La priorité des évêques d’Europe

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Le Conseil des conférences épiscopales d’Europe (CCEE) réuni la semaine dernière en Pologne, a déploré, dans un message publié aujourd’hui, le déficit de solidarité :

“La culture individualiste, qui semble prévaloir en tant que ‘pensée unique'” conduit à une vision empreinte d’économisme où la solidarité n’a pas sa place, où les plus faibles sont perçus comme un poids et les immigrés comme des étrangers”.

“Nous ne sommes pas des experts en géopolitique”, écrivent les évêques européens dans leur message, et

“nous comprenons la grande complexité du phénomène, mais nous réaffirmons, avec le Saint-Père François, que la solidarité est la voie essentielle à laquelle il est impossible de renoncer si nous souhaitons affronter les problèmes nationaux, internationaux et mondiaux”. “Celle-ci est faite d’accueil, d’intégration et de tant d’autres formes possibles”.

Cette pensée a été soutenue devant les journalistes par le président de l’épiscopat polonais, l’archevêque de Poznan Mgr Stanislaw Gadecki, l’hôte de l’assemblée plénière du CCEE.

“La solidarité ne consiste pas à propager la peur pour pouvoir vivre une vie confortable, nous portons la responsabilité pour le monde entier, il faut comprendre que notre pays fait partie du monde”.

Le CCEE a élu son nouveau secrétaire général, le prêtre slovaque Martin Michalicek, 44 ans, et décidé que sa prochaine réunion annuelle se tiendrait en 2019 à Saint-Jacques-de-Compostelle, en Espagne.

Message complet :

1.    Réunis en Assemblée à Poznan, nous, les Evêques du Conseil des Conférences épiscopales d’Europe, avons abordé une réflexion sur l’esprit de solidarité en Europe, et nous souhaitons exprimer tout d’abord notre proximité au Saint-Père François, en lui assurant notre prière, et en le remerciant pour le précieux message qu’Il nous a envoyé ainsi que pour la convocation – en février 2019 – des Présidents des Conférences du monde entier pour réfléchir ensemble sur le thème des abus des mineurs. Dans son message, le Pape nous invite à renforcer les liens de communication et de communion entre les Églises européennes, en accordant une attention particulière aux nouvelles générations. Notre profonde reconnaissance va à l’Archidiocèse de Poznań et à son Archevêque, S.E. Mgr Stanisław Gądecki, qui a préparé de manière optimale le déroulement de notre Assemblé plénière annuelle. Le fait qu’elle se soit tenue à Poznań indique le renouveau de l’engagement visant à évangéliser la valeur humaine et chrétienne de la solidarité: en effet, l’Europe, après avoir été le scénario tragique des deux guerres mondiales, doit développer l’esprit de compréhension et de coopération réciproque, pour respirer de ses deux poumons chrétiens – l’est et l’ouest – le bon air de la solidarité.

2.    Notre mission de pasteurs nous conduit au sein du peuple et nos cœurs accueillent le cri de tant de souffrances physiques et morales, qu’elles soient proches ou lointaines. Tout trouve un écho profond en nous, parfois dans la joie et parfois même dans la souffrance. Parmi les nombreux thèmes, nous avons porté notre attention sur la solidarité: cela nous a amené à nous pencher sur le bénévolat, dont la consistance nous a été expliquée par le P. Wojciech Sadłoń, que nous remercions sincèrement. Le bénévolat meut des millions de chrétiens en Europe et se présente comme un phénomène important et très répandu, capable d’intercepter, avec un dynamisme de bienfaisance unique, les nombreux pauvres et marginalisés qui sont présents dans nos sociétés opulentes. C’est un chapitre très vif de nos Églises qui, par le biais des chrétiens impliqués dans le bénévolat, peuvent être comme le Bon Samaritain de la parabole évangélique. Aux chrétiens impliqués dans le bénévolat – qu’il s’agisse d’un bénévolat organisé ou plus spontané, structuré ou plus occasionnel – nous voulons exprimer notre proximité, notre soutien encourageant, notre gratitude.

3.    Nous souhaitons rendre plus intense et organique la formation nécessaire, qui est indispensable aujourd’hui, à partir de la formation spirituelle comme adhésion au Christ: plus on se nourrit de Sa Parole et des sacrements, plus l’urgence de la charité et la qualité du témoignage se développe. Nous sommes profondément convaincus que l’expérience de la foi et le service de la charité doivent être étroitement liés pour le bien de tous et pour celui de la création. Conscients du fait que c’est là la meilleure façon d’aller vers tant de frères et sœurs qui sont dans le besoin, mais aussi de régénérer notre activité pastorale et d’évangéliser même les domaines des nouvelles pauvretés, tel que le Pape l’écrit dans Evangelii Gaudium: l’absence de respect de la vie, l’effritement de la famille, l’imposition de la culture du genre, la restriction progressive des libertés, y compris la liberté religieuse, les migrants et les réfugiés. C’est ici que vient se greffer le thème du dialogue œcuménique et interreligieux et, dans tous les cas, celui du dialogue civil, qui sont tellement nécessaires dans la saison si délicate que vit notre Continent, en raison des tensions croissantes qui apparaissent en son sein. Même dans ce domaine, les chrétiens engagés dans le bénévolat, peut cultiver des synergies significatives dans un cadre de solidarité renouvelée pour la justice, la paix et la subsidiarité active.

4.    La solidarité est le reflet de l’Amour trinitaire: en effet, c’est des entrailles trinitaires que chaque personne jaillit et elle en porte l’image qui lui confère une dignité incomparable et inviolable. En tant qu’Église, nous sommes appelés à une conversion continuelle à l’Amour Trinitaire pour faire l’expérience de la solidarité et du service, avant tout comme échange de dons spirituels propres aux traditions chrétiennes et catholiques du Continent. Sur ce point, et en tirant parti de ce qui a jailli du travail de notre Assemblée, il faudra identifier de nouvelles voies de collaboration entre les Églises.

5.    Les Evêques ont également abordé le phénomène des migrations en considération des situations diversifiées et des choix des gouvernements respectifs, ainsi qu’à la lumière de l’Évangile. Nous ne sommes pas des experts en géopolitique, mais, en tant que Pasteurs, nous sommes sur le terrain avec nos communautés, en toutes circonstances. Nous comprenons la grande complexité du phénomène, mais nous réaffirmons, avec le Saint-Père François, que la solidarité est la voie essentielle à laquelle il est impossible de renoncer si nous souhaitons affronter les problèmes nationaux, internationaux et mondiaux. Celle-ci est faite d’accueil, d’intégration et de tant d’autres formes possibles. La culture individualiste, qui semble prévaloir en tant que « pensée unique », conduit à une vision empreinte d’économisme où la solidarité n’a pas sa place, où les plus faibles sont perçus comme un poids et les immigrés comme des étrangers.

A Notre-Dame des Douleurs, dont nous avons fait mémoire pendant notre Assemblée, nous demandons la grâce de protéger le Continent européen et de soutenir nos intentions par Sa protection maternelle.