Riposte Catholique
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Le supérieur de la FSSPX reçu à Ecclesia Dei
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Lors de son élection comme supérieur général de Fraternité Sacerdotale Saint-Pie-X, l’abbé Davide Pagliarani avait demandé rendez-vous à Mgr Guido Pozzo, Secrétaire de la Commission Ecclesia Dei. Il est possible qu’il ait été reçu une première fois de manière informelle.

Le 9 novembre, aux doyens du district de France réunis à Saint-Nicolas du Chardonnet, il avait annoncé qu’il serait reçu à Rome dans une quinzaine de jours. C’est chose faite : ce jour, 22 novembre 2018, à 10 h, accompagné de l’abbé Emmanuel du Chalard, il a été reçu dans le bureau de Mgr Pozzo, au rez-de-chaussée du Palais du Saint-Office.

Dans une discussion franche et cordiale, selon les termes habituels des communiqués, l’abbé Pagliarani a demandé à Mgr Pozzo que soient reprises les discussions doctrinales entre la FSSPX et le Saint-Siège, qui s’étaient tenues à Rome de 2009 à 2011, la Fsspx étant représentée par Mgr de Galarreta et les abbés Gleize, de La Rocque et de Jorna.

Ce faisant, l’abbé Pagliarani applique la “ligne Galarreta”, qui veut que tout accord avec le Saint-Siège doit être subordonné à un éclaircissement doctrinal, les questions de foi étant le fondement du désaccord entre Rome et le groupe lefebvriste. Mais sachant que les discussions précédentes avaient examiné ces désaccords en profondeur et avaient permis aux deux parties de bien cerner les points de convergence et de divergence, comment interpréter cette requête de « repasser les plats » ?

À première vue, on pense à une manœuvre destinée à remettre aux calendes grecques la reconnaissance juridique de la FSSPX, qui répugne désormais à une frange notable des prêtres de la Fraternité, notamment français. Selon le principe classique qui veut qu’en politique, lorsqu’on veut enterrer un problème, on nomme une commission pour l’étudier, ici on nommerait une nouvelle commission d’études doctrinales pour ne plus parler de négociations canoniques.

Une autre interprétation est cependant possible : sachant que la direction nouvelle de la FSSPX n’est pas de soi hostile à des aménagements canoniques, comme ceux qui lui ont été récemment accordés (pouvoirs de confesser, de donner l’extrême-onction, de recevoir des mariages), mais qu’elle veut les encadrer et éviter qu’ils soient interprétés comme un début de « ralliement », elle mettrait en avant cette demande doctrinale de manière symbolique, pour montrer que la question de fond reste bien de cet ordre, quitte à négocier aux meilleures conditions possibles un « renouvellement de l’approbation canonique », jadis retirée à la FSSPX par l’évêque de Fribourg.

Les extraits des actes du chapitre d’élection, qui ont été communiqués par l’abbé de Jorna aux prêtres de France, pourraient appuyer cette interprétation : « Il lui revient [au Supérieur général], en prudence et quand l’heure de la Providence sera venue, de prendre en considération une modification du statut canonique, étant sauve la convocation d’un Chapitre préalable.

Mieux encore, le Chapitre précisait : « Dans l’hypothèse d’une structure juridique proposée par Rome, la Prélature personne s’adapterait le mieux à la réalité actuelle de la FSSPX ». Mais le Chapitre ajoute immédiatement : « Elle serait finalisée une fois la question doctrinale résolue de manière satisfaisante pour la Tradition ».

« Résolue de manière satisfaisante » ? On peut comprendre : une fois que la Fsspx se verrait reconnu un droit à la non-réception du concile Vatican II. En réalité, depuis le début, c’est là qu’est le nœud : une sorte de reconnaissance de facto que l’on peut légitiment tenir la doctrine antérieure au Concile est-elle possible ? Le paradoxe est que cela pourrait s’avérer plus facile sous François que sous Benoît XVI.

« Le Club des hommes en noir » : troisième épisode, première partie…
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Pour ce troisième épisode, enregistré le 7 novembre, et sous la houlette de Philippe Maxence, rédacteur en chef de L’Homme Nouveau, quatre thèmes sont abordés en première partie : Asia Bibi (point d’actualité) ; Le Synode sur les jeunes était-il un synode sur la synodalité ? ; Qui sont les évangélistes ? Quel rôle jouent-ils ? ; Le purgatoire est-il une invention de l’Église ? Avec : l’abbé Grégoire Celier, Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, l’abbé Claude Barthe, vaticaniste, le R.P. Jean-François Thomas, S.J., l’abbé Hervé Benoît, prêtre diocésain, et Daniel Hamiche, administrateur de Riposte Catholique.

Le « Club des hommes en noir » : La peine de mort…
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Deuxième épisode du « Club des hommes en noir », enregistré le jeudi 11 octobre dernier dans le studio de L’Homme Nouveau. On y débat, dans la troisième et dernière partie, sous la houlette de Philippe Maxence, de « La peine de mort »…

 

 

Le « Club des hommes en noir » : Accord Chine/Saint-Siège…
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Deuxième épisode du « Club des hommes en noir », enregistré le jeudi 11 octobre dernier dans le studio de L’Homme Nouveau. On y débat, dans la deuxième partie et sous la houlette de Philippe Maxence, de « L’accord Chine/Saint-Siège »…

 

Le « Club des hommes en noir » : Synode des évêques sur les jeunes…
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Deuxième épisode du « Club des hommes en noir », enregistré le jeudi 11 octobre dernier dans le studio de L’Homme Nouveau. On y débat, dans la première partie et sous la houlette de Philippe Maxence, du « Synode des évêques sur les jeunes »…

 

États-Unis : d’ici à dix ans 300 congrégations féminines vont disparaître
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Selon Catholic News Agency, l’agence d’information de la Conférence des évêques catholiques des États-Unis, reprise par Présence Information religieuse, le nombre de religieuses aux États-Unis est tombé de 181 421 en 1965 à 47 160 en 2016, selon les statistiques du National Religious Retirement Office. Environ 77 % des religieuses ont plus de 70 ans.

Près de 300 des 420 instituts religieux des États-Unis, pratiquement les trois quarts (71,43 %), sont dans leurs dernières décennies d’existence en raison du vieillissement de leurs effectifs et du déclin des vocations.

D’autres congrégations recrutent. Mais elles sont plus traditionnelles…

 

France : le cri d’un curé de campagne
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Curé dans une paroisse rurale. Un témoignage qui en dit long…

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Dans quelques mois, j’entrerai dans ma trentième année de sacerdoce dont vingt-cinq comme curé de paroisse. Certains de mes confères (ceux qui sont encore dans le sacerdoce !) fêtent cet anniversaire, d’autres le boudent… Mais au-delà de cette  herméneutique, il me semble que l’Église est en faillite, du moins dans nos pays de vieille chrétienté, dont la France. Lors de mon ordination dans les années quatre-vingts, les pseudo ténors des séminaires et des évêchés se voulaient rassurants en clamant haut et fort : « le creux de la vague est atteint, nous remontons… » Eh bien non !

La population a décroché massivement de la pratique religieuse. La jeunesse lui a tourné le dos, malgré les grands rassemblements des JMJ, ou de quelques réunions diocésaines ou interdiocésaines. Les vocations sacerdotales tendent à se raréfier et même à disparaître dans de nombreux diocèses. En raison de la moyenne d’âge du clergé, la population sacerdotale, en nombre déjà insuffisant pour assurer le soutien spirituel des quelques fidèles qui n’ont pas abandonné le navire, va continuer de fondre dans les années à venir et à un rythme de plus en plus soutenu, d’autant plus que les «récents» scandales laminent le fond.

Cet effondrement du tissu ecclésial français s’explique par une double cause :

•            d’abord, les changements sociétaux des “Trente Glorieuses” ;

•       ensuite, la pastorale des années soixante-dix menée tambour battant par l’immense majorité du clergé avec les fameux cantiques « il est formidable d’aimer » ou bien « Main ! Main! Main ! dans la Main » et j’en passe des plus croustillants tel « Jésus-Christ plus jamais ne sera mort » ; cette pastorale a encouragé et très probablement accéléré l’effondrement au lieu de tenter de le contenir.

La situation actuelle, tout en étant complexe dans le détail, est pourtant limpide dans ses grandes lignes : toutes les institutions, paroisses, communautés qui ont adopté cette pastorale des années soixante-dix sont aujourd’hui de ce fait condamnées à disparaître à plus ou moins court terme.

À cette règle, il n’existe quasiment pas d’exception.

Parallèlement à cette situation, un certain nombre de faits objectifs doivent être relevés :

•            – 25 % des ordinations en France s’effectuent aujourd’hui selon la “forme extraordinaire” du rite romain. Il est vrai que, paradoxalement, les évêques acceptent plus facilement cette “forme extraordinaire”, qu’ils considèrent sans avenir, que la “forme ordinaire” bien célébrée qui ferait ombrage à leur pastorale liturgique défaillante.

•            – Bien que cette réalité soit difficilement quantifiable, il apparait clairement qu’une majorité des jeunes prêtres sortant actuellement des séminaires diocésains refusent de suivre leurs aînés dans la pastorale ultra progressiste qui règne encore au sein des diocèses et des paroisses. Ils demeurent cependant persécutés.

•            – Le séminaire de la Communauté Saint-Martin, l’un des rares séminaires de France à ne pas connaître la crise, s’est imposé en quelques années comme la première maison de formation sacerdotale du pays ; il se trouve que ce séminaire est à peu près le seul à avoir appliqué fidèlement les directives et les intuitions du concile Vatican II, dans un esprit de continuité et non de rupture.

•            – Le pèlerinage de Pentecôte de Paris à Chartres, attaché à la “forme extraordinaire” du rite romain, connaît une affluence croissante, en particulier dans la jeunesse, et s’est imposé en quelques années comme le premier pèlerinage organisé en France et même de toute l’Europe occidentale.

•            – Les communautés religieuses et monastiques restées fidèles à la Tradition de l’Église (Solesmes, Kergonan, Flavigny, le Barroux, Fontgombault, les chanoines de Lagrasse, la Fraternité Saint-Vincent Ferrier, etc.) sont quasiment les seules à attirer des vocations ; certaines de ces communautés connaissent même un succès tel qu’elles devront probablement essaimer dans les années à venir.

De cet ensemble de faits indéniables, il ressort qu’aujourd’hui, en France, en 2018, il y a une Église qui vit et se développe et une Église qui meurt.

•            Ceux qui dans les années 1970 nous expliquaient que la Tradition de l’Église pouvait être abandonnée sans tort pour l’Église se sont trompés ;

•            Ceux qui nous expliquaient que l’habit distinctif du prêtre ou de la religieuse, qu’une liturgie et une spiritualité traditionnelles, que le chant grégorien, que le sens du sacré, du silence et de la contemplation n’intéressaient plus la jeunesse et devaient être remisés au grenier se sont lourdement trompés et nous ont trompés.

