Diocèse de Cahors : novation canonique surprenante

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Nous avions signalé comment, dans les diocèses de France, qui deviennent des diocèses sans prêtres, étaient de plus en plus souvent crées des ÉAP (Équipes d’Animation Pastorales), constituée de laïcs. Un étrange canon du Code de 1983, qui a toujours beaucoup ému les canonistes sérieux, le canon 517 § 2, prévoit qu’en raison de la pénurie de prêtres, l’évêque peut confier « une participation à l’exercice de la charge pastorale d’une paroisse », participationem in exercitio curæ pastoralis, à un diacre, à une autre personne non prêtre, ou à une communauté de personnes, cependant qu’un prêtre – résidant généralement non loin de la paroisse – est nommé modérateur de la paroisse avec pouvoirs et facultés de curé. Une communauté de laïcs peut donc ainsi avoir une participation à l’exercice de la charge pastorale d’une paroisse, communauté qu’on a pris l’habitude de qualifier d’Équipe d’Animation Pastorale. Mais dans certains diocèses (c’est le cas du diocèse de Cahors, dirigé pourtant par un évêque à réputation de “classique”), le champ de ce canon est élargi : les ÉAP, peuvent être instituées dans toutes les paroisses, y compris celles ayant encore à leur tête un curé en titre.

Un autre phénomène de flou canonique, toujours expliqué par la pénurie de prêtres, se manifeste dans certains diocèses, au niveau de l’organigramme du diocèse. Il faut savoir qu’outre les conseils qui entourent l’évêque, c’est-à-dire le conseil presbytéral, qui représente les prêtres du diocèse, le conseil pour les affaires économiques, et éventuellement le conseil pastoral composé surtout de laïcs, le Code de droit canonique (canon 473 § 4) permet, si l’évêque le juge bon, de constituer un « conseil épiscopal composé des vicaires généraux et des vicaires épiscopaux », qui est, comme les autres conseils, une simple instance de consultation, lorsque cette instance existe. Dans certains diocèses (Arras, Angoulême, Orléans, Meaux), les évêques ont pris l’habitude extra canonique de nommer des laïcs, assurément pour être informés par eux de la vie du diocèse, mais qui, par le fait, connaissent des grandes décisions épiscopales sur lesquelles ils donnent leur avis. Il reste que ces conseils épiscopaux sont de simples organes de consultation.

Dans le diocèse de Cahors, existait jusqu’à présent un conseil épiscopal très classique, répondant aux indications du Code de Droit canonique (sauf que les vicaires épiscopaux n’existant pas dans le diocèse, ils y étaient remplacés par des curés d’une certaine importance). Le site du diocèse en donnait cette définition irréprochable : « Composé des plus proches collaborateurs de l’évêque, sa mission est fixée par le canon 473, § 4. Il se réunit autour de l’évêque pour donner les impulsions pastorales au diocèse, régler les problèmes, prévoir les nominations de prêtres, les embauches de laïcs, prendre les décisions qui s’imposent pour la bonne gestion financière des affaires du diocèse. Après l’écoute et la consultation de ses différents conseils (épiscopal, presbytéral, économique.), l’évêque reste seul et unique décideur dans la gestion du diocèse ». À l’heure actuelle, cette définition est toujours consultable.

Mais voici que par une nouvelle décision, du 8 décembre 2018, Mgr Laurent Camiade change la donne. À l’occasion du renouvellement des conseillers, il est donné une nouvelle définition, qui évite – et pour cause – de citer le canon 473, § 4, dans laquelle le conseil épiscopal devient une « structure de gouvernement », un peu semblable au conseil des ministres dans la République : « Le conseil épiscopal est une structure de gouvernement du diocèse. Il est composé des plus proches collaborateurs de l’évêque. L’évêque réunit son conseil épiscopal pour donner les impulsions pastorales au diocèse, régler les problèmes, prévoir les nominations de prêtres ou de laïcs, prendre les décisions qui s’imposent en vue du bien de tous. Il se réunit au moins deux fois par mois ».

Et en outre, dans cette structure nouvelle, il intègre deux dames, l’une animatrice pastorale, et l’autre de la commission diocésaine d’art sacré, personnes très recommandables, mais auxquelles il est ainsi donné de participer à une « structure de gouvernement du diocèse ». On imagine que l’évêque se réservera malgré tout de prendre in fine, par lui-même, les décisions et notamment de faire les nominations en règle. Tout de même…

