Après les immigrés, Mgr Malle découvre les problèmes des Français

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Et voici le communiqué de Mgr Malle, évêque de Gap, qui fut très actif ces derniers mois en faveur des immigrés, oubliant quelque peu les Français délaissés :

Chers chrétiens des Hautes-Alpes,

dans notre département rural, des habitants, dont certains parmi vous, manifestent et participent au mouvement des gilets jaunes. D’autres me demandent que dit l’Église Catholique sur le sujet.

Je vous partage mon questionnement : comment dire quelque chose d’intelligent sur un mouvement dont les causes sont multiples et comment dire quelque chose d’inspiré, c’est à dire quelle est la volonté de Dieu ? Qu’est-ce que Dieu nous dit ?

Alors je mûris ma réflexion depuis quelques jours et je balbutie maintenant quelques pistes, sans prétendre avoir la parole juste ni les solutions.

D’ailleurs, ma mission est plus de proposer des critères de discernement que de proposer des solutions ; ce qui appartient aux autorités politiques.

Voici quelques modestes critères de discernement, aussi bien pour les autorités que pour les “gilets jaunes”. Ce n’est pas une parole définitive, mais une invitation à la réflexion :

1) Écouter ce que dit le peuple.
D’abord une posture d’écoute. Le peuple a quelque chose à dire. Le pape François dit même que le peuple est un “lieu théologique”, c’est à dire qu’il nous dit quelque chose de la part de Dieu. Dieu se révèle par les pauvres et en eux : en tant que victimes des injustices, leurs souffrances révèlent le péché de la société ; par eux, qu’Il aime d’un amour préférentiel, Dieu nous appelle à bâtir une communauté de frères. La Fraternité.

2) Écouter le peuple de la ruralité.
Il y a quelques jours au Laus, nous vivions un jubilé des paysans dans le cadre de l’Année Benoîte, la bergère du Laus. Le monde paysan souffre. Le mouvement des gilets jaunes a mis en lumière que le monde rural souffre, non seulement de l’augmentation du prix du carburant, mais aussi de la désertification des services publics, de la fermeture des écoles suite à l’exode rural, etc… Les Hautes-Alpes sont un département essentiellement rural. La France qui gagne semble être la France des métropoles. La France qui perd semble être celle de la ruralité et des petites villes. Où est la solidarité nationale ? Bien sûr il y a aussi une France qui perd dans les métropoles.

3) Écouter le peuple de la “classe moyenne”.
Ce peuple gagne trop pour bénéficier des aides sociales et pas assez pour vivre correctement.

La justice sociale doit être la matrice de l’économie. Et non le salaire indécent du chef d’entreprise d’une entreprise automobile française qui défraie la chronique actuellement.

Un ami a écrit il y a quelques années un livre au titre prémonitoire : “L’éthique ou le chaos”.

4) Renoncer à la violence et appeler au dialogue sincère.
Nous sommes dans le temps de l’Avent. Pour “apprêter” nos âmes et nos cœurs à Noël, la venue de Jésus, le Prince de la Paix, renonçons à la tentation de la violence.

Dieu s’est fait dialogue avec l’humanité. Dialoguer est dans les gênes des chrétiens. Mais dialoguer n’est pas la confrontation de deux paroles, deux monologues. Dialoguer nécessite d’ouvrir son cœur et d’entrer dans la pensée de l’autre.

Un ami a trouvé cette pépite du bienheureux Frédéric Ozanam (1836) :

“Car si la question qui agite aujourd’hui le monde autour de nous n’est ni une question de personnes ni une question de formes politiques, mais une question sociale ; si c’est la lutte de ceux qui n’ont rien et de ceux qui ont trop, si c’est le choc violent de l’opulence et de la pauvreté qui fait trembler le sol sous nos pas, notre devoir, à nous chrétiens, est de nous interposer entre ces ennemis irréconciliables.” Nous interposer en invitant au dialogue.

5) Entendre la nécessité de changer notre mode de vie.
Il en va du bien de notre maison commune, la Terre, mais il y a aussi la nécessité d’une fiscalité écologique juste. A Gap, je ne peux descendre de chez moi et prendre le métro… Nous ruraux avons besoins de nos voitures. Mais quels efforts saurons-nous faire pour mettre aussi nos moyens en commun ?

6) Accompagner.
Quel accompagnement l’Église peut avoir envers les personnes dont le mouvement des gilets jaunes révèle la souffrance ? Accompagnement en paroisse et par nos associations caritatives, comme le Secours Catholique, la société St Vincent de Paul, etc… Le mouvement actuel nous fortifie et nous encourage dans cette mission d’accompagnement.

7) Ne pas pénaliser l’économie locale.
Nous allons bientôt entrer dans les vacances scolaires. La vie de beaucoup des hauts-alpins dépend de la saison d’hiver. Chacun doit être responsable de son frère nous rappelle la bible.

8) Prier pour la France et ses dirigeants.
A l’Ile-Bouchard, dont je fus recteur, Marie a demandé aux voyantes de prier pour la France. Je reprends volontiers cet appel marial et avec le Sanctuaire Notre-Dame du Laus, nous vous proposons une neuvaine de prière, à faire chez vous, ou au Sanctuaire, à partir de ce samedi 8 décembre, fête de l’Immaculée Conception.

J’élargis cette demande. Prions aussi pour nos dirigeants. Que l’Esprit Saint leur inspire les bonnes décisions, et aussi les bonnes postures. L’écoute et non le mépris, comme nous l’avons déjà vécu lors de notre combat pour la famille et comme beaucoup ressentent en ces jours. Prions également pour les « gilets jaunes » ; que la volonté de dialogue surpasse le ressentiment. Prions enfin pour la conversion de tous ceux qui veulent « en découdre », qu’ils renoncent à toute violence et choisissent la Fraternité.

Voici donc quelques verbes pour nous aider : écouter, renoncer, entendre, accompagner, ne pas pénaliser, et le plus important pour nous chrétiens : prier. Union de prière auprès de Marie.

Regarde l’étoile, invoque Marie,
Si tu la suis, tu ne craindras rien !
Regarde l’étoile, invoque Marie,
Elle te conduit sur le chemin !