•            Nos évêques sont  actuellement plus préoccupés par les finances de leur diocèse que de l’évangélisation ; et leurs économes diocésains gèrent l’Église particulière comme une véritable entreprise commerciale au centime près. Ces laïcs en mission (avec un bon salaire) prennent les curés pour de simples manutentionnaires de cierges ou de dispensateurs de bénédictions.

« Mal qui répand la terreur,

Mal que l’épiscope en sa fureur,

Inventa pour punir les curés de la terre,

Le Fric (puisqu’il faut l’appeler par son nom)

Capable d’enrichir la curie diocésaine

Faisait aux ministres du culte la guerre » (d’après La Fontaine)

•            Les vicaires généraux, ou ces prêtres opportunistes, porte-voix de leur supérieurs sont inodores (pour la plupart) et sans saveur, heureux d’être à la droite et à la gauche de la mitre pour les honneurs (mais non pour le travail), surtout quand un beau liseré violet vient s’ajouter à leurs plus beaux habits de chœur ou leur carte de visite, « ecclésiastique quand tu nous tiens !!! »

« Définis la cour un pas où les gens,

Tristes, gais, prêts à tout, à tout indifférents,

Sont ce qu’il plaît au prince, ou, s’ils ne peuvent l’être,

Tâchent au moins de le paraître ;

On dirait qu’un esprit anime mille corps;

C’est bien là que les gens sont de simples ressorts… » La Fontaine

La simple constatation des faits et des tendances actuelles à l’œuvre au sein de l’Église de France suffit à le démontrer.

Face à cette situation, l’attitude d’une majorité d’évêques – consistant à ne pas voir cet ensemble de faits objectifs et à continuer obstinément à pratiquer cette pastorale délétère (la théorie du comme si… et de ces généraux sans armée) qui conduit à vider les églises en tournant le dos à deux millénaires de christianisme – demeure un défi lancé à la raison et un mystère parfaitement inexplicable.

L’Église qui est en France entre dans l’agonie du Vendredi Saint, mais pour combien de temps ? Ponce Pilate se lave les mains et combien de prêtres fidèles à la réforme de la réforme vont-ils encore vivre l’épuration du Goulag épiscopal ?

Dans tous les cas, redisons-nous que la vérité triomphe toujours, et c’est en soi une bonne Nouvelle ! Reste à savoir quand  et à quel prix ?

Je ne saurais trop inviter les fidèles chrétiens à prier Marie comme le préconise notre pape François.

Le Sénat rejette la création d’une commission d’enquête sur les abus sexuels dans l’Église
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Lu sur le Salon Beige :

Le sénat a heureusement rejeté hier la création d’une commission d’enquête parlementaire, initiée par Témoignage Chrétien, sur les abus sexuels dans l’Église que réclamait le groupe socialiste (comme si les prêtres catholiques étaient tous des prédateurs sexuels et comme s’ils étaient les seuls prédateurs sexuels !).

Mais ce n’est qu’une première bataille et, manifestement, les adversaires de l’Église vont revenir à la charge. Ils veulent, en effet, faire taire l’Épouse du Christ – spécialement à la veille de la révision des lois de bioéthique.

Guillaume de Thieulloy, directeur du Salon Beige et de Riposte Catholique recensé, dans un petit texte (que vous pouvez télécharger ci-dessous), la plupart des arguments contre cette idée scandaleuse :

 

 

« Mise en adéquation » de religieuses…
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Nous nous faisons un devoir d’informer nos lecteurs sur les péripéties de la mise à mort annoncée des Petites Sœurs de Marie Mère du Rédempteur, qui œuvrent magnifiquement dans quatre maisons de retraite du diocèse de Laval et du diocèse de Toulouse Les échos donnés par la grande presse, et aussi par France Télévision (voir la vidéo ci-dessous) à cette stupéfiante affaire, indisposent considérablement Mgr Scherrer, évêque de Laval, et Mgr Le Gall, archevêque de Toulouse.

Dans ce contexte, un article paru dans La Croix, le 12 octobre – « Un grave conflit oppose Rome à des religieuses de Mayenne » – signé de Mélinée Le Priol, a toutes les apparences d’une mise au point officielle. L’article confirme clairement que le fond de l’affaire est idéologique. La Sœur Geneviève Médevielle (professeur de morale à l’Institut catholique de Paris, auteur de Les migrants, François et nous, Vie chrétienne, 2018), nommée commissaire par la Congrégation pour les Religieux, c’est-à-dire supérieure provisoire imposée par Rome aux Petites Sœurs, le dit sans fard : les Petites Sœurs doivent adopter une « gouvernance saine, en adéquation avec les grands textes de la vie religieuse post-conciliaire ». En clair : elles ne sont pas assez conciliaires.

Début juillet, la Sœur Médevielle a demandé aux Petites Sœurs de lui écrire individuellement, avant la fin de l’été, pour savoir si elles l’acceptaient comme commissaire. Sur les 39 religieuses, cinq ont dit l’accepter, mais 34 ont fait savoir au dicastère romain, dans un courrier collectif du 24 août, qu’elles ne reconnaissaient pas la Sœur Médevielle comme supérieure et qu’elles demandaient la nomination d’un autre interlocuteur. En réponse, la

Congrégation pour les Religieux leur a lancé un ultimatum : elles avaient jusqu’au 7 octobre pour se soumettre à la sœur commissaire, faute de quoi elles pourraient être relevées de leurs vœux. Il est probable qu’en raison de l’émotion soulevée par cette affaire, Rome et les évêques concernés retiennent pour quelque temps encore la publication de la sanction.

Mgr Nicolas Bux : le pape, l’hérésie et le schisme…
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Dans un long entretien accordé hier à Aldo Maria Valli, Monseigneur Nicola Bux aborde les problèmes de l’heure et la situation grave que connaît la Sainte Église. En  voici la traduction de l’italien

*

Aldo Maria Valli – Mgr Nicola Bux, hérésie et schisme, mots qui semblaient avoir disparu du vocabulaire des catholiques, reviennent au centre de nombreuses analyses et observations sur la situation actuelle de l’Église. Pouvons-nous faire le point sur le statut quaestionis après Amoris laetitia et le débat qui a suivi ?

Il me semble qu’après la publication, le 24 septembre 2017, de la Correctio filialis de haeresibus propagatis (Correction filiale à cause de la propagation des hérésies), et de la Déclaration promulguée à Rome, lors de la conférence du 7 avril dernier, où les cardinaux Brandmüller et Burke se sont exprimés, l’idée se répand que le pape lui-même, par son Magistère, est maintenant au cœur de ce vaste débat qui devient chaque jour plus passionnel. À l’origine, il y a l’exhortation apostolique Amoris laetitia, dans laquelle, selon les quarante signataires de la Correctio (qui sont maintenant deux cent cinquante, sans compter des milliers d’adhérents), on trouve sept propositions hérétiques concernant le mariage, la vie morale et la réception des sacrements.

Il convient simplement de noter que les problèmes, au moins en ce qui concerne Amoris laetitia, se sont considérablement aggravés et compliqués. Comme on le sait, la lettre du pape François aux évêques argentins de la région de Buenos Aires, approuvant les critères de ces derniers pour l’accès à la communion des divorcés remariés, qui ont contracté un nouveau mariage civil, ont été publiés dans les Acta Apostolicae Sedis, accompagnés par un rescrit ex audientia SS.mi du cardinal Secrétaire d’État ; ces documents sont donc considérés comme l’expression du « Magistère authentique » du Pape actuel et, par conséquent, comme un Magistère auquel il faut accorder une soumission respectueuse de l’intelligence et de la volonté.

En même temps, le cardinal Brandmüller, l’un des quatre cardinaux des dubia (les autres étant Burke, Meisner et Caffarra, ces deux derniers étant entre-temps décédés), relance dans un article l’idée, que j’avais également exprimée, d’une profession de foi du Pape.

À cet égard, Mgr Nicola Bux, à la lumière également des déclarations du cardinal Müller sur la nécessité d’un débat public sur Amoris laetitia et des paroles du secrétaire d’État du Saint-Siège, le cardinal Parolin, selon lesquelles « dans l’Église il est important de dialoguer », est-il réaliste d’imaginer qu’une réponse puisse venir du pape et qu’on puisse en venir à une profession de foi pour dissiper doutes et ombres ?

L’unité authentique de l’Église se fait dans la vérité. L’Église a été placée par son Fondateur – Celui qui a dit : « Je suis la vérité » – comme « la colonne et le fondement de la vérité » (1 Tm 3, 15). Sans vérité, il n’y a pas d’unité, et la charité serait une fiction. L’idée, qui prévaut de nos jours, selon laquelle l’Église est une fédération de communautés ecclésiales, un peu comme les communautés protestantes, rend difficile pour le pape de faire une profession de foi catholique. En fait, après les deux derniers synodes des évêques, une foi et une morale à deux vitesses ont fait leur chemin : la preuve en est que dans certains endroits, il n’est pas possible de donner la communion aux divorcés remariés, et dans d’autres oui. Beaucoup d’évêques et de curés se trouvent donc dans une situation pastorale instable et confuse, ce qui les met dans un grand embarras. Cela étant, il me semble réaliste d’envisager un débat contradictoire à ce sujet au sein de l’Église, pour définir ce qui est catholique et ce qui ne l’est pas : il s’agirait d’une confrontation doctrinale, dont dépend tout travail pastoral. Le développement doctrinal bénéficie toujours du débat. L’exemple vient de Joseph Ratzinger, qui, d’abord comme préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, puis comme pape, a reçu divers théologiens dissidents en les confrontant.

Et s’il n’y a pas de confrontation ?

Je crains que l’apostasie ne s’approfondisse et que le schisme de fait ne s’élargisse. C’est précisément la confrontation rationnelle et charitable au sein de l’Église qui obligerait le pape à faire une profession de foi, avec abjuration, évidemment, des erreurs et des opinions erronées déclarées jusqu’alors, afin de réaffirmer la foi catholique comme règle de la foi de tout catholique. De plus, cette situation est devenue encore plus urgente à la suite des dernières innovations introduites par le pape, comme celle concernant la définition du caractère « anti évangélique » de la peine de mort : une définition réalisée, de manière discutable, en modifiant un article du Catéchisme de l’Église Catholique à partir d’une conception résolument historiciste, et qui pose une série de problèmes. Y compris de conscience. D’autant plus que dans les catéchismes précédents, je pense au Catéchisme romain ou tridentin, ou au Grand Catéchisme de saint Pie X, on enseignait la légitimité de la peine capitale et sa pleine conformité à la Révélation divine. Le Catéchisme tridentin a même exposé la règle autorisant l’État à imposer une juste punition à un coupable de crimes graves, sans exclure la peine capitale, et présentant même cette norme comme une « loi divine ». Et les problèmes, comme je le disais, sont importants, parce que, soit on admet que l’Église a enseigné pratiquement pendant deux mille ans, la légitimité d’une vérité, qui était en réalité anti évangélique, soit on doit admettre que c’est le pape François qui a erré, considérant anti-évangélique ce qui est, au contraire, au moins en principe, conforme à la Révélation. C’est une question très sensible. Mais tôt ou tard, on devra se la poser. Et pas seulement pour la peine de mort.

