Sondages US : le bon sens du P. Pavone

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Le P. Frank Pavone, directeur national des Priests for Life, est familier des visiteurs de ce blogue. Ce prêtre qui consacre son ministère à la défense du caractère sacré de la vie,
de sa conception à sa mort naturelle, est un homme de courage mais aussi de bon sens.
Dans la lettre internet qu’il a posté hier, veille du scrutin présidentiel, il aborde la question des sondages. Voici ce qu’il en dit :

« Pendant toute l’année de l’élection présidentielle de 2004, on compta 239 sondages d’opinion sur cette compétition. Pour la précédente, en 2000, on en enregistra moins de la moitié. Cette
année, il y en a eu près de 800 et ça continue !
Cette explosion de sondages a apporté plus de confusion que d’éclaircissement. Par exemple, neuf ou dix sondages menés récemment le même jour ont montré un différentiel entre les candidats allant
de 3 à 10 points. Le jour suivant, les mêmes sondages affichaient un différentiel de 2 à 15 points, et le troisième jour de 3 à 7 points.
Les gens s’interrogent ? “ Qui dit vrai ? Pourquoi les sondages sont-ils différents de l’un à l’autre et le même jour ?”
Tout d’abord parce que les chiffres qu’on vous communique correspondent à différentes sortes de sondages. Il y a des sondages nationaux et des sondages par État. Et puis il y a des sondages de
sondages (par exemple, un certain nombre correspond à la moyenne de tous les sondages effectués les deux dernières semaines).
Dès lors, si la compétition doit être déterminée par une poignée d’États-clé, les changements qui surviennent dans d’autres États trouveront une traduction dans des sondages nationaux mais ne
seront d’aucun effet sur le résultat réel de l’élection. En outre, si un changement s’opère dans les attitudes de l’électeur, il faudra beaucoup plus de temps pour qu’un tel changement se
manifeste au niveau de l’État qu’à celui des sondages nationaux – et les premiers sont moins nombreux que les derniers. Enfin, si un sondage est la synthèse de la moyenne des sondages sur deux
semaines, alors les changements qui s’opèrent aujourd’hui ne seront pas aussi évidents qu’ils le seraient dans des sondages les suivant au jour le jour.
La grande multiplicité des sondages cette année signifie aussi de surcroît une grande disparité quant aux méthodes et aux compétences. Il y a une grande différence entre une entreprise de
sondages qui a des dizaines d’années d’expérience, et un groupe qui dans une Université décide de se lancer cette année dans le sondage. Et si un sondeur interroge dans un État particulier, la
qualité du sondage sera meilleure si le sondeur possède une compétence quant à l’électorat de cet État.
Parmi les entreprises de sondages, en outre, il faut considérer la qualité de la taille de l’échantillon, la méthodologie utilisée, les présomptions sur la composition de l’électorat, les
ajustements en raison du nombre, et ainsi de suite. En d’autres mots, quand on vous parle des résultats d’un sondage vous devez vous demander : “Qui est exactement compté là-dedans et quelles
présomptions a-t-on faites ?” Les sondés sont-ils inscrits sur les listes électorales ? Sont-ils disposés à voter et comment s’en est-on assuré ? De quel parti provient cet échantillon ?
En règle générale, un sondage sélectionnera 40 % de son échantillon dans chacun de deux partis majoritaires et 20 % parmi les indépendants. Mais nous avons vu des sondages où l’un des partis
majoritaires pesait pour 50 % de l’échantillon, et l’autre pour 30. Les résultats sont faussés. Il est très utile pour un groupe partisan de fabriquer un tel sondage pour récolter de l’argent,
car il peut vous envoyer une lettre vous disant : “Regardez, on est en tête de dix points : envoyez-nous plus d’argent pour que l’on maintienne cette avance ! ” Toutefois, le donateur n’a pas lu
les lignes imprimées en tout petits caractères qui indiquent la méthodologie du sondage ou l’échantillon.
Et présumer des électeurs “disposés” à voter peut être chose délicate. Est-ce que, par exemple, l’inscription sur les listes électorales de nombreux jeunes électeurs se traduira vraiment par une
démarche électorale jusqu’à l’isoloir de ces jeunes gens ? Ça demande à être vérifié. Un sondage est une élégante estimation quant à savoir en quelle mesure de telles choses peuvent se
produire.
Le sondages se trompent souvent quant aux dynamiques qu’implique le taux de participation : la motivation de groupes particuliers, l’impact que la météo aura le jour de l’élection. La bonne
nouvelle pour les pro-vie c’est qu’entre un électeur pro-vie qui incline à voter et un autre électeur qui incline à voter, l’électeur pro-vie incline davantage à voter. L’analyse des élections
passées montre que les électeurs du mouvement pro-vie sont plus motivés que ceux du mouvement pro-avortement. Nous réussissons mieux à faire voter les nôtres. Nous sommes plus attentifs aux
problèmes. Nous sommes plus attentifs à nous identifier quand nous sommes sondés. Ce ne sont pas des choses qu’un sondage est capable de mesurer à l’avance. (…)
Et bien sûr le réflexe-clé qu’il faut avoir quand on vous parle d’un sondage, c’est de connaître le nombre des électeurs indécis. Par définition ils peuvent voter d’un côté ou de l’autre, mais
n’en ont pas encore décidé. Les élections sont décidées par les indécis qui prennent leur décision le jour même de l’élection.
Nous avons tendance à donner une “onction” aux sondages, mais nous ne le devrions pas. Nous avons tendance à penser qu’ils sont beaucoup plus scientifiques qu’ils ne le sont en réalité et nous
leur accordons beaucoup plus de confiance qu’ils en méritent. Alors qu’ils regorgent de présomptions, de projections, d’estimations et de marges d’erreur, quand ce n’est pas de mauvais
échantillonnages, d’une méthodologie fausse et de franche partialité.
Redisons-le : une seule chose compte dans les élections et c’est le taux de participation. Les élections de 2008 ne sont pas encore faites, elles le seront quand les électeurs iront voter et que
leurs bulletins seront vraiment comptés ».

À présent pour ceux qui veulent voir le P. Pavone et entendre ses ultimes recommandations pour l’élection, c’est ici (durée : un peu plus de 5 minutes)