Phil Lawler : la communication du Vatican ou l’art de se tirer une balle dans le pied

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La communication du Saint Siège est devenue préoccupante, surtout en cette période de crises à répétition. La pauvreté
des moyens financiers explique peut-être les réactions parfois peu convaincantes ou à contretemps de la communication vaticane face aux campagnes internationales qui, elles, disposent d’argent et
de technicité. Une autre explication pourrait aussi relever des hommes qui sont chargés de cette communication. Au cœur du système de communication du Saint Siège et à la tête de tout son
dispositif – Salle de presse, radio et télévision du Vatican –, le P. Federico Lombardi, S.J. nous a fourni, à de trop nombreuses occasions, bien des exemples d’une communication
décalée et incapable de répondre de manière efficace aux interrogations ou aux agressions du monde médiatique.

Dans un commentaire du 30 juin dernier, publié par CatholicCulture, Phil Lawler nous
en livre une nouvelle illustration. Le constat est sévère et l’on pourra ne pas nécessairement l’adopter en totalité. Mais il valait la peine qu’on le traduise sur ce blogue.

  • « C’est déjà assez déplaisant que les mass médias raffolent d’attaquer l’Église catholique. Mais la situation
    est encore pire quand les efforts de communication maladroits du Vatican lui-même, lui infligent des coups. Voyez le dernier cas de gaucherie dans la stratégie vis-à-vis de la
    presse.
  • Après les informations des médias sur l’enquête des autorités civiles italiennes sur des accusations de corruption
    fiscale contre la Congrégation pour l’évangélisation [des peuples], la Salle de presse du Saint Siège a diffusé une “Note” sur cette Congrégation, attirant l’attention sur ses
    très nombreuses bonnes œuvres et ses responsabilités financières compliquées. La Note débute par cette introduction :
  • “Devant les nouvelles qui, depuis quelques temps, continuent de circuler à propos de la Congrégation pour
    l’évangélisation des peuples (anciennement De propaganda Fide), mise en cause dans de récentes enquêtes sur la vente d’immeubles, il a été jugé nécessaire de rappeler certaines données
    objectives afin de protéger la bonne réputation d’un organisme important du Saint-Siège et de l’Église catholique”.
  • Cette extraordinairement accrocheuse introduction indiquait que la Note était une réponse (“il a été jugé
    nécessaire…”) au récents articles de presse. Pourtant, la Note ne répond pas à ces articles. À un moment, la Note semble faire allusion au fait que la Congrégation aurait pu mal gérer des
    transactions financières, en reconnaissant que cet organisme “peut être exposé aussi à des erreurs de jugement et aux fluctuations du marché international”. (…)
  • Bien entendu alors, les journalistes qui ont pris au sérieux la déclaration ont essayé de discerner un message entre
    les lignes. Aujourd’hui, ces journalistes s’attirent une réprimande du directeur de la Salle de presse du Vatican pour leurs “mauvaises interprétations” de la Note. La référence aux “erreurs”
    dans la Note constituait une “observation d’ordre général”, dit-il, et n’aurait pas du être interprétée comme se “référant à une quelconque Congrégation”.
  • Pour ce qui est de l’ancien préfet de cette Congrégation, le cardinal Crescenzio Sepe, qui est au
    cœur de l’enquête annoncée, le porte-parole du Vatican a exprimé “la certitude que sa conduite correcte pourra conduire à une clarification complète et rapide du processus
    judiciaire”.
  • En résumé :
  • . Face à des articles défavorables, le Vatican a diffusé une déclaration qui ne traite pas de la substance de ces
    articles.
  • . Quelques journalistes ont tenté de deviner comment la “Note” opaque du Vatican pourrait alimenter leurs articles.
    Leurs analyses ont été déclarées “incorrectes”.
  • . Un court passage de la Note a semblé pouvoir être pertinent pour les analyses des journalistes. La clarification du
    Vatican nous assure que non, que toute la déclaration traitait de généralités. En d’autres mots, la Note n’avait aucune pertinence pour les articles auxquels elle répondait.
  • . Néanmoins, sans produire aucune preuve disculpant l’ancien responsable du Vatican qui est suspecté, la Salle de
    presse affirme sa “conduite correcte”, comme si elle avait démontré l’innocence du cardinal au lieu d’ignorer les accusations portées contre lui.
  • Et vous vous étonnez que le Vatican ait mauvaise presse ? »