Du savon de Marseille sur la planche du successeur ? Mais le plus grave est, entre autres, la notion d’Eglise “écoutante”.

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Suite à cet article, un lecteur réagit :

Est-ce du savon de Marseille sur la planche du successeur de Mgr Pontier, un “cadeau de joyeux avènement” dont Mgr de Moulins-Beaufort se serait bien passé ? L’avenir le dira, ou pas, mais il est possible de profiter de cette occasion pour rappeler que, par ailleurs, le plus grave est situé à l’intérieur de la notion d’Eglise “écoutante”, qui est de plus en plus souvent employée, de même que la notion d’Eglise “synodale”, comme si l’Eglise, après avoir été catholique et enseignante, puis conciliaire et dialoguante, devait être, à partir de cette décennie ou de ce pontificat, une Eglise “synodale” et “écoutante”.

En réalité, au moins depuis 1945 ou, en tout cas, depuis le tout début des années 1950, bien des hommes d’Eglise n’ont pas cessé de se mettre, non seulement à l’écoute, mais aussi à l’école de conceptions théologiques adogmatiques non orthodoxes et de conceptions philosophiques consensualistes non réalistes, sur Dieu, l’Eglise, l’homme, le monde, les dogmes catholiques, la liturgie, les vertus chrétiennes, la catéchèse, la pastorale, les confessions chrétiennes non catholiques, les religions non chrétiennes, l’athéisme ou l’incroyance, et ce n’est pas du tout parce que ces hommes d’Eglise ne sont pas encore allés assez loin, dans cette direction, mais c’est au contraire parce que les mêmes hommes d’Eglise sont allés dans cette direction, avec une position de principe vraiment plus bienveillante que vigilante, face à l’environnement extérieur de l’Eglise, que nous en sommes là où nous en sommes.

Apparemment, ce sont les mêmes hommes d’Eglise, qui ont voulu que l’Eglise d’aujourd’hui soit “dialoguante”, qui veulent que l’Eglise de demain soit “écoutante”, mais qui refusent de dialoguer avec les fidèles catholiques qui essaient de rester fidèles aux fondamentaux du catholicisme, et qui refusent d’écouter les fidèles qui veulent que l’Eglise redevienne catholique en plénitude.

Et le lessivage post-conciliaire des convictions chrétiennes spécifiquement et substantiellement catholiques continue donc, dans la non vigilance et la non résistance, notamment “par amour”, par “respect total” pour les conceptions, les convictions ou les conduites de ceux qui ne pensent pas, ne croient pas ou ne vivent pas en phase avec ce que l’Eglise enseigne (mais encore faut-il que les hommes d’Eglise l’enseignent…), face au confusionnisme, au consensualisme, au relativisme et au subjectivisme.

(En ce sens, ce n’est pas avant tout parce que l’Eglise n’a pas été “écoutante”, dans l’acception “synodale”, de ce terme, qu’il y a eu des abus sexuels sur bien des mineurs, mais c’est avant tout parce que les hommes d’Eglise n’ont pas été assez attentifs, ce qui n’est pas du tout la même chose : pas assez attentifs, pas assez “régulateurs”, pas assez “remédiateurs”, au contact des composantes de la “crise de l’Eglise”, dont la crise, très grave, avant tout dans le domaine de la foi, et pas seulement dans le domaine des moeurs, au sein même du clergé.)

Il y a un autre aspect des choses qui mérite d’être souligné : c’est la vision des choses d’après laquelle nous sommes ici dans le domaine du “problem solving”, ou en présence d’un problème de management : “Nous avons de moins en moins de futurs prêtres et de prêtres ? Eh bien, il va nous falloir faire en sorte que des femmes et des hommes mariés puissent être ordonnés !”

Il ne semble pas être venu à l’esprit de certains catholiques que c’est précisément ce qu’est devenu le christianisme catholique contemporain, dans le reniement de ce qu’il y a de meilleur dans le Concile, mais aussi et peut-être même surtout dans le sillage de ce qu’il y a de moins bon, voire de pire, dans et depuis Vatican II, qui constitue l’une des principales origines endogènes du déficit de fécondité spirituelle de ce christianisme catholique contemporain, notamment dans le domaine des vocations sacerdotales.

Et il ne semble pas plus être venu à l’esprit d’autres catholiques, ou des mêmes catholiques, que, dans l’ensemble, l’ouverture du protestantisme libéral sur l’accès, aux fonctions de pasteur, non seulement d’hommes mariés, mais aussi de femmes et d’homosexuels, a accéléré et amplifié toute une dynamique d’auto-décomposition.

Pourquoi persévérer dans une direction auto-destructrice, contre-productive, fragilisatrice, neutralisatrice, sinon par adhésion à une idéologie qui semble vraiment être celle selon laquelle plus les fidèles catholiques sont non fidèles, ou peu fidèles aux fondamentaux du catholicisme, peu fidèles au point de ne pas dire NON, voire de dire OUI aux conceptions porteuses d’éloignement ou propices à l’opposition, vis-à-vis de ces fondamentaux, et plus ils sont “authentiquement chrétiens” ?