Curie

Scandale financier au Vatican : le jeu du cardinal Parolin
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Le scandale qui vient d’éclater au Vatican est très instructif : il montre que le « monde nouveau » à Rome, n’est guère plus « nouveau » que dans la France de Macron, et qu’il est peut-être même pire que l’ancien ; il renseigne aussi, indirectement, par la position en retrait du secrétaire d’État, sur les ambitions du cardinal Parolin.

La bombe atteste en effet l’échec des « réformes » que le pape François avait annoncées : on découvre que le Saint-Siège a investi de manière aventureuse 200 millions d’euros dans un immeuble au cœur du plus cher quartier de Londres. Voilà donc revenue l’utilisation facile de l’argent des « contribuables » (les fidèles qui donnent leur obole au Denier de Saint-Pierre), à quoi s’ajoute la sélection désastreuse des contrôleurs censés faire cesser de telles pratiques.

Le pape paye cher d’avoir laissé décapiter son Secrétariat pour l’Économie en la personne du très efficace et compétent cardinal George Pell, sans lever le petit doigt. Depuis, l’auditeur général des comptes, Libero Milone, a été débarqué l’an passé, du jour au lendemain, pour opérations suspectes. Et, le 1er octobre, a été lancée une descente de la Gendarmerie pontificale pour saisir ordinateurs et documents confidentiels dans les locaux de la section des Affaires générales de la Secrétairerie d’État et dans ceux de l’AIF (Autorité des Informations Financières) organisme indépendant chargé de la lutte contre le blanchiment d’argent. Par mesure de “précaution”, divers responsables ont désormais interdiction de pénétrer dans leurs bureaux, dont Mgr Mauro Carlino, chef du bureau d’Information et de documentation de l’organisme qui a son siège au palais apostolique, et Tommaso Di Ruzza, le directeur de l’AIF. En clair, non seulement les mauvaises pratiques continuent, mais on est en présence d’une énorme affaire de policiers (financiers) ripoux au cœur de l’administration du Saint-Siège.

Contrairement aux apparences, celui qui dirige la section pour les Affaires générale de la Secrétairerie d’État, le sulfureux prélat vénézuélien, Mgr Edgar Peña Parra, dont la réputation tinte comme une quincaillerie, n’est nullement visé par cette inspection. Désormais ce nouvel homme fort de la Secrétairerie d’État a, plus que le secrétaire d’État lui-même, le cardinal Parolin, l’oreille du Pontife. Il se dit pourtant qu’il aurait été de ceux qui auraient insisté sans succès auprès de Gian Franco Mammi, directeur de l’IOR, la banque du Vatican, pour mobiliser d’énormes emprunts dans l’espoir de récupérer le capital londonien en cours d’évaporation.

Il n’empêche que cette spectaculaire descente de police, décidée par le pape, est pour lui une opération politique à haut risque. Certes, elle permet aux thuriféraires des journaux “laïques”, comme on dit en Italie pour désigner La Repubblica et autres, d’affirmer que le pape Bergoglio ne recule devant rien pour assainir les aires corrompues de sa Curie. Mais, après six ans de pontificat “réformateur”, elle dévoile tout de même la misère des résultats : l’état actuel est pire que précédemment. En tout cas, les vieilles habitudes de gouvernement contractées dès Buenos Aires par le Saint-Père se montrent ici : manifester une autorité que d’aucuns qualifient de dictatoriale ; faire en sorte que tous les collaborateurs, quels qu’ils soient, vivent dans l’insécurité permanente et la crainte de voir à tout moment le sol se dérober sous leurs pieds.

En l’espèce, le plus haut d’entre eux, le secrétaire d’État, est aussi malmené. Certes, il n’est ici soupçonné en rien de pratiques financières troubles, dans la mesure où – haute prudence peut-être – il fait en sorte de ne s’occuper directement d’aucune affaire économique. Mais c’est seulement quelques heures avant la descente de police qu’il en a été informé par le pape.

Cette situation d’un certain rafraîchissement des relations avec François n’est sûrement pas pour lui déplaire. Homme étiqueté par son passé comme libéral, ses ambitions pour le prochain conclave l’obligent à se faire une image plus centriste (voir l’article de Daniel Hamiche, dans Res Novæ de mai 2019, « L’hypothèse Parolin »). Il serait même opportun pour lui de quitter son rôle de premier ministre du pape Bergoglio (et de faire oublier les désastreux accords chinois qu’il a signés et va désormais traîner comme un boulet). On dit qu’il chercherait à s’asseoir sur un grand siège italien, ce qui lui donnerait à son portrait une touche pastorale. Milan n’est pas disponible, mais Gênes le sera bientôt avec la démission du cardinal Bagnasco. À moins que le patriarche de Venise, Francesco Moraglia, toujours pas cardinal, ne soit transféré à Gênes, sa ville d’origine, chère à son cœur, ce qui permettrait à Pietro Parolin de devenir patriarche de Venise. Venise, d’où les cardinaux Roncalli et Luciani…

Réforme de la Curie : des révélations…
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Notre confrère L’Homme Nouveau vient de faire une sensationnelle divulgâchion (terme québécois qui signifie : divulguer ce qui va arriver, en gâchant le plaisir – en l’espèce celui des gardiens du secret pontifical qui voulaient nous faire une surprise) : il publie sur son blogue un article dévoilant le contenu – en son état actuel – du projet de réforme de la Curie.

La parution de la Constitution apostolique Prædicate Evangelium, « sur la Curie romaine et son service de l’Église dans le monde d’aujourd’hui » pourrait intervenir le 29 juin, sauf qu’« on est actuellement dans la phase de consultation des Conférences des évêques sur ce projet : on risque donc paradoxalement de voir promulgué un texte magnifiant la synodalité, élaboré et imposé par le centre romain ». Un procédé de despotisme éclairé en somme, qui impose au peuple les lumières de la démocratie.

D’un côté, dit l’article fort bien renseigné, on a l’impression que la montagne accouche d’une souris : on nous a parlé d’une réforme radicale qui ferait que plus rien à Rome ne sera jamais plus comme avant, et on nous présente simplement un nouvel organigramme, avec regroupement d’un certain nombre d’organismes : le Dicastère pour les laïcs, la famille et la vie absorbe les Conseils pour les laïcs et pour la famille ; le Dicastère pour le service de développement humain intégral regroupe les compétences des Conseils « Justice et Paix », « Cor Unum », pour la pastorale des migrants, et pour la pastorale des services de santé ; le Dicastère pour l’éducation et la culture regroupe une Congrégation et un Conseil. Avec, ce qui est plus neuf, la consécration de deux nouveaux organismes, le Dicastère pour la communication et le Secrétariat pour l’économie. Mais avec une secrétairerie d’État qui, malgré toutes les déclarations contraires, restera plus puissante que jamais.

D’un autre côté, nous dit L’Homme Nouveau, on veut faire passer le message que le temps d’une nouvelle ecclésiologie, une ecclésiologie synodale, est arrivé : « La Curie agit comme une sorte de plateforme et un forum de communication par rapport aux Églises particulières et aux Conférences des évêques ». Et puis encore : « Les Dicastères, les bureaux et les organismes de la Curie romaine doivent toujours collaborer pour les questions les plus importantes avec les Églises particulières et les Conférences des évêques ». Avec des signes appuyés de correspondance aux thèmes dans l’air du temps : voici, par exemple, un Dicastère pour le service du développement humain intégral. Le Préfet de ce Dicastère et ses employés auront la rude tâche de promouvoir « un développement équitable et intégral de l’atmosphère pour la conservation de la maison commune, la protection des biens communs, que sont l’air, la terre, l’eau et le climat ».

« Mais l’élément le plus marquant de ce texte est l’humiliation symbolique de la Congrégation pour la doctrine de la Foi (anciennement Saint-Office). […] Même après Vatican II, la Congrégation pour la doctrine de la Foi était restée, bien qu’amoindrie, le premier des dicastères. Devenu aujourd’hui Dicastère pour la doctrine de la Foi, égal aux autres en dignité, il prend rang désormais après le Dicastère pour l’évangélisation. L’évangélisation l’emporte sur la doctrine, alors qu’on avait toujours considéré que l’évangélisation n’était rien d’autre que la diffusion de la doctrine enseignée par le Christ. On ne saurait mieux marquer qu’on est au terme d’une évolution qui a vu le pastoral remplacer le dogmatique ».

Cardinal Zen : le cardinal Parolin se trompe…
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Sandro Magister, le célèbre vaticaniste de L’Espresso, a publié sur son blogue Settimo Cielo la traduction d’un article rédigé en chinois, le 5 février, par le cardinal Zen Ze-kiun, archevêque émérite de Hong Kong, sur son propre blogue. Sous le titre « Quatre observations », le cardinal y répond aux réactions du Vatican qui ont suivi sa lettre ouverte en chinois du 29 janvier : Risque de schisme en Chine qu’AsiaNews, l’agence d’informations de l’Institut pontifical pour les missions étrangères, avait immédiatement relayée en plusieurs langues (italien, anglais, espagnol). La publication de cette lettre ouverte avait provoqué une déclaration de Greg Burke, directeur de la salle de presse du Vatican, le 30 janvier (texte original en italien ici, traduction en français ), puis un entretien du cardinal Pietro Parolin accordé à Gianni Valente de La Stampa, et publié le 31 janvier, et des spéculations sur un accord imminent entre le Saint-Siège et la République populaire de Chine. Il est permis de s’interroger si sacrifier l’Église dite clandestine en Chine, et de la haute diplomatie ou une trahison…

Nous publions ci-dessous la traduction de ce dernier article du courageux cardinal Zen, réalisée par le blogue Diakonos qui publie, notamment, les traductions en français des posts de Sandro Magister, et nous le remercions de nous en avoir donné l’autorisation. R.C.

*

Certaines personnes qui me veulent du bien m’ont conseillé de prier plus et de parler moins. Il est juste de prier plus, parce que le Seigneur est notre espérance et que nous avons confiance en l’intercession de la Vierge Marie, la Mère de Dieu.

On m’a probablement conseillé cela par peur qu’en parlant trop, je risque d’être plus facilement attaqué. Mais je n’ai pas peur, pour autant que mes paroles soient justes et utiles.  À mon âge [86 ans], peu m’importe de gagner ou de perdre.

Je veux parler encore parce que j’ai le sentiment que bientôt, je ne pourrai plus parler. C’est pourquoi je vous demande pardon.

