2 comments

  1. Il me semble que le concordat de 1801 est présenté comme un accord entre les 2 parties. Or signé le 29 messidor an 9 (1801) il lui est ajouté par Bonaparte plus de 69 articles organiques à l’insu de Pie VII. Ces articles font passer l’Eglise sous l’autorité de l’Etat, du ministre de l’intérieur, en vue de l’utilisation de l’Eglise qui garantit l’attachement des Français à son gouvernement, c’est un outil de gouvernement(commentaires et critiques dans le syllabus de Pie IX 1864). Les gouvernements successifs du 19 eme siècle ont repris le concordat. En 1901, l’Eglise est devenue inutile même contraire à la franc-maçonnerie: on organise sa destruction lente (on arrive ainsi à envisager une loi qui obligerait les médecins catholiques à pratiquer des avortements: le corps médical serait débarrassé du christianisme)
    En Chine la même destination peut-être envisagée si les Chinois n’ont pas d’éléments de critique de leur société, ce qui était le cas des orthodoxes communistes

  2. Père Christian

    Sur le sujet existe un article récent et très pertinent du P. Jean Charbonnier, sur le site “Eglise d’Asie” (EDA), agence des Missions Étrangères de Paris, intitulé : “L’accord Chine-Vatican du 22 septembre : un ballon
    d’essai au gré du vent.”
    Sur le problème général de l’immixtion des États dans “l’élection” (choix) des évêques, le fait existe dès la reconnaissance du christianisme comme religion licite (313). Les empereurs chrétiens, puis, en Occident, les rois francs et empereurs carolingiens se mêlent entre autres de réunir des conciles et de peser sur le choix des évêques. Je ne parle pas ici des rois de France ultérieurs, ni de Napoléon, ni de la république après 1921, qui impose au Saint-Siège la prénotification officieuse faite au gouvernement avant que le nom de l’élu soit publié dans l’Église. A ma connaissance, les accords de 1984 de la villa Madama, entre le Saint-Siège et l’Italie, sont les plus favorables à la liberté de l’Église en la matière. Le gouvernement italien est informé après l’élection de l’évêque, non avant comme en France “non-concordataire” (Je ne parle pas de l’Alsace-Moselle où il y a une forme de co-nomination).
    Sur un plan théologique et canonique, on peut quand même se demander pourquoi une matière qui relève de la volonté du Seigneur (qui donne à son Église de pourvoir par elle-même elle-même à la succession des Apôtres) et donc d’un droit divin propre et inné, fait l’objet de concessions diplomatiques auprès des Césars qui par définition n’ont reçu aucun titre du Seigneur pour s’intromettre de quelque manière que ce soit dans l’organisation spirituelle de l’Église (qui selon Vatican II LG n°8 est une unique réalité complexe, visible et invisible, en analogie avec le Verbe incarné). Même d’une manière variable au fil de l’histoire, l’élection légitime des évêques s’est faite “a clero et populo”, par le clergé et le peuple chrétien. Ce qui amène à penser que l’Église a rapidement concédé (positivement ou par absence de réaction contraire) aux princes et aux États une forme de dispense du droit divin pour l’élection de ses évêques, ce qui pose directement la question de la fidélité à son fondateur. Il est cuisant de penser que c’est aux trois premiers siècles de son histoire ou au début du 20è siècle (Pie X avait nommé 14 évêques en France en se passant de l’avis du gouvernement) que l’Église a vécu fidèlement cette part de sa vocation.

    La diplomatie fait partie de la mission du Siège apostolique, personne morale dans l’Église et dans les relations internationales. D’une manière ou d’une autre l’Église subit la pression et le chantage des Césars et elle fait avec. Peut-être la solution est-elle, comme le suggère la vidéo, de jouer la montre avec les États, en vidant progressivement les accords de leur substance. Mais les États ne cèdent jamais sur leurs prérogatives ni sur leurs intérêts. La France, contrairement à l’Italie, ne renoncera jamais à la prénotification officieuse. Ce qui entraîne, dans une “république laïque” (constitution de 1958) qui “ne reconnaît ni ne subventionne aucun culte” (Loi de 1905), que des personnes subissent une enquête de police à raison de leurs engagements religieux, le tout dans le cadre d’accords conclus avec le Saint-Siège en 1921 et toujours en vigueur. Cela peut aussi entraîner de la part du Saint-Siège, en bonne auto-censure, le choix pour la France de candidats “politiquement compatibles”. Pour la Chine, avec la prudence requise, on peut se demander, comme le fait le P. Charbonnier, quel sera l’effet d’une réintégration d’évêques nommés non seulement sans le Saint-Siège, mais pour certains, contre sa volonté, ce qui semble affaiblir la capacité réelle de veto du Pontife romain au terme du processus “démocratique de l’élection” (ce processus étant “a clero et populo”, mais avec le filtre du Parti communiste). Somme toute, il semble que le temps de Pie X soit révolu et que le droit divin soit passé de mode. Affaire à suivre.

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