dû l’être aussi…

On l’a oublié depuis, mais le cardinal Gagnon a révélé l’affaire dans Trenta Giorni, que Mgr Lefebvre lui avait appris qu’il était atteint d’un cancer,
d’où l’urgence, la « nécessité » qu’il y avait, à lui donner un successeur en la personne d’un évêque. Le cardinal Gagnon lui avait répondu en confidence qu’il était atteint lui aussi
d’un cancer. L’évêque ne fut pas donné par Rome. Ni en 1986-1987, ni en 1988.

Nous reproduisons ci-dessous la lettre de Mgr Lefebvre au cardinal Gagnon. Elle date du 21 novembre 1987. Mgr Lefebvre y écrit :

« Considérant ce que désormais vous connaissez de nous et de nos œuvres, vous ne serez pas surpris de nos exigences, uniquement fondées sur le zèle pour le
bien de l’Église et le salut des âmes pour la gloire de Dieu. C’est seulement dans cet esprit et en tenant compte de ces considérations qu’une solution peut être valable et
stable
. »

Il assure aussi son correspondant de sa gratitude :

« nous vous garderons une profonde gratitude, quoi qu’il arrive, pour votre charité, votre aménité, votre compréhension, votre patience et dès à présent,
nous prions Notre Dame de Fatima de vous rendre en bénédictions ce que vous avez pour nous. 
»

Le bruit a couru à l’époque que le nom du cardinal Gagnon avait été indiqué au cardinal Ratzinger par les milieux de la Fraternité Saint-Pie X…

 

LETTRE DE MGR LEFEBVRE AU CARDINAL GAGNON

Séminaire International Saint-Pie X,
le 21 novembre 1987

En la fête de la Présentation de la T. S. Vierge Marie

Éminence,

Vous avez pu voir et entendre les membres de la Fraternité, examiner leur formation, les rejoindre dans leur ministère, écouter les fidèles qui s’adressent à eux pour leur sanctification.

 

Vous avez également conversé avec des religieux, des religieuses qui trouvent dans la Fraternité ou leur origine ou leurs secours spirituels, ou les grâces des ordinations et des professions
religieuses.
Sans doute, vous avez pu remarquer ici ou là quelque exagération, un peu d’amertume. Mais je ne puis douter que vous ayez retrouvé un climat de foi, de dévotion, de zèle pour la vérité et la
Sainteté que vous avez connu autrefois et dont vous reconnaissez la valeur aux fruits extraordinaires que produit ce climat de la Tradition catholique.

 

Nous formons donc une grande famille, vivant dans cette ambiance et cette atmosphère catholique, attachée à l’Église Romaine, attachée à Pierre et à ses successeurs, mais absolument et
radicalement allergique à l’esprit conciliaire, de la liberté religieuse, de l’œcuménisme, de la collégialité, à l’esprit d’Assise, fruits du modernisme, du libéralisme tant de fois condamnés par
le Saint-Siège.

 

Les conséquences de cet esprit sont désastreuses et nous les fuyons comme la peste de nos esprits et de nos cœurs ; nous faisons tout pour nous en protéger et en protéger la jeunesse de nos
foyers catholiques. Comparez-nous à Israël au milieu des nations perverses, aux Macchabées et encore à tous ces saints réformateurs du clergé : saint Charles Borromée, saint Vincent de Paul,
saint Jean Eudes, Monsieur Olier.

 

Voilà la réalité, nous formons une armada décidée à tout prix à demeurer catholique face à la déchristianisation qui s’opère à l’extérieur et à l’intérieur de l’Église. Nous acceptons volontiers
d’être reconnus par le Pape tels que nous sommes et d’avoir un siège dans la Ville Éternelle, d’apporter notre collaboration au renouveau de l’Église ; nous n’avons jamais voulu rompre avec le
Successeur de Pierre, ni considérer que le Saint-Siège est vacant, malgré les épreuves que cela nous a values. Nous vous soumettons un projet de réintégration et de normalisation de nos rapports
avec Rome. Considérant ce que désormais vous connaissez de nous et de nos œuvres, vous ne serez pas surpris de nos exigences, uniquement fondées sur le zèle pour le bien de l’Église et le salut
des âmes pour la gloire de Dieu. C’est seulement dans cet esprit et en tenant compte de ces considérations qu’une solution peut être valable et stable.

 

Si, dans ces conditions, une solution est impossible, alors nous poursuivrons notre chemin comme à pré sent, en attendant des circonstances plus favorables, pereseverantes in oratione et
praedicatione verbi.
Cependant, nous vous garderons une profonde gratitude, quoi qu’il arrive, pour votre charité, votre aménité, votre compréhension, votre patience et dès à présent, nous prions Notre Dame de Fatima
de vous rendre en bénédictions ce que vous avez pour nous.
Daignez agréer, Éminence, mes respectueuses et fraternelles salutations en Notre Seigneur et Notre Dame.

Écône, le 21 novembre 1987.
Mgr LEFEBVRE
Archevêque-Évêque de Tulle
Fondateur de la FSSPX.

 

 

 

On trouvera ICI sur le site de l’abbé
Aulagnier « Les propositions de règlement apportant une solution aux problèmes des œuvres et des initiatives en faveur de la liturgie traditionnelle dans l’Église ». On y verra
que l’on y parle d’une solution s’appuyant sur le modèle des « ordinariats militaires », solution adoptée pour le retour des Anglicans…