Divers Osservatore

Synode sur l’Amazonie : Benoît XVI intervient par procuration…
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Notre confrère de L’Homme nouveau publie un article de l’abbé Claude Barthe commentant un événement qui vient de se dérouler à Rome, les 27 et 28 septembre : la réunion annuelle du Ratzinger-Schülerkreis, le Cercle des anciens étudiants du professeur Joseph Ratzinger.

Le cardinal Müller y est intervenu sur le thème « Les défis actuels du ministère ordonné dans l’Église ». Il a demandé que l’on veille à ce que « le soi-disant chemin synodal d’Allemagne ou le Synode amazonien ne se terminent pas par le désastre de la sécularisation de l’Église ».

« Dans ce colloque, outre la conférence de l’ancien Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la Foi sur « les exigences de la consécration », intervenaient le professeur Karl-Heinz Menke, sur « le sacerdoce ministériel dans l’Église », Marianne Schlosser 1, historienne de la spiritualité, sur « la consécration et le célibat pour le Royaume des Cieux », cependant que le cardinal Kurt Koch, président du Conseil pour le dialogue, a prononcé les allocutions de bienvenue et de clôture.

Conférences très ciblées, comme on le voit, avant le mois de tous les dangers pour la foi et la discipline que sera le mois d’octobre romain. […]

Et en conclusion, le colloque a lancé un message dans lequel est affirmé : « La présence du Christ ne doit pas se limiter à la seule action sacramentelle, mais elle doit devenir reconnaissable et efficace dans la vie quotidienne. Cela comporte les obligations de l’obéissance et du célibat pour le Royaume des cieux, qui sont des expressions humaines et spirituelles de la configuration sacramentelle du prêtre au Christ ».

À bons entendeurs synodaux… »

  1. Il est à noter que la théologienne Marianne Schlosser, membre de la Commission théologique internationale, avait reçu des mains même du pape François, le 17 novembre 2018, le prix Ratzinger dont elle était l’un des deux lauréats cette année-là. Elle vient, voici quelques jours, de décliner l’invitation de la Conférence épiscopale d’Allemagne, à participer au « chemin synodal » lancé par l’épiscopat allemand, alors même qu’elle est conseillère d’une commission de cet organisme…
« Que tout genou fléchisse » devant la Sainte Eucharistie
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Nos confères et amis italiens, La Fede Quotidiana, Stilum Curiæ de Marco Tosatti, La Nuova Bussola Quotidiana, et bien d’autres ont soutenu les efforts d’un comité « Unis avec Jésus Eucharistie », organisé pour réclamer des pasteurs de l’Église la réception de la communion sur les lèvres, et si possible à genoux. Autrement dit pour réclamer le droit, car l’instruction Memoriale Domini, du 29 mai 1969, a permis la communion dans la main – qui se distribuait sans autorisation un peu partout – à titre seulement d’« exception » : la communion traditionnelle restait et reste théoriquement la règle dans toute l’Église, Rome s’en remettant au jugement des Conférences épiscopales pour permettre la communion dans la main. Mais, comme on sait, l’exception est depuis longtemps devenue la norme, la grande majorité des Conférences ayant adopté ce nouveau mode de réception de la communion. Elle est même parfois même pratiquement obligatoire.

« Unis avec Jésus Eucharistie » va tenir un congrès à Rome, le 5 octobre, à la veille de l’assemblée du Synode sur l’Amazonie, pour faire connaître au maximum de cette requête : revenir à la discipline traditionnelle de l’Église et au respect de la Sainte Eucharistie. Y donneront des conférences le cardinal Raymond Burke, le cardinal Albert Malcolm Ranjith, qui fera à cette occasion sa “rentrée”, sur la pointe des pieds, dans les combats d’Église, Mgr Athanasius Schneider, auteur de Corpus Christi. La communion dans la main au cœur de la crise de l’Église, (Contretemps, 2014), Monseigneur Nicola Bux, le professeur Gotti Tedeschi, ancien président de l’IOR, la banque vaticane, et une série d’autres personnalités, comme Don Federico Bortoli, un prêtre très connu en Italie, auteur de La distribution de la communion dans la main. Études historiques, canoniques et pastorales (Artège, 2019).