22 comments

  1. Jean-Jacques

    Mgr Camiade n’aime pas les prêtres et encore moins les curés, il se méfie d’eux. Pour lui ce sont des inutiles qui coutent cher car en fait les paroisses doivent être gouvernées par l’évêché . Dans la paroisse de ma belle-mère on vient d’installer une EAP avec une religieuse qui en fait est le vraie curé de la paroisse. Depuis 40 ans elle fait la pluie et le soleil. On met aussi en place de vieilles dames, de bonne volonté sans doute mais qui bloquent toute évolution car elles sont fermement ancrées dans les années 1970 et ne se rendent pas compte que le monde a changé et que les attentes des jeunes ne se situent pas au niveau de l’Action catholique seul mouvement qui trouve grâce à leurs yeux . Cela ne pourra que désespérer les curés et les démobiliser dans une situation où les EAP les précèdent puisqu’elles ne disparaissent pas avec les curés. Si ce n’est pas une mise sous surveillance des prêtres ça y ressemble furieusement. Il va de soi qu’on peut imaginer sans risque de se tromper qu’un curé en conflit avec une EAP sera vite remercié. Au conseil épiscopal ce sera la même chose si l’on pense que ces personnes vont participer à la nomination des curés, à leur destitution, à l’appel aux ordres…L’évêque se retranchera derrière la volonté du conseil comme beaucoup le font…
    Si j’étais séminariste ou prêtre de ce diocèse je le quitterai bien vite…Il y a urgence de sauver les vocations. Mais pour le diocèse de Cahors, sauf intervention de la Providence , cela semble trop tard.

  2. Jean Rascol

    Des secteurs paroissiaux et même des doyennés entiers sont desservis par des prêtres âgés qui ne seront pas remplacés. Dans ces conditions, il est préférable de ne pas attendre le départ de ces prêtres pour mettre en place les EAP . La charge pastorale ne s’improvise pas et il vaut mieux s’y préparer à l’école d’un pasteur encore actif. D’autre part, le code de doit canonique n’a pas été prévu que pour la France. Un diocèse amazonien que je connais compte 200 000 habitants répartis sur un carré de 500 km de côté avec une vingtaine de prêtres à son service. Le “curé” (si l’on ose dire) passe 3 ou 4 fois par an dans certains villages. Il faut bien baptiser les enfants, célébrer les obsèques, catéchiser, préparer les mariages, célébrer le Seigneur le dimanche…

      • Jean Rascol

        Dans le cas amazonien, ce sont bien sur des laïcs qui se rassemblent le dimanche pour célébrer le Seigneur : qui voulez-vous que ce soit d’autre quand il y a 3 ou 4 messes par an ? Pour les baptêmes , je suppose que le prêtre baptise quand il passe.

    • Deo gratias

      Eh bien, cher ami, gérez la pénurie, le manque, l’enlisement, comme vous le voulez, où vous voulez, comme vous voulez, sans vous demander pourquoi les instituts traditionnels regorgent de vocations sacerdotales et religieuses. Il n’y a plus de prêtres, on embauche des laïcs, et on pose en soutane pour la photo afin de rassurer ses ouailles. Personne n’est dupe de ce jeu de dupe. Demain, il n’y aura plus de laïcs intéressés par le gouvernement d’un diocèse. A qui ferez-vous appel ? Aux abeilles ? En entendant, et selon nos possibilités, nous poursuivons notre engagement dans les communautés traditionnelles, nous le faisons ici et maintenant pour nous et les générations à venir, nous le faisons avec la grâce à Dieu, nos prières, nos derniers, notre soutien logistique, avec, cependant, une grande prudence, car certains, dans les EHPAD… euh… les EAP, attendent le moindre faux pas pour détruire ce qui est vivant aujourd’hui et qui renaîtra demain sous une autre forme en cas de destruction, car nos ressources sont inépuisables : elles viennent de notre Seigneur Jésus Christ…

  3. Jean-Jacques

    Il n’y a plus beaucoup de secteurs à ma connaissance qui soient desservis par des prêtres très âgés dans le diocèse de Cahors . C’est dans toutes les paroisses qu’on veut des EAP ( et que je sache le décret de l’évêque de Cahors n’est valable que pour ce diocèse…heureusement). Chez ma belle-mère où l’on vient d’installer une EAP le curé doit avoir une 50e d’années mais toutes les personnes de l’EAP sont bien plus âgées que lui. J’ai l’impression que c’est à peu prés partout pareil . Je pense que les EAP vont disparaitre avec ces personnes…

  4. Rémi Rive

    L’évêque de Cahors estime que les curés sont de trop… et il n’est pas le seul comme évêque.
    Lorsqu’il était aumônier des Scouts d’Europe ainsi que prêtre étudiant à l’Institut Catholique de Toulouse, il passait plutôt pour être dans la Tradition. C’est affligeant ( et je suis poli) de constater combien une mitre peut faire changer un clerc, combien la couleur violette et soutane filetée font mettre la saine doctrine aux “orties”.
    Je serai heureux si M. de Cahors pouvait lire la lettre d’un curé de campagne publiée, il y a quelques mois dans Riposte Catholique, peut-être pourrait-il se reprendre…
    Il me semble que ce qui prime dans toute vie sacerdotale, c’est quand même le bien des âmes…
    R.R