  1. Dans la lecture de la messe de ce dimanche, Job doit endurer la longue nuit de la souffrance et il se lamente de ne plus voir le bonheur de ses yeux. Mais le psaume 146 nous invite à louer le seigneur qui guérit les cœurs brisés. Ces derniers jours, les frères et les sœurs qui vivent sur le continent chinois ont appris que le Vatican est sur le point de se rendre au parti communiste chinois et ils se sentent donc mal à l’aise. Vu que les évêques illégitimes et excommuniés seront légitimés tandis que ceux qui sont légitimes seront contraints à se retirer, il est logique que les évêques légitimes et clandestins s’inquiètent du sort qui les attend.  Combien de nuits de souffrance les prêtres et les laïcs endureront-ils à la pensée de devoir s’incliner et d’obéir à ces évêques qui sont aujourd’hui illégitimes et excommuniés mais qui demain seront légitimés par le Saint-Siège, avec l’appui du gouvernement ?  D’autant que le désastre a déjà commencé aujourd’hui, sans attendre demain.  Depuis le 1 février, les nouvelles lois du gouvernement sur les activités religieuses sont entrées en vigueur.  Les prêtres clandestins de Shanghai ont demandé à leurs fidèles de ne plus se rendre à leurs messes sous peine d’être arrêtés s’ils persistaient à le faire !  Mais n’ayez pas peur car le Seigneur guérit les cœurs brisés.
  2. Le secrétaire d’État du Saint-Siège a déclaré que « nous connaissons les souffrances endurées hier et aujourd’hui par les frères et les sœurs chinois ». Mais cet homme de peu de foi sait-il ce qu’est une véritable souffrance ? Les frères et les sœurs du continent chinois n’ont pas peur d’être réduits à la pauvreté, d’être mis en prison, de verser leur sang, leur plus grande souffrance est de constater qu’ils sont trahis par les « membres de leur famille ». L’interview de Parolin est truffée d’opinions erronées (en espérant que ses discours soient cohérents avec ses pensées).  Il est indécent de la part d’un haut dirigeant du Saint-Siège de manipuler la lettre [aux catholiques chinois] d’un pape, même s’il s’est retiré, en citant la phrase (4.7) : « la solution des problèmes existants ne peut être recherchée à travers un conflit permanent avec les Autorités civiles légitimes » tout en dissimulant le fait que la lettre poursuit immédiatement en affirmant que « dans le même temps, une complaisance envers ces mêmes Autorités n’est cependant pas acceptable quand ces dernières interfèrent de manière indue dans des matières qui concernent la foi et la discipline de l’Église. »

Au cours des JMJ en Corée, le pape a déclaré aux évêques asiatiques que « le présupposé du dialogue est la cohérence avec sa propre identité ». Des personnes bien informées aux plus hauts échelons du Saint-Siège déclarent aujourd’hui avec regret que « nous sommes comme des oiseaux en cage mais que la cage pourrait s’agrandir, nous tentons donc d’obtenir le plus grand espace possible ».  Mais le véritable problème n’est pas la taille de la cage mais la question de savoir qui se trouve à l’intérieur.  Les croyants clandestins ne sont pas à l’intérieur de cette cage.  Mais aujourd’hui vous voulez les forcer eux aussi à y entrer pour que eux aussi soient « réconciliés » avec ceux qui sont déjà à l’intérieur !  Certes, il y a dans cette cage des personnes qui y ont été contraintes mais également des personnes serviles et assoiffées de pouvoir qui s’y complaisent.  (J’ai été le premier à dire qu’en Chine, il n’y avait qu’une seule Église et que tous les croyants, aussi bien de l’Église officielle que de l’Église clandestine aimaient le Pape, mais aujourd’hui je n’oserais plus affirmer une telle chose).

Puisque j’ai choisi de privilégier la vérité et la justice (tout ce que je dis part du principe qu’il faut protéger la réputation du pape et afficher clairement la doctrine de l’Église), je n’ai pas de problème pour dire que j’ai fait part de mes opinions sur le « dialogue » au Pape François quand il m’a reçu en audience privée il y a trois ans. Le pape m’a écouté attentivement pendant quarante minutes sans m’interrompre.  Au moment où je lui dit que, objectivement parlant, l’Église officielle du continent chinois était schismatique (en tant qu’administration autonome indépendante du Saint-Siège mais dépendant du gouvernement), le Pape m’a répondu : « Bien sûr ! ».

  1. Hier, plusieurs personnes sont venues me trouver ou m’ont téléphoné pour me réconforter après les accusations portées contre moi par le porte-parole du Vatican. Mais elles ont mal compris parce que je n’ai pas besoin de réconfort. Il aurait mieux valu pour elles qu’elles aillent réconforter ce porte-parole. C’est lui qui est un oiseau en cage, contraint à accomplir une mission aussi embarrassante : cette fois il a été très efficace en critiquant immédiatement mon intervention (il a certainement lu ce qui a été écrit par d’autres). On se souviendra qu’il y a plus d’un an, avant le XIe Congrès des Représentants de l’Église catholique chinoise, c’est lui qui déclarait que « le Saint-Siège attend de juger sur base de faits établis ». Un an plus tard, ils sont encore en train d’attendre avant de tirer les conclusions qui s’imposent.
  2. Le commentateur du South China Morning Post mérite également toute notre miséricorde, il trouve chaque jour quelqu’un à critiquer et à se moquer : c’est certainement un expert qui sait tout et qui pourrait donner son avis sur tous les programmes « de omnibus et aliquibis aliis ». Cette personne a écrit que je préférais la politique à la religion. Je voudrais le réveiller un peu : « Where angels fear to tread, the fools rush in », là où les anges ont peur de tomber, les fous y foncent tête baissée. Lui sait-il bien ce qu’est la religion et ce qu’est la foi ?  Il a dit que j’avais décidé de faire souffrir les croyants du continent chinois.  Mais comprend-il ce qu’est la vraie souffrance pour ceux qui ont la foi ?  Toutefois, la dernière phrase qu’il a dite était juste : « The Vatican has to readjust its wordly diplomacy, whatever its spirituel preferences »: le Vatican doit rectifier sa diplomatie terrestre, quelles que soient ses préférences spirituelles.  Mais il ne s’agit pas seulement de préférences, il s’agit de principes non négociables !
Burke : l’ultime appel au pape !
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Un an après la publication des dubia, le cardinal Burke lance un appel au Pape, comme s’il donnait à celui-ci une nouvelle chance. Il le fait par le biais d’un entretien avec le vaticaniste Edward Pentin, dans le National Catholic Register d’aujourd’hui, publié en primeur en français par le blogue de L’Homme Nouveau avec une présentation de l’abbé Claude Barthe, vaticaniste bien connu en France et ailleurs…

Le cardinal Raymond Leo Burke acquiert dans le pontificat du Pape Bergoglio, manifestement contre son goût personnel mais poussé à agir en conscience, une stature athanasienne. S’il a choisi la forme d’un entretien, il ne faut cependant pas s’y tromper : la gravité du ton, sa solennité même, la qualité théologique des propos dont on sent qu’ils sont mesurés au millimètre, montre qu’on a gravi un degré dans l’affaire d’Amoris lætitia.

Et même plus que cela. En évoquant les ambiguïtés de l’enseignement « pastoral », l’abbé Barthe pointe du doigt en effet implicitement le débat concernant certains textes « pastoraux » de Vatican II. Qui peut dire ce qui va ressortir de tout cela. En tout cas, c’est un véritable tremblement de terre qu’a provoqué cette maximation de « l’esprit du Concile » que représente le chapitre VIII d’Amoris lætitia.

Sortir des ambiguïtés en s’appuyant sur le charisme de Pierre. Un an après, jour pour jour, la publication de leurs dubia au Pape, le cardinal Burke s’exprime à nouveau publiquement, en demandant solennellement au Pape de faire ce pourquoi il a été appelé au Siège de Pierre : confirmer ses frères dans la foi « par une manifestation claire de la doctrine concernant la morale chrétienne et le sens de la pratique sacramentelle de l’Église » […].

En choisissant cette forme indirecte de correctio fraterna le cardinal présente en quelque sorte au Pape une magnifique occasion de se ressaisir par le haut, de manière pétrinienne. Ce faisant, il touche au cœur du problème magistériel d’aujourd’hui : les ambiguïtés mortifères du « pastoral » qui affligent l’Église. De l’enseignement « pastoral » ambigu, le cardinal Leo Burke en appelle au Magistère de Pierre.

À lire ici sur le blogue de L’Homme Nouveau !

 

Un cardinal injurie des séminaristes
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Sur le site de la Congrégation pour le Clergé, dirigée par le très “franciscain” et très influent Beniamino Stella – créé cardinal par le pape François en 2014 –, est publiée une relation de la dernière assemblée plénière de Congrégation du 1er juin dernier, qui s’est tenue à la Curie générale de la Compagnie de Jésus. Dans cette relation, se trouve ce passage, qui reproduit les paroles mêmes du cardinal Stella, dirigeant les travaux de la plenaria :

« En relation avec les différents aspects de la formation déjà traitée en référence avec la ratio [la ratio fondamentalis pour la formation des séminaristes du 8 décembre 2016], je voudrais également souligner le cas des séminaristes “traditionalistes”, qui ne sont pas sans poser des problèmes, d’abord à leurs formateurs, et ensuite à leurs les évêques après leur ordination. On doit donc soigneusement examiner une “rigidité”, dont le Saint-Père nous a parlé ce matin, avec une fixation sur une image passée de l’Église, de même que sur les apparences extérieures, ce qui est particulièrement visible dans le domaine liturgique. Il n’est pas rare que cela révèle des personnalités narcissiques et vaniteuses, ainsi qu’une tendance à “fuir” les devoirs pastoraux concrets, pour se réfugier dans un intimisme et dans les formes d’un passé que ces séminaristes n’ont d’ailleurs pas connu et qui n’appartient pas à leur vie réelle ».

Mais qui est-il pour juger ?

Réforme financière du Vatican : résultats « très minces »
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Massimo Franco, journaliste politique de premier plan en Italie, a minimisé la « thérapie de choc » que le pape François voulait imposer à la réforme financière du Saint-Siège, en raison de ses « très minces » résultats. Dans un article du Corriere della Serra de samedi dernier, le journaliste rend hommage aux « efforts généreux » du pape, mais souligne qu’en matière financière les choses sont revenues « à la normale », c’est-à-dire à la situation antérieure. Il y voit la main de la Secrétairerie d’État confortée par la démission, le 20 juin dernier, de Libero Milone, financier italien et expert en comptabilité, qui avait été recruté en 2015 pour procéder à un audits général des finances du Saint-Siège, puis par le départ, sans doute sans retour, du cardinal George Pell, préfet du Secrétariat pour l’économie. Massimo Franco fait le pronostic qu’une troisième personnalité ne tardera pas à rejoindre les deux premières : le Français Jean-Baptiste de Franssu, président de l’Institut pour les œuvres de religion (IOR). « Épuisé » et traité « froidement » par la Secrétairerie d’État et la Curie, il pourrait démissionner cet été ou, au plus tard, à la fin de l’année. La fin annoncée du motu proprio du 8 juillet 2014 ?