Le comité italien a lancé une pétition pour que la règle redevienne la règle – ce qui, hors de l’Église conciliaire, ne serait pas trop demander… – et a déjà obtenu plus de 10 000 signatures…

Nouvelle déclaration de prélats sur des confusions actuelles dans l’enseignement de l’Église
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Nos confrères de L’Homme Nouveau viennent de mettre en ligne un article de l’abbé Claude Barthe qui synthétise un long papier de Edward Pentin, le vaticaniste bien connu, paru dans le National Catholic Register de ce jour (10 juin). L’article de Pentin est lui-même une analyse d’une déclaration en 40 points datée du 31 mai dernier, signée par deux cardinaux et trois évêques. Voici le texte publié sur le site de L’Homme Nouveau.

*

Le cardinal Burke, patron de l’Ordre souverain militaire de Malte, le cardinal Janis Pujats, archevêque émérite de Riga (Lettonie), et trois évêques, Mgr Tomash Peta, archevêque de Sainte Marie à Astana, Mgr Jan Pawel Lenga, archevêque émérite de Karaganda et Mgr Athanasius Schneider, évêque auxiliaire de Sainte-Marie d’Astana (Kazakhstan) viennent ce matin du lundi de Pentecôte de rendre publique une Declaration of Truths, « Déclaration des vérités », réaffirmant les enseignements de l’Église concernant les points aujourd’hui les plus mis à mal, jusqu’au plus haut niveau, dans une époque qu’ils qualifient de « confusion et désorientation doctrinales quasi universelle ». L’information et le texte de huit pages sont donnés par le vaticaniste Edward Pentin, dans le National Catholic Register.

Les rappels moraux concernent la procréation, le mariage et visent spécialement la doctrine d’Amoris lætitia qui fait difficulté :

« Quiconque, époux ou épouse, qui a obtenu un divorce civil du conjoint avec lequel il est validement marié et qui a contracté un mariage civil avec une autre personne du vivant de son conjoint légitime, et qui vit maritalement avec le partenaire civil, choisissant de rester dans cet état en pleine connaissance de la nature de l’acte posé et avec plein consentement à cet acte, est dans un état de péché mortel et ne peut donc recevoir la grâce sanctifiante, ni croître en charité. »

En prévision de l’assemblée du Synode sur l’Amazonie, dont tout porte à croire qu’il remettra en question la discipline du célibat sacerdotal, les déclarants affirment :

« La loi par laquelle les prêtres sont tenus d’observer la continence parfaite dans le célibat découle de l’exemple de Jésus-Christ et appartient à la tradition immémoriale et apostolique selon le témoignage constant des Pères de l’Église et des Pontifes Romains. Pour cette raison, cette loi ne doit pas être abolie dans l’Église romaine par la nouveauté d’un célibat sacerdotal facultatif, que ce soit au niveau local ou universel ».

Sur l’œcuménisme, ils ont ces paroles définitives :

« Le véritable œcuménisme veut que les non catholiques entrent dans l’unité que l’Église catholique possède déjà indestructiblement en vertu de la prière du Christ, toujours entendue par son Père, “afin qu’ils soient un” (Jean 17,11) ».

Mais l’article de la Déclaration le plus fort est l’article 9, qui vise directement et terme à terme la phrase du document d’Abu Dhabi, signé conjointement par le pape François et l’imam d’Al Azhar, du 4 février 2019, portant sur le fait que Dieu voudrait la diversité des religions :

« La religion née de la foi en Jésus-Christ, le Fils incarné de Dieu et le seul Sauveur de l’humanité, est la seule religion voulue positivement par Dieu. Erronée donc l’opinion qui dit que de même que Dieu veut positivement la diversité des sexes masculin et féminin et la diversité des nations, de même il veut aussi la diversité des religions ».

Pour finir, le document en appelle au témoignage de foi des pasteurs et des fidèles, manifestant l’infaillibilité in credendo de l’Église :

« Une voix commune des Bergers et des fidèles par une déclaration précise des vérités sera sans aucun doute un moyen efficace d’aide fraternelle et filiale pour le Souverain Pontife dans la situation extraordinaire actuelle de confusion et de désorientation doctrinale générale dans la vie de l’Église ».

Cardinal Müller : le cléricalisme n’est pas la racine de la crise actuelle
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Dans son homélie prononcée à Rome le 15 septembre, lors de l’ordination sacerdotale de Michael Sulzenbacher – de la congrégation des Serviteurs de Jésus et Marie (Servi Jesus et Mariæ)  créée en Allemagne et reconnue de droit pontifical en 1994 –, le cardinal Gerhard Müller, préfet émérite de la Congrégation pour la doctrine de la foi, a abordé des sujets actuellement débattus et, pour tout dire, des sujets… qui fâchent !