Beaucoup de gens se posent cette question : si le pape est libre de changer un article du Catéchisme en fonction de l’évolution des besoins ou des exigences du peuple de Dieu, ou des différentes sensibilités de l’homme aujourd’hui, pourrait-t-il le faire sur d’autres points, encore plus cruciaux ?

C’est une question très inquiétante également, d’où la nécessité légitime de garder le depositum fidei libre des sensibilités contingentes de la société d’aujourd’hui ou de demain.

Pour en revenir à la question initiale, il faudrait une profession de foi semblable à celle de Paul VI, en 1968, pour réaffirmer ce qui est catholique, face aux erreurs et aux hérésies qui se sont répandues immédiatement après le Concile Vatican II, surtout à cause de la publication du Catéchisme néerlandais. En l’occurrence, il s’agirait de réaffirmer certaines vérités sur les sacrements, la morale et la doctrine sociale de l’Église, et de rejeter également tout doute ou erreur qui aurait pu se répandre, même involontairement, sur ces questions.

Quelqu’un a fait remarquer que l’initiative de la Correctio, aussi sensationnelle fut-elle, n’est pas nouvelle, car déjà à l’époque de Jean-Paul II et de Benoît XVI, et même sous le pontificat de Paul VI, il y avait déjà eu des manifestes et des pétitions de théologiens, clercs et laïcs, à titre individuel ou en groupe. Ces personnes considéraient que le Concile Vatican II, par anti dogmatisme, avait introduit une rupture avec l’Église précédente ; ils accusaient donc les Pontifes romains de centralisme et de fermeture aux exigences de la modernité. Peut-on y voir une analogie avec ce qui se passe aujourd’hui ?

Non, parce que c’était une attaque anticatholique contre le Magistère catholique. D’autres théologiens et laïcs, hostiles au Concile, ont exprimé leur opposition à toute saine innovation. Dans les deux cas, il s’agissait de protestations et non de corrections. Actuellement, ceux qui sont placés aux postes clés de l’establishment ecclésiastique, se taisent ou se contentent d’une défense officielle de l’institution, sans jamais entrer dans l’étude des hérésies qui font l’objet de demandes de corrections, en particulier, en ce qui concerne l’exhortation apostolique Amoris laetitia. Il faut rappeler de cet avertissement de saint Pie X, dans l’encyclique Pascendi : le fait de ne jamais confesser clairement sa propre hérésie est le comportement typique des modernistes, parce que c’est de cette façon qu’ils peuvent se cacher dans l’Église.

Mais pourquoi pensez-vous qu’une profession de foi serait souhaitable ? Et si le pape, comme on peut le penser, ne la fait pas, que pourrait-il arriver ?

Dans le décret de Gratien (par. I, dist. 40, ch. VI), il y a ce canon : « Aucun mortel n’aura la présomption de parler de la culpabilité du pape, car, s’il chargé de tous nous juger, il ne doit être jugé par personne, sauf s’il dévie de la foi ». L’éloignement et la déviation de la foi s’appellent une hérésie, un mot qui vient du grec airesis et signifie choix et absolutisation d’une pseudo vérité, minimisant ou reniant ce qui fait partie des vérités catholiques. Évidemment, l’écart doit être manifeste et public. Et dans le cas d’une hérésie manifeste, selon saint Robert Bellarmin, le Pape peut être jugé. Je me souviens que Bellarmin était aussi préfet du Saint-Office, un personnage qui a pour fonction de veiller au respect de l’orthodoxie de la foi par tous, y compris le Pape, étant bien entendu que celui-ci est aussi le premier à devoir exercer cette fonction de contrôle. Le Pape est appelé par le Seigneur à répandre partout la foi catholique, mais pour ce faire, il doit se montrer capable de la défendre. Les orthodoxes – les chrétiens orientaux séparés de Rome – sont appelés ainsi précisément parce qu’ils affirment la primauté de la vraie foi comme condition de la vraie Église. Sinon, l’Église cesse d’être le pilier et le fondement de la vérité. Par conséquent, ceux qui ne défendent pas la vraie foi ne peuvent plus demeurer dans les charges ecclésiastiques, quelles qu’elles soient : patriarcat, éparchie, etc.

Excusez-moi Mgr Nicola Bux, dites-vous qu’en cas d’hérésie, tout comme un chrétien hérétique cesse d’être membre de l’Église, même le Pape cesserait d’être Pape et le Chef du Corps ecclésial, et qu’il perdrait toute juridiction ?

Oui, l’hérésie affecte la foi et l’appartenance à l’Église, qui sont la racine et le fondement de la juridiction. C’est la pensée des Pères de l’Église, en particulier de saint Cyprien, qui était confronté à Novatien, antipape sous le pontificat du Pape Corneille (cf. Lib. 4, Ep. 2). Tout croyant, y compris le Pape, du fait de l’hérésie, se sépare de l’unité de l’Église. On sait que le Pape est à la fois un membre et une partie de l’Église, parce que la hiérarchie est à l’intérieur et non au-dessus de l’Église, comme le dit Lumen Gentium (n. 18). Face à cette éventualité, si grave pour la foi, certains cardinaux, ou même le clergé romain ou le synode romain, pourraient avertir le Pape en lui adressant une correction fraternelle, ils pourraient « lui résister en face » comme saint Paul l’a fait à l’égard de saint Pierre à Antioche ; ils pourraient l’admonester et, si nécessaire, l’interpeler afin de l’inciter au repentir. Dans le cas manifeste d’un Pape tombé dans l’erreur, il faut s’éloigner de lui, conformément à ce que dit l’Apôtre saint Paul (cf. Tite 3, 10-11). De plus, son hérésie et son éventuelle contumace devraient être déclarées publiquement, afin qu’il ne fasse pas de mal aux autres, et que chacun puisse se protéger. À partir du moment où l’hérésie est notoire et rendue publique, le pape perd ipso facto son pontificat. Pour la théologie et le droit canonique, s’obstiner dans l’hérésie signifie que l’hérétique remet en cause une vérité de foi consciemment et volontairement, c’est-à-dire avec la pleine conscience que cette vérité est un dogme et avec la pleine adhésion de la volonté. Je vous rappelle qu’il peut y avoir obstination ou persistance dans un péché d’hérésie, même s’il est commis par faiblesse. De plus, si un Pape ne voulait pas maintenir l’union et la communion avec tout le Corps de l’Église, en décidant, par exemple, d’excommunier toute l’Église ou de bouleverser radicalement les rites liturgiques fondés sur la Tradition apostolique, il pourrait être déclaré schismatique. Si le Pape ne se comporte pas comme Pape et chef de l’Église, l’Église n’est pas en lui ni lui dans l’Église. En désobéissant à la loi du Christ, ou en ordonnant ce qui est contraire à la loi naturelle ou divine, c’est-à-dire ce qui a été universellement décidé par les Conciles ou par le Siège Apostolique, le Pape se sépare du Christ, qui est le Chef de l’Église et donc le fondement de l’unité ecclésiale. Le pape Innocent III a dit qu’il faut obéir au Pape en tout, jusqu’à cette limite : s’il agit contre l’ordre universel de l’Église, à moins d’une cause raisonnable, il ne doit pas être suivi, car, en agissant ainsi, il n’est plus soumis au Christ, et il se sépare donc du Corps de l’Église. Je ne peux vous cacher, cependant, que ce que je viens d’indiquer, tout en étant clair et en ne posant théoriquement aucun problème, suscite néanmoins maintes difficultés dans la pratique, y compris de nature canonique.

Admettons qu’on puisse en arriver là. Quelles seraient les conséquences pour la foi et pour l’Église ?

Qui veut être Pape ne peut nier la vérité catholique, au contraire, il doit y adhérer pleinement s’il veut exercer l’autorité magistérielle. En fait, ce que Ratzinger a écrit, il y a déjà bien des années, s’applique ici : il soulignait que le pape ne peut pas « imposer sa propre opinion », mais qu’il doit « rappeler précisément que l’Église ne peut pas faire ce qu’elle veut et qu’elle n’a pas la faculté de le faire », car « en matière de foi et de sacrement, ainsi que des problèmes fondamentaux de la morale », l’Église ne peut qu’« accepter la volonté du Christ ». En cas d’opposition entre le texte d’un document pontifical et d’autres écrits et témoignages de la Tradition, il est légitime pour un fidèle, qui a étudié attentivement la question, de suspendre ou de refuser son consentement au document lui-même. Dans le cas d’Amoris laetitia, certains ont bien montré que le document comporte des difficultés et qu’il est contradictoire sur de nombreux points ; leurs citations de saint Thomas d’Aquin sont mentionnées à côté des propositions qui contiennent des affirmations contraires à la pensée du Docteur Angélique. On comprend donc ce que Joseph Ratzinger a écrit : « Au contraire, il est possible et nécessaire de critiquer les déclarations papales, dans la mesure où elles manquent de référence dans les Écritures et le Credo, dans la foi de l’Église universelle. Là où il n’y a ni unanimité de l’Église universelle, ni témoignage clair des sources, une décision contraignante et obligatoire n’est pas possible ; si elle devait avoir lieu formellement, elle ne remplirait pas les conditions indispensables et le problème de sa légitimité devrait donc être soulevé » (Joseph Ratzinger, Faith, Reason, Truth and Love, Lindau, 2009, p. 400). Bref, si le Pape ne garde pas la doctrine, il ne peut exiger la discipline ; s’il perd alors la foi catholique, il tombera du Siège Apostolique. « Le pouvoir des clés de Pierre ne s’étend pas au point que le Souverain Pontife puisse déclarer ”ne pas être un péché” ce qui est un péché, ou “être un péché ” ce qui n’est pas un péché. Ce serait, en fait, appeler bien ce qui est mal, et mal ce qui est bien, c’est quelque chose qui a toujours été et sera étranger au chef de l’Église, colonne et fondement de la vérité » (cf. Robert Bellarmin, De Romano Pontifice, lib. IV ch. VI, p. 214, et aussi Lumen gentium, n° 25). Par conséquent, le Pape qui, en tant que personne privée, s’identifierait à l’hérésie, ne serait plus le Souverain Pontife ou le Vicaire du Christ sur la terre.

