La crise des vocations est d’abord une crise de la transmission de la foi

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Mgr Olivier de Germay, évêque d’Ajaccio, a été interrogé par Aymeric Pourbaix pour France catholique :

Le célibat des prêtres est-il responsable de la pénurie de prêtres ?

Non, je pense que la crise des vocations est d’abord une crise de l’engagement dans la durée – que l’on constate aussi à propos du mariage ou dans le monde associatif – et surtout une crise de la foi. Lorsque la pratique baisse, les vocations baissent. La crise des vocations est d’abord une crise de la transmission de la foi.

L’ordination d’hommes mariés serait-elle une solution ?

Il est légitime de se poser la question, mais franchement je ne pense pas. La baisse des vocations existe aussi dans les Églises orientales et même dans les Églises issues de la Réforme.

N’y a-t-il pas un enjeu de désacralisation du prêtre ?

Certains pensent que la crise des abus sexuels impose de remettre en question le célibat des prêtres. Il ne faut pas tout mélanger. La crise des abus sexuels est d’abord un phénomène de société qui touche très majoritairement des hommes n’ayant pas fait le choix de la chasteté. On entend dire qu’il faut désacraliser le prêtre et en faire un homme comme tout le monde pour éviter le cléricalisme. Je pense que c’est le contraire qui est vrai. Un prêtre qui vit seul dans son presbytère et qui ne se donne pas une «  règle  » (à la manière des religieux) pour entretenir la grâce de sa consécration dans le célibat est en danger. Plutôt que de vouloir faire du prêtre un homme ordinaire, il faut l’aider à retrouver le goût de la prière, de l’ascèse et du jeûne à la manière des premiers apôtres. C’est ainsi qu’il pourra accueillir la grâce de se donner totalement pour la mission et d’aimer d’un amour chaste ceux à qui il est envoyé. Il sera ainsi, comme l’écrivait Jean-Paul II, un «  témoin de l’amour sponsal du Christ  ».

En quoi le célibat est-il prophétique, comme l’affirme le pape François ?

Le fait que le célibat du prêtre soit si contesté est pour moi la preuve qu’il joue son rôle prophétique. Dans un monde hyper érotisé, le célibat dérange. Il demeure incompréhensible pour les défenseurs de la «  libération sexuelle  » («  comprenne qui pourra  », disait Jésus) ; il montre à ceux qui vivent un célibat non choisi qu’on peut faire quelque chose de beau de sa vie en vivant seul ; enfin, il est le signe que Dieu peut combler nos attentes les plus profondes. Il est vrai que le célibat est un choix radical, mais lorsque le Seigneur appelle, il nous prend tout entier et nous donne la grâce de le suivre avec joie.