Bioéthique : Nous sommes là et nous ne nous cacherons pas

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Docteur en sciences physiques et docteur en théologie, le père Thierry Magnin est le nouveau secrétaire général de la Conférence des Évêques de France (CEF) après avoir été ces huit dernières années le recteur de l’Université catholique de Lyon. Il répond à Aleteia :

[…] la révision des lois bioéthiques sera présentée en conseil des ministres fin juillet et au Parlement à l’automne. Là, l’enjeu est majeur car il ne s’agit ni plus ni moins de travailler sur les mentalités. Même chez les catholiques, on observe aujourd’hui une ouverture libérale, la liberté du privé, de l’individu qui prend le pas sur les conséquences pour la société en général. Or, les révisions bioéthiques à venir vont apporter une complexification inouïe à la société, déjà fragilisée ces dernières années. Encore une fois, il va falloir être dans le dialogue et bien faire comprendre que nous ne sommes pas contre les technologies. On nous reproche toujours d’être contre la modernité ! Je suis technophile, j’aime la science, mais on ne peut pas être binaire sur ces questions. Il faut penser aux conséquences à venir. Quand je discute avec des chercheurs américains qui travaillent sur le transhumanisme, je n’ai pas en face de moi des « Frankenstein » mais des hommes sûrs du bien fondé de leurs recherches pour améliorer l’homme. Or nous disons attention, ne soyons pas dupes ! Derrière cette mentalité individualiste, se cache au fond le libéralisme économique. Il est là le nerf de tout, ce sont des enjeux technico-économiques qui ne se préoccupent guère des conséquences sur la société en général.

Comment vous faire entendre ?

Notre discours est inaudible médiatiquement c’est un fait, mais pas personnellement. Nous rencontrons les parlementaires, et pouvons avoir de belles discussions avec les gens qui pensent autrement. Nous sommes là et nous ne nous cacherons pas. Même si on a l’impression d’être face à un rouleau compresseur, nous devons dire et défendre l’Homme, à temps et à contretemps.

Autres sujets où les évêques sont attendus, l’accueil des migrants et les questions environnementales, comment vous situez-vous ?

L’Église est engagée dans le chantier de la planète, et j’ajoute qu’il faut lier justice sociale et environnementale. Ce qui rejoint la question des migrants. Si je comprends qu’on ne puisse accueillir tout le monde, on ne peut refuser tout regard ! C’est le message même de l’Évangile. Accueillir l’autre dans un environnement sain et respectueux. Sur les thématiques écologiques, l’Église a un discours très beau, par lequel on peut toucher les gens. Ce qui me frappe le plus dans nos sociétés actuelles, c’est ce besoin immense de spiritualité. Regardez le développement des thérapies de bien-être, du yoga, de connaissances de soi. Il y a une quête réelle dans nos sociétés individualistes et déconnectées de l’âme. Par des formations, des rencontres, avec les jeunes, les professionnels, on doit proposer ce chemin pour relier corps, âme et esprit, comme le disait si bien saint Irénée. Fort heureusement, il y a déjà beaucoup de belles initiatives.