Toutefois, vous avez vous-même déclaré qu’il y a des difficultés pratiques considérables…

Pour un Pape, en fait, il y a une sorte d’immunité de juridiction. Ainsi, bien qu’en théorie on dise que les cardinaux peuvent vérifier son hérésie, en pratique la chose deviendrait certainement difficile, à cause du principe fondamental Prima sedes a nemine iudicatur, du canon 1404 du Code de Droit Canonique. Aucune Église, en tant que fille, ne peut juger sa mère, c’est-à-dire le Siège Apostolique. Encore moins les brebis du troupeau ne peuvent se dresser pour juger leur Berger. Si nous regardons comment ce principe a été appliqué dans l’histoire de l’Église, et, en particulier, de la papauté, nous remarquons que même dans le cas d’accusations d’hérésie, ou même d’apostasie vraie et propre du Pape, tout s’est terminé sans que rien ne soit fait rien. Je vais vous donner quelques exemples. Le premier qui me vient à l’esprit est celui du pape Marcellin. Selon des sources anciennes, en particulier le Liber Pontificalis, face à la grande persécution dioclétienne du IVe siècle après J.C., il aurait offert de l’encens aux idoles, c’est-à-dire qu’il aurait apostasié, bien que cela ne soit pas totalement certain sur le plan historique (par exemple, certains auteurs et historiens de l’Église antique, comme Eusèbe de Césarée et Théodore de Cyre, nient ces faits, déclarant toutefois que ce pape apostasia pendant la Grande Persécution). Par la suite, un synode fut convoqué à Sinuessa, ville située entre Rome et Capoue, près de l’actuel Mondragone, en 303, dans le but de vérifier et de déclarer l’apostasie du pape. Or, il est vrai que les actes de ce synode sont considérés comme apocryphes et remontent au VIe siècle, mais il ne fait aucun doute qu’il en ressort le refus clair des Pères synodaux de constater et de condamner Marcellin pour son acte d’apostasie. Au contraire, les Pères synodaux demandèrent au pape lui-même de juger son geste et de déterminer sa juste punition, reconnaissant une sorte d’immunité de juridiction pour le pape, précisément à cause du principe que j’ai rappelé plus haut, à savoir que le Premier Siège ne peut être jugé par personne. Rappelons toutefois que Marcellin semble cependant s’être repenti de son geste, avoir témoigné de sa foi et être mort martyr. C’est pourquoi il est vénéré comme pape et martyr le 26 avril.

Le deuxième cas est celui du pape saint Léon III et de son fameux serment, représenté par Raphaël sur une célèbre fresque de la Salle dédiée à l’incendie du Borgo, dans les non moins célèbres salles du Palais Apostolique. Le pape Léon III y apparaît dans ses habits pontificaux, prêtant serment sur les Évangiles, devant Charlemagne et une foule de dignitaires, laïcs et ecclésiastiques, et tout le peuple de Dieu, le 23 décembre 800, en la basilique Saint-Pierre. Le pape a été accusé – bien que les sources anciennes ne soient pas très précises à cet égard – de parjure et d’adultère (on ne sait pas avec qui) par les neveux de son prédécesseur, le pape Adrien Ier. Lorsque Charlemagne vint à Rome pour mettre de l’ordre entre ceux qui soutenaient le pape et les opposants, le pape, librement, « sans être jugé et corrigé par personne, spontanément et volontairement », nia ses fautes devant Dieu, en déclarant et en professant son innocence face aux accusations formulées contre lui. Le Pape conclut : « Je le déclare spontanément pour éliminer toute suspicion : non pas que cela soit prescrit par les chanoines, ni même que de cette façon je veuille créer un précédent et imposer un tel usage dans la Sainte Église à mes successeurs et à mes frères de l’épiscopat ».

Dans la peinture de Raphaël il y a une inscription : Dei non hominum est episcopos iudicare, c’est-à-dire : « C’est à Dieu de juger les évêques, non aux hommes ». Il s’agit d’une allusion à la confirmation, donnée en 1516 par le Concile du Latran V, de la Bulle Unam sanctam de Boniface VIII, dans laquelle on affirme le principe selon lequel le Pontife romain est jugé uniquement par Dieu.

En résumé, beaucoup de difficultés pratiques….

Une autre difficulté est d’identifier les contours exacts d’une hérésie. Voyez la situation actuelle : contrairement au passé, la théologie n’est plus fiable, mais elle est devenue une sorte d’arène où tout converge et son contraire. Ainsi, lorsqu’une vérité est affirmée, il y a toujours quelqu’un prêt à défendre exactement le contraire.  Comme vous pouvez le constater, la question du jugement du pape hérétique présente de nombreuses difficultés pratiques, théologiques et juridiques. Peut-être – et je le dis précisément d’un point de vue pratique – serait-il plus facile d’examiner et d’étudier plus précisément la question de la validité juridique du renoncement du pape Benoît XVI, à savoir s’il est total ou partiel (« à mi-chemin », comme on l’a dit) ou douteux, puisque l’idée d’une sorte de papauté collégiale me semble résolument contraire à l’Évangile. En effet, Jésus n’a pas dit : « Tibi dabo claves … » en se tournant à la fois vers Pierre et André, mais il l’a dit seulement à Pierre ! C’est pourquoi j’affirme qu’une étude approfondie de la renonciation pourrait peut-être être plus utile et plus profitable, tout en contribuant à résoudre des problèmes qui nous semblent aujourd’hui insurmontables. On a écrit : « Le temps des épreuves les plus redoutables pour l’Église viendra. Les cardinaux s’opposeront aux cardinaux et les évêques aux évêques. Satan se mettra en travers de leur chemin. Même à Rome, il y aura de grands changements » (Xavier Gaeta, Fatima, toute la vérité, 2017, p. 129). Et ce grand changement, avec le pape François, nous pouvons le voir de façon palpable, étant donné son intention claire de marquer une ligne de discontinuité ou de rupture avec les pontificats précédents. Cette discontinuité – une révolution – génère des hérésies, des schismes et des controverses de toutes sortes. Et tout cela nous conduit au péché. Origène notait déjà ceci : « Là où il y a le péché, il y a la multiplicité, les schismes, les hérésies, les controverses. Là où règne la vertu, au contraire, il y a l’unité, la communion, grâce à laquelle tous les croyants étaient un seul cœur et une seule âme » (In Ezéchielem homilia, 9,1, dans Sources Chrétiennes 352, p. 296).

La liturgie a aussi été affectée par tout cela, et vous l’avez affirmé plusieurs fois dans vos livres….

C’est vrai. Elle est célébrée comme si Dieu n’était pas présent, une animation mondaine. Mais ici, nous sommes réconfortés par les paroles que saint Athanase d’Alexandrie adressait aux chrétiens que les ariens faisaient souffrir : « Vous restez en dehors des lieux de culte, mais la foi demeure en vous. Considérons cela : qu’est-ce qui est le plus important, le lieu ou la foi ? La vraie foi, bien sûr. Qui perd et qui gagne dans ce combat, celui qui maintient le lieu ou celui qui observe la foi ? Il est vrai que les édifices sont bons, quand on vous prêche la foi apostolique ; ils sont saints, si tout s’y passe d’une manière sainte… C’est vous qui êtes heureux, vous qui restez dans l’Église pour votre foi, qui la maintenez ferme dans les fondations toute comme celles-ci étaient venues à vous de la Tradition apostolique, et si, à diverses reprises, quelque exécrable jalousie a essayé de l’ébranler, elle n’a pas réussi. Jamais personne ne prévaudra contre votre foi, frères bien-aimés, et nous croyons que Dieu nous fera un jour retourner dans nos églises. Plus les tentatives violentes d’occupation des lieux de culte sont nombreuses, plus ces gens se séparent de l’Église. Ils prétendent représenter l’Église, mais en réalité, ce sont eux qui en sont à leur tour expulsés et quittent la route » (Coll. Selecta SS. Eccl. Patrum). Nous prions cependant que la Divine Providence intervienne en faveur de l’Église, afin que nous ne nous retrouvions pas dans un cas semblable à celui que je viens d’évoquer ; c’était aussi l’espérance de l’éminent canoniste jésuite, le Père Gianfranco Ghirlanda, moins d’un mois après la démission de Benoît XVI, à la fin d’un article de grande qualité (La Civiltà Cattolica, 2 mars 2013).

En conclusion, peut-on dire que l’hérésie ne consiste pas seulement à répandre de fausses doctrines, mais aussi à réduire au silence la vérité sur la doctrine et la morale ?

Bien sûr que si. Si quelqu’un est dérangé par le terme doctrine, utilisez le terme enseignement, parce que les deux sont des traductions du grec didache. Là où il n’y a pas de doctrine, il y a des problèmes moraux, comme nous le voyons ! Quand le Pape et les évêques font cela (c’est-à-dire réduire au silence la vérité sur la doctrine et la morale), ils utilisent leur propre office pour le détruire. Saint Augustin dit qu’ils cherchent leurs propres intérêts, pas ceux de Jésus Christ, ils proclament sa parole mais pour répandre leurs idées. Le nom de Jésus-Christ, a dit le cardinal Biffi, est devenu une excuse pour parler d’autre chose : migrations, écologie, etc. Ainsi, nous ne sommes plus unanimes à parler (1 Co 1, 10) et l’Église est divisée.

Abus sexuels dans l’Église : un prêtre en parle
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Dire que ce texte est “réconfortant” serait quelque peu inconvenant en raison de la gravité du sujet qu’il aborde, mais il l’est quand même par l’esprit de vérité qui l’a suscité. Il est rare de lire une analyse aussi imparable venant d’un membre du clergé diocésain. L’abbé Henri Vallançon, curé de la paroisse Notre-Dame-de-Cenilly – onze communes, douze cochers… – du diocèse de Coutance, l’a fait paraître dans le quotidien La Manche libre du 4 octobre dernier

*

Une nouvelle fois, l’Église est entachée par le scandale de nombreux prêtres à travers le monde ayant pratiqué des actes sexuels sur des mineurs.

Le même scénario se répète à chaque fois : des déclarations de honte et de repentance sont produites par les autorités catholiques, avec une note appuyée de compassion pour les victimes et des promesses de réforme pour l’avenir. Évidemment, l’efficacité de la réaction perd de sa force au fur et à mesure, car nous suivons, apeurés, un rythme qui nous est imposé : c’est seulement depuis que les victimes organisent leur riposte juridique que nous disons prendre conscience de la gravité de ces actes délictueux ! Il nous faut la pression des médias pour esquisser un commencement de réaction. Incapable de juger à temps les coupables et de leur appliquer les sanctions appropriées, l’institution ecclésiastique ne se détermine plus guère à partir d’un jugement objectif sur les fautes selon son droit canonique et sa doctrine théologique, mais elle se contente d’organiser avec des experts laïcs des communications de crise.

La ruine de l’autorité morale de l’Église qui en résulte la détruit de l’intérieur : elle n’existe que pour être le témoin crédible de la révélation divine. Prêtres qui vivons au contact des gens, nous sommes atteints au cœur : si nous avons perdu leur confiance, notre ministère est impossible.

