Le nombre d’apostasies a augmenté

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Monseigneur Bozo, évêque du diocèse de Limoges, répond au Populaire du Centre :

La confiance des Chrétiens est-elle émoussée ?

Les chrétiens vivent cela lourdement, mais je ne reçois pas des tonnes de lettres qui me disent on quitte l’Église. Le premier dimanche du carême, j’ai célébré l’appel décisif, ce sont des adultes qui demandent le baptême. Ils sont 25, ont 25 ans en moyenne, sont issus de tous milieux et ont confiance. Les gens sont capables de voir qu’il s’agit de la défaillance de quelques-uns. À l’extérieur de l’église, c’est peut-être un peu différent.

Avez-vous observé une augmentation du nombre de demandes d’apostasie ? 

Il a augmenté. Mais nous avions une demande par mois et nous en avons deux. Les 25 jeunes adultes qui demandent à être baptisés compensent ceux qui demandent à être rayés des listes de baptême.

Pensez-vous que le procès du cardinal Barbarin a pu être « bénéfique », comme l’estime Monseigneur Moulins-Beaufort

On ne peut pas dire cela aux victimes car c’est avant tout une souffrance. Mais cela oblige l’Église à purifier ce qui a besoin de l’être et à se recentrer sur l’essentiel de nos missions sans se faire d’illusion sur l’homme et c’est pour cela qu’il a besoin d’être sauvé. Il y a une forme de miséricorde que Dieu nous fait à travers cette épreuve pour nous obliger à un renouveau. Mais je dis cela avec beaucoup de prudence car je pense aux victimes qui vivent avec une plaie énorme.

Aujourd’hui, si vous aviez connaissance de crimes sexuels sur votre diocèse, que feriez-vous ?

La méthode est assez claire. Tout d’abord nous vérifions la pertinence du propos et nous convoquons la personne incriminée. On lui demande de se dénoncer. S’il ne le fait pas, c’est moi qui le fais. En fonction du résultat de l’enquête et d’une éventuelle condamnation, il peut ensuite y avoir une peine canonique. On a trop tenté de régler cela comme cela se faisait en famille auparavant. Mais j’ai une vraie confiance dans les prêtres de mon diocèse.

Est-ce que cela a amené à d’autres méthodes, notamment d’enseignements auprès des jeunes prêtres ?

On laisse davantage de place aux sciences humaines sur ces questions, à la psychologie de la vie affective. On parle aussi plus de la sexualité. Mais il faut aussi plus parler de problèmes d’abus sexuels dans les paroisses. Je suis assez surpris, mais c’est certainement par délicatesse, que les groupes de chrétiens que je rencontre en parlent assez peu. Or, il faut libérer la parole. Moi, je n’hésite pas à mettre le sujet sur la table et cela délit les langues. […]