La crise que nous traversons est une « crise profonde de crédibilité causée par des hommes » a affirmé le cardinal. Il voit dans cette crise un danger potentiel de division – il utilise le mot allemand Spaltung qui peut aussi signifier scission –, similaire « à la division de la chrétienté au XVe siècle ou à la sécularisation de la vie spirituelle à la suite des Lumières et de la Révolution française » […] « Ce n’est pas le cléricalisme, quoi que cela puisse signifier, mais plutôt de s’être détourné de la vérité et la licence morale qui sont les racines du mal […] La corruption de la doctrine entraîne toujours la corruption de la morale et s’y manifeste […] Le grave péché contre la sainteté de l’Église, sans en manifester le moindre remord, est la conséquence de la relativisation de la fondation dogmatique de l’Église. C’est la vraie raison d bouleversement et de la déception de millions de fidèles catholiques ». Citant le Père Hubert Jedin (1900-1980), historien des religions, le cardinal Müller tire de son ouvrage Le Concile de Trente cette citation : « Le mot réforme cachait l’hérésie et le schisme qui en résulta » (T. I, p. 151 de l’édition originale en allemand). Puis il poursuit : « Tout comme alors, on parle aussi aujourd’hui de réforme », une « formule de propagande » abondamment reprise dans les médias : « réforme de la curie et réforme de l’Église toute entière […] La vraie réforme ce n’est pas la sécularisation de l’Église mais la sanctification de l’homme pour Dieu ».

Abordant, indirectement, les changements pastoraux voulus par le pape François, le cardinal Müller estime que « c’est une hérésie de penser qu’on puisse préserver l’enseignement de l’Église tout en inventant une nouvelle approche pastorale pour les faiblesses de l’homme, qui édulcorerait la vérité de la Parole de Dieu et la morale chrétienne ». Il s’agit là, pour le cardinal, d’une « nouvelle hérésie christologique  » qui consiste à « opposer l’un à l’autre, le Jésus “Maître de la vérité divine” et le Jésus “bon pasteur” ».

On trouvera l’intégralité de l’homélie en allemand ici sur Kath.net et une synthèse en anglais là sur LifeSiteNews.

Quand Tornielli convient de la véracité des éléments fournis par Mgr Viganò
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Ce n’est pas le calomnier ni l’injurier, que de dire qu’Andrea Tornielli est l’un des journalistes les plus proches du pape François… Dans un article du blogue Vatican Insider de La Stampa, publié le 10 septembre et écrit en collaboration avec Salvatore Cernuzio, on peut lire dès le deuxième paragraphe de cet article qui en comporte dix-sept, cette affirmation imprimée en gras : « il est évident que l’ancien nonce aux États-Unis a cité des dates et des documents en sa possession (ou qui sont passés sous ses yeux) qu’il n’y a aucune raison de mettre en doute ». Tornielli, bien sûr, s’empresse d’ajouter : « Mais il est désormais tout aussi évident – et cela est prouvé – que l’auteur du “communiqué” a été sélectif dans ses souvenirs ». On ne voit pas très bien la symétrie entre la véracité des éléments fournis dans le témoignage – c’est le mot employé l’archevêque Viganò – et l’imputation que tout n’y soit pas dit. Pour ce qui est d’être “sélectif”, Tornielli l’est aussi puisqu’il signale certes « des dates et des documents » du témoignage de Mgr Viganò, mais pas que ce témoignage comporte aussi beaucoup de noms… On pourrait aussi reprocher à Tornielli de commencer son second paragraphe par « L’affaire[en français dans le texte] Viganò, che ha portato alla luce… », car il n’y a pas d’affaire Viganò, mais une affaire McCarrick, une affaire de dissimulation de crimes et délits sexuels, une affaire d’évêques aux États-Unis, une affaire de la Curie romaine, etc. Mais baste… Apprécions, comme il se doit, que le journaliste ne remette pas en cause, comme d’autres, la véracité des dates et des documents signalés dans le texte de l’ancien nonce…