Cardinal Pell : un début de procès ahurissant
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Bill Donohue, président de la Catholic League des États-Unis, a fait hier un commentaire bienvenu sur la première “comparution” du cardinal George Pell devant un tribunal de première instance de Melbourne (Australie). Tout serait à lire, mais nous n’en traduisons qu’une partie : celle qui manifeste la surprise d’un citoyen étatsunien devant les curiosités “exotiques” des procédures judiciaires australiennes. Il faut avouer que même pour un Français, l’ordonnance du sieur Andrew Tinney, procureur de la Couronne (Crown Prosecutor, CP), est surréaliste…

Aux États Unis ce serait inouï que quelqu’un soit cité à comparaître au tribunal devant un juge, sans savoir de quoi on l’accuse et qui l’accuse. Mais pas en Australie.

Le cardinal George Pell cité à comparaître, a dû faire le voyage de Rome à Melbourne pour se présenter devant la cour aujourd’hui [26 juillet]. Il a déféré à la citation. La procédure, qui n’était rien d’autre que du remplissage, a duré six minutes. Pell n’a rien déclaré. De plus, son avocat n’a fait aucun plaidoyer. Il en est ainsi parce que le mystère continue : on n’a pas dit à Pell de quoi il est accusé et qui sont ses accusateurs. Tout ce que nous avons appris c’est qu’il doit de nouveau comparaître le 6 octobre.

Et comme si tout cela n’était pas déjà curieux, le procureur a menacé d’inculper la presse d’outrage au tribunal, si elle osait spéculer sur l’affaire. Voici ce que Andrew Tinney a déclaré aux médias : « Toute publication d’informations spéculant sur la solidité de l’affaire ou sur n’importe quoi d’autre, sur la possibilité d’un procès équitable ou sur des procès passés, sur la question de savoir si l’inculpé aurait ou n’aurait pas dû être inculpé, sur la probabilité d’une condamnation ou d’un acquittement, ou sur toutes autres choses de ce genre, sera considéré comme un outrage au tribunal ».

Si les médias australiens avaient des tripes, ils devraient enfreindre collectivement cette ordonnance gaguesque et porter plainte devant les tribunaux. Ce type de censure est ce à quoi on peut s’attendre d’une dictature du tiers-monde, mais pas d’une démocratie de type occidental […]

Le cardinal Pell est arrivé en Australie
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Le cardinal George Pell est arrivé hier en Australie par un vol en provenance de Singapour. L’archidiocèse de Sydney a signalé ce même jour que le cardinal, en raison de son état de santé et sur les conseils de ses médecins – il a souffert de sérieux problèmes cardiaques –, avait fait plusieurs escales depuis son départ de Rome. Inculpé le 20 juin dernier pour de supposées agressions sexuelles qui remonteraient, pour la plus ancienne, à 1961 (voir ici et ), le cardinal Pell devrait se présenter comme inculpé libre devant le tribunal de Melbourne le 26 juillet prochain, ce qui l’autorise à demander d’être laissé en liberté sous caution. Le pape François avait autorisé le préfet du secrétariat pour l’Économie à prendre un congé exceptionnel pour se rendre en Australie. Le cardinal a déclaré qu’une fois lavé de tout soupçon, il retournerait à Rome pour y reprendre ses fonctions curiales. La chose est peu probable ne serait-ce que par la durée évoquée pour ce procès : plusieurs mois, voire plusieurs années… L’éloignement définitif du cardinal du Saint-Siège, s’il est confirmé, ne ferait pas que des malheureux à la Curie.

Rome : une stratégie du chaos sur fond de scandales
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Après la lamentable affaire Krzysztof Charamsa, ce Monsignore polonais, secrétaire adjoint de la Commission théologique internationale, qui annonça publiquement son homosexualité, en 2015, à la veille du Synode sur la Famille, la Curie croyait avoir bu le calice de fiel jusqu’à la lie. Que nenni !

Orgie dans les palais apostoliques…

Voici que Monsignore Luigi Capozzi, du diocèse de Palestrina, secrétaire du cardinal Francesco Coccopalmerio, président du Conseil pour les textes législatifs, soutien fervent du pape François, a été arrêté en flagrant délit, lors d’une opération éclair de la gendarmerie vaticane qui est “tombée” sur une orgie homosexuelle. C’était il y a deux mois environ, mais l’affaire fut tenue très secrète. Et cela se passa dans l’austère palais du Saint-Office ! Car c’est là que se trouvait l’appartement de fonction de don Luigi, qui lui servait à organiser des soirées gays à base de drogue. Cependant qu’il utilisait sa BMW, préservée des contrôles policiers par son immatriculation SCV de l’État du Vatican, pour transporter de la poudre blanche. Et pour faire bonne mesure, on apprend que ce Monsignore, fort bien en cour à Santa Marta, était à la veille d’être nommé évêque sur la recommandation de Coccopalmerio. Du coup, les déclarations de Coccopalmerio, à propos des « aspects positifs » de couples homosexuels (site Rossoporpora, 23 octobre 2014) acquièrent aujourd’hui une étrange résonnance. On croit rêver : en plus minable, la Rome d’aujourd’hui semble être tombée plus bas que la Rome des Borgia.

Pell en Australie, pagaille à Rome…

Même si cette affaire alourdit considérablement le climat curial, on se gardera de mettre sur le même plan l’affaire du cardinal Pell (voir ici et ), mis en examen en Australie sur des accusations de pédophilie, dont il nie farouchement la véracité. Selon les usages désormais en vigueur dans les bureaux de l’administration pontificale, avec règlements de compte où tout est permis, la défenestration morale du cardinal Pell, chargé de la remise aux normes des finances des diverses instances financières vaticanes, peu de temps après la démission de Libero Milone, auditeur général des finances, est pour le moins étrange. À vrai dire, les enjeux, les mécanismes, les manœuvres, concernant l’IOR (la banque vaticane), l’APSA (Administration du Patrimoine du Siège Apostolique), et autres, sont devenus incompréhensibles depuis 2013 aux meilleurs observateurs. D’où il résulte que la fameuse réforme de la Curie du pape François n’était en réalité qu’une modification du mode de gouvernement, qui s’est personnalisé à l’extrême, usant, pour mieux régner, des divisions de coteries et des oppositions personnelles, court-circuitant en permanence les voies hiérarchiques ordinaires, méprisant les procédures juridiques au bénéfice des décisions arbitraires et de faveur. C’est une sorte d’administration par le chaos, où les hommes du pouvoir – quelli a Santa Marta – se comportent comme des chefs de clans à la barre d’une institution à la dérive, où les affaires de mœurs, contenues sous les pontificats précédents, se manifestent au grand jour.

Humanæ vitæ : vers une révision ?

Mais là n’est pas le pire. Le pire aujourd’hui concerne la doctrine. Quelli a Santa Marta organisent l’alignement sur la ligne d’Amoris lætitia de tous les organismes représentant la voix morale de l’Église : le Conseil pour la Famille, l’Institut Jean-Paul II pour la Famille, l’Académie Pontificale pour la Vie. Avec une opération très bien organisée, malgré tous les démentis jusqu’au plus haut niveau, d’une « réinterprétation » de l’encyclique Humanæ vitæ, sous la houlette du cardinal Lorenzo Baldisseri, un des hommes de toute confiance du pontificat, organisateur des synodes qui ont préparé la révolution d’Amoris lætitia, et de l’incontournable Mgr Vincenzo Paglia, président de l’Académie Pontificale pour la Vie et grand-chancelier de l’Institut Jean-Paul II (le même Paglia qui, évêque de Terni, avait fait réaliser dans sa cathédrale, par un Michel Ange de pacotille, une immense fresque aux motifs masculins malsains, dans laquelle il s’était fait représenter). Le « groupe de travail » qu’ils ont constitué, et dont les principaux membres sont connus, s’est déjà mis à l’œuvre. Nous y reviendrons.

La concélébration “obligatoire” ?

Le pire touche aussi à la liturgie. Un autre « groupe de travail », dépendant de la Congrégation pour le clergé, dirigé par cet autre potentat qu’est le cardinal Beniamino Stella, a envoyé sur un document à en-tête de la Congrégation destiné à tous les collèges romains accueillant des séminaristes ou des prêtres qui résident à Rome pour études. Faisant fi du canon 902, qui laisse pleine liberté à tout prêtre de ne pas concélébrer (comme le faisait d’ailleurs le n. 47 de l’Instruction de 1967, Eucharisticum mysterium, pour les « communautés de prêtres »), le document demande aux recteurs de ces collèges que la concélébration soit toujours préférée à la célébration individuelle. Ce n’est pas une obligation formelle – qui serait impossible à formuler – mais une lourde pression morale, en fait un ordre pour qui connaît le langage de l’actuelle Curie ou aucun débat n’est toléré, en direction des supérieurs de maison, pour qu’à leur tour ces derniers fassent une intense pression morale sur leurs sujets. En clair, comme le cas s’est déjà produit, si tel prêtre ne concélèbre pas, il sera dénoncé à son évêque et prié d’aller chercher un logis ailleurs.

Ce document fait dire au canon 902 et aux nn. 199-201 de la dernière version de l’Instruction Générale du Missel Romain de 2000-2004 ce qu’ils ne disent pas. Jamais le canon 902 n’empêche les célébrations individuelles, même simultanées dans la même église ou le même oratoire. Jamais l’Instruction générale, nn. 200-201, ne recommande la concélébration pour les collèges, se limitant à dire qu’elle ne doit pas être empêchée. On est en plein régime idéologique. Quelli a Santa Marta visent ces jeunes prêtres classiques, nombreux à Rome, qui répugnent à concélébrer, certains préférant même – horresco referens – dire la messe traditionnelle. Esprits aliénés, ils doivent être contraints pour leur bien de se « libérer ». Air connu…

« Que de souillures dans l’Église, et particulièrement parmi ceux qui, dans le sacerdoce, devraient lui appartenir totalement ! », s’écriait le cardinal Ratzinger, peu de temps avant de devenir pape, lors du chemin de Croix au Colisée du Vendredi Saint de 2005. Dans la suite du propos, il faisait allusion à l’eucharistie que ces prêtres continuaient à célébrer et à la confession, que sans doute ils ne fréquentaient plus. « La crainte de Dieu a disparu », disait encore le cardinal. Les mœurs infâmes de certains prélats ne sont que le symptôme d’une bien plus grave dérive : ce sont des parties entières d’une administration qui semble désormais avoir perdu toute boussole doctrinale.

