ObamaCare : et si la Conférence épiscopale s’était trompée de stratégie ? (1)

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Deux journalistes catholiques d’une notoriété incontestable et incontestée aux États-Unis se sont interrogés sur la stratégie mise en œuvre par les bureaux de la Conférence épiscopale (United
States Conference of Catholic Bishops
, USCCB) envers l’ObamaCare. Phil Lawler, le directeur de CatholicCulture l’estime imprudente dans un commentaire publiée le
12 février dernier sur LifeSiteNews (je traduirai ce texte ultérieurement). Deal W. Hudson (photo ci-dessous), directeur de InsideCatholic, la trouve risquée. C’est
ce commentaire que je publie ci-dessous et que Hudson a confié également à LifeSiteNews le 11 mars.

*


« La stratégie de lobbying des évêques catholiques dans le débat sur la réforme de la santé, a été celle d’un soutien mitigé. Nous soutenons le projet de loi sur la réforme de la santé, déclarent
les évêques, pour autant qu’il ne contienne pas de financement de l’avortement et qu’il admette la clause de conscience pour les personnels de la santé.
La seule aide que les évêques aient reçue pour leurs efforts est celle du Démocrate catholique Bart Stupak dont la coalition de députés Démocrates pro-vie est le seul espoir de tuer le
projet de loi ou d’éliminer le financement de l’avortement qu’elle contient.
Les évêques n’ont fait aucune démarche vers les chefs Démocrates du Congrès, y compris la président de la Chambre des Représentants, Nancy Pelosi, ni vers le ministre de la Santé
Kathleen Sebelius, l’une et l’autre ayant menti quant à la présence du financement de l’avortement dans la version sénatoriale du projet de loi.
Il devrait être clair pour les évêques et leurs fonctionnaires de l’USCCB qu’il n’y a aucune bonne volonté ni au Congrès ni à la Maison Blanche pour leurs préoccupations relatives au
financement de l’avortement et aux protections des consciences.
Il est temps de changer de stratégie avant qu’il ne soit trop tard. Aucun des responsables Démocrates qui contrôlent cette législation n’a le moindre intérêt à exclure le financement de
l’avortement du projet de loi. Tout au contraire, ils espèrent qu’en maintenant les évêques dans cette attitude de soutien mitigé, la perspective d’un tollé des catholiques de base sera repoussée
jusqu’après le passage de la loi au moyen de quelque tour de passe-passe législatif.
Avant que les évêque ne soient en mesure de relancer une autre campagne nationale de cartes postales, la réforme de la santé et le financement de l’avortement seront un fait accompli
1.
Comme je n’ai cessé de le soutenir, même si (par quelque miracle) la loi réformant la santé était votée sans le financement de l’avortement, le contrôle étatique accru sur les services de soins
médicaux conduira inévitablement, le financement de l’avortement étant rendu obligatoire, les défenseurs de l’avortement à porter l’affaire devant les tribunaux pour achever le travail. Que les
évêques semblent incapables de reconnaître l’inévitabilité de la chose – publiquement et de toutes les manières – est décevant.
Le soutien que les évêques et les fonctionnaires de l’USCCB ont manifesté à Stupak et à sa coalition pro-vie est digne d’éloge, et peut-être même historique. Mais c’est un fil bien
ténu auquel accrocher ses espoirs pour une loi reformant la santé sans avortement.
S’il s’en trouve certains chez les dirigeants catholiques à penser que la stratégie risquée des évêques est justifiée par l’immense problème de l’absence de couverture de citoyens américains et
d’immigrés, avec papiers ou clandestins, alors on devrait leur rappeler les dangers du proportionnalisme 2. Pour le dire carrément, accepter la couverture universelle en lâchant
sur le financement fédéral de l’avortement n’est pas moralement justifiable.
Quand la Présidente Pelosi et le ministre Sebelius ont menti sur la présence du financement de l’avortement dans le projet de loi sur la réforme de la santé, cela a fait la une de
tous les journaux dans tous le pays. Le rectificatif de Richard Doerflinger du secrétariat des activités pro-vie de l’USCCB et ceux d’autres dirigeants pro-vie n’ont été repris que
dans quelques services d’infirmation catholiques. Quand la président catholique de la Chambre et le ministre catholique de la santé trompent la nation sur un point aussi crucial que celui du
financement de l’avortement, alors c’est à leurs pairs de répliquer : les évêques.
La stratégie du soutien mitigé est risquée parce qu’elle signifie que le Congrès et la Maison Blanche n’entendent pas la fureur qui est en train de s’élever chez les catholiques de base. Je
subodore qu’ils n’entendent pas davantage parler de la méfiance et de l’impatience qui grandissent chez beaucoup d’évêques envers ce processus. »

C’est une analyse intéressante et vous verrez bientôt que celle de Phil Lawler ne l’est pas moins. Quant à moi, et fort modestement, je vois dans ce cas d’école – dont je poursuis la
recension pour vous amis lecteurs depuis plus d’un an – une sérieuse remise en cause du principe même de conférence épiscopale… Qu’en pensez-vous ?

1. En français dans le texte.
2. Ce système est dit aussi « de la raison proportionnée ».

deal hudson