Parution attendue : « Le Pape dictateur »
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Lorsque parut, en novembre 2017 sous la forme d’un livre numérique Il Papa Dittatore, d’un auteur signant du pseudonyme Marcantonio Colonna, ce fut un sacré coup de tonnerre dans un ciel romain qui n’était pourtant pas azuréen… Il ne fallut guère de temps pour que le pontificat du pape François commencé dans l’étonnement, accumule des volutes de réticences, des voiles d’incompréhensions voire d’épais nuages de doutes. La parution, e décembre suivant,  de la première édition “papier” en anglais chez Regnery, aux États-Unis, de The Dictator Pope, allait donner une dimension internationale à cet ovni éditorial qui, au milieu de la papolâtrie médiatique ambiante, jetait sur le pontificat une lumière crue non sans affoler certains secteurs de la Curie. L’ouvrage, qui allait connaître une seconde édition révisée en langue anglaise au mois d’avril dernier, s’installait dans la liste des livres à succès dans ses versions électroniques et imprimées. Entretemps, l’auteur avait révélé, le 19 mars 2018, sa véritable identité. Il s’agissait d’Henry Sire, historien britannique, historiographe de l’ordre de Malte et fin connaisseur de la Ville éternelle où il a passé de longues années. Les Presses de la Délivrance viennent d’avoir le courage de publier en français Le Pape dictateur, dans une fluide traduction de Jeanne Smits. Henry Sire est tout sauf un polémiste, mais il est éberlué du conformisme des médias anglophones et francophones sur l’actuel pontife romain. En effet, à la différence des médias italiens ou hispanophones, qui n’hésitent pas à montrer la réalité du pontificat, les médias occidentaux prétendent que le pape François est un grand réformateur opposé à des cardinaux “ultra conservateurs”. La réalité, c’est que, depuis cinq ans, la réforme de la Curie n’a guère progressé. Pire, le pape a stoppé de nombreuses réformes entamées par Benoît XVI. En particulier, la réforme des finances et la réforme des mœurs. La secrétairerie d’État a repris le contrôle des finances – obtenant, en particulier, l’éviction du cardinal Pell, trop indépendant et donc trop “dangereux” pour certaines coteries. En six chapitres fort documentés, Henry Sire nous offre une substantielle contre information sur les origines et la réalité du pontificat : La mafia de Saint-Gall, Le cardinal venu d’Argentine, Une réforme ? Quelle réforme ?, De nouveaux sentiers (tortueux), Miséricorde ! Miséricorde !, et Kremlin Santa Marta… Nous reviendrons abondamment sur ce livre passionnant, mais il faut absolument que ce soit un succès – malgré la conspiration du silence médiatique qui va probablement s’abattre sur lui. Alors, achetez-le, lisez-le, offrez-le. Et profitez de l’offre des Presses de la Délivrance : les frais de port sont offerts jusqu’au 31 juillet !

Pour le commander, c’est ici !

Franciscains et Franciscaines de l’Immaculée : nouvelles du front
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La chronique de l’affaire des Franciscains et Franciscaines de l’Immaculée s’est enrichie de quelques paragraphes ces derniers mois.

Tout d’abord, nous avions signalé dans ces colonnes l’assemblée générale des sœurs : elle a eu lieu mi-avril à Rome. Et il y eut au moins une surprise : la présence du cardinal Braz de Aviz, préfet de la Congrégation des religieux, et celle de Mgr Carballo, secrétaire du même dicastère étaient attendues, moins celle du Père Sabino Ardito, commissaire des Frères Franciscains de l’Immaculée ! Que venait-il faire dans cette galère, serions-nous tentés d’ironiser ? Toute honte bue, il venait benoîtement présenter aux sœurs leurs nouvelles constitutions. Les précédentes, approuvées en 1998, devaient être trop catholiques ! Relevons que le P. Ardito manque d’originalité car il avait déjà tenté la même manœuvre avec les Frères précédemment. Le résultat fut le même : un rejet franc et massif. Les religieux et religieuses ne peuvent supporter qu’un “étranger” leur dise comment vivre alors même que, non seulement, il ignore tout du charisme particulier des instituts, mais encore il a manifesté une volonté d’annihiler cette partie de l’héritage de saint Jean-Paul II ! Notons aussi que, à cette occasion, les autorités ont exprimé une vive animosité envers ces jeunes frères qui sont sortis des FFI en 2014 pour refonder une communauté avec un style plus décisivement traditionnel. La présence de ces derniers à la Marche pour la Vie à Rome et au dernier pèlerinage de chrétienté vers Chartres montre qu’ils ne s’en laissent pas conter… et qu’ils ont des vocations ! Quand donc cette clique d’idéologues comprendra ce qui anime les âmes de ces jeunes gens qui refusent, fermement et légitimement, une vie religieuse au rabais ?