Cardinal Pell : communiqué du Saint-Siège
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Communiqué du 29 juin 2017.

Le Saint-Siège a appris avec regret l’information sur les poursuites engagées contre le cardinal George Pell pour des faits remontant à des décennies, et qui lui ont été attribués.

Ayant appris ces poursuites, le cardinal Pell, agissant dans le plein respect des lois civiles, a décidé de rentrer dans son pays pour répondre des poursuites contre lui, considérant sa participation importante pour s’assurer que le procès sera mené équitablement et pour favoriser la recherche de la vérité.

Le Saint Père, ayant été informé par le cardinal Pell, lui a accordé un congé exceptionnel afin qu’il puisse se défendre.

Pendant l’absence du préfet, la Secrétariat pour l’économie poursuivra ses tâches institutionnelles. Les secrétaires demeureront à leurs postes pour traiter des affaires courantes du dicastère, donec aliter provideatur.

Le Saint Père qui a apprécié l’honnêteté du cardinal Pell pendant les trois années de son travail à la Curie romaine, est reconnaissant de sa collaboration particulièrement de son dévouement énergique aux réformes du secteur administratif et économique, et aussi de sa participation active au Conseil des cardinaux (C9).

Le Saint-Siège exprime son respect au système judiciaire australien qui devra décider de la pertinence des questions soulevées. En même temps, il est important de rappeler que le cardinal Pell a ouvertement et constamment condamné comme immoraux et intolérables les abus perpétrés contre des mineurs, qu’il a coopéré par le passé avec les autorités australiennes – par exemple lors de ses dépositions devant la Commission royale –, qu’il a soutenu la Commission pontificale pour la protection des mineurs, et enfin qu’en tant qu’évêque diocésain en Australie il a introduit des systèmes et des procédures destinés à la fois à la protection des mineurs et à l’aide aux victimes d’abus.

Communiqué de la Salle de presse du Saint-Siège, 29 juin (traduction non officielle en français par nos soins à partir de la version originale en anglais).

Le cardinal Schönborn panique
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La publication des dubia sur Amoris lætitia par quatre cardinaux a fortement secoué le sol de la Rome vaticane. L’entourage du pape avait été averti que les questions auxquelles François ne jugeait pas utile de répondre seraient publiées, mais il n’imaginait pas qu’elles auraient une telle résonance. Les esprits se sont à ce pointé échauffés, qu’à Santa Marta, on a cru y voir l’amorce d’une procédure d’empêchement ! Il faut dire que, depuis lundi, et surtout depuis l’arrivée à Rome de cardinaux du monde entier venu participer à ce curieux consistoire privé d’assemblée, on se détermine, pour ou contre, en fonction de cette lettre des quatre cardinaux.

Incontestablement, le pape s’est, pour le dire familièrement, pris les pieds dans le tapis. Son intention était d’ouvrir un certain laisser faire laisser passer pour la communion des divorces remariés, sans trop le dire clairement, mais qui aurait été le signe concret d’une entrée dans une ère de miséricorde. La difficulté a été que, dans l’Église, même l’Église aujourd’hui, la doctrine a des exigences précises : pour ouvrir la porte à l’eucharistie à des divorcés remariés, il a fallu dire expressis verbis que, dans certains cas, l’adultère n’était plus un péché.

Le seul personnage parmi les proches du pape qui eût pu empêcher de faire cette énorme erreur, pour qualifier faiblement une hétérodoxie, était le cardinal Schönborn, archevêque de Vienne, grand maître d’œuvre du Catéchisme de l’Église catholique. Or, c’est tout le contraire qui est arrivé : les personnes qui ont l’oreille du pape, comme le P. Spadaro, directeur de La Civiltà Cattolica, le cardinal Baldisseri, Mgr Paglia, Mgr Semeraro, ont poussé à la promotion du cardinal Schönborn comme défenseur théologique autorisé du texte qu’ils préparaient.

Cela leur a semblé un beau coup politique, car Christoph Schönborn était en quelque sorte un transfuge. Schönborn, qui au Conclave de 2013 n’avait pas voté pour Bergoglio mais pour son ami Scola, devait faire partie des cardinaux signataires du livre Mariage et famille, publié avant le synode de 2015, pour tenter d’éviter ce qui se tramait. Mais le comité directeur de préparation de l’ouvrage a préféré éliminer la contribution du cardinal Schönborn, non pas pour des raisons de fond – elle était assez classique, ce que l’on peut vérifier puisqu’elle a été publiée par le bimensuel L’Homme nouveau, le 26 septembre 2015 –, mais parce que le cardinal était trop imprévisible et changeant. Ainsi, comme les Apôtres, les douze cardinaux se sont retrouvés onze…

La précaution s’avéra fort sage lorsqu’on entendit, dans l’assemblée synodale d’octobre 2015, le cardinal Schönborn demander la réécriture du Catéchisme de l’Église catholique en ce qui concerne l’homosexualité. En suite de quoi, le flexible archevêque de Vienne devint le défenseur de l’Exhortation apostolique. On comprend que les récents dubia aient éprouvé ses nerfs. Intervenant le 18 novembre dans un cours de formation pour évêques organisé auprès du Tribunal de la Rote Romaine, par son doyen, Mgr Pinto, pour expliquer la nouvelle procédure de déclarations de nullité de mariage (« Les deux motu proprio et Amoris lætitia : vérité, imputabilité et miséricorde »), il dérapa dans ses propos. Il loua Amoris lætitia comme, ni plus ni moins, un « document magistériel ». En quoi il contredisait l’exhortation elle-même qui, dans son introduction prend grand soin d’affirmer la légitimité de la libre discussion. Mgr Dimitrios Salachas, exarque de l’Église grecque-catholique, intervenant la veille (« La dimension œcuménique des deux motu proprio Mitis Judex Dominus Jesus et Mitis et misericors Jesus »), avait qualifié, quant à lui, le texte de « très orthodoxe », affirmant que les Orientaux rendaient grâce pour sa « clarté », ce qui n’est vraiment pas sa qualité première.

Puis le cardinal de Vienne a vitupéré contre les questions posées au pape par les cardinaux Brandmüller, Burke, Caffarra, et Meisner. C’est une « attaque contre le pape », s’est écrié le Christoph Schönborn, car les cardinaux « doivent être obéissants au pape » ! Questionner pour être éclairé, c’est donc désormais désobéir… Les quatre cardinaux écrivaient pourtant : « Nous nous permettons, avec un profond respect, de Vous demander, Très Saint Père, en tant que Maître suprême de la foi appelé par le Christ Ressuscité à confirmer ses frères dans la foi, de résoudre les incertitudes et de faire la lumière, en ayant la bonté de répondre aux dubia que nous nous permettons de joindre à la présente lettre ».

Mais pour le cardinal Schönborn, Amoris lætitia, sans aucun caractère magistériel, même du plus bas degré, devient un super-dogme. Encore une modification au Catéchisme catholique que le cardinal de Vienne pourra maintenant proposer.

Épuration à l’Institut Jean-Paul II
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La mise à l’écart brutale de Mgr Livio Melina, une des personnalités importantes de la Curie wojtylo-ratzinguérienne est symptomatique du climat romain de l’après Amoris lætitia.

Livio Melina dirigeait un des lieux majeurs de feue la politique de « restauration », l’Institut Pontifical Jean-Paul II d’études sur le Mariage et la Famille. Cet organisme avait été fondé en 1981, dans le cadre de l’Université pontificale du Latran à Rome, comme une sorte d’Institut Humanæ vitæ. Son premier président avait été Carlo Caffarra, depuis archevêque de Ferrare puis de Bologne et cardinal. En 2002, lui avait succédé Angelo Scola, depuis archevêque de Venise puis de Milan et cardinal.

En face, le Conseil pour la Famille, dirigé depuis 2012 (une des désastreuses nominations de Benoît XVI) par Mgr Vincenzo Paglia, aumônier de San Egidio, plus tard postulateur de la cause de Mgr Romero. Avec le cardinal Lorenzo Baldisseri, Mgr Bruno Forte, Mgr Semeraro, et quelques autres, Vincenzo Paglia a été l’un des organisateurs du torpillage de la morale catholique auquel on vient d’assister. Du coup, Melina est devenu l’homme à éliminer.

Livio Melina, grand ami de Caffarra et jadis de Scola, de très solide ligne morale, dirigeait donc cet Institut dont les étudiants, à l’origine, se recrutaient majoritairement dans les rangs de l’Opus Dei et de Communion et Libération. Aujourd’hui encore, ils sont tous de jeunes clercs classiques, bien formés à la théologie morale.

Amoris lætitia a cependant introduit la zizanie dans le monde qui entoure l’Institut. À l’étonnement général, le philosophe Rocco Buttiglione, professeur émérite, est devenu pro Amoris lætitia, ce qui a provoqué un débat public avec son confrère Joseph Seifert, le critiquant, pour faire bref, sur le thème : jusqu’ici, en 2000 ans de christianisme, jamais la fornication et l’adultère n’avaient été qualifiés de conformes dans certains cas à la volonté de Dieu.

Mais il était impossible que Paglia, l’anti-Melina puisse recevoir la barrette cardinalice. Mis en examen en 2015 pour association de malfaiteurs, entrave à une enquête, fraude contre la ville de Narni, ville d’Ombrie dont il a été l’évêque, exercice abusif du crédit, Mgr Paglia était accusé d’avoir utilisé indûment les fonds de son diocèse, déjà largement endetté (plus de vingt millions d’€). Par ailleurs, le personnage était trop manifestement peu sérieux pour figurer parmi une promotion cardinalice, même de nos jours. Du coup, au creux de l’été, le 15 août, le pape François l’a placé sur deux fauteuils dorés, celui de président de l’Académie Pontificale pour la Vie, et celui, créé pour lui sur mesure, de grand chancelier de l’Institut Jean-Paul II, d’où il pourra servir efficacement la cause de la morale amorislætitienne. Et le même jour, Mgr Melina, 64 ans, était remplacé à la tête de l’Institut Jean-Paul-II par Mgr Pierangelo Sequeri, 72 ans, qui n’a pas de compétences particulières en théologie morale, mais qui est, en revanche, un musicologue et un musicien de grande réputation.