  5. Oui, bien sûr mais chacun à sa place. Les EAP ne doivent pas se prendre pour le curé ! C’est lui le chef des paroisses et il doit le rester. Les laïcs peuvent prendre en charge certaines actions pastorales, catéchisme, obsèques, mais ils ne remplaceront jamais un prêtre et doivent toujours agir en communion avec lui. Ils ont le droit de le critiquer et de lui faire part de leurs critiques mais ils ne peuvent pas le remplacer. Dans un cas grave, on peut en référer à l’évêque.
    On peut organiser des prières quand on ne peut pas avoir de messe, mais ce ne sera jamais “une messe”. Les “adap” ne sont pas des messes.
    Prions pour les vocations et encourageons les jeunes garçons qui en manifesteraient le désir. Entourons nos prêtres avec toujours le respect et la distance que nous devons avoir envers eux.

  6. Gershom Leibowicz

    Comme chacune le sait , l’Eglise n’est pas le peuple des baptisés marchant au souffle de l’Esprit , ( vision très années 70 de l’Eglise ) mais une société parfaite organisée sur la séparation hiérarchique entre les pasteurs et le troupeau , l’église enseignante et l’église enseignée . Aussi il est donc étonnant qu’un évêque , quand bien même il ne leur donne aucun pouvoir , mélange au sein de structures consultatives les torchons et les serviettes et horresco referens y introduise même des femmes ( d’âge canonique espérons le ) . Il désacralise de facto le rôle et la fonction du prêtre qui reposent sur le fait qu’ils ont reçu les ordres sacrés et sont les seuls à même de faire le lien entre Dieu et les laics dont le baptême ne leur donne en aucun cas la même capacité à recevoir les dons de l’Esprit que les membres de l’église hiérarchique ; .Cet évêque , sans doute disciple de Saint Paulin de Nole n’a pas compris que le code de droit canonique , comme la Sainte Ecriture ne peut pas être légitimement interprété par la seule subjectivité d’un évêque . Qu’on se le dise , Rome est toujours dans Rome et aucun évêque ne peut prendre modèle sur Sertorius. L’institutionnalisation des ‘EAP c’est le ver dans le fruit , c’est la remise en cause à terme de l’église hiérarchique , de l’église de toujours .

  7. Hervé Soulié

    Est-ce à dire que les laïcs, hommes ou femmes, de ce conseil pourront donner leur avis voire s’opposer à des nominations de prêtres dans une paroisse ?
    Ce serait un pas de plus vers les églises protestantes.

  8. Benedicte

    Paroissienne dans l Ouest , longtemps catéchiste et membre d équipe liturgique je suis confronté au problème de ces équipes qui veulent “reinventer” l Église. Des qu’ il y a une EAP le curé n est plus qu’ un simple exécutant. Dans notre paroisse nous en sommes au 2e retiré à la demande de l EAP. Ces personnes ne connaissent plus aucun frein elles veulent “remettre l Église à plat”. L une d elle disait récemment ” avant je subissais l Église,maintenant je vis l Eglise”. Les abus sont nombreux tel ce prêtre qui n a pu officier pour les obsèques de sa parenté mais a été prié de se mettre dans l assistance avec la famille. Il y a eu des vocations ces dernières années mais elles sont toutes parties dans des communautés traditionnelles. Alors q un évêque que l on disait classique donne sans ce genre de choses c est ahurissant et même désespérant. Arrivisme ? Démagogie ? Peut être mais alors cela démontre la vacuité de sa doctrine et même de sa spiritualité. Encore une erreur de casting de la nonciature ? Je ne sais. De gràce les responsables donnez nous de bon évêques pas des feuilles mortes qui tourbillonnent dans le vent.

  9. Cependant, aucune inquiétude excessive… Et gardons la paix du cœur… Ce qui vient de Dieu porte des fruits en quantité (conversions, vocations sacerdotales, religieuses, monastiques) et en qualité (vertus morales et théologales). Ce qui ne vient pas de Dieu, c’est-à-dire des hommes ou du diable, est appelé à disparaitre à brève, moyenne ou longue échéance. Patience… C’est une vertu morale… Et nous poursuivons notre engagement spirituel, financier et matériel auprès des communautés traditionnelles en pleine communion avec le Siège apostolique. Nous pouvons aujourd’hui trouver des messes selon la forme extraordinaire du rite romain et/ou des communautés traditionnelles à 30 minutes, une heure au maximum, de nos lieux de vie. Ce phénomène est en augmentation extraordinaire depuis 2007. Il faut prier pour que les responsables de ces communautés (monastères, séminaires, instituts) fassent preuve d’une grande, d’une très grande prudence dans leur prise de position publique, car le diable veut la destruction de ces œuvres qui sont vraies, belles et bonnes pour le salut des âmes et la gloire de Dieu.