Ce qui me frappe dans les réactions officielles, c’est leur impuissance à s’élever au-delà du registre émotionnel et à identifier les causes du mal. La pédophilie de ces prêtres viendrait de leur « cléricalisme » et de leur « séparation », de leur prise excessive de distance vis-à-vis des autres, etc. On se rapproche le plus possible des arguments qui conviennent aux médias, pour négocier leur indulgence.

Outre que tous les cas que je connais contredisent ces explications, la question de fond me semble la suivante : comment est-il possible que la conscience d’un prêtre soit si profondément obscurcie qu’il en vienne à poser des actes aussi graves ?

Depuis quelques décennies, un mouvement général de sécularisation du prêtre s’est emparé du clergé, un climat anti juridique et anti doctrinal s’est développé au profit de postures soi-disant pastorales, les signes distinctifs visibles ont été abandonnés dans l’habit et dans le comportement. Malaise autour des concepts de loi et de dogme, effacement des justes frontières dans les relations humaines… Comment, dans ces conditions, le prêtre peut-il garder vive la conscience qu’avec l’onction sacerdotale reçue au jour de son ordination, il est un être consacré, mis à part par le Christ pour être totalement dédié à Son service ? Peu à peu, tout se banalise. Si ce qui est le plus sacré se désacralise, le plus grave devient anodin.

Depuis quelques décennies, au catéchisme, dans les séminaires diocésains, dans les homélies se sont radicalement estompées de la formation de la conscience morale : une définition claire du péché originel, à cause duquel nul ne peut être sauvé sans la grâce de Dieu que confèrent les sacrements ; la possibilité du péché mortel, dont la conséquence est la damnation éternelle ; l’existence d’actes intrinsèquement pervers, indépendamment de l’intention de celui qui les pose ; la nécessité de l’ascèse et du sacrement de pénitence pour lutter contre le mal ; l’obéissance à la volonté de Dieu et l’acceptation de tous les sacrifices à consentir pour ne jamais la transgresser ; la place d’honneur faite à la vertu de chasteté, dans le mariage comme dans le célibat consacré ; la mise en garde vis-à-vis du monde et de ses sollicitations qui souillent la pureté de l’âme…

Tant que les hommes d’Église ne renoueront pas avec la prédication de ces vérités évangéliques, ils se laisseront eux-mêmes corrompre par le mal qu’ils ne combattent plus et entraîneront dans leur dérive ceux auxquels ils s’adressent.

Le pape François invité par Kim Jong-un en Corée du Nord
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C’est ce que l’Agence Fides vient d’apprendre…

« Si le Pape François devait se rendre à Pyongyang, cela serait véritablement un miracle mais tout est possible à Dieu » : c’est en ces termes que Mgr Lazare You Heung-sik, évêque du diocèse de Daejeon et président de la Commission pour la société de la Conférence épiscopale coréenne, commente pour l’Agence Fides la nouvelle selon laquelle le Pape recevra le 18 octobre en audience le Président de la Corée du Sud, le catholique Moon Jae-In, qui fera une étape au Vatican au cours de son voyage en Europe. Ainsi que l’a indiqué le porte-parole de la Présidence de la République de Corée, le Président Moon portera au Pape François un message du responsable nord-coréen, Kim Jong-un. Au cours du troisième sommet nord-sud de septembre dernier, Kim Jong-un a invité le Souverain Pontife à visiter Pyongyang, se déclarant « prêt à l’accueillir chaleureusement ».
Le Président Moon, qui se dépense sans compter pour la cause de la paix et de la réconciliation dans la péninsule coréenne, demandera en outre au Pape « sa bénédiction et son soutien en faveur de la paix et de la stabilité de la péninsule coréenne » a indiqué le porte-parole.
Le 17 octobre, en outre, le Cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État de Sa Sainteté, célébrera en la Basilique Saint-Pierre une messe pour la paix spéciale en faveur de la péninsule coréenne, à laquelle participera le Président sud-coréen.
Mgr Lazare You Heung-sik, présent au Vatican en tant que délégué au Synode sur les jeunes, fait état de sa satisfaction et de ses souhaits. « Nous nous trouvons dans une ère nouvelle, où le processus de rapprochement et de réconciliation entre Corée du Nord et Corée du Sud avance à grands pas, ce pour quoi nous rendons grâce à Dieu. Le Pape a cité neuf fois la Corée au cours de cette dernière année, montrant toute sa proximité et sa sollicitude envers le peuple coréen et soutenant de tout cœur la paix ». « Maintenant, conclut-il, le Saint-Siège, selon sa mission universelle, continue à offrir sa contribution en vue de la pacification de la péninsule. En Corée, les fidèles sont très heureux et pleins d’espérance pour ces nouveaux développements. Faisons confiance à Dieu et dans les signes qu’Il nous donnera ».

Pour aider les chrétiens d’Alep : achetez des chapelets !
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Aide à l’Église en détresse (AED) vous propose d’aider concrètement les chrétiens de Syrie en achetant des chapelets confectionnés par des familles chrétiennes d’Alep. Le prix est très modique, 5 €, et votre petit effort fera beaucoup de bien !

« La prière et la foi me donnent la force d’avancer », confiait une chrétienne de Syrie à l’AED. Pour survivre à la guerre, à la faim, au manque de soins… des familles chrétiennes d’Alep se mobilisent quotidiennement et confectionnent ces jolis chapelets. Une invitation à prier, en ce mois d’octobre qui est celui du Rosaire, pour les chrétiens qui souffrent de la guerre et des persécutions. Chapelet de Syrie, 5 €.

Pour commander, c’est ici !

Viganò : nouvelle déclaration, nouvelles révélations
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Dans un nouveau texte d’un peu plus de 1 300 mots, rendu public hier 27 septembre mais postdaté du 29 « Fête de saint Michel Archange », l’archevêque Carlo Maria Viganò répond au silence – relatif… – du pape François sur son premier Témoignage et apporte, au moins, une nouvelle révélation : c’est le cardinal canadien Marc Ouellet, préfet de la Congrégation pour les évêques, qui lui a révélé à Rome, sans doute en avril 2016, les « sanctions du pape Benoît XVI à l’encontre de McCarrick »

Nos amis de Campagne Québec-Vie ont traduit hier en français ce nouveau document. En voici le texte.

*

Archevêque titulaire d’Ulpiana
Nonce apostolique

Scio Cui credidi
(2 Tim 1:12)

Avant de commencer à écrire, je voudrais tout d’abord rendre grâce et gloire à Dieu le Père pour chaque situation et épreuve qu’Il a préparée et qu’Il me préparera durant ma vie. En tant que prêtre et évêque de la sainte Église, épouse du Christ, je suis appelé comme tout baptisé à rendre témoignage à la vérité. Par le don de l’Esprit qui me garde dans la joie sur le chemin que je suis appelé à parcourir, je compte le faire jusqu’à la fin de mes jours. Notre seul Seigneur m’a aussi adressé l’invitation : « Suis-moi ! » et j’ai l’intention de le suivre avec l’aide de sa grâce jusqu’à la fin de mes jours.

Je veux chanter à Yahvé tant que je vis,
je veux jouer pour mon Dieu tant que je dure.
Puisse mon langage lui plaire,
moi, j’ai ma joie en Yahvé !
(Psaume 103 :33-34) [ou 104 :33-34]

Cela fait un mois que j’ai donné mon témoignage, uniquement pour le bien de l’Église, sur ce qui s’est passé lors de l’audience avec le Pape François le 23 juin 2013 et sur certains sujets qu’il m’a été donné de savoir dans les missions que l’on m’avait confiées au Secrétariat d’État et à Washington, concernant ceux coupables de couvrir les crimes commis par l’archevêque de cette capitale.

Ma décision de révéler ces graves faits a été pour moi la décision la plus douloureuse et la plus importante que j’aie jamais prise de ma vie. Je l’ai fait après longue réflexion et prières, pendant des mois de souffrance profonde et d’angoisse, pendant un crescendo de nouvelles continuelles d’événements terribles, comprenant des milliers de victimes innocentes détruites et les vocations et les vies de jeunes prêtres et religieux perturbées. Le silence des pasteurs qui auraient pu apporter un remède et empêcher de nouvelles victimes est devenu de plus en plus indéfendable, un crime dévastateur pour l’Église. Bien conscient des conséquences énormes que mon témoignage pouvait avoir, car ce que j’allais révéler impliquait le successeur de Pierre lui-même, j’ai néanmoins choisi de parler pour protéger l’Église, et je déclare en toute conscience devant Dieu que mon témoignage est vrai. Le Christ est mort pour l’Église, et Pierre, Servus servorum Dei [Serviteur des serviteurs de Dieu], est le premier appelé à servir l’épouse du Christ.

Assurément, certains des faits que je devais révéler étaient couverts par le secret pontifical que j’avais promis d’observer et que j’ai fidèlement observé depuis le début de mon service au Saint-Siège. Mais le but de tout secret, y compris le secret pontifical, est de protéger l’Église de ses ennemis, et non de couvrir et de devenir complice des crimes commis par certains de ses membres. J’ai été témoin, non par choix, de faits choquants et, comme l’affirme le Catéchisme de l’Église catholique (par. 2491), le sceau du secret n’est pas contraignant lorsque des dommages très graves ne peuvent être évités que par la divulgation de la vérité. Seul le sceau de la confession aurait pu justifier mon silence.

Ni le Pape, ni aucun des cardinaux de Rome n’ont nié les faits que j’ai affirmés dans mon témoignage. « Qui tacet consentit » [Qui ne dit mot consent] s’applique sûrement ici, car s’ils nient mon témoignage, ils n’ont qu’à se prononcer et à fournir des documents à l’appui de cette dénégation. Comment peut-on éviter de conclure que la raison pour laquelle ils ne fournissent pas la documentation est qu’ils savent que cela confirmerait mon témoignage ?

Le centre de mon témoignage était que depuis du moins le 23 juin 2013, le Pape savait par moi à quel point McCarrick était pervers et mauvais dans ses intentions et ses actes, et au lieu de prendre les mesures que tout bon pasteur aurait prises, le Pape a fait de McCarrick un de ses principaux agents dans le gouvernement de l’Église, par rapport aux États-Unis, la Curie, et même la Chine, comme nous le voyons en ces jours avec une grande préoccupation et une grande anxiété pour cette église martyre.

Maintenant, la réponse du Pape à mon témoignage a été : « Je ne dirai pas un mot ! » Mais ensuite, se contredisant lui-même, il a comparé son silence à celui de Jésus à Nazareth puis devant Pilate, et m’a comparé au grand accusateur, Satan, qui sème le scandale et la division dans l’Église — sans toutefois prononcer mon nom. S’il l’avait dit : «Viganò a menti», il aurait mis en question ma crédibilité tout en essayant d’affirmer la sienne. Ce faisant, sa réponse aurait eu pour résultat d’intensifier les demandes du peuple de Dieu et du monde concernant la documentation nécessaire pour déterminer qui a dit la vérité. Au lieu de cela, il a mis en place une subtile calomnie contre moi — la calomnie étant un offense dont il a souvent comparé la gravité à celle du meurtre.

