La cathédrale de St. Paul (Minnesota) élevée au rang de sanctuaire national

Download PDF

C’est une grande joie pour les catholiques du Minnesota et de tous les États-Unis. Et c’est une joie que tout catholique français peut partager avec ses frères américains pour les raisons que je
ne vais pas tarder à vous exposer…
C’est à l’archevêque de St. Paul and Minneapolis, Mgr John C. Nienstedt que revient l’initiative d’avoir demandé à ses confrères évêques de profiter de l’Année saint Paul
voulue par Benoît XVI, pour élever la cathédrale Saint-Paul (voir photo ci-dessous) de
l’archidiocèse au rang de sanctuaire national. La Conférence épiscopale a agréé cette demande le 25 mars dernier, et l’a transmise au Saint Siège qui vient, à son tour de l’accepter, faisant de
la cathédrale St. Paul le premier sanctuaire national du Minnesota et le premier sanctuaire national américain en l’honneur de saint Paul !

Le catholicisme au Minnesota et jusqu’au nom de la capitale de l’État doivent pour ainsi dire tout aux catholiques français et à leur esprit missionnaire dans le sillage de l’Apôtre des
Nations.
On pourrait remonter jusqu’à l’an de grâce 1680… Cette année-là, le prêtre récollet français Louis Hennepin (1626-c1705), explorateur et missionnaire intrépide, est fait prisonnier par des
Sioux dans une zone correspondant à l’emplacement actuel de la ville de Minneapolis, et “profite” de cette situation pour évangéliser les Peaux Rouges. Il est le premier à annoncer l’Évangile
dans le Minnesota.
Cent cinquante ans plus tard, en 1839, c’est un autre Français, Mgr Mathias Loras (voir ici), évêque de Dubuque (Iowa) depuis deux ans, qui célèbre la première Messe catholique dans cette région.
En 1840, arrive le célèbre abbé français Lucien Galtier, l’homme qui va fonder la ville de St. Paul. Lisez la notice que j’ai composée sur lui voici quelques
années.

« Galtier (Lucien [Lucian]) – Un des quatre séminaristes  que Mgr Mathias Loras, évêque de Dubuque (Iowa) convainquit, lors de son passage en France en 1838, de venir assumer
un apostolat missionnaire dans son diocèse.
Lucien Galtier naquit en Ardèche en 1811. Après avoir commencé à étudier la théologie au séminaire de son diocèse, il part pour les États-Unis. Il arrive à New York en 1838. Il achève ses
études au Mount St. Mary’s College, le séminaire fondé par les Sulpiciens français près de Emmitsburg dans le Maryland. Il est ordonné prêtre le 5 janvier 1840 par Mgr Loras en la
cathédrale de Dubuque, en même temps que les abbés Ravoux et Causse : ce sont les premières ordinations sacerdotales dans le grand Nord-Ouest. Le 26 avril, son évêque l’envoie en
mission dans le Nord du diocèse, c’est-à-dire sur le territoire du futur État du Minnesota, dans une zone d’habitation traditionnelle des Indiens Sioux Dakotas et où vivent aussi de
nombreuses familles de fermiers francophones. Son première logement est une cabane en bois offerte par Jean-Baptiste Faribault, et qui lui sert aussi de chapelle. Puis, sur un terrain
proche de la rivière Mississippi, que lui offrent deux fermiers Canadiens français nés au Québec, Vital Guérin et Benjamain Gervais, l’abbé Galtier édifie, en octobre 1841,
une chapelle de rondins de bois, consacrée le 1er novembre sous le vocable de saint Paul. Huit personnes travaillèrent à son édification dont l’Histoire à conservé les noms et que nous souhaitons
à notre tour transmettre : Isaac Labissonnière, Joseph Labissionnière, Pierre Gervais, père et fils, Pierre Bottineau, Charles Bottineau, François Morin
et Vital Guérin. C’est cette chapelle qui donnera son nom à la future capitale du Minnesota : St. Paul. On connaît un texte de l’abbé Galtier sur cette chapelle St. Paul :
« En 1841, au mois d’octobre, les r


ondins furent préparés et une église fut construite, si pauvre qu’elle aurait très bien pu rappeler l’étable de Bethléem.
Et pourtant, elle était destinée à devenir le noyau d’une grande ville. Le 1er novembre de cette même année, j’ai béni la nouvelle basilique et l’ai dédiée à saint Paul, l’apôtre des nations.
J’exprimai alors un vœu : que ce lotissement soit connu sous le même nom [que l’église], et mon souhait fut exaucé ».

Quand notre autre compatriote le P. Joseph Crétin fut nommé premier évêque de St. Paul et installé le 2 juillet 1851, cette modeste chapelle (voir illustration) devint la première
cathédrale Saint-Paul du diocèse !
En 1842, l’abbé Galtier se trouve à moins de 10 km au sud-ouest de St. Paul, dans le village de Mendota (un toponyme qui signifie « lieu où les eaux se rassemblent » en langue dakota) où
il érige, toujours en rondins de bois, une nouvelle église : St. Pierre. Elle sera reconstruite en pierres en 1853, et, pendant de très nombreuses années, les services religieux seront célébrés
en français. En 1844, il quitte Mendota pour Keokuk (Iowa) où il fonde, cette même année, l’église Saint-Jean l’Évangéliste. La création des diocèses de Chicago et de Milwaukee, cette même année,
redessine les frontières de Dubuque. Après un court séjour en France, l’abbé Galtier revient aux États-Unis et continue son ministère dans le Winsconsin où décède en 1866 à Prairie du
Chien.
Dans le Kellogg Mall Park de St. Paul, un monument de granit rose a été élevé à la mémoire de l’abbé Galtier. Il se compose de deux plaques ovales de bronze : sur la première un
rond de bosse offre un portrait du prêtre dont le prénom est orthographié à la française (« Lucien »), orné d’une fleur de lis ; sur la seconde une image de l’église St. Paul accompagnée du texte
de l’abbé Galtier mentionné plus haut. »

Voilà donc quelques raisons, pour nous autres catholiques français de nous réjouir de la joie de nos frères catholiques américains et de rendre grâce à Dieu pour saint Paul : que son esprit
missionnaire, venu aux États-Unis par des Français, rayonne depuis ce nouveau sanctuaire national qui lui est consacré !