Parler du porno dans une cathédrale ?

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Sur Liberté Politique, Constance Prazel s’interroge :

« La pornographie est une réponse fausse à un désir vrai », tel est le titre d’une conférence donnée il y a quelques jours à Versailles, sous forme d’un dialogue entre le Père Gaultier de Chaillé et Martin Steffens, philosophe et auteur du livre récent L’amour vrai au seuil de l’autre.

« Quelle joie de parler de la pornographie dans une cathédrale ! ». C’est ainsi que le Père Gaultier de Chaillé a ouvert la conférence organisée le 10 janvier à Versailles dans la cathédrale Saint-Louis.

Un début de prise de parole quelque peu provocateur pour une conférence sur un sujet grave puisqu’il est dévastateur pour notre société contemporaine : la pornographie.

Le parti pris de cette conférence n’était pas de traiter des ravages de la pornographie sur les enfants et les adultes, ni des moyens pour la combattre, mais de l’aborder sous un angle philosophique. « Il n’est pas question d’avoir un regard moralisant ou moralisateur », nous a expliqué le Père de Chaillé qui a probablement peur de passer pour le donneur de leçons de service.

La morale n’est-elle pourtant pas nécessaire aujourd’hui ? Ne faut-il pas poser des balises et dire que oui, il y a un Mal pour le malheur et un Bien pour le bonheur ? Des notions de Bien et de Mal qui sont pourtant au programme de Terminale… en cours de philosophie ! Avec tous ces jeunes qui sont venus nombreux à cette conférence, c’est presque du gâchis de ne pas avoir osé parler de morale, de Bien et de Mal.

Passons, après tout, car de la philosophie, il y en a eu lors de cette conférence. Mais pas sûr que tout le monde ait vraiment saisi les propos spécieux de Martin Steffens. « Le mal n’est pas la haine du bien. Le mal, c’est l’impatience du bien. C’est le bien, ici et maintenant », « Le péché tire à bout portant. Le mal, c’est le bien, moins le temps qu’il aurait fallu pour l’atteindre ». Vous ne comprenez pas tout ? Vous n’êtes pas les seuls ! D’ailleurs quand on cherche dans Google la signification de ces phrases on tombe sur Le top 15 des citations de maître Yoda. Finalement, « Le côté obscur de la Force, redouter tu dois », phrase prononcée par le célèbre maître jedi, aurait pu passer sans problème dans cette conférence.

Mais ne soyons pas trop sévères avec Martin Steffens. Ses propos sur la blessure et le traumatisme engendrés par la pornographie sont justes, tout comme l’éducation au regard : « La pornographie porte un regard qui n’accueille pas l’autre dans son être entier. Elle limite la personne à certaines parties de son corps et l’on ne voit plus son visage ». À ce titre, la citation de Bernanos du Père de Chaillé est fort à propos : « Le regard de la Vierge est le seul regard qui soit enfantin », et l’invitation de Martins Steffens aux parents de préserver l’innocence de leurs enfants en les exhortant à « faire attention à leur regard » relève du bon sens du père de famille.

La conférence suivait son cours et le débat semblait s’élever quand, soudain, tout a dérapé. Avec une métaphore tirée par les cheveux de la tapette à fromage et de la souris, Martins Steffens en vient à nous dire que « dans la pornographie il y a quelque chose de vrai, un désir que Dieu a mis en nous d’être aimé ». Puis, il affirme dans la foulée que « Dieu est l’être le plus prostitué car il est celui qui se livre le plus ». Devant la surprise de l’auditoire, le père de Chaillé explique l’étymologie latine du verbe se prostituer qui signifie « placer en avant » : « Le Christ est prostitué sur la croix, il s’exhibe ».

Était-ce bien nécessaire d’utiliser le terme prostitué qui renvoie depuis des siècles à une notion de déshonneur, d’avilissement et d’impudicité ? Aujourd’hui se prostituer évoque la marchandisation des corps, tout comme la pornographie. Pourtant, Jésus n’a-t-il pas été immolé sur la Croix et fait don de sa vie pour nous sauver ? Mais ce don est immensément gratuit, et c’est là toute la différence. Voilà un terrain bien glissant sur lequel Martins Steffens et le Père de Chaillé se sont avancés mais qui n’a pas semblé pour autant choquer l’auditoire, visiblement habitué au relativisme ambiant.

La suite de la conférence se poursuivra avec des affirmations du même tonneau. Martin Steffens nous explique que ce que l’on montre dans la pornographie est bon sauf l’amour car « ça n’a rien à voir ». Simple rappel ou précision : pour fabriquer des films X, les réalisateurs ont recours à des méthodes ignobles. Aussi affirmer que ce que l’on montre dans la pornographie est bon, c’est aussi affirmer que des femmes qui se font tabasser et humilier, c’est bon, des enfants qui se font violer, c’est bon…

On peut donc douter de la connaissance de Martin Steffens du sujet, tout du moins dans la réalité du terrain ! Même interrogation avec le Père de Chaillé quand on lui demande comment les parents doivent parler de la pornographie à leurs enfants : « Ce n’est pas aux parents de le faire. Faites confiance aux associations qui passent dans les écoles ». Ah oui ? Les parents ne sont-ils pas les premiers responsables de l’éducation de leurs enfants ? Ne leur revient-il pas en priorité de se charger de leur éducation sexuelle et affective ? Certes, il y a des intervenants qui font du beau travail sur le terrain. Mais est-ce le cas de la majorité ? C’est un secret de polichinelle que l’agrément de l’Éducation nationale est donné prioritairement à des associations pro-LGBT. Combien de parents ont appris trop tard qu’à l’école leur enfant avait eu droit à un exemplaire du Zizi sexuel en guise de cours de biologie ? Sans parler de la liste des moyens de contraception que l’on apprend dans le secondaire, pilule du lendemain et avortement compris.

Minimiser les effets de la pornographie, méditer dessus avec des formules spécieuses ou tout simplement choquantes, inviter les parents à démissionner de leur rôle d’éducateur : est-ce bien la bonne façon de combattre ce fléau qui gangrène notre société actuelle ?

Ce n’est en tout cas ni la vision ni les moyens que se donne notre association Stop au porno.