L’archevêque Chaput à propos de Notre Dame et des problèmes qui demeurent

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Nous voici au bilan de « l’affaire Notre Dame ». Les commentaires sont innombrables. Sur le discours du P. Jenkins, le président de l’université, j’ai sélectionné celui de Mgr Charles
Chaput
, l’archevêque de Denver (Colorado) qui a été publié dans le Denver Catholic Register, le journal de l’archidiocèse, le 18 mai c’est-à-dire le lendemain de la cérémonie
de remise des diplômes du dimanche 17 mai. Je crois utile de vous faire part de ce texte que j’ai traduit ce matin. Ce qu’a fait le P. Jenkins est innomable. Ce que dit l’archevêque
Chaput est de grand intérêt. Je sollicite vos remarques et commentaires, mais je suis de plus en plus convaincu que, en matière d’universités catholiques, les choses ne seront plus jamais
comme avant…

« Je me suis aperçu que même parmi ceux qui n’ont pas étudié à Notre Dame, même parmi ceux qui ne partage
pas la foi catholique, on trouve une attente particulière, une espérance particulière de ce que Notre Dame peut accomplir dans le monde »

P. John Jenkins, C.S.C., 17 mai 2009

La plupart des discours de remise de diplômes sont un mélange de piété et d’optimisme conçu pour aider les étudiants à entrer en douceur dans la vie réelle. Les meilleurs sont humoristiques.
Quelques-uns sont vraiment inspirés. Mais il n’y en a que très peu qui s’arrangent pour être à la fois pieux, optimistes, évasifs, tristes et nuisibles. Le P. John Jenkins, C.S.C., le
président de Notre Dame, est un homme d’une intelligence et d’un talent substantiels. C’est ce qui rend ses remarques introduisant le discours de
Commencement du Président
Obama, le 17 mai, des plus gênantes.
Souvenons-nous que le débat relatif à la venue du Président Obama à Notre Dame n’a jamais tourné autour de la question de savoir s’il était un homme bon ou mauvais. Le Président est
de toute évidence un homme sincère [1] et capable. Il a dit lui-même que la religion avait eu une influence majeure dans sa vie. Nous lui devons le respect que l’Écriture nous demande de
manifester à tous ceux qui exercent des fonctions publiques. Nous avons le devoir de prier pour qu’il ait la sagesse et pour qu’il réussisse à servir le bien commun dans la mesure où ce dernier
est guidé par un raisonnement moralement juste.
Nous avons aussi le devoir de nous opposer à lui quand il est dans l’erreur sur des questions fondamentales comme l’avortement, la recherche sur les cellules souches embryonnaires et les autres
affaires de ce genre. Et nous avons aussi le devoir d’éviter de prostituer notre identité catholique en appelant à un faux dialogue qui masque l’abdication de notre témoignage moral. Notre
Dame
ne s’est pas contentée d’inviter le Président à parler à son
Commencement. Elle a aussi conféré un doctorat honoris causa non nécessaire et immérité à un homme qui
s’est engagé à maintenir l’une des pires décisions de la Cour suprême dans l’histoire de notre nation : Roe v. Wade.
Ce faisant, Notre Dame a ignoré les règles des évêques américains dans leur déclaration de 2004,
Catholics in Political Life. Elle a ignoré les préoccupations de l’ambassadeur
Mary Ann Glendon, lauréate de la
Lætare Medal de Notre Dame pour 2009, qui, contrairement au Président, méritait tout à fait cette récompense, mais a fini par la refuser
par frustration des agissements de l’université. Elle a ignoré les appels lancés par l’évêque territorial, par le président de la Conférence des évêques des États-Unis, par plus de 70 autres
évêques, par des milliers d’anciens de Notre Dame et des centaines de milliers de catholiques américains. Ici même, au Colorado, j’en ai entendu parler par un nombre incalculable de
gens.
L’université n’avait aucune excuse – aucune sauf celle de la vanité intellectuelle – de s’obstiner dans cette voie. Et le P. Jenkins a malaxé une mauvaise décision d’origine avec des
explications évasives et sournoises pour la justifier
a posteriori.
Ces paroles sont dures, mais elles sont méritées précisément en raison des propres commentaires du P. Jenkins le 17 mai : jusqu’à aujourd’hui, les catholiques américains ont en effet
eu
« une attente particulière, une espérance particulière de ce que Notre Dame peut accomplir dans le monde  ». Pour beaucoup de catholiques fidèles – et non pas seulement le «
petit mais bruyant groupe » décrit avec une ignorance et un mépris inexcusables par des journaux comme le magazine Time – ce n’est plus le cas depuis dimanche.
L’événement du 17 mai ne manque pas d’ironie. Il y a presque exactement 25 ans, Notre Dame avait fourni une tribune au gouverneur Mario Cuomo pour qu’il souligne l’argument
«
catholique » au services publics « pro choix ». À cette époque, le discours de Cuomo fut salué dans les médias comme un chef-d’œuvre de raisonnement catholique américain en
matières légale et morale. Rétrospectivement, c’était manifestement ingénieux. Mais c’est aussi, et manifestement, un exercice illogique et intellectuellement honteux de fabrication de
justifications. Les explications du P.
Jenkins et le doctorat honoris causa à Obama constituent les serre-livres ajustés à un quart de siècle d’amollissement du
témoignage catholique dans les établissements catholiques d’enseignement supérieur. Ensemble, ils ont donné à la génération des futurs responsables catholiques toutes les justifications dont ils
ont besoin pour baptiser leurs commodités personnelles et pour ignorer ce que sont les véritables exigences pour être « catholique » dans la vie publique.
Le cardinal Francis George de Chicago a suggéré que Notre Dame
« n’avait pas compris » ce que cela voulait dire d’être catholique, avant le déclenchement des événements. Il
a raison, et Notre Dame n’est pas la seule de son espèce à être dans une confusion institutionnelle. C’est le cœur de l’affaire. La direction de Notre Dame a causé un vrai préjudice
à l’Église et cherche maintenant à se débarrasser des critiques en les considérant comme l’expression d’une colère marginale. Mais les dégâts demeurent et les critiques contre Notre Dame
justifiées. La chose la plus essentielle que puissent faire les catholiques fidèles désormais c’est d’insister – en parole, en action et par leur soutien financier – pour que des institutions qui
se disent « catholiques » vivent vraiment la foi avec courage et cohérence. Si cela se passe ainsi, alors la faillite de Notre Dame pourrait cependant apporter un bien
involontaire.

[1] L’archevêque de Denver me permettra une réserve. Je pense qu’Obama n’est pas sincère. Il sait ce qu’il veut mais il gouverne “à l’estime” sachant
louvoyer entre les différents écueils qui se présentent. L’objectif est le même ; la méthode pour y arriver s’adapte.