Le 27 octobre aura lieu le début officiel de l’année académique à l’Institut Jean-Paul II. Mgr Melina avait demandé au cardinal Sarah de présider cette ouverture. Comme on s’en doute, le cardinal a été prestement décommandé : c’est le pape en personne qui ouvrira l’année nouvelle de l’Institut reformaté.

Il règne décidément un étrange climat dans les Palais et les Auberges pontificales. Les méthodes de gouvernement, disent les “opposants”, sont celles transplantées de Buenos Aires : court-circuitage systématique des canaux hiérarchiques, disgrâces et promotions surprenantes. Anecdotique, mais symptomatique, est le fait que des fonctionnaires ecclésiastiques de Curie reçoivent au petit matin un coup de téléphone du pape leur demandant tout à trac : « Pourquoi dis-tu du mal de moi ? » Et le clerc de sentir tout son avenir se dérober sous ses pieds. « C’est une ambiance morale de Corée du Nord, s’exclame un prélat » ! Sauf tout de même que l’“opposition” s’exprime beaucoup, malgré le mouchardage. Et même de plus en plus fort. Cette grogne qui monte est d’ailleurs l’une des explications du raidissement de François et de cette promotion progressiste monocolore de nouveaux cardinaux, qui a tétanisé, dit-on, jusqu’au secrétaire d’État.

Toujours dénoncer les actes pédophiles auprès des autorités civiles
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Suite à la polémique entretenue et créée par les médias rançais autour de l’affaire de pédophilie à Lyon, le cardinal Sean O’Malley s’exprime.

 

« Nous avons tous la responsabilité morale et éthique de notifier tout cas présumé d’abus aux autorités civiles chargées de protéger notre société », rappelle le cardinal Sean O’Malley, président de la Commission pontificale pour la protection des mineurs dans une déclaration publiée par le Vatican.

***

Le cardinal Seán O’Malley, OFM Cap., président de la Commission pontificale pour la protection des mineurs, avec tous les membres de la Commission, a publié ce lundi 15 février, la déclaration suivante sur l’obligation de notifier aux autorités civiles tout cas d’abus sexuel présumé :

« Comme l’a si clairement déclaré le pape François, « les crimes et les péchés des abus sexuels sur des mineurs ne doivent plus être maintenus plus longtemps sous secret. Je m’engage à la vigilance zélée de l’Eglise pour protéger les mineurs et je promets que tous les responsables rendront compte » (27 septembre 2015). Nous, le président et les membres de la Commission, tenons à affirmer que nos obligations relevant du droit civil doivent certainement être respectées, mais même au-delà de ces exigences civiles, nous avons tous la responsabilité morale et éthique de notifier tout cas présumé d’abus aux autorités civiles chargées de protéger notre société ».

La déclaration du cardinal O’Malley se poursuit ainsi : « Aux États-Unis, notre Charte des Évêques affirme clairement l’obligation pour tous les diocèses et éparchies, ainsi que pour leur personnel, de notifier les cas suspects d’abus aux autorités publiques. Tous les ans, à notre rencontre de novembre, lors d’une session de formation pour les nouveaux évêques, cette obligation est réaffirmée et chaque année, en février, la Conférence organise un second programme de formation pour les nouveaux évêques, qui inclut aussi clairement et explicitement cette obligation.

« En tant que Commission consultative du Saint-Père pour la protection des mineurs, nous avons récemment partagé avec le pape François une synthèse des efforts importants faits en matière d’éducation dans les Églises locales ces deux dernières années, et nous avons réaffirmé la volonté des Membres de fournir ce matériel à travers des cours proposés à Rome, y compris pour le programme annuel de formation des nouveaux évêques et pour les bureaux de la Curie romaine, afin qu’ils puissent l’utiliser dans leurs propres efforts de protection des enfants. »

 

Source Zénith

Jubilé de la Curie
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Le pape François présidera la messe du Jubilé de la Curie romaine, du Gouvernorat de la Cité du Vatican et des Institutions liées au Saint-Siège dans la basilique vaticane lundi prochain, 22 février, en la fête de la « Chaire de saint Pierre », à 10h30.

Une fête autour d’un objet, fût-il un trône épiscopal, peut sembler étrange : c’est exceptionnel dans le calendrier liturgique.

La chaire est en effet le « siège éminent réservé à l’évêque lorsqu’il préside une assemblée ».

A Rome, dès le IVe siècle, on a toujours fait cas de la chaire épiscopale qui rappelait le magistère suprême de Pierre et on l’a célébrée par une fête particulière, « Natale Petri de Cathedra », fixée au 22 février.

Au Ve siècle, pour que la fête ne tombe pas en carême, elle fut, à Rome, anticipée au 18 janvier, tandis qu’à Antioche, elle continuait d’être célébrée le 22 février. C’est la réforme du calendrier de Paul VI qui a fixé finalement une seule date, le 22 février.

Le meuble de bois et d’ivoire que renferme la chaire placée, dans la basilique Saint-Pierre, sous la « Gloire du Bernin », a été offerte au pape Jean VIII, probablement pour son couronnement à Noël, en 875, par le roi franc Charles le Chauve (823-877, empereur d’Occident, 875-877 et Roi de Francie occidentale, 840-877).

Le pape Alexandre VII Chigi ordonna de placer cette « Chaire de saint Pierre » dans l’abside de la basilique, le 3 mars 1656, pour que les fidèles puissent la vénérer.

Depuis 1667, la Chaire de saint Pierre ne fut exposée qu’une seule fois, en 1867, pour le dix-huitième centenaire du martyre des saints apôtres Pierre et Paul.

Elle est représentée portée par quatre docteurs de l’Eglise, d’Orient et d’Occident, saint Augustin, mitré, et saint Jean Chrysostome, tête nue, d’une part et, d’autre part, saint Ambroise, mitré, et saint Athanase, tête nue.

Sur le dossier de la chaire, est représentée la scène où le Christ communique à saint Pierre le pouvoir de paître ses brebis.

 

 

source Zénith

Cardinal Tauran: les responsables musulmans “doivent dénoncer ces violences à la mosquée, à l’école, dans leur quartier”
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Le cardinal Jean-Louis Tauran, camerlingue et président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, s’est exprimé sur les exactions commises par certaines entités agissant au nom de l’Islam. Le cardinal est revenu sur les condamnations de ces exactions par les responsables musulmans: il déplore leurs insuffisances et surtout la culture du mépris que l’on peut retrouver dans une partie des masses musulmanes. Les condamnations ne doivent pas être platoniques et circonstanciées: elles doivent remettre effectivement en cause l’image du chrétien qui existe chez certains musulmans.

Indéniablement, des responsables musulmans ont pris la situation au sérieux et se sont prononcés d’une manière courageuse. Mais il faut continuer et ne pas donner l’impression qu’on s’exprime uniquement quand la communauté internationale s’agite : ces responsables doivent dénoncer ces violences à la mosquée, à l’école, dans leur quartier… Depuis un an, nous essayons de mettre sur pied une petite commission gouvernementale de dialogue entre chrétiens et musulmans en Irak : le travail a été interrompu par les événements de l’été, mais j’espère que nous y parviendrons.

Il y a effectivement un problème dans l’éducation des jeunes musulmans, qui reçoivent une mauvaise image des chrétiens et qui sont parfois familiarisés avec la violence:

Les musulmans qui se sont exprimés lors des rencontres auxquelles j’ai assisté sont d’accords pour dire que c’est toute une culture qui a rendu possible ces exactions : dès leur plus jeune âge, les petits garçons sont habitués à jouer avec des armes ; et à l’école, dans leurs manuels d’histoire ou de géographie, les enfants apprennent que les chrétiens sont des « mécréants ». Seule l’éducation pourra changer les choses : l’éducation religieuse, mais aussi l’éducation en général dans les familles…

De même, le cardinal déplore le “défaut dans la formation intellectuelle et religieuse de certains fidèles”:

Que penser du discours de certains musulmans qui affirment que ces violences n’ont   « rien à voir avec l’islam »   ?

 

J.-L. T. : Sans doute la majorité des musulmans ne se reconnaît-elle pas dans cette violence. Il faut toujours se souvenir que l’islam n’est pas une réalité unique, mais multiple, marquée notamment par la séparation entre sunnites et chiites : il y a donc plusieurs manières de vivre l’islam. Les djihadistes sont d’abord des criminels qui manipulent la religion. Mais ces groupes qui invoquent l’islam pour commettre leurs exactions montrent qu’il y a un défaut dans la formation intellectuelle et religieuse de certains fidèles…

Même si le cardinal n’entend pas renier tout dialogue interreligieux, on peut estimer que la “partie” chrétienne du dialogue attend des actes et des résultats effectifs… C’est tout un “enseignement du mépris” dont sont victimes les chrétiens qu’il convient d’éradiquer.

Purge à la Congrégation pour le culte divin
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Mgr Anthony Ward et Mgr Juan Miguel Ferrer ont appris avant-hier, 5 novembre, pratiquement en même temps que l’annonce de la nomination de leur successeur était fait au Bulletin quotidien de la Salle de Presse du Saint-Siège, qu’ils n’étaient pas reconduits dans leurs fonctions de sous-secrétaires de la Congrégation du culte divin, et que le P. Corrado Maggioni, jusque-là chef de bureau dans cette même Congrégation était nommé Sous-Secrétaire.

Il faut savoir que Mgr Corrado Maggioni, bugniniste convaincu, grand ami de Mgr Piero Marini, avait été nommé à l’Office des célébrations liturgiques lors du “remaniement” opéré dans le personnel de cet Office au début du présent pontificat.

Il faut savoir aussi que Mgr Juan Miguel Ferrer Grenesche, qui fut vicaire général de l’archidiocèse de Tolède, très savant dans les choses liturgiques, était l’homme de confiance du cardinal Cañizares, archevêque de Tolède, lequel, nommé Préfet de la Congrégation du culte divin par son ami le pape Benoît XVI, l’avait appelé à ses côtés. Aussi favorable à la forme extraordinaire que don Antonio, son cardinal, don Juan Miguel est LE spécialiste du rit mozarabe. Cet antique rit latin wisigothique, antérieur à l’introduction du rit romain en Espagne et conservé grâce à l’invasion musulmane, se célèbre encore dans quelques rares lieux de Tolède et Salamanque. Il avait, bien entendu, été massacré par la réforme de Bugnini, auquel rien n’a réussi à échapper, pas même les derniers témoins de cette vénérable liturgie de saint Isidore de Séville ! Mgr Ferrer a alors accompli une fort intelligente « réforme de la réforme » en y réintroduisant savamment des textes vénérables.