En effet, il l’a fait à plusieurs reprises, dans le cadre de la célébration du Très Saint Sacrement, l’Eucharistie, où il ne court aucun risque d’être interpellé par des journalistes. Lorsqu’il s’est adressé aux journalistes, il leur a invité à exercer leur maturité professionnelle et à tirer leurs propres conclusions. Mais comment les journalistes peuvent-ils découvrir et connaître la vérité si les personnes directement concernées par une affaire refusent de répondre aux questions ou de divulguer des documents ? Le refus du Pape de répondre à mes accusations et sa surdité à l’appel des fidèles à se justifier, ne sont guère compatibles avec ses appels à la transparence et à la construction de ponts.

De plus, la protection du Pape envers McCarrick n’était manifestement pas une erreur isolée. De nombreux autres cas ont récemment été documentés dans la presse, montrant que le Pape François a défendu des ecclésiastiques homosexuels qui avaient commis de graves abus sexuels à l’encontre de mineurs ou d’adultes. Il s’agit notamment de son rôle dans l’affaire du P. Julio Grassi de Buenos Aires, de la réhabilitation du P. Mauro Inzoli après que le Pape Benoît l’eut retiré de son ministère (jusqu’à ce qu’il aille en prison, moment à partir duquel le Pape François le laïcisa) et de la suspension de l’enquête sur les allégations d’abus sexuels contre le cardinal Cormac Murphy O’Connor.

Entre-temps, une délégation de l’USCCB [Conférence des évêques catholiques des États-Unis], dirigée par son président, le cardinal DiNardo, s’est rendue à Rome pour demander une enquête du Vatican sur McCarrick. Le cardinal DiNardo et les autres prélats devraient dire à l’Église en Amérique et dans le monde : le Pape a-t-il refusé de mener une enquête vaticane sur les crimes de McCarrick et sur les responsables de leur dissimulation ? Les fidèles méritent de savoir.

Je voudrais lancer un appel spécial au cardinal Ouellet, car en tant que nonce, j’ai toujours travaillé en grande harmonie avec lui, et j’ai toujours eu une grande estime et amitié pour lui. Il se souviendra quand, à la fin de ma mission à Washington, il m’a reçu dans son appartement à Rome le soir pour une longue conversation. Au début du pontificat du pape François, il avait conservé sa dignité, comme il l’avait fait avec courage lorsqu’il était archevêque de Québec. Plus tard, cependant, quand son travail de préfet de la Congrégation pour les évêques a été miné parce que les recommandations pour les nominations épiscopales ont été transmises directement au Pape François par deux « amis » homosexuels de son dicastère, contournant ainsi le cardinal, il a abandonné. Son long article dans L’Osservatore Romano, dans lequel il se prononce en faveur des aspects les plus controversés d’Amoris Lætitia, incarne sa reddition. Votre Éminence, avant mon départ pour Washington, c’est vous qui m’avez parlé des sanctions du pape Benoît XVI à l’encontre de McCarrick. Vous avez à votre disposition des documents clés incriminant McCarrick et plusieurs membres de la curie pour leurs dissimulations. Votre Éminence, je vous invite à porter témoignage à la vérité.

*

Enfin, je veux vous encourager, chers fidèles, mes frères et sœurs en Christ : ne soyez jamais découragés ! Faites vôtre l’acte de foi et de confiance totale en Jésus-Christ, notre Sauveur, de saint Paul dans sa deuxième Lettre à Timothée, Scio Cui credidi, que j’ai choisis comme devise épiscopale. C’est un temps de repentance, de conversion, de prières, de grâce, pour préparer l’Église, l’épouse de l’Agneau, à être prête pour combattre et à gagner avec Marie le combat contre l’antique dragon.

«Scio Cui credidi » (2 Tim 1 :12)
[je sais en qui j’ai mis ma foi]
En Vous, Jésus, mon seul Seigneur, je place toute ma confiance.
« Diligentibus Deum omnia cooperantur in bonum » (Rom 8:28)

 

 

Pour commémorer mon ordination épiscopale conférée par saint Jean Paul II le 26 avril 1992, j’ai choisi cette image tirée d’une mosaïque de la basilique Saint-Marc à Venise. elle représente le miracle de l’apaisement de la tempête. J’ai été frappé par le fait que dans la barque de Pierre, secouée par les eaux, la figure de Jésus est représentée deux fois. Jésus dort profondément à l’avant, tandis que Pierre essaie de le réveiller : « Maître, tu ne te soucies pas de ce que nous périssons ? » Pendant ce temps, les apôtres, terrifiés, regardent chacun dans une direction différente et ne se rendent pas compte que Jésus se tient derrière eux, les bénit et commande sûrement la barque : « S’étant réveillé, il menaça le vent et dit à la mer : “Silence! Tais-toi !” Et le vent tomba et il se fit un grand calme. Puis il leur dit : “Pourquoi avez-vous peur ainsi ? N’avez-vous pas encore de foi ?” » (Mc 4, 38-40).

La scène dépeint opportunément l’immense tempête que traverse l’Église en ce moment, mais avec une différence substantielle : non seulement le successeur de Pierre ne voit pas le Seigneur en pleine possession de la barque, mais il ne semble même pas envisager de réveiller Jésus endormi à l’avant.

Peut-être le Christ est-il devenu invisible à son vicaire ? Peut-être est-il tenté d’essayer de se substituer à notre seul Maître et Seigneur ?

Le Seigneur est maître de la barque !

Que le Christ, la Vérité, soit toujours la lumière sur notre chemin !

+ Carlo Maria Viganò
Archevêque titulaire d’Ulpiana
Nonce apostolique

Remarques d’intérêt sur l’accord entre le Vatican et la Chine
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Églises d’Asie, l’agence d’information des Missions étrangères de Paris (MEP), a mis en ligne aujourd’hui une analyse fine et percutante du Père Jean Charbonnier, prêtre des MEP et spécialiste incontesté de la Chine. Nous n’en publions que des extraits mais nous invitons nos lecteurs à lire avec attention cette analyse sur Églises d’Asie.

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Une première remarque s’impose sur les modalités de l’accord. Il a été signé à Pékin. À tout seigneur, tout honneur. Le représentant du pouvoir chinois relève du ministère des Affaires étrangères, qui peut traditionnellement se montrer plus libéral au moment même où la politique intérieure renforce sa discipline. L’accord n’implique en aucune façon un changement dans l’application brutale de la nouvelle loi sur les religions en vigueur depuis février dernier. Le gouvernement chinois peut même faire valoir son accord officiel avec Rome pour forcer tous les catholiques à entrer dans le cadre « patriotique » de la politique officielle du Parti […]

1. Les sept évêques illicites nommés sans l’accord de Rome, y compris trois d’entre eux excommuniés, sont réconciliés avec le Saint-Siège après avoir officiellement demandé pardon.
C’est une victoire pour le gouvernement chinois. C’est un réconfort pour les évêques concernés. C’est un affaiblissement de l’autorité romaine pour les catholiques clandestins qui ne comprennent pas ce revirement du Saint-Siège. Du point de vue de la psychologie chinoise, c’est une perte de la face intolérable et la crainte de sanctions accrues. Si l’on peut comparer le dialogue Vatican-Pékin à un match de football, l’équipe des blancs du pape laisse les rouges de Pékin tirer le premier coup dans le ballon et les laisse même marquer leur premier but.

2. Le pape accepte le processus « démocratique » chinois pour l’élection des évêques. Les prêtres, religieux et laïcs de l’Association patriotique du diocèse participent à l’élection. Leur candidat est alors présenté à la Conférence épiscopale chinoise. L’accord stipule que le candidat élu doit être présenté au Saint-Siège pour une approbation finale du pape. Le pape pourra alors exercer un droit de veto si le candidat ne convient pas. C’est une victoire pour le pape si cette disposition est confirmée dans la pratique. Elle est pourtant démentie dans l’immédiat puisque le Saint-Siège doit reconnaître sept évêques nommés sans son accord et même, pour certains, malgré son refus explicite. Cette contradiction interne en dit long sur la portée réelle de l’accord. L’effet du premier but marqué par la Chine affaiblit considérablement la défense blanche. Il est vrai qu’aux yeux de l’Église, il ne s’agit pas d’un combat mais d’un acte amical et respectueux […]

Ce qui nous est révélé de l’accord n’est que la partie visible de l’iceberg. Qu’y a-t-il sous l’eau ? Dans la logique des mesures déclarées, on peut conclure que le Saint-Siège reconnaît la légalité de la Conférence épiscopale chinoise puisqu’il devra prendre en compte les candidats à l’épiscopat qu’elle lui présentera. Faut-il en conclure que la trentaine des évêques clandestins sera invitée à rejoindre cette conférence, qui est en fait toujours dominée par l’Association patriotique des catholiques chinois ? Leur droit de refuser est-il reconnu par l’Église ? Dans le cas contraire, le risque serait que les clandestins deviennent doublement clandestins, à la fois vis-à-vis de l’État et de l’Église. Il y aurait un risque de schisme de la part des catholiques les plus fidèles à l’Église. L’accord contient-il une clause précisant le rôle de l’Association patriotique des catholiques ? Est-ce une participation positive des laïcs à la gestion pratique des diocèses et des églises ? L’autorité de l’évêque en matière religieuse est-elle respectée ? […]

Reste une question capitale qui fait sans doute partie de l’accord. Le gouvernement chinois a répété inlassablement qu’un accord avec Rome n’était possible que si le Vatican rompait d’abord ses relations diplomatiques avec Taïwan. Des représentants du Vatican ont souvent laissé entendre que le Saint-Siège ne ferait aucune difficulté pour transférer sa représentation de Taipei à Pékin. Pour le Saint-Siège, une rupture avec Taipei n’est concevable que si le gouvernement de la République populaire fait une demande de reprise des relations diplomatiques, qu’il a rompues en 1952 en renvoyant comme un malpropre le nonce apostolique Mgr Riberi. Les relations diplomatiques avaient été établies avec la Chine en 1942 et le nonce résidait à Nankin, alors capitale de la Chine sous le gouvernement nationaliste du Guomindang. Mgr Riberi resta à Nankin sous le nouveau gouvernement populaire et ne suivit pas Tchiang Kaishek à Taïwan, attendant les dispositions du nouveau gouvernement. Le nouveau gouvernement le chassa honteusement à Hong-Kong en 1952 en le qualifiant de représentant de l’impérialisme du Vatican. Cinquante ans plus tard, en l’an 2000, le Vatican était encore sévèrement insulté pour avoir canonisé 120 martyrs de Chine dont certains, semble-t-il, avaient fait le jeu de l’impérialisme français.
La mémoire des humiliations subies par la Chine jusqu’au Traité de Versailles en 1919 demeure toujours bien présente chez les dirigeants chinois. Le gouvernement chinois actuel n’est sûrement pas demandeur de relations diplomatiques avec le Vatican même si, réflexion faite, cela pourrait être dans son intérêt. La Chine populaire pourrait se contenter de ne pas exiger du Vatican la rupture avec Taipei. Le libre jeu de l’Église à Taïwan assure un lien concret avec les catholiques du continent et favorise l’union entre l’île et la mère patrie. Le service culturel et social des catholiques à Taïwan témoigne de l’amour et du respect de l’Église pour le peuple chinois. Depuis le concile Vatican II il y a 60 ans, l’Église à Taïwan a travaillé efficacement à siniser l’Église en produisant une expression de la foi dans la langue et la culture chinoise. En l’absence de relations diplomatiques avec Pékin, Taïwan demeure le seul territoire chinois où l’Église peut témoigner pleinement de son amour pour le peuple chinois. Rompre avec Taïwan serait suicidaire pour l’Église en Chine […]

