Le cardinal Levada sur les discussions avec la FSSPX

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C’est une grande première. Le cardinal américain William Levada (photo), préfet de la Congrégation pour la doctrine de la Foi, a accordé un entretien de trois quarts d’heure à Jeff Israely, correspondant du magazine
Time à Rome, qui en a fait un article paru le jeudi Saint 9 avril. L’entrevue s’est déroulée au palais du Saint Office à une date non précisée.
Ce sont là les premiers commentaires publics du cardinal Levada sur les discussio
ns à venir
avec les responsables de la FSSPX, depuis la parution le 10 mars dernier de la lettre
personnelle de Benoît XVI aux évêques du monde entier relative à la levée des excommunications des quatre évêques de la FSSPX, survenue le 21 janvier. Cette
lettre annonçait « l’intention » du pape « de rattacher à l’avenir la Commission pontificale Ecclesia Dei (…) à la Congrégation pour la doctrine de la Foi », une
intention que Jeff Israely confirme en écrivant que « Levada va prendre les rênes » d’Ecclesia Dei, ce qui annonce donc la fin toute prochaine de la mission de son actuel
président, le cardinal colombien Castrillon Hoyos.
Curieusement, Israely écrit que « Levada précise qu’il n’a pas encore rencontré les dirigeants de la Société [FSSPX] mais il espère que le dialogue ira de l’avant avec ses
évêques et de hauts conseillers théologique. Sauf à ce que l’évêque Williamson rétracte entièrement sa position niant l’Holocauste, il ne pourra pas prendre part aux négociations, déclare
Levada »
.
Après avoir rappelé que la levée des excommunications était « un geste de miséricorde » le cardinal Levada a précisé que « la Société ne disposait pas d’un statut
canoniq
ue lui permettant d’exercer un ministère dans l’Église ». Pour le cardinal,
selon Israely, « les controverses liturgiques avec les disciples de Lefebvre ont été en gros réglées ». Le cardinal ajoute : « Ce qui demeure ce sont des questions
doctrinales qui ne pourront être éclaircies qu’au cours d’un patient dialogue à venir »
.
Invité à préciser le terme « patient », le cardinal donne l’exemple de la décision de lever les excommunications réciproques prise en 1965 par Paul VI et Athenagoras :
« Nous nous sommes réjouis de ce geste pour l’unité des chrétiens. Mais la levée de ces excommunications n’a pas mis un terme au schisme qui continue d’exister entre le catholicisme et
l’orthodoxie »
.
Pour le cardinal, les points principaux de controverse avec les disciples de Mgr Lefebvre se focalisent sur « l’obéissance au Magistère » et sur des décrets particuliers de
Vatican II : « Le Concile est vaste et tous les décrets ne sont pas d’un même niveau. Le décret sur la liberté religieuse est l’un des points clé sur lequel la Société a des problèmes (…)
Nous avons la volonté de revoir avec eux tout le Catéchisme de l’Église ».

7 comments

  1. Christine

    C’est une terrible perte que celle du Cardinal Castrillon Hoyos.

    Dieu fasse que cela ne soit pas un grand coup de frein aux discussions et autres négociations !

  2. Gentiloup

    La condition concernant Mgr Williamson me semble à priori inacceptable. Cela revient à mettre sur un plan plus élevé que la doctrine catholique la doctrine de la Shoah.
    Sur le plan liturgique nous sommes fort éloignés d’un retour à la messe traditionnelle. Je ne vois pas comment la FSSPX pourrait se satisfaire du Motu proprio actuel, perdu au milieu des fantaisies les plus hérétiques de la messe du Nouvel ordo tel qu’il est pratiqué sans que ceux qui s’y adonnent ne risquent la moindre sanction.

    De plus l’un des préalables devrait être la levée de l’excommunication de Mgr Lefebvre, non par mansuétude mais par justice.

    Quant à la liberté religieuse, en continuant à mettre dans ses programmes la visite de mosquées et de Synagogues, il est clair que le Pape n’est pas prêt à revenir dessus.

    Je reste très très sceptique et je prie pour que la FSSPX reste fidèle à l’oeuvre de son fondateur.

  3. Christine

    A Gentiloup.