Le limogeage de Juan Miguel Ferrer est en outre une gifle supplémentaire appliquée au cardinal Cañizares. Ayant été archevêque de Tolède et primat d’Espagne, revenant en Espagne, il ne pouvait décemment que recevoir le siège de Madrid d’où se retirait le cardinal Rouco Varela (en fonction du précédent qu’avait jadis constitué le transfert du cardinal Vicente Enrique y Tarancón du siège primatial de Tolède au siège de Madrid). Or, le cardinal Cañizares a reçu le siège de Valence où, pour faire bonne mesure, il succède à Mgr Osoro Sierra (un de ses fils spirituels), qui est lui nommé à Madrid…

Juan Miguel Ferrer, une autre tête de ratzinguérien qui tombe, après celles de Mgr Morga Iruzubieta, secrétaire de la Congrégation pour le clergé, de Mgr Alberto González Chaves, de la Congrégation pour les évêques, etc.

Etchegaray : même pas la pourpre aux joues
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La vieillesse est un naufrage… Il a longtemps promené sa silhouette dégingandée et son nez cyranesque dans les couloirs de l’appareil épiscopal français, et enveloppé sa langue de bois dans les roulements d’un puissant accent méridional. À force de reculer comme un âne, il fut propulsé au sommet de la hiérarchie catholique. Il a ensuite, en bon cadet de Gascogne, ambitieux et retors, parcouru la planète en première classe, pour, disait-il, sentir battre le cœur du monde. Souriant et aimable avec les puissants, hautain et cassant avec les petits, on pouvait espérer, sa carrière terminée, qu’il se serait fait oublier dans une discrète retraite romaine.

Point du tout. Pour une sortie en beauté, en voilà une ! Le voilà grand-croix de la légion d’honneur, décoré par son excellence Manu-le-Chimique lui-même, venu à la pêche aux voix catholiques à l’occasion de la canonisation de Jean-Paul II et Jean XXIII.

Passe encore que les instances gouvernementales accrochent à un dignitaire romain une breloque propice aux bonnes relations diplomatiques. C’est de bonne guerre. Un vieux serviteur peut encore se sacrifier, sur ordre, à 91 ans. Mais on aurait pu envisager quelque discrétion. Un fervorino, comme on dit ici, quelques propos convenus, deux coupes de champagne, et hop !, l’affaire est emballée.

Non, non et non ! Il a fallu qu’il en rajoute. « Votre geste est républicain », a cabotiné le « Che » à l’adresse du Premier Ministre qui ne devait pas en croire ses maçonnes oreilles. Et de brandir les mânes de Pascal et de Voltaire. Pour le premier passe encore, mais cette crapule de Voltaire, partisan du servage et profiteur de la traite esclavagiste. Ces roucoulades sur la jeunesse, sans un mot pour les « Veilleurs » : une pantalonnade ratifiée par un parterre d’évêques extasiés. Ah ! La Croix, bannière du consensus et du ralliement, peut balancer l’encensoir et se pâmer devant la récupération européiste du prélat par le Premier Ministre français, tout cela scandalise. Cela scandalise les petits et les pauvres, n’en déplaise aux ânes apprêtés qui encombrent sa rédaction. Les simples diront : l’homme, à quel prix, Éminence ? Réponse : le prix d’un ruban rouge, entre le pétainiste Liénart et le rouge abbé Pierre.

Concluons, à propos de cette cérémonie qui précédait la double canonisation pontificale. Quand on sait qu’il a été de la génération qui a ergoté, chipoté face à Jean-Paul II, et lui a savonné la planche tant qu’elle a pu. Quand on sait qu’il a été de ceux qui ont œuvré de toutes leurs forces à saboter l’œuvre conciliaire dans un esprit contraire à celui du « bon pape Jean », tout cela donne envie de vomir…

La honte ne tue plus. La preuve ? Le Sacré Collège compte toujours le même nombre de membres depuis samedi.

Réforme du Vatican ? Quelle réforme ?
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Le site Internet de Famille Chrétienne a publié la traduction d’un énième entretien accordé par le pape François à la presse, en l’occurrence au journaliste italien Ferrucio de Bortoli, entretien publié dans le quotidien italien Corriere della Sera et dans le quotidien argentin La Nación. Il y confesse : « En mars dernier, je n’avais aucun projet pour changer l’Église. Je ne m’attendais pas, pour le dire ainsi, à ce transfert d’un diocèse à un autre. J’ai commencé à gouverner en cherchant à mettre en pratique tout ce qui avait surgi au cours des discussions entre les cardinaux lors des congrégations générales ». Nous avons interrogé l’abbé Claude Barthe, un des meilleurs “vaticanistes” français, pour en savoir un peu plus, à un an de l’élection du pape François, sur ce que pourraient être les réformes qu’il envisage… V. G.

Vini Ganimara – Le numéro du 1er mars de L’Homme Nouveau a publié trois articles que vous avez écrits sur le thème « Vatican, quelle réforme de l’Église ? ». Vous évoquez le livre du P. Congar, Vraie et fausse réforme dans l’Église, paru en 1950 aux éditions du Cerf. Selon vous quelle est la vraie réforme de l’Église ?

L’abbé Claude Barthe – Sûrement pas celle du P. Congar, qui était une vraie fausse réforme, si j’ose dire, ou une fausse vraie, si vous préférez. Il résumait les attentes des catholiques dits à l’époque « de progrès », mais porteurs en réalité de projets très datés et qui se sont avérés funestes. Son idée était de promouvoir une rénovation/adaptation au monde, en évitant de toucher aux « structures », c’est-à-dire aux dogmes, mais en visant tout de même une transformation foncière. Yves Congar parlait d’établir la « primauté du pastoral ».

Les véritables réformes qui ont rénové l’Église au cours des siècles ont été bâties, en fait, sur le modèle de la réforme grégorienne du XIe siècle (redressement de la papauté, de l’épiscopat, lutte contre le relâchement des clercs). Les grandes réformes, celle d’un ordre religieux comme le Carmel, celle lancée par le concile de Trente, sont de ce type : des tensions exigeantes de l’Église vers sa propre régénération ascétique, spirituelle, disciplinaire, liturgique.

V. G. – Selon vous, après le Concile, la réponse au P. Congar a été donnée par Joseph Ratzinger dans L’Entretien sur la foi, publié en 1985, qui prônait une réforme sur le type de celles dont vous parlez ?

C. B. – Oui, à condition de préciser que le livre du cardinal Ratzinger se situait à l’intérieur du processus postconciliaire pour infléchir ce processus, ou plus exactement pour appuyer l’infléchissement qui se dessinait. C’était le livre programme d’une restauration de type traditionnel, pour réagir contre « la fumée de Satan répandue dans le Temple de Dieu à la suite du Concile Vatican II », comme avait dit Paul VI. Cette attitude visant à recadrer « l’esprit du Concile » a trouvé son amplitude maximale, même si on peut la juger au total timide, sous le pontificat de Benoît XVI. Timide, mais comprenant un volet liturgique de très grande portée réformatrice, spécialement avec le Motu Proprio Summorum Pontificum.

V. G. – Et la réforme du pape François : réforme congardienne ou réforme ratzinguérienne ?

C. B. – C’est autre chose. Je ne suis pas sûr qu’il s’agisse de réforme dans l’esprit du pape. Certes, la Curie romaine va être jusqu’à un certain point remaniée, avec sans doute des regroupements d’organismes, peut-être la création d’une Congrégation pour les Laïcs, ceci dans quelques années. Mais, essentiellement, le pape veut un changement, qui consiste à « revenir à l’Évangile », à abandonner le « légalisme », l’« idéologie », l’« enchevêtrement de fixations et de procédures », à se placer « au milieu du peuple », à « sortir vers les périphéries de son propre territoire ou vers de nouveaux milieux sociaux-culturels ». Il s’agit plutôt d’un état d’esprit, mais il n’y a pas en vue des modifications institutionnelles définies, des mutations liturgiques, a fortiori pas de révisions doctrinales. Je pense que ce pape « venu du bout du monde » veut surtout promouvoir une manière qui lui est propre, imprimer son charisme spécifique.

V. G. – Vous voulez dire que c’est un pontificat pour rien ?

C. B. – Je n’ai pas dit ça, Monsieur Ganimara ! Il est possible, en tout cas, que le pape François soit le dernier à bénéficier d’une telle présence auprès de l’opinion publique. Il y a, depuis Pie XII, une croissance de la popularité du pape qui, jusqu’à un certain point, depuis le Concile, compense la décroissance de l’autorité doctrinale et morale de l’Église. Avec le pape François, cette ferveur populaire est vraiment très impressionnante. Mais avec un grand écart, qui était déjà considérable sous Jean-Paul II, entre le pape qu’on acclame et l’Église dont on refuse ou dont on ignore tranquillement l’enseignement, même lorsqu’on est catholique. Est-il possible que cela puisse perdurer, en écartant encore l’ouverture du compas, dans la mesure où le catéchisme est de moins en moins enseigné ? J’observe par ailleurs que le pape François secoue le vieil arbre de la Curie romaine, une Curie en l’état d’une administration qui gère depuis un demi-siècle le post-concile. Il la secoue par ses discours, mais surtout par le fait qu’il subvertit en permanence les cadres établis au moyen de ses réseaux personnels de contacts, d’information et de décision. Il ne remet nullement en cause les institutions du gouvernement de Pierre comme telles, mais il fragilise leur mode actuel d’exercice. Qui pourrait regretter que cette administration romaine, au moins aussi rigide que l’administration ecclésiale d’avant Vatican II, soit ainsi relativisée ? Peut-être s’apercevra-t-on un jour que le rôle providentiel dévolu à ce pape était de déblayer le terrain pour les réformateurs du futur.

V. G. – Pour ceux d’une réforme ratzinguérienne et non pas congardienne, si je vous suis bien ?

C. B. – Il faut rêver, ou plutôt espérer : ceux d’une réforme ratzinguérienne qui se substituerait à la réforme congardienne des années 60. Un retour à la case départ, et puis un nouveau départ, en somme. Il faut convenir que les responsables d’Église pour le vouloir sont rares. Et que beaucoup n’en veulent pas.