Nouveau grand-maître pour l’Ordre du Saint-Sépulcre ?
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C’est une rumeur persistante à Rome – et aux États-Unis – que l’actuel grand maître de l’Ordre équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem, le cardinal Edwin Frederick O’Brien, pourrait remettre tout prochainement sa démission – autrement dit, on la lui aurait demandée… (elle pourrait être effective avant le 5 octobre). Est-ce un effet “collatéral” des révélations de l’archevêque Vigano ? Ce dernier, en effet, nomme le cardinal dans son Témoignage diffusé le 25 août dernier… Plus curieux, cette première rumeur s’accompagne d’une seconde qui laisse entendre que le successeur du cardinal O’Brien pourrait bien être le cardinal Timothy Dolan, l’actuel archevêque du diocèse de New York, qui semble être dans les grâces du pape François. Ce serait le troisième grand maître états-unien consécutif de l’Ordre puisque le cardinal John Patrick Foley, prédécesseur du cardinal O’Brien, le fut de 2007 jusqu’à son décès en 2011. Comme il semble peu probable que le cardinal Dolan demande à être relevé de sa charge épiscopale de New York – il n’a que 68 ans –, on peut s’interroger de savoir si les deux charges sont compatibles. L’avenir nous le dira…

Cléricalisme ? Un prêtre diocésain s’exprime…
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Un lecteur nous a fait parvenir le texte de l’homélie donnée tout récemment par un prêtre diocésain français. En voici un large extrait dont nous estimons qu’il éclairera notre réflexion, notamment sur cette réduction abusive et dangereuse de la crise des abus sexuels au cléricalisme .

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[…] Je ferai deux remarques en rapport avec la situation actuelle de l’Église et de l’actualité religieuse récente.

D’abord, on peut se demander si nombre de catholiques ont encore la Foi théologale, celle qui consiste à recevoir de tout cœur l’enseignement de l’Évangile authentiquement interprété par le Magistère et transmis par la Tradition ? Ne sont-ils pas dans leur majorité, dans l’attitude des scribes en refusant dans l’Évangile ce qui dérange la mentalité moderne et en s’érigeant comme juge du dépôt sacré de la foi afin de l’adapter aux nécessités pastorales de notre époque, non pas que celles-ci doivent être négligées, bien sûr, mais en ce sens qu’elles deviennent la nouvelle clef d’interprétation de l’Évangile, de telle sorte que les normes objectives de la morale traditionnelle en viennent à être réinterprétées à la lumière de la subjectivité individuelle qui devient le critère ultime ? Si tout baptisé reçoit les lumières de l’Esprit Saint pour éclairer sa conscience, le charisme de vérité pour approfondir et préciser le Magistère n’a été confié par le Christ qu’à saint Pierre et aussi dans une certaine mesure aux Apôtres unis au Vicaire du Christ, pouvoir transmis à leurs successeurs.

Ce qui m’amène à la deuxième question. La violente campagne actuellement organisée par le journal La Croix pour dénoncer le cléricalisme dans l’Église, ne relève-t-elle pas de la même attitude que celle des scribes qui dénigrent toute autorité au Christ et déclare blasphématoire sa revendication ? En effet, il ne faut pas oublier que lorsque le Christ transmet ses pouvoirs, il le fait à ses apôtres et non pas à tous ses disciples et que le Sacrement de l’Ordre confère non seulement un pouvoir de sanctification et d’enseignement mais aussi de gouvernement dans l’Église (étant sauf, bien sûr, le pouvoir de juridiction relevant de l’autorité compétente), et n’en déplaise à certains, ceci n’est pas une conséquence du césaropapisme qui aurait dénaturé l’Église à partir du IVe siècle mais une organisation de droit divin de l’Église car telle qu’établie par la volonté du Christ. L’autorité dans l’Église catholique, de droit divin, est lié de façon ordinaire au Sacrement de l’Ordre, n’oubliant pas toutefois, que toute autorité dans l’Église est avant tout un service et non pas une position de domination et que ce pouvoir de sanctification et d’enseignement conféré par le Sacrement de l’Ordre est avant tout destiné aux clercs eux-mêmes qui ont un grand besoin de se sanctifier et de se convertir.

Ce qui est à craindre dans la campagne actuelle de dénonciation du cléricalisme comme cause de tous les maux qui salissent l’Église, est qu’en voulant lutter contre les excès d’autoritarisme, le désir et l’objectif, avoués ou non, sont de désacraliser, horizontaliser, protestantiser le Sacrement de l’Ordre et donc, ne nous y trompons pas, de déstabiliser et de fragiliser encore davantage l’Église, dont le Sacrement de l’Ordre constitue la colonne vertébrale. En effet, si par son Baptême tout baptisé est revêtu du Christ, le Sacrement de l’Ordre donne au prêtre la possibilité d’agir in persona Christi. Si dans l’optique protestante, le pasteur n’est qu’un super laïc, à l’origine, pour fonder son Église, Jésus-Christ institua d’abord ses Apôtres en leur donnant pouvoir de prêcher, de baptiser et d’organiser son Église. Dans la doctrine catholique traditionnelle, le Baptême est un fruit du ministère sacerdotal, et non pas l’inverse.

En fait, l’autoritarisme est un désordre qui, dans une optique chrétienne, relève du péché personnel, qui peut toucher tout homme, clerc aussi bien que laïc, et non pas la conséquence d’une pseudo structure de péché qu’il faudrait détruire, selon une analyse marxisante. La lutte contre ce mal ne consiste pas à transférer des pouvoirs (ce qui serait d’autant plus illusoire et destructeur que l’organisation hiérarchique de l’Église est de droit divin) mais de sanctifier les clercs et les laïcs. C’est la seule voie de sortie de la crise car c’est celle que l’Église a toujours pratiquée depuis 2 000 ans et qui fut la seule à porter des fruits de conversion.

Il faut relancer et intensifier le mouvement de sanctification du clergé, comme l’avait fait Saint Jean-Paul II pour contrer la crise d’identité du prêtre des Années 60-70 qui dans le contexte de relâchement moral général de la société de l’époque, fût véritablement la cause principale du glissement moral du clergé actuellement dénoncé. Ce mouvement de sanctification du clergé, qui culmina avec le préfet de la Congrégation du clergé Mgr Mauro Piacenza, a justement permis à la crise des abus et crimes sexuels commis par le clergé de connaître son point culminant au début des années 80 et d’amorcer depuis une décrue importante et continuelle dans les pays touchés par ce fléau. C’est dans le renforcement de l’identité du prêtre, et non pas dans sa dilution, et donc dans la recléricalisation de l’Église que celle-ci est sorti des marécages des dérèglement moraux. Il est à craindre que sous prétexte de lutter contre le cléricalisme, en fin de compte on en vienne à relancer la grave crise du clergé dans années 60-70 à l’origine de son terrible effondrement moral.

En fait, pour conclure, je dirais que dans ce grand débat au sujet de la lutte contre le cléricalisme, nous Français, nous avons un grand avantage sur les autres nations, car nous savons, tout au moins ceux qui connaissent l’histoire de France le savent, d’où vient l’expression «  le cléricalisme, voilà l’ennemi ! » : nous savons qu’elle vient des ennemis mêmes de l’Église, et que ceux qui l’utilisent n’en sont rien d’autres que les idiots utiles, qui malheureusement contribuent, non pas au relèvement de l’Église mais  à son délabrement. Plus précisément, une petite étude dans les médias permet de se rendre compte que cette idée de lutter contre le cléricalisme vient des milieux libéraux états-uniens liés aux lobbys gays afin justement de trouver un bouc émissaire que l’on est content d’anéantir et qui détourne l’attention de l’opinion publique de la véritable cause de la crise morale de l’Église que sont le relâchement des lois et des mœurs dans la société et dans l’Église […]

Accord avec la Chine communiste : soumission du Saint-Siège ?
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Soumission ? C’est le terme employé par Sandro Magister dans son premier commentaire sur l’accord (provisoire) signé entre le Saint-Siège et la Chine communiste. Communiste ! Et le secrétaire d’État, le cardinal Pietro Parolin, ne craint pas de se féliciter d’avoir signer cet accord avec « les autorités civiles légitimes » du pays… On attendait « légales » ou « de fait », mais « légitimes » pour une dictature communiste qui persécute comme jamais les chrétiens, cela ne passe pas… Si ces autorités sont désormais « légitimes », plus rien ne s’oppose à l’échange d’ambassadeurs et tant pis pour la République de Chine.

La seule chose que l’on sait officiellement sur l’accord signé aujourd’hui 22 septembre à Pékin entre le Saint-Siège et la Chine, c’est qu’il « traite de la nomination des évêques », qu’il est « provisoire » et qu’il « prévoit des évaluations périodiques de sa mise en œuvre ».

Pas un mot de plus sur son contenu.

Les signataires de cet accord sont, du côté du Saint-Siège, Antoine Camilleri, le sous-secrétaire pour les relations avec les États, et du côté de la Chine le vice-ministre des affaires étrangères Wang Chao.

Le cardinal Pietro Parolin, le secrétaire d’état du Vatican, a ensuite ajouté dans une déclaration que pour le Saint-Siège, l’accord a « un objectif pastoral » et répond au besoin d’avoir des pasteurs « qui soient reconnus par le successeur de Pierre et par les autorités civiles légitimes de leur pays ».

Ce qu’on n’a pas dit, c’est que le choix des pasteurs incombera en premier lieu aux autorités chinoises avec un fragile droit de veto concédé au pape sur les candidats qui lui déplairaient.

En ce sens, on peut à juste titre qualifier cet accord d’« historique » puisqu’il signe une spectaculaire marche arrière sur le chemin que l’Église catholique a parcouru à travers des siècles d’histoire afin de s’affranchir de la soumission aux pouvoir politiques, en particulier en ce qui concerne l’« investiture » de ses pasteurs.

Et pour commencer, François a mis en pratique cet accord dès le jour de sa signature en levant l’excommunication qui pesait sur sept évêques « officiels » mis en place par le régime et qui n’avaient jusqu’à hier jamais été reconnus par le Saint-Siège.

