L’histoire de Simon Bruté de Rémur racontée par l’archevêque Buechlein d’Indianapolis (XII)

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médaille Saint-Sulpice

 

 

 

 

XII.

Simplicité et prière : les marques de la vie de l’évêque Bruté

 


L’évêque de Bardstown, Benoît-Joseph Flaget, a dit : « Un missionnaire américain doit être capable de se
nourrir de rien et de le cuisiner lui-même. »

Quand le Père Simon arriva pour la première fois en Amérique comme professeur et missionnaire à Mount St.
Mary’s
d’Emmitsburg, il avait droit à un salaire de 50 $ par an qu’il n’allait toucher que rarement tant il désirait mener une vie simple. Parfois, il distribuait aux pauvres quelques
uns des rares vêtements qu’il possédait. Une fois, il donna son manteau à un mendiant. Il empruntait des vêtements mal ajustés aux séminaristes. Des petites sommes d’argent qu’il recevait de sa
mère et de son frère, il ne gardait rien pour lui-même. Pour économiser de l’argent, il préférait aller à pied à Baltimore plutôt que de prendre la diligence. En 1839, quand il décéda comme
évêque de Vincennes, il fut inhumé dans des vêtements empruntés.

En raison de sa simplicité, l’évêque Simon Bruté, pourtant prêtre français d’une très haute éducation, fut nomme la
« Puissance silencieuse » de l’Eglise des Etats-Unis en sa petite enfance. On le loua de ces mots à cause de sa vision missionnaire et de son amour pour la grande Eglise. Il fut
respecté pour sa prudence et admiré pour sa sainteté.

A le considérer avec les yeux de la foi, ce fut un homme d’espérance. Gardons à l’esprit que quand il fit ses débuts d’évêque de
l’Indiana et de la moitié de l’Illinois,, Chicago inclus, il n’avait que trois prêtres pour l’aider dans un contexte vraiment éprouvant. Et pourtant, il a pu écrire à un évêque ami : «
En général, mes troubles sont plus à la surface et la paix est au plus profond de mon cœur là où jaillit un pur et simple abandon à Dieu seul. »

Son aspiration agitée à la mission aux Indes s’éteignit avec son arrivée en Indiana.

L’esprit d’espérance de l’évêque Bruté au sein de la désolation et sa capacité de s’abandonner à la volonté de Dieu
étaient enracinés dans la profondeur spirituelle de la prière.

Il fut pendant plusieurs années le directeur spirituel d’Elizabeth Ann Seton. Un jour, il lui écrivit :
« Priez, priez, priez sans cesse pour l’Eglise, tout particulièrement en Amérique, et pour ce diocèse. » Quand il fut nommé évêque de Vincennes, il écrivit à Mère Rose
White
qui avait succédé à Mère Seton : « Priez, priez pour Simon. » Son exhortation à la prière se répète d’année en année.

Aucun ministère pastoral ne lui était trop difficile. Par une glaciale nuit d’hiver, l’évêque Bruté fut appelé au
chevet d’un mourant habitant à plusieurs km de Vincennes. Après avoir parcouru une courte distance dans l’épais manteau de neige, son guide refusa d’aller plus avant parce qu’il avait les pieds
gelés. L’évêque Bruté, qui était en train de réciter son chapelet, dit à l’homme : « Marchez sur les traces de mes pas. » L’homme s’exécuta et tout se
passa pour le mieux.

« Suivre les traces des pas de l’évêque Bruté » demeure une invitation valable en des temps où nous pourrions être appelés à
marcher péniblement dans la neige épaisse de ce qui nous semble être une nuit obscure.

Avant de devenir notre premier évêque, le Père Bruté était mieux connu comme professeur au séminaire de
Saint-Sulpice à Paris, à Mount St. Mary’s d’Emmitsburg et comme président du St. Mary’s College de Baltimore. L’Histoire a gardé la trace de son
profond souci pour un enseignement efficace et pour l’intégrité de la foi catholique dans un nouveau milieu où l’Eglise cherchait son chemin. Sa préoccupation et son expertise théologique furent
appréciées des premiers évêques des Etats-Unis. Il fut leur théologien prééminent. Son souci pour la pureté de la doctrine de notre foi est un digne héritage laissé par notre évêque
fondateur.

L’évêque Bruté partait à pied dans la neige épaisse pour porter l’amour et la miséricorde de Dieu à un mourant.
Pendant toute sa vie, on le rechercha comme directeur spirituel et confesseur. Son témoignage – alors que lui-même était consumé par la tuberculose –  nous inspire la soif des sacrements et
nous invite à la sainteté, que cela arrange ou pas.

Quand l’évêque Bruté décéda, un de ses prêtres écrivit : « L’évêque Bruté a donné l’exemple de la plus
paternelle des affections. Quand il était avec nous, nous ne ressentions aucune fatigue, rien ne nous paraissait trop dur et n’avions guère conscience d’être pauvres alors que nous manquions d’à
peu près tout des nécessités de la vie. »
Il est de l’essence de notre appartenance au Corps du Christ que, à l’instar de l’évêque Bruté, nous soyons, les uns et les
autres,, de telle manière « que rien ne nous paraisse trop dur ; et que soit ôté le sentiment de fatigue ».

L’évêque Bruté était humble même quand il présidait la Messe ou y prêchait. Malgré son caractère brillant et son
éducation, il fut incapable de maîtriser la langue anglaise. Il était difficile de le comprendre et il était gêné parce que dans des circonstances précoces de la vie il avait perdu toutes ses
dents. Toutefois, étudions sa vie sacerdotale et voyons ce que Dieu peut faire. Notre évêque fondateur a persisté dans la foi et l’espérance. Combien nous lui devons de gratitude pour être les
bénéficiaires de la suite de l’histoire.

 

 

Demain :

XIII. Le développement phénoménal de l’Eglise sous l’épiscopat de Simon Bruté

 

 

© Most Rev. Daniel M. Buechlein, Archbishop of Indianapolis (Indiana).

© Daniel Hamiche pour la traduction française.