V. G. – C’est trop leur demander : c’est énorme !

C. B. – C’est la crise de l’Église qui est énorme. Et elle n’en est qu’à ses débuts. Je cite au début du dossier de L’Homme Nouveau une conférence faite à Milan par le cardinal Schönborn, archevêque de Vienne, décrivant l’Église comme une barque qui semble dans nos pays au bord du naufrage. Le catholicisme paraît chaque jour davantage une anomalie pour la culture occidentale, laquelle est devenue, pas trop profondément on espère, une culture mondiale. Et au sein de l’Église, c’est l’indifférence au contenu structuré de la foi et de la morale, l’affadissement de la liturgie, l’effacement du sacerdoce.

Mais l’espérance doit briller. La réforme de « restauration » s’appuyait sur un mouvement qui l’avait précédé et qui continue toujours, un mouvement très large de renouveau spirituel, catéchétique, missionnaire, vocationnel, ce que l’on a nommé le « nouveau catholicisme ». Numériquement faible, il subit la formidable pression de la modernité. Alors, quelle réforme demain pour l’Église romaine ? « Lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort », dit saint Paul. Dans une « infirmité » qui ne peut que s’accroître, ce qui fait l’essence de l’épiscopat romain et universel, à savoir dire la foi au nom du Christ sans possibilité d’errer, demeurera comme l’or pur qui reste au fond du tamis de la crise.

François et les ratzinguériens : une popularité qui s’effrite
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Partie émergée de l’iceberg ratzinguérien, Sandro Magister, journaliste à L’Espresso, étoile parmi les vaticanistes, de semaine en semaine, et parfois de jour en jour, lance sur son blogue chiesa, de sévères critiques contre le Pape François : « Martini pape. Le rêve devenu réalité », le 15 octobre ; « Les encycliques ont un nouveau format: l’interview », 7 octobre ; « Ricca et Chaouqui, deux ennemis de l’intérieur », 26 août ; « Le virage de François », 3 octobre ; entre pas mal d’autres.

Mais il n’est pas le seul : « François est en train de fonder une nouvelle religion opposée au magistère catholique » (Mattia Rossi, Il Foglio, 11 octobre) ; « Nous n’aimons pas ce pape » (Alessandro Gnocchi et Mario Palmaro, évincés de Radio Maria, dans Il Foglio du 9 octobre) ; « Le troupeau avant la doctrine ? On risque de perdre les deux » (Rino Cammilleri, dans Il Giornale, 10 octobre).

Le concert de louange médiatique autour du Pape François est désormais loin d’être unanime en Italie. Pas seulement médiatique. Il faut savoir que les journalistes italiens “roulent” souvent pour des prélats de Curie, dont certains très hauts placés, qui leur fournissent des informations très sûres et leur demandent en retour de faire passer tel ou tel message. Les ecclésiastiques étant eux-mêmes très attentifs à l’opinion exprimée par ces journalistes et faisant passer à leur tour des messages dans le monde des dicastères. En fait, on peut même parler, surtout au niveau des plus grands, comme Sandro Magister, de groupes informels où ecclésiastiques et informateurs analysent à égalité.

François est-il attentif à ce phénomène qui a pris une importance qui dépasse les petites frondes classiques ? Ce n’est pas certain. Pape venu de la périphérie, il “fonctionne”, génialement au reste, avec des méthodes de gouvernement et de communication qu’il a expérimentées en Argentine. À la différence de son prédécesseur, qui vivait cloîtré, il voit chaque jour en multiples audiences formelles et une foule de contacts directs à Santa Marta, au téléphone, des quantités d’interlocuteurs divers. Mais est-il mieux informé pour autant ? Il n’est pas certain qu’il ait une grande capacité d’entendre et de voir au-delà de certains schémas. On ne saurait, au reste, demander à un homme de 78 ans, malgré une stupéfiante énergie, de réorganiser toutes les catégories d’analyse et grilles de lecture qu’il a forgées et utilisées tout au long de son existence.

Jean Mercier, de La Vie, souvent présent à Rome, est lui aussi un peu perturbé. Dans un article publié le 18 septembre sur son blogue, « Le pape est-il démago ? », il remarquait : « Charismatique et populaire, François n’hésite pas à poser les gestes qui font mouche et lancer les formules qui font le buzz. N’en fait-il pas un peu trop ? ». Le 4 octobre (« Malaise dans la communication »), il revenait sur le sujet : « François multiplie les interviews choc, suscitant la perplexité sur sa stratégie de communication. Se pose le problème des différents statuts de sa parole, et notamment lorsque la parole intime se trouve élevée à l’état de parole officielle. ». Et s’appuyant sur ce qu’il entend dans la Ville éternelle, il tire la sonnette d’alarme : la nouvelle donne est d’autant plus risquée « que le pape émérite est encore vivant et que certains pourraient être tentés d’entonner l’air du “Rendez nous Benoit XVI !”. Rien ne serait plus périlleux qu’une forme de schisme larvé entre deux sensibilités, l’une nostalgique du pape émérite, l’autre enthousiaste du nouveau pape ».

En effet. Au lieu de comparer, comme on le fait toujours sous un nouveau pontificat, un pape vivant et son prédécesseur décédé, ce qui était sans aucun risque pour la légitimité du premier, on peut aujourd’hui comparer entre deux papes bien vivants.

Pietro Parolin secrétaire d’État : le changement, c’est maintenant ?
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Six mois après son élection, le pape François vient de poser le premier acte significatif de son pontificat en faisant de Pietro Parolin, 58 ans, nonce au Venezuela, son secrétaire d’État. Depuis le début du pontificat, c’était d’ailleurs ce prélat extrêmement compétent en matière diplomatique, et porté par des voix entendues du nouveau pontife, qu’on donnait pour avoir le plus de chance d’accéder à la direction de la Curie romaine.

Diplomate dès l’origine, il est passé classiquement par diverses nonciatures. Il intégra ensuite la Deuxième Section de la Secrétairerie d’État (le ministère des Affaires étrangères du Saint-Siège), où en 2002, il accéda au poste de sous-secrétaire, qui le plaçait immédiatement après le substitut « pour les rapports avec les États ». Il y eut à traiter de dossiers très délicats, notamment concernant le Moyen Orient, les rapports avec les États-Unis. Pietro Parolin était donc au cœur du système curial lorsque Benoît XVI fut élevé au souverain pontificat en 2005. Il était un des meilleurs éléments du point de vue des compétences de « l’écurie Sodano », qui l’avait placé à ce poste de sous-secrétaire pour les États.

La secrétairerie d’État de Benoît XVI se configura alors comme ceci : le cardinal Bertone devint secrétaire d’État à la place du cardinal Sodano ; le substitut pour les Affaires générales était Mgr Filoni, qui remplaçait Mgr Sandri, aidé d’un assesseur Mgr Caccia ; le substitut pour les Rapports avec les États devint Mgr Mamberti, qui remplaçait Mgr Lajolo, aidé d’un sous-secrétaire, Mgr Parolin. Dans la Curie Bertone, Parolin se plaça, avec beaucoup de doigté, dans la ligne de Mgr Fernando Filoni, avec notamment Mgr Caccia, Mgr Carlo Viganò, Mgr Paolo Sardi, Mgr Polvani, qui tous freinaient des quatre fers tout ce qui semblait aller vers une « restauration » trop prononcée. Mais en 2009, les amis de Mgr Filoni sont promus… et écartés de la secrétairerie d’État : Mgr Parolin est nommé nonce au Venezuela ; Mgr Carlo Viganò est nommé au secrétariat du Gouvernement de l’État de la Cité du Vatican (il devra ensuite laisser sa place à Mgr Sciacca, de très mauvais gré, comme la première vague de « révélations » de documents personnels de Benoît XVI l’a fait connaître) ; Mgr Paolo Sardi, atteint par l’âge de la retraite (et qui a été souvent entendu par les enquêteurs sur lesdites « révélations »), est devenu patron de l’Ordre Souverain de Malte, poste qui lui fit revêtir la pourpre en 2010. Fernando Filoni lui-même quitta la secrétairerie d’État pour devenir préfet de la Congrégation pour l’Évangélisation des Peuples en 2011, et cardinal en 2012. 2013 : nouveau retour de balancier avec l’élection du pape François. Tous les observateurs pensaient qu’elle amènerait immanquablement la réapparition d’« opposants ». Mais lesquels ?

Les inconnues tenaient au fait que les grands électeurs du pape Bergoglio avaient été des hommes parfois très opposés entre eux, comme les cardinaux Bertone et Sodano, et également au fait que le nouveau pape inaugurait un mode de gouvernement au maximum personnel, sans nécessairement tenir compte de l’avis de ceux qui avaient fait son élection. En tout cas, la nomination de Mgr Parolin, qui devient aujourd’hui en quelque manière le deuxième personnage de l’Église, et pour lequel ses amis n’ont pas à regretter qu’il ait “manqué” le siège de Venise où ils voulaient le propulser en 2012, n’est pas une nomination inattendue. Elle confirme que l’actuel pontificat sera en bien des points sinon en réaction, en tout cas en distinction nette d’avec le précédent. Essentiellement sur un point d’importance majeure.

On ne sait pas encore comment va se déployer institutionnellement la fameuse « réforme de la Curie ». Ce qui n’a, à vrai dire, qu’une faible importance. La secrétairerie d’État pourrait y avoir un rôle théoriquement moindre (actuellement, elle est court-circuitée par le gouvernement informel qui entoure le pape à Santa Marta). Mais un secrétaire d’État qui sera en phase parfaite avec le Pontife, connaissant par ailleurs admirablement bien la machine curiale, pourrait au contraire avoir un rôle de fait bien plus important que celui du cardinal Bertone, voire même que celui du cardinal Sodano. Car il faut se rendre compte en quoi consiste en profondeur la démission de Benoît XVI. Elle a mis fin à une période de près d’un demi-siècle, durant lequel la préoccupation majeure du Saint-Siège de l’après-Concile est restée profondément doctrinale, et ce en deux directions principales : – l’interprétation du Concile, pour laquelle il s’agissait de trouver une troisième voie entre « progressisme » et « intégrisme » (celle, avec des inflexions différentes, de Montini, Wojtyla, Ratzinger) ; – et le magistère moral, en suite d’Humanae vitae, qui était pour le coup franchement anti-progressiste. Au point que, avec la nomination par Jean-Paul II, en 1981, du cardinal Ratzinger à la tête de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, celui-ci, incarnant ces deux préoccupations et y ajoutant ses propres visées liturgiques, est devenu le vrai deuxième personnage de l’Église. Avant de devenir le premier et d’être en quelque sorte son propre Préfet de la Foi. Mais dans la Curie Parolin, le Préfet de la Foi, quel qu’il soit, sera un personnage secondaire.