    Je me permets de ne pas partager votre opinion concernant Mgr Williamson, quoique pour des raisons sensiblement différentes.

    1) cela fait des années que ce dernier agit comme s’il n’avait pas de supérieur, au risque de paraître plus ou moins ouvertement opposé à lui (cf. affaire du Bon Pasteur… dont le supérieur ne lui a pas gardé l’ombre d’un sentiment de reconnaissance!) … ce qui n’est pas sans poser de très sérieux problèmes de cédibilité;
    2) alors qu’il savait son supérieur en discussions avec Rome, il a pris délibérément le parti d’ignorer toutes les règles de prudence et de discrétion élémentaires, prenant ainsi le risque conscient de plomber les bonnes décisions du Saint-Père et de lui être une gêne considérable… Là aussi, il y a un sérieux problème au moins d’exemple donné de mépris de l’obéissance chrétienne et de Rome (jamais Mgr Lefebvre, dans ses propos les plus justement violents ne s’est montré anti-romain ! Ceux de Mgr Williamson vont incomparablement plus loin, et se rapprochent étrangement de ceux des Réformateurs protestants!).

    Il va de soi que la question de la stupidité de ses propos concernant la shoa (QUOIQUE L’ON PENSE DE SON TRAITEMENT ACTUEL PAR DES “HISTORIENS” !) est secondaire – en aucun cas cependant négligeable de la part d’un évêque. Et ce n’est pas parce que Mgr Fellay ne le dit pas qu’il ne le pense pas!

    Quant au reste, la vérité et la justice n’exigent pas que tout soit obtenu de tout le monde (et même du Saint-Père) du jour au lendemain : être catholique n’a jamais consisté en une incapacité à prendre en considération l’aspect humain de nos batailles spirituelles, mais même exactement tout le contraire.

    Que Dieu nous garde de cet esprit démocratico-révolutionnaire si vivace – dans sa version la plus sournoise, car se parant de vertus aux yeux des âmes de bonne volonté – dans le petit monde de la “Tradition”, et par lequel si Dieu le permettait, nous pourrions bien plomber nos combats par un excès de défiance jusqu’à l’incapacité de rester dans l’esprit d’obéissance – et par notre manie, à nous, fidèles, de croire nos considérations presque aussi importantes que celles de nos supérieurs !

  4. Gentiloup

    A Christine,

    Je ne suis pas au courant des positions de Mgr Williamson concernant l’IBP, ni de ses autres considérations en général du reste. J’ai écouté de sa part un sermon qui doit toujours être sur Internet lors des ordinations de Flavigny de 2008 que j’avais trouvé fort intéressant.

    En ce qui concerne ses positions sur la guerre de 39-45, elles sont un non-événement. En faire une condition sine qua non pour la participation à des discussions doctrinales est révélateur d’une soumission à un certain ordre mondial qu’on le veuille ou non. Je ne vois pas ce que la doctrine de l’Eglise a à y voir. Je trouve au contraire cela fort inquiétant.
    Sur ses positions protestantes? mystère! Merci de m’en dire plus! Vous avez l’air de savoir ce que pense Mgr Fellay, pour ma part je ne connais que ses positions officielles.

    Quant à tout obtenir du jour au lendemain, il me semble que c’est tout le contraire qui s’est passé. Les catholiques ont tout perdu du jour au lendemain (ou presque) avec Vatican II. Le Christ lui-même a été découronné sans aucune précaution.
    Alors espérer tout restaurer du jour au lendemain alors que les dégâts s’accumulent depuis 40 ans… Il faudrait en effet vivre sur une autre planète ou être né de la dernière pluie pour le supposer.

    Vous parlez avec une sorte de mépris “du petit monde de la Tradition”. Hélas oui, ce monde est petit alors qu’il devrait tenir toute l’Eglise visible. Dieu soit béni d’avoir permis que ce monde subsiste malgré tout, même petit et si imparfait soit-il.

    Le jour où la Tradition aura repris ses droits, la confiance sera revenue, en attendant force nous est bien de rester méfiants. Trop de gens se sont ralliés et ont renoncé à la doctrine en adoptant Vatican II, ne se satisfaisant, ainsi que le fit remarquer Mgr Lefebvre à propos de Don Gérard, que de la liturgie pour eux, leur cercle ou leur monastère.