Ou mieux, pas sept mais bien huit puisque François a également levé l’excommunication d’un autre évêque « décédé le 4 janvier 2017 qui avait, peu avant de mourir, exprimé le désir d’être réconcilié avec le siège apostolique. »

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L’intervention vidéo du cardinal Paroli. Le mot « légitimes » s’entend nettement à 1’41”. Le secrétaire d’État s’y prend d’ailleurs à deux fois pour le prononcer, sans doute troublé par l’incongruité qu’il profère… Mais le ton monocorde de son intervention, son absence de joie et d’enthousiasme en disent plus qu’un long discours…

 

Sources : Settimo Cielo (L’Espresso), 22 septembre ; Diakonos, 22 septembre, pour la traduction en français (légèrement modifiées par nos soins)

Henry Sire : Viganò craint vraiment pour sa vie
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L’abbé John Zuhlsdorf, qui anime le blogue de grand intérêt WDTPS, a reproduit le 18 septembre dernier un tweet inquiétant, du même jour, de Henry Sire, l’auteur du Pape dictateur. En voici la traduction :

1. INFORMATION IMPORTANTE : mes sources me confirment que l’archevêque Viganò craint désormais pour sa vie, littéralement. Comme chacun le sait, l’archevêque Viganò se cache après ses révélations explosives. Mais ce n’est pas seulement pour se soustraire à des représailles canoniques…

2. Il a confié à ses amis qu’il avait de bonnes raisons de craindre pour sa vie. Nous devons réfléchir à ce que cela implique. Si, voici six ans, Dan Brown avait publié un roman racontant la même histoire exactement comme elle est, il se serait ridiculisé en présentant…

3. … une image de l’Église catholique, grotesquement sensationnaliste. Mais c’est le résultat auquel est parvenu le pape François en seulement cinq ans et demi. Il a ramené l’Église à l’époque des Borgias avec [en plus] tous les enlaidissements du XXIe siècle.

4. Et les choses vont aller en empirant.

CLARIFICATION : en ce qui concerne mes tweets précédents, je peux tout à fait confirmer, sur la foi de sources internes irréprochables que non seulement l’archevêque Viganò se cache mais qu’il craint pour sa vie. Toutefois, j’ignore les raisons de son anxiété pour ce qui est de sa sécurité.

Henry Sire.

 

L’archevêque Chaput critique l’Instrumentum laboris du synode sur la jeunesse
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La XVe assemblée générale du synode des évêques sera consacré au thème : Les jeunes, la foi et le discernement des vocations. Il se tiendra à Rome du 3 au 28 octobre. Des voix se sont déjà élevées pour dénoncer le “verrouillage” par le haut de ce synode, tandis que Mgr Charles Chaput, archevêque de Philadelphie (Pennsylvanie) en avait publiquement demandé, fin août, le report, estimant, non sans raison, que dans la crise actuelle les évêques avaient perdu toute crédibilité. L’archevêque Chaput a franchi un pas de plus en critiquant vivement l’Instrumentum laboris (instrument ou document de travail) diffusé par la secrétairerie générale du synode des évêques. Il s’appuie sur une analyse reçue d’un « théologien respecté d’Amérique du Nord », et qu’il a fait paraître aujourd’hui dans First Things. Il y perçoit de graves problèmes théologiques et, notamment, la reprise de trois hérésies majeures : la naturalisme, le luthéranisme et le relativisme. Le texte étant très long, nous n’avons pu l’étudier en détail. Nous invitons nos lecteurs anglicistes à en prendre connaissance ici. Nous y reviendrons sans doute ultérieurement.

Deux nouveaux évêques chiliens démissionnent
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Le pape François a accepté aujourd’hui la renonciation de deux nouveaux évêques chiliens pris dans la tourmente de la dissimulation d’abus sexuels dans leurs diocèses.

Il s’agit de Mgr Carlos Eduardo Pellegrín Barrera, S.V.D., évêque du diocèse de San Bartolomé de Chillán, et de Mgr Cristián Enrique Contreras Molina, O. de M., évêque du diocèse de San Felipe.

Le pape a nommé deux administrateurs apostoliques sede vacante et ad nutum Sanctae Sedis.

Source : Bollettino (Sala Stampa della Santa Sede), 21 septembre

La dernière (à ce jour…) du cardinal Cupich…
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Dans son entretien à la chaîne de télévision NBC 5 Chicago, le 28 août dernier, le cardinal Blase Cupich, archevêque de Chicago, s’était permis des déclarations incroyables – nous l’avions signalé ici et . Faute de temps, nous n’avions pu souligner toutes les bizarreries entendues dans cet entretien. En voici une autre qui vaut son pesant de cacahuètes. Interrogé sur ce qu’il pensait de ceux osaient critiquer le pape François, le cardinal répondit :

« Franchement, ils ne l’aiment pas parce qu’il est Latino »…

Cette plaisanterie a évidemment excité la verve de blogueurs. L’un d’entre eux a mis en ligne cette drôlerie :

Traduction : « Ils haïssent François parce qu’il est Latino. Et il me haïssent parce que je suis Noir »

Source : The Catholic Word Report, 28 août

Bono rencontre le pape…
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Bono, le chanteur du groupe U2, a été reçu en audience privée par le pape François hier, mercredi 19 septembre. Quel intérêt qu’une telle information, pourriez-vous demander… Il y en un et pas des moindres. La star a abordé devant le pape le scandale des abus sexuels du clergé irlandais – Bono est né à Dublin en 1960 –, et a dit avoir pu constater « la douleur » sur son visage : « J’ai eu le sentiment qu’il était sincère et je pense que c’est un homme extraordinaire pour une époque extraordinaire ». Exercice de com réussi donc pour le pape. Sauf qu’un autre sujet de discussion ne semble par avoir été abordé lors de cette audience : celui de l’avortement en Irlande et du rejet par référendum de la clause de la Constitution du pays qui protégeait l’enfant à naître. Or Bono et son groupe ont publiquement et véhémentement soutenu l’abrogation et promu l’inexistant droit à l’avortement. Bono a de la compassion pour les victimes des abus sexuels – ce qu’on portera à son crédit – mais aucune pour les enfants avortés… Personne n’osera prétendre que le pape François est favorable à l’avortement, mais personne ne pourra nous empêcher de nous interroger sur l’opportunité pour le Souverain Pontife de recevoir sans sourciller une célébrité qui se trouve être aussi un ardent promoteur de la culture de mort. À supposer que le pape François eût osé aborder devant son hôte le respect absolu que l’on doit à la vie à naître, il est assuré que Bono l’aurait trouvé moins « extraordinaire ». Partant, l’exercice de com aurait été moins réussi, mais la doctrine catholique réaffirmée par celui qui en est le premier garant. Dommage.

Petites Sœurs de Marie Mère du Rédempteur : bientôt la fin ?
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Pour les Petites Sœurs de Marie Mère du Rédempteur, le dénouement approche. Tout laisse penser qu’il sera tragique. Depuis l’origine de l’affaire, nous avons tenu informés nos lecteurs de l’acharnement contre elles de l’évêque de Laval, Mgr Scherrer, puis de l’archevêque de Toulouse, Mgr Le Gal, qui ont appelé à leur aide la Congrégation pour les Religieux du cardinal Braz de Aviz (suspension du Conseil de la Congrégation, exil de la supérieure générale et de la maîtresse des novices, visite canonique par des commissaires apostoliques hostiles).

Des religieuses trop classiques, trop « rigides », comme on qualifie aujourd’hui à Rome tous ceux que l’on veut éliminer. Trop florissantes aussi. Notre confrère Golias, fort mal pensant mais souvent fort bien renseigné, explique qu’on veut faire « main basse sur de l’argent frais » (quatre EHPAD fort bien tenus, deux dans le diocèse de Laval, deux dans le diocèse de Toulouse), et ce par tous les moyens (Golias Hedo, 23 août 2018).

Au cœur de la « résistance » est la maison de Castelnau-d’Estrétefonds (au nord de Toulouse, en Haute-Garonne), dirigée par la sœur Marie-Liesse Laplace, jeune religieuse d’envergure et de grande personnalité. C’est donc contre cette maison que l’archevêque de Toulouse vient de prendre une mesure annonçant la fin : il a lancé une sorte d’interdit sur les religieuses « désobéissantes », en rappelant leur aumônier, de sorte que religieuses et personnes accueillies sont privées de messe et que la chapelle de la maison est désormais fermée.

Les ultimes sanctions vont bientôt tomber : sauf si les autorités romaines et épiscopales se ravisent in extremis. Elles pourraient consister en la suppression de la congrégation prononcée par le cardinal Braz de Aviz à la demande de Mgr Scherrer. Mesure qui, si elle est prise, “passera” très mal, car partout ces religieuses sont très aimées par le clergé et les populations. Que vont alors devenir la quarantaine de religieuses qui ne le seront plus ? Que va-t-on faire de leurs maisons de retraite, des personnes âgées qu’elles accueillent, du personnel qui y est employé ? On voit ainsi des diocèses exsangues s’amputer de leurs dernières forces vives, dans une sorte d’auto-anéantissement d’Églises moribondes.

Quand Tornielli convient de la véracité des éléments fournis par Mgr Viganò
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Ce n’est pas le calomnier ni l’injurier, que de dire qu’Andrea Tornielli est l’un des journalistes les plus proches du pape François… Dans un article du blogue Vatican Insider de La Stampa, publié le 10 septembre et écrit en collaboration avec Salvatore Cernuzio, on peut lire dès le deuxième paragraphe de cet article qui en comporte dix-sept, cette affirmation imprimée en gras : « il est évident que l’ancien nonce aux États-Unis a cité des dates et des documents en sa possession (ou qui sont passés sous ses yeux) qu’il n’y a aucune raison de mettre en doute ». Tornielli, bien sûr, s’empresse d’ajouter : « Mais il est désormais tout aussi évident – et cela est prouvé – que l’auteur du “communiqué” a été sélectif dans ses souvenirs ». On ne voit pas très bien la symétrie entre la véracité des éléments fournis dans le témoignage – c’est le mot employé l’archevêque Viganò – et l’imputation que tout n’y soit pas dit. Pour ce qui est d’être “sélectif”, Tornielli l’est aussi puisqu’il signale certes « des dates et des documents » du témoignage de Mgr Viganò, mais pas que ce témoignage comporte aussi beaucoup de noms… On pourrait aussi reprocher à Tornielli de commencer son second paragraphe par « L’affaire[en français dans le texte] Viganò, che ha portato alla luce… », car il n’y a pas d’affaire Viganò, mais une affaire McCarrick, une affaire de dissimulation de crimes et délits sexuels, une affaire d’évêques aux États-Unis, une affaire de la Curie romaine, etc. Mais baste… Apprécions, comme il se doit, que le journaliste ne remette pas en cause, comme d’autres, la véracité des dates et des documents signalés dans le texte de l’ancien nonce…

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