Le vrai tournant de 2013, ne réside pas dans la couleur des chaussures du pape, ni dans son logement au sein d’une pension ecclésiastique, autrement dit il ne réside pas dans un style nouveau, mais comme l’a fait notamment remarquer Sandro Magister dans une série d’articles très percutants, ce changement profond se trouve dans ce qu’il appelle quant à lui de manière polémique des « silences », et que nous qualifierions plutôt pour notre part de désintérêt.

Un cardinal recommande plus de femmes à la Curie
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Cardenal-Oscar-Andrés-RodríguezSelon The Sunday Times d’hier, le cardinal hondurien Oscar Andres Rodriguez Maradiaga, archevêque de Tegucigalpa et membre de la commission de réflexion et de proposition des huit cardinaux créée par le pape François en vue de la réforme de la Curie, souhaiterait que plus de femmes soient recrutées par la Curie romaine, selon ce qu’il a déclaré dans un entretien au quotidien britannique, une suggestion qui a été confirmée par le Père Federico Lombardi, directeur de la salle de presse du Saint-Siège, ce même dimanche. De mémoire, on ne compte en effet que deux femmes (une religieuse et une laïque) ayant des fonctions de sous-secrétaires dans les dicastères de la Curie.

Vers un remaniement de la secrétairerie d’État ?
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Je vous offre aujourd’hui la traduction d’un article d’intérêt du 8 avril de l’agence d’information catholique étatsunienne Catholic News Agency (CNA) qui est passée récemment dans le giron d’Eternal Word Television Network (EWTN). Il s’agit là, bien sûr, de rumeurs mais elles corroborent d’autres sources et mérites d’être connues.

Un haut responsable travaillant à la secrétairerie d’État a déclaré que le pape François envisage de rationaliser [la secrétairerie d’État] en la fusionnant avec une autre entité du gouvernement du Vatican.

Selon cette source – qui nous a accordé un entretien le 6 avril sous couvert d’anonymat –, le pape envisage de simplifier la Curie en combinant une partie de la première section de la secrétairerie d’État avec l’administration de la Cité et de l’État du Vatican. La première section s’occupe de la gestion de l’Église dans le monde entier.

Luigi Sandri, observateur de l’Église et historien des conciles du Vatican, a remarqué dans un entretien du 6 avril, « [qu’une] refonte [ou un réexamen] de la secrétairerie d’État, suivrait parfaitement la ligne du pape François qui se considère comme évêque de Rome ».

 

Le cardinal Giuseppe Bertello
Le cardinal Giuseppe Bertello

Une conséquence de changements de ce type serait de renforcer le pouvoir du cardinal Giuseppe Bertello.

Ancien observateur [du Saint-Siège] aux Nations Unies de Genève, ancien ambassadeur du Vatican en Italie, Bertello est aujourd’hui le président de l’administration de l’État et de la Cité du Vatican. Il est considéré comme le plus sérieux prétendant au poste de secrétaire d’État, particulièrement si sont vraies les informations selon lesquelles il aurait joué un rôle clé en faisant reporter des votes de la Curie sur [le pape] François lors du conclave.

Mais l’agenda pour la modification de la plus puissante congrégation au Vatican semble être fixé pour l’automne.

Un prêtre salésien qui travaille à la Curie romaine, a expliqué dans une conversation le 6 avril que « le cardinal Bertone [également salésien] ne quittera probablement par son poste avant septembre ».

On s’attend à ce que le cardinal Bertone, actuel secrétaire d’État, poursuive sa tâche au moins jusqu’à début mai dès lors qu’il est prévu qu’il ordonne à l’épiscopat le nouvel ambassadeur du pape [en Colombie], Monseigneur Ettore Balestero, le 27 avril en la basilique Saint-Pierre.

Comme Monseigneur Balestero nous l’a expliqué lors d’une conversation fin mars, le pape François a décidé que les nouveaux nonces seront désormais toujours ordonnés évêques par le secrétaire d’État. D’autre part, les chefs de ces départements ordonneront les secrétaires des congrégations, nous a-t-il déclaré.

Les spéculations sur qui prendra les rênes comme prochain secrétaire d’État, ont commencé très tôt après l’élection du pape François.

Le cardinal Bertello semble tout à fait être en pole position, mais une autre suggestion a vu le jour : le pape pourrait nommer un nonce actuellement en fonction, comme son nouveau secrétaire d’État.

Cela satisferait ce qu’on appelle le cercle des diplomates, les cardinaux et les monsignores de la Curie qui ont soutenu que Bertone n’était pas taillé pour la fonction parce qu’il n’avait aucune formation diplomatique. Cet arrangement satisferait également la nécessité d’un changement significatif le “salle des machines” du Vatican après le scandale du Vatileaks.

Il y a trois autres prétendants qu’on considère largement être dans la course au piste de secrétaire d’État : l’archevêque Lorenzo Baldisseri, ancien nonce du pape au Brésil et actuel secrétaire de la Congrégation pour les évêques, l’archevêque Luigi Ventura, nonce en France et ancien nonce au Canada, et l’archevêque Claudio Maria Celli, président du Conseil pontifical pour les communications sociales et qui a précédemment travaillé à la secrétairerie d’État.

Le pape François au Latran ?
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basilique_saint_jean_de_latran_romeLa salle de presse du Saint-Siège vient d’annoncer que c’est dimanche 7 avril que le pape François, en tant qu’évêque de Rome, prendra possession de sa chaire épiscopale de la basilique Saint-Jean-de-Latran, à 17 h 30.

On murmure à Rome que cette date pourrait aussi être celle de l’emménagement du pape François au palais du Latran. Une telle décision expliquerait alors pourquoi le Souverain Pontife n’a pour l’instant pas jugé utile d’emménager dans les appartements pontificaux et préféré prolonger son séjour à la résidence Sainte-Marthe.

Jusqu’à l’exil de la papauté en Avignon, le palais du Latran a été la résidence pontificale pendant près d’un millénaire, le transfert du Vatican au Latran n’aurait donc rien de “moderne” mais pourrait bien traduire la volonté du pape François de mieux préparer la réforme de la Curie en s’en éloignant.

La Curie confirmée par le pape François, “donec aliter provideatur”
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Il faudrait qu’on s’en avise, car j’ai lu des commentaires ici et là qui sont fautifs. Du jour de son élection régulière dans le conclave le pape François a été revêtu de toute la plénitude de son office pontifical. La Messe dite “d’intronisation” du 19 mars ne marquera donc pas le commencement de son pontificat : il a déjà commencé. Il peut donc prendre les décisions qu’il estime appropriées au bien de l’Église. C’est, par exemple, ce qu’il a fait en confirmant hier tous ceux qui sont en fonction à la Curie romaine – préfets de dicastères, secrétaires, etc. – ce qu’ont fait également tous les pontifes précédents. En se sens, cette décision est tout à fait traditionnelle. Cette confirmation a été faite donec aliter provideatur, ce qu’on pourrait traduire par « jusqu’à ce qu’il en soit disposé autrement » ou « jusqu’à ce que d’autres mesures soient prises ». Ce qui est tout à fait normal : le Souverain Pontife entend que la Curie se (re)mette au travail – puisque toutes les fonctions curiales avaient été suspendues pendant la vacance du Siège – sans se lier les mains pour l’avenir. On peut toutefois être assuré que le pape François prendra des mesures tant sur la “voilure” que sur les fonctions de la Curie et sur ceux qui les occupent. La “réforme” de la Curie était à l’ordre du jour des différentes congrégations générales cardinalices. Le troublant c’est que des commentateurs ont fait remarquer que la candidature du cardinal Bergoglio aurait été poussée par l’alliance surprenante des cardinaux Angelo Sodano et Tarcisio Bertone, les deux derniers secrétaires d’État qui pourtant n’ont pas su, pu ou voulu réformer cette Curie quand ils en avaient le pouvoir…

Mgr Müller “crossé” par le cardinal Bertone
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On ignore qui sera le prochain Pape. Voilà qui est certain. Mais ce qui est dans l’ordre du probable, c’est que le prochain Pape devrait se dispenser des services de l’actuel préfet de la Congrégation de la doctrine de la Foi, Mgr Gerhard Müller, nommé à cette fonction par Benoît XVI en remplacement du cardinal américain William Levada.

Andrès Beltramo Àlvarez a consacré un article le 18 février dernier à la dernière déconvenue de Mgr Müller, dans Vatican Insider (un blogue de La Stampa), sous le titre non équivoque : « Et Bertone passa un savon à Müller ».

card_bertoneL’Université catholique “rebelle” de Lima au Pérou, en raison du caractère hétérodoxe de l’enseignement de théologie qui y été dispensé, avait été vivement critiqué par le cardinal Juan Luis Cipriani Thorne, archevêque de Lima et Rome avait enlevé à l’Université ses qualificatifs de «catholique » et de « pontificale » (décret de juin 2012). Une décision très grave révélatrice de la gravité de la situation. Mais, dans une lettre de janvier dernier, Mgr Müller priait le cardinal de revenir sur sa décision d’interdire d’enseignement les théologiens hétérodoxes et de les maintenir tant que le Saint-Siège n’aurait pas étudié le cas et rendu son verdict : il voulait se garder le dernier mot contre l’autorité locale… Mgr Müller est très lié à l’ancienne Université « catholique et pontificale » dont il reçut, malgré les objurgations du cardinal Cipriani Thorne, un doctorat “honoris causa”… Cette lettre a été jugée tellement incongrue tant par la forme (une simple télécopie) que par le fond (ingérence inadmissible en droit canonique dans l’expression de l’autorité d’un évêque) par le cardinal qu’il s’en est ému en haut lieu à Rome. Agissant sur ordre du pape, le cardinal Tarcisio Bertone a convoqué une réunion cardinalice voici quelques jours, qui a eu pour effet d’invalider l’initiative « personnelle » de Mgr Müller, écrite hors les formes et les canaux requis, sans consultation des spécialistes de la Congrégation pour la doctrine de Foi et contraire au droit canonique. Rien que ça ! Sous les formes prescrites, le cardinal Bertone a fait savoir au cardinal Juan Luis Cipriani Thorne que la démarche de Mgr Müller était nulle et non avenue, et que le Saint Siège ne changeait rien à ce qu’il avait décidé en juin 2012. C’est un coup sévère porté au préfet et, écrit Andrès Beltramo Àlvarez, « certains à l’intérieur de la Curie commencent à s’interroger si [Mgr Müller] est vraiment idoine à ce poste d’énorme responsabilité qui n’autorise aucune erreur ou improvisation tant dans la forme que dans le fond »

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