    Le combat initié par Mgr Lefebvre se situe au niveau de l’Eglise pour l’Eglise et pour la restauration du règne de Notre Seigneur Jésus-Christ. Pas pour des petits cercles épuisés d’avoir trop longtemps lutté.

    L’obéissance, ainsi que l’expliquait si bien Mgr Lefebvre est due à Dieu. Elle n’est due aux supérieurs que tant qu’eux-mêmes sont soumis à Dieu.
    Cette soumission à Dieu, vous le savez bien qui que vous soyez, se réfère aux deux sources de la Tradition. Aux fruits on juge l’arbre.

    Comme vous je suppose, tout les membres de l’Eglise se seraient bien passés d’avoir à se positionner en permanence par rapport à la Tradition.
    Lorsque hier j’ai appris que dans la cathédrale où j’ai été confirmée, l’évêque du lieu a exposé et s’en est vanté,  un Christ sur une chaise électrique, sans qu’à ma connaissance, personne ne l’ai sanctionné (excommunié?), avouez qu’il y a de quoi rester vigilants et ne surtout pas baisser la garde.

    Pour Mgr Levada, je reste circonspecte et je suppose que la FSSPX en fait autant, à moins qu’elle ait des assurances que nous n’avons pas, ce dont je doute.

  5. Christine

    A Gentiloup

    Juste un petit mot : vous semblez vous méprendre totalement sur le sens de mes paroles.
    Je n’ai bien évidemment aucun mépris pour le “petit monde de la Tradition”, et je m’intéresse peu au fait de savoir si c’est pire ou meilleur ailleurs : l’amour tout simplement n’est pas aveugle !
    Si pour moi seule la FSSPX est parfaitement claire et cohérente sur le plan doctrinal depuis le Concile (j’entends par là bien entendu essentiellement Mgr Lefebvre et les supérieurs qui lui ont succédé), je ne crois absolument pas qu’elle détienne pour autant le monopole de la vertu universelle !
    Ceci est bien évidemment d’autant plus valable pour les fidèles.
    Et je maintiens, oui, nombre de “tradis” ont inconsciemment un esprit démocratico-révolutionnaire à l’inverse des principes qu’ils défendent.
    Et nous allons tous, tradis FSPPX estampillés et autres, comme les “modernos” de bonne foi, avoir à réapprendre certaines vertus… Pas nécessairement les mêmes pour tout le monde, ni au même degré. Mais j’imagine mal un “tradi” prétendre qu’il serait au-dessus du lot.
    Ceci sans esprit polémique, Gentiloup. Je ne suis pas votre ennemie et ne le serai pas : j’ai moi aussi à balayer devant ma porte…
    In Christo.

  6. Gentiloup

    Chère Christine,

    Je crois en effet que nous avons à peu près les mêmes positions. Mais nous mettons l’accent sur un point plutôt que sur un autre en fonction de ce qui nous touche le plus sur le moment.
    Il est évident que les tradis ne sont pas plus sûrs d’aller au Paradis que les autres.

    Par contre je ne comprends pas excatement ce que vous entrendez par esprit démocratico-révolutionnaire. Mais comme cet esprit est l’esprit du temps, je suppose qu’il existe ici comme ailleurs.

    Pour les vertus, c’est clair qu’il s’agit d’un combat permanent qui n’est jamais gagné, sauf cas extraordinaires de saints qui ont acquis certaines vertus de façon privilégiée tel le docteur angélique protgé définitivement de la convoitise de la chair après avoir résisté héroïquement aux assauts du démon, idem de Saint-Benoît…

    Pour le commun il faut hélas, sans cesse sur le métier remettre l’ouvrage.

    Il me semble néanmoins qu’il ne faut point non plus tomber dans l’excès inverse et devenir timorés à l’esprit de repentance permanente pour les beaux yeux du monde, mais au contraire être fermes dans les certitudes de la foi et ne pas craindre d’être affirmatifs.

    Merci en tout cas à Daniel Hamiche qui nous permet cet échange et pour toutes les informations intéressantes qu’il nous donne.