Le cardinal Timothy Dolan devra-t-il désinviter Obama ?

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Un mot pour commencer, encore que ce mot que j’ai utilisé dans mon précédent article sur ce sujet n’a pas été relevé par les lecteurs… Sur l’invitation faite au Président Obama par le cardinal Timothy Dolan d’être son invité au dîner de bienfaisance organisé au profit de Catholic Charities de l’archidiocèse de New York, j’écrivais que le cardinal Dolan se comportait ainsi «  en homme civilisé et de tradition ». Le mot tradition ne devait évidemment pas être pris au sens de la grande Tradition catholique, mais simplement comme un usage établi de l’archidiocèse qui, depuis les années 1960, invite pour ce dîner de bienfaisance les deux candidats qui vont s’opposer lors de l’élection présidentielle le mois suivant celui du dîner. Usage établi, certes… mais qui a connu au moins deux exceptions et de taille ! En 1996, le cardinal John O’Connor, alors archevêque de New York, refusa qu’on invite au dîner Bill Clinton, alors candidat pour un second mandat présidentiel en raison de son soutien à l’avortement. Huit ans plus tard, le cardinal Edward Egan refusait la présence du candidat Démocrate et catholique John Kerry à ce même dîner pour la même raison… Candidat à sa propre réélection, Obama est, en matière de soutien à l’avortement, encore pire que Clinton ou Kerry. Y a-t-il une logique qui m’aurait échappé dans cette invitation par le cardinal Dolan du Président et candidat le plus pro-avortement de toute l’histoire des États-Unis et, en outre et de loin, le plus anticatholique, à tel point que l’archidiocèse de New York lui-même a intenté un procès à son gouvernement pour son HHS Mandate ? La logique m’échappe. N’est-ce pas ce même archevêque de New York qui, voici un peu plus de trois ans, avait protesté, avec 82 autres de ses confrères dans l’épiscopat, contre l’invitation par la Notre Dame University de ce même président Obama, au motif fondé, juste et adopté par l’épiscopat américain en 2004 que « La communauté catholique et les institutions catholiques ne devront pas honorer ceux qui agissent au mépris de nos principes moraux fondamentaux. On ne leur accordera aucune récompense, honneur ou tribune qui pourraient suggérer un soutien à leurs actions » (Catholics in Political Life) ?

Certes, lors de ce dîner les deux candidats font assaut d’humour et de traits d’esprit sans aborder les grands axes de leur campagne ou de leur programme. C’est l’usage. Mais cet usage sera-t-il respecté par Obama ? L’homme est fourbe. Les promesses qu’il fit dans son discours à la Notre Dame University, toutes mielleuses pour les catholiques, furent controuvées par les actes concrets de son gouvernement contre les catholiques… Faut-il prendre ce risque ? Il y a un autre malaise dans cette affaire. La propre directrice générale de ce dîner de bienfaisance, Meghan Myers, qui a confirmé l’acceptation d’Obama, refuse d’en dire plus et “botte en touche” : elle n’est pour rien dans cette invitation, c’est le cardinal Dolan qui l’a lancée… Le propre directeur de la communication de l’archidiocèse, Joe Zwilling, n’est au courant de rien : il n’a pas entendu dire que l’invitation avait été lancée ni qu’elle ait été acceptée… On est dans le flou. Un flou qui commence à irriter de nombreux catholiques.

L’American Life League (ALL), la plus importante association de laïcs catholiques de défense de la vie, dénonce, par la voix de Michael Hichborn, directeur adjoint des relations avec les médias de l’ALL, cette invitation : « Il est impensable qu’une organisation charitable catholique invite l’homme qui veut la destruction de la liberté religieuse en Amérique à une manifestation de levée de fonds »…

Randy Engel, directeur de l’association catholique U.S. Coalition for Life estime qu’il serait « préférable d’annuler cet événement plutôt qu’il devienne une autre cause de scandale pour l’Église catholique. S’il vous plaît, annulez le dîner Al Smith de cette année en mémoire des millions d’enfants à naître qui ont été tués et qui continuent à mourir du fait des nombreux programmes contre la vie de ce gouvernement ».

Le Père Frank Pavone, directeur national des Priests for Life, tout en comprenant que des considérations protocolaires puissent permettre de faire la différence entre la fonction de Président des États-Unis et celui qui l’incarne, en arrive à dire : « mais il vient un moment où la mise de côté polie des différences relève du scandale »…

Michael Voris, le “poil à gratter” du journalisme catholique, a exprimé avec la véhémence qui est la sienne ses interrogations sur Church Militant TV (le nouveau nom adopté par l’ex Real Catholic TV, un changement de nom dont on pourra comprendre la raison ici) et vient d’adresser une « respectueuse » supplique au cardinal Dolan pour qu’on désinvite Obama à ce dîner (hier à 15 h, la pétition avait réuni plus de 3 300 signataires, et elle circule sur la toile…). Vous verrez ci-dessous la vidéo sur laquelle il la commente et l’expose.

On ne sait toujours pas si Mitt Romney a reçu l’invitation symétrique à celle d’Obama, ni, a fortiori, s’il l’a acceptée ou l’acceptera… J’en suis presque à souhaiter que le mormon Romney la décline, ce qui pourrait précipiter l’annulation de celle d’Obama. Il est un peu triste, pour dire les choses avec douceur, qu’on en soit réduit à cela…

Une précision en ce 7 août (l’article a été programmé pour être visible le 8 août à partir de 7 h matin (heure de Paris) : le site de The Alfred E. Smith Memorial Foundation qui organise l’événement confirme la présence de Mitt Romney pour le dîner du jeudi 18 octobre…


 

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