Our Sunday Visitor revient sur la communication du Saint Siège

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Our Sunday Visitor (OSV, notre invité du dimanche) est le plus ancien et, sans
doute, le plus connu des hebdomadaires catholiques aux États-Unis. Lancé en 1912 à Huntington (Indiana) avec un tirage initial de 35 000 exemplaires, il fut le plus populaire des périodiques
catholiques du XXe siècle aux États-Unis, atteignant un tirage de 500 000 exemplaires après la Première Guerre mondiale, et un énorme succès pour sa livraison annonçant en 1918 la conversion au
catholicisme, in articulo mortis, de… Buffalo Bill ! Dans les années 1930, il hébergea dans ses colonnes les premiers articles de Mgr Fulton J. Sheen
qui devint le plus médiatique des évêques américains dans les années 1960. L’élection du “catholique” John F. Kennedy propulsa la diffusion de l’hebdomadaire : 1 million de
lecteurs en 1961. L’hebdomadaire est toujours lu avec attention et analysé aux États-Unis.

Dans le débat américain qui a suivi la publication des Norma de gravioribus delictis – soit dit en passant
un débat de cette qualité n’a pas eu lieu en France –, j’ai signalé la position de Phil Lawler. Il y
en a eu d’autres et je pense, notamment, à l’analyse de Carl Olson sur Ignatius Insight Scoop, qui ne partage pas la critique de Lawler mais qui
mérite d’être découverte.

Je voudrais aujourd’hui signaler la position de John Norton d’Our Sunday Visitor qui,
elle aussi, mérite qu’on s’y arrête un instant. Moins laudative que celle d’Olson, peut-être moins sévère que celle de Lawler, la position de
Norton vaut la peine d’être lue. En voici la traduction.

  • « La manière dont le Vatican a diffusé les normes sur les abus sexuels, et la manière prévisible dont les médias ont couvert cette
    diffusion, ont déclenché un ardent débat dans nos salles de rédaction et aussi avec les communicants catholiques dans tout le pays. Qui doit-on critiquer pour cette couverture médiatique
    minable ?
  • Un Vatican distant qui ne se préoccupe pas de savoir comment fonctionne le message ou qui n’est pas suffisamment compétent pour le
    façonner ? Ou un monde médiatique qui est prêt à flinguer l’Église en toute occasion ?
  • Un peu les deux probablement. Mais je dois dire que, dans ce cas, il semble que le Vatican se soit tiré une balle dans le pied en
    agitant le proverbial chiffon rouge devant le taureau.
  • Et dans ce sentiment j’ai été rejoint par quelques uns des plus loyaux défenseurs du Vatican dans la blogosphère. Elizabeth
    Scalia
    qui blogue sur The Anchoress du site de First Things, a été outrée et a menacé (enflammée qu’elle était je pense) d’aller
    à Rome pour s’asseoir avec les responsable de la presse du Vatican, leur faire une bise sur la joue puis leur faire quelques remarques cinglantes.
  • “Dans les rares occasions, écrit-elle, ou vous avez fait quelque chose qui va vous apporter une prudente mesure de
    bonne volonté, ou au moins un reportage moins hostile, vous ne vous accordez pas avec des questions controversées et ne permettez pas que des équivalences absurdes soient tirées par des gens
    qui ne savent pas aller au-delà des manchettes et de brèves citations !”
  • Le journaliste britannique et catholique Damian Thompson a été pareillement scandalisé dans son blogue
    Holy Smoke du quotidien The Telegraph : “Si j’avais été chargé par le bureau de presse du Vatican de la mission singulière de fournir des
    munitions aux ennemis de l’Église, je ne pense pas que j’aurais pu mieux faire que ce qui a été fait.”
  • Mais certains contestent cette position. Un blogueur catholique de tout premier plan m’a envoyé un courriel pour me demander :
    “Quel est exactement le problème que le Vatican a créé ?” Il voit là essentiellement la faute d’un monde médiatique tout prêt à abattre le Vatican.
  • “Pourquoi est-ce que de plus en plus de journalistes sont apparemment  1. paumés sur l’Église catholique et sur la foi
    catholique, 2. ont peu ou pas du tout d’intérêt à n’apprendre que les choses les plus basiques sur l’Église, 3. considèrent toutes choses selon le paradigme Église = vieille et rétrograde ;
    modernité = jeune et magnifique, ou 4. manifeste une aversion et un préjugé patents contre l’Église catholique ? »
    demande-t-il.
  • Je vois le problème, mais je ne fais pas mien ce paradigme guerrier. Le fait est que la plupart des catholiques ont des nouvelles
    sur l’Église – et des commentaires sur les actions et les faits d’Église – que par la grosse presse (bien que vous sachiez, je pense, que c’est pour cela que tous les catholiques des États-Unis
    devraient lire l’hebdomadaire OSV !).
  • L’Église ne peut pas compromettre le message mais doit être plus consciente de la ma,ière dont fonctionne la présentation du
    message, et, quand cela est possible, en ajuster la présentation pour en faciliter l’acceptation (ou au moins la non hostilité) par des gens généralement de bonne volonté. »