Sur le front judiciaire, les nouvelles se succèdent et se ressemblent, les adversaires du fondateur des FFI perdant procès sur procès. Le 8 mai dernier devait avoir lieu une audience pour une cause relative aux biens des associations qui soutenaient les FFI et les SFI. Sur le banc des accusés devaient se retrouver le fondateur, le père Stefano Manelli, et deux autres pères FFI. L’audience fut reportée à cause de l’absence… du juge ! Comme la qualification du délit est mineure – “fausse déclaration” – il y a fort à parier que les poursuites seront abandonnées… Il semble que la magistrature italienne ne prenne pas vraiment au sérieux cette affaire, aucune raison grave n’étant avancée par le juge pour son absence.

Par ailleurs, nous avions signalé les accusations de meurtre contre le Père Stefano Manelli. Elles étaient rassemblées dans un livre écrit par Loredana Volpi, nièce du premier commissaire, et Mario Castellano, conseiller juridique du même. Des responsables des associations de bienfaiteurs, nommés dans l’ouvrage, ont alors intenté un procès en calomnie. Le blogue de Marco Tosatti nous apprend que Loredana Volpi a préféré un règlement à l’amiable et a rendu publique une lettre, également envoyée au pape François et à deux grands quotidiens nationaux, où elle reconnaît avoir purement et simplement inventé ces accusations ! Relevons que cette dame est engluée dans une autre affaire (voir ici) où elle risque bien plus. Pour connaître un peu plus les dessous de cette affaire nous renvoyons à un article d’un de nos confrères qui montre aussi la personnalité trouble – pour ne pas dire plus – du co-auteur du livre en question. À notre connaissance, Mario Castellano ne s’est pas associé à la démarche de Loredana Volpi… Les affaires sont donc loin d’être terminées… En attendant les accusations contre le fondateur s’écroulent les unes après les autres, manifestant en creux les motivations fort peu catholiques de ses ecclésiastiques persécuteurs. À ce propos, signalons un reportage de la RAI qui est en fait une enquête sur un scandale financiario-criminel au plus haut niveau de la hiérarchie de l’Ordre des Frères Mineurs – les Franciscains “canal historique”. C’est à se demander pourquoi le Saint-Siège envoie des commissaires chez les FFI – qui sont innocents – et se désintéresse de tant de scandales dans les grands ordres ? Pour les Frères Mineurs, nous oserons un début de réponse : leur supérieur général au moment des faits les plus graves n’est autre que José Carballo, maintenant secrétaire de la Congrégation des religieux. Bizarre, vous avez dit bizarre ?…

Document : « Église catholique, où vas-tu ? »
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Hier, samedi 7 avril, s’est tenue à Rome une réunion très attendue organisée par l’association Les Amis du cardinal Carlo Caffara. On se souvient que ce dernier, archevêque émérite de Bologne, rappelé à Dieu en septembre dernier, était un des quatre cardinaux signataires des Dubia adressées au Saint-Père pour qu’il éclaircisse certains points ambigus d’Amoris lætita. Avants son décès, le cardinal avait émis le vœu qu’une telle réunion soit organisée. Elle s’est donc tenue en présence des cardinaux Walter Brandmüller et Raymond Burke, de Mgr Athanasius Schneider, évêque auxiliaire d’Astana (Kazakhstan) et de Marcello Pera, ancien président du Sénat italien. Une déclaration finale a été lue par Gianpaolo Barra, rédacteur en chef du mensuel catholique Il Timone, puis diffusée. En voici le texte intégral.

En raison des interprétations contradictoires de l’exhortation apostolique Amoris lætitia, la confusion et le désarroi vont croissant parmi les fidèles du monde entier.

La demande urgente d’environ un million de fidèles, de plus de 250 professeurs et aussi de cardinaux d’une réponse clarificatrice du Saint-Père à ce sujet, n’a toujours pas été entendue.

Devant le grave danger que cela cause à la foi et à l’unité de l’Église, nous, baptisés et confirmés, membres du Peuple de Dieu, nous sommes appelés à réaffirmer notre foi catholique.

Le Concile Vatican II nous autorise et nous encourage à le faire, lui qui, dans Lumen gentium, n. 33, déclare : « Ainsi, tout laïc, en vertu des dons qui lui ont été faits, constitue un témoin et en même temps un instrument vivant de la mission de l’Église elle-même “à la mesure du don du Christ” (Ep 4, 7) ».