  10. sanson

    Nous avons eu dans le diocèse d’Arras des formations avec le livre “L’avenir en face ” d’Henri Denis qui vise à une église sans prêtres, des prêtres ne cachant pas leur admiration pour les livres du père jésuite : Joseph Moingt où il est écrit noir sur blanc que “les prêtres sont un obstacle à l’avenir de l’église” sans compter les livres de Christine Pedotti (de la revue témoignage chrétien) qui dénigrent par exemple l’adoration ou le chapelet et qui montrent des curés prenant sans cesse l’apéro et qui devraient être remplacés par des jeunes brillant par leurs études, compétents, pouvant se marier etc… Evidemment , on récolte ce qu’on sème . Heureusement ce n’est plus le cas des quelques jeunes prêtres qui arrivent et qui ont plus d’espérance dans le sacerdoce qui les configure au Christ !
    Il y a cependant une ecclésiologie de communion à développer. Il est facile de dire, comme je l’ai lu dans un n° de Témoignage chrétien que m’avait prêté un prêtre “Pourquoi un prêtre quasi inconnu donnerait-il le sacrement des malades alors que “l’aumônier” (une femme en l’occurrence ) est beaucoup plus présente et connait beaucoup mieux la malade ? Je me demande si on ne change pas trop vite les prêtres de paroisse et ils ne connaissent pas assez leurs ouailles . C’est une question!!

  11. Jean Rascol

    Il n’y a pas d’Eglise sans prêtre, il n’y a pas non plus d’Eglise sans peuple . “L’assemblée célèbre, le prêtre préside” dit le théologien Pierre Marie Chauvet. Si le nombre annuel d’ordinations reste stable, l’effectif sacerdotal se stabilisera un jour autour de 6000. Les paroissiens ruraux se déplacent peu le dimanche : comment pourrait-on le leur reprocher alors que les évêques ont manifesté leur solidarité avec les “gilets jaunes qui dénoncent l’abandon des périphéries rurales au profit des villes ? Les évêques, contre leur gré sans doute, font la même chose et vident le rural de ses derniers curés : ils sont mal placés pour demander aux paroissiens ruraux de venir en ville à grand renfort de dièsel pour trouver une communauté, et en plus payer le denier. Comme il faut bien continuer de catéchiser, d’ouvrir les églises et de célébrer les obsèques chrétiennes, il faut mettre en place des équipes de baptisés dévoués pour assurer tout cela. Les paroisses urbaines, elles aussi, devront s’accoutumer à voir leur prêtres partir en mission dans les campagnes.

  12. Robin des bois

    Ce nouvel évêque de Cahors était plein d’espérance. Il était classique.
    Mais il veut monter haut et va vendre son âme pour briller dans les hautes strates du Vatican et grimper dans sa hiérarchie religieuse.
    Il veut devenir archevêque de Toulouse ou Bordeaux ……..tout le monde le sait ici ……C’est assez gênant

  13. Rémi RIVE

    Mon Cher Robin des bois

    Est-il le seul à vouloir passer du violet au rouge ?
    La majorité de nos évêques ne sont pas là pour le Peuple de Dieu, mais pour eux-mêmes.
    Les idéologies et ecclésiologies du P. Moingt relayées par le fameux père Rigal de l’Institut Catholique de Toulouse ne font qu’étendre leurs tentacules. Les dégâts sont faits…
    Le plus grave, c’est que beaucoup de prêtres subissent ce goulag épiscopal.

    Promoveatur ut amoveatur.
    R.R

  14. Jacques fauchille

    Protestantisation massive.
    Athéisme fraternel bergoglien.
    Ne croyez pas à un renouveau les pasteurs ont une structure mentale et spirituelle athée et sécularisee.
    La vigne est ravagée. C’est une forme de martyre non sanglant.

  15. Françoise Barret

    Je lis avec intérêt vos commentaires et je m’interroge :
    Est-ce la cause de l’éviction actuelle du Père Ronan de Gouvello,curé et recteur de la cathédrale Saint Étienne de Cahors,un très saint prêtre que nous connaissons depuis 20 ans?
    Le père Ronan mérite toute notre admiration,notre confiance et notre attachement.

    • Joël

      Il ne faut pas voir le complot partout.
      Les raisons de l’écartement de l’abbé de Gouvello sont certainement sérieuses.
      Si l’évêque avait voulu l’écarter , il ne l’aurait pas nommer recteur de la cathédrale.
      Divers témoignages m’ont laissé entendre qu’ils entretiennent de bonnes relations.

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