Les clercs islamologues d’aujourd’hui doivent être plus réalistes que les clercs philo-communistes d’hier

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Suite à cet article, un lecteur nous fait part de sa réflexion :

Le problème que vous soulevez est d’un extrême intérêt : un véritable expert, émetteur d’analyses érudites, ne devient-il pas un “faux expert” dans la mesure où, malgré ses analyses et son érudition, il n’arrive pas ou plus à émettre des appréciations objectives, sur l’objet de son expertise ?

A. En l’occurrence, les clercs catholiques islamologues d’aujourd’hui peuvent et doivent être plus réalistes que les clercs catholiques philo-communistes d’hier, mais tous les clercs catholiques islamologues le veulent-ils ?

B. C’est que, voyez-vous,

– nous en avons connu, hier, des clercs philo-communistes, parfois “incollables” sur Marx et sur le marxisme, qui nous ont expliqué que le christianisme et le communisme sont compatibles, ou que le communisme est porteur d’une grande partie des valeurs du christianisme, ou que le stalinisme n’a rien à voir avec le léninisme, ou que le léninisme et le stalinisme n’ont rien à voir avec l’idéal communiste, ou qu’il y a, d’un côté, l’idéal communiste, incritiquable et indépassable, et, de l’autre côté, des abus ou des excès, certes présents en URSS, mais exogènes au communisme ;

– nous en connaissons, aujourd’hui, des clercs islamologues, qui nous expliquent

a) que l’islamisme n’a rien à voir avec l’islam,

ou

b) que le djihadisme n’a rien à voir avec le salafisme,

ou

c) que tout musulman est plus ou moins proche du soufisme,

ou

d) que c’est presque uniquement à cause de l’Occident, et non avant tout ou notamment du fait de l’islam lui-même, qu’il existe de l’islamisme,

(comme si l’islamisme sévissait uniquement contre l’Occident, ou comme si l’islamisme ne sévissait pas également contre l’Afrique, contre l’Asie, etc., ou comme si le djihad et la taqiya avaient attendu le début de l’année 1979 pour commencer à se déployer, dans l’histoire et dans le monde…)

ou

e) que c’est seulement pour des raisons sociales, et non avant tout ou notamment pour des raisons culturelles, que des islamistes passent à l’acte,

ou

f) que l’islam étant, “lui-aussi”, une religion d’amour, de tolérance et de paix, ses fondements et son contenu sont “donc” entièrement incritiquables.

C. L’excès de zèle de certains clercs catholiques, parfois islamologues au point d’être avant tout islamophiles, est même parfois assez cocasse, puisqu’il arrive que certains d’entre eux prennent position en faveur de l’islam, par bien des expressions mais aussi par bien des expressions, en étant plus inconditionnellement islamophiles que certains clercs musulmans islamologues qui reconnaissent, eux, qu’il y a bel et bien un problème, non seulement au sein de l’islamisme, mais aussi au sein de l’islam, et qui sont partisans de l’évolution de l’islam vers un “islam des Lumières”…

D. En l’occurrence, si les mots ont un sens, ou plutôt : si les intellectuels réformateurs qui utilisent ces mots veulent bien respecter le sens de ces mots, qu’ils conviennent donc davantage qu’il ne s’agirait pas d’une évolution méthodique et progressive, mais d’une transformation radicale et substantielle, si l’islam devenait pleinement un “islam des Lumières”, mais en un sens peu importe, car ce n’est pas la question que vous soulevez.

E. La question que vous soulevez est celle de l’honnêteté intellectuelle des clercs catholiques qui sont islamologues au point d’être islamophiles, ou qui sont, pour certains d’entre eux, bien plus islamophiles qu’islamologues, notamment par des moyens “pastoraux” et pour des raisons “pastorales”, compte tenu du fait que ces clercs catholiques souscrivent à la nouvelle signification de la notion de pastorale qui sévit, au minimum, depuis 1965.

F. Il convient en effet de bien comprendre que, pour un clerc catholique contemporain (non avant tout dans l’acception chronologique, mais avant tout dans l’acception axiologique du mot contemporain), une attitude pastorale n’est autre qu’une attitude caractérisée par un parti pris de bienveillance, avec un maximum de bienveillance et un minimum de vigilance, au service du consensus ad extra, notamment dans le cadre du “dialogue” interreligieux, en général, et dans celui du “dialogue” islamo-chrétien (ou notamment “islamico-massignonien”), en particulier.

G. Or, il va de soi qu’un clerc catholique islamologue, même orthodoxe et réaliste, qui souscrit, globalement, à cette nouvelle siginification de la notion de pastorale, s’expose fréquemment au risque d’être plus islamophile qu’islamologue, au point d’avoir du mal à se rendre disponible pour bénéficier de ce que les ex-musulmans ont à lui dire, ont à NOUS dire, sur les raisons pour lesquelles ils ont abandonné l’islam ou quitté l’islam.

H. Alors que bien des clercs catholiques philo-communistes d’hier ont voulu voir le communisme meilleur qu’il n’est, puis ont voulu imposer leur vision du communisme à l’ensemble de l’Eglise, mais n’ont jamais voulu, ou n’ont pas souvent voulu écouter les témoignages des ex-communistes, il ne faudrait pas que les clercs catholiques islamologues d’aujourd’hui veuillent voir l’islam meilleur qu’il n’est, puis veuillent imposer leur vision de l’islam à l’ensemble de l’Eglise, tout en refusant d’écouter les témoignages des ex-musulmans, qui, EUX, ont vraiment connu l’islam de l’intérieur …

I. … D’autant plus que le Seigneur ne nous demande certes pas “d’aimer l’islam” : Il nous demande d’aimer, notamment, les musulmans, au point de leur annoncer, dans la foi, l’espéance et la charité, Jésus-Christ, qui est le seul Médiateur et le seul Rédempteur, le seul Seigneur et le seul Sauveur, qui est Prêtre, Prophète, Roi, qui est la Voie, la Vérité, la Vie, nul n’allant au Père que par Lui, et qui n’est pas plus l’équivalent, dans le domaine des “valeurs”, du “Mahomet des chrétiens” que Mahomet n’est l’équivalent, dans le domaine des “valeurs”, du “Jésus-Christ des musulmans”.

J. Ainsi, la Parole de Dieu est communicable par tous les chrétiens et à tous les hommes (et à toutes les femmes aussi, bien sûr), y compris aux musulmans et aux musulmanes, mais comment pourrions-nous rappeler cette position à des clercs catholiques, islamologues au point d’être islamophiles, qui nous répondraient en substance que la Parole de Dieu, communiquée par les chrétiens, n’a pas à l’être aux musulmans, parce que ceux-ci adhèrent “déjà” à la Parole de Dieu, puisque Dieu a dicté sa Parole à Mahomet, et que Mahomet l’a transcrite à l’intérieur du Coran ?

(Si seulement les clercs catholiques islamologues faisaient connaître, dans l’Eglise, les origines historiques et doctrinales de l’islam et du Coran !)