Le bienheureux John Henry Newman nous y encourage aussi, lui qui, dans un écrit que l’on peut dire prophétique, Sur la consultation des fidèles en matière de doctrine, indiquait, déjà en 1859, l’importance du témoignage de la foi de la part des laïcs.

C’est pourquoi, nous témoignons et confessons selon l’authentique tradition de l’Église que :

1) Le mariage ratifié et consommé entre deux baptisés ne peut être dissous que par la mort.

2) Ainsi, les chrétiens qui, unis par un mariage valide, s’unissent à une autre personne alors que leur conjoint est encore en vie, commettent le grave péché d’adultère.

3) Nous sommes convaincus qu’il existe des commandements moraux absolus, qui obligent toujours et sans exception.

4) Nous sommes également convaincus qu’aucun jugement subjectif de conscience ne peut rendre bonne et licite une action intrinsèquement mauvaise.

5) Nous sommes convaincus que le jugement sur la possibilité d’administrer ou non l’absolution sacramentelle ne repose pas sur la question de l’imputabilité du péché commis, mais sur le propos du pénitent d’abandonner un mode de vie contraire au commandement divin.

6) Nous sommes enfin convaincus que les divorcés “remariés” civilement, qui ne sont pas disposés à vivre dans la continence, se trouvant dans une situation objectivement opposée à la loi de Dieu et ne peuvent accéder à la communion eucharistique.

Notre Seigneur Jésus-Christ dit : « Si vous demeurez dans ma parole, vous êtes vraiment mes disciples, et vous connaîtrez la vérité et la vérité vous rendra libres » (Jn 8, 31-32).

Dans cette assurance, nous confessons notre foi devant le suprême pasteur et maître de l’Église en même temps que devant les évêques, et nous leur demandons de nous confirmer dans la foi.

Le Vatican veut-il faire taire InfoVaticana ?
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Pour la septième année consécutive, le cabinet Baker McKenzie a obtenu une notation parfaite lors de la campagne 2017 de la Human Rights Foundation pour l’égalité dans l’entreprise, gagnant le titre de « Meilleur lieu de travail aux États-Unis pour les LGBT ». Septembre 2017 : Baker McKenzie Londres publie ses directives pour la transition transgenre. 13 000 collaborateurs, 2 milliards de chiffre d’affaires, 77 bureaux dans 47 pays : le cabinet Baker McKenzie est le deuxième cabinet d’avocats au monde.

C’est surtout, comme le relève Il Messaggero, principal quotidien romain, le cabinet choisi par le Vatican pour annihiler le portail d’information espagnol InfoVaticana.

Depuis mai 2017, « la firme » – comme l’appellerait John Grisham – poursuit Gabriel Ariza, le directeur d’InfoVaticana, lui intimant, à la demande de la Secrétairerie d’État du Vatican :

1. de changer ses logos, pourtant régulièrement déposés au niveau espagnol, au motif que l’un reproduit les clés de saint Pierre et l’autre le blason de la Cité du Vatican,

2. puis, InfoVaticana n’ayant retiré que le blason de la Cité du Vatican mais conservé les clés de saint Pierre (considérées symbole héraldique), de transférer aussi « immédiatement » le nom de domaine à la Secrétairerie d’État (courrier de 7 pages du 7 août 2017), menaçant même Gabriel Ariza d’une plainte pour « concurrence déloyale ».

En décembre 2017, Infovaticana, qui repose sur une équipe de trois personnes dont seulement une est salariée, achève de retirer tous les logos incriminés de son portail et adopte une nouvelle identité visuelle et en informe le Vatican demandant en revanche l’arrêt de toute action légale de sa part et l’abandon de la requête de transfert de propriété du nom de domaine, arguant que, dans le domaine de l’information hispanophone la formule info + objet est courante.

Baker McKenzie, qui jusque-là avait indiqué que son client désirait une solution amiable, réitère alors la requête de transfert immédiat du nom de domaine, concédant toutefois un délai de six mois pour permettre la redirection du trafic d’InfoVaticana vers un nouveau site.

Gabriel Ariza vient de répondre qu’InfoVaticana refusait de céder à cette tentative de censure, révélant que c’était le cardinal Blazquez, président de la conférence épiscopale espagnole, qui était intervenu auprès de la nonciature à la requête de plusieurs de ses confrères, pour demander la fermeture d’InfoVaticana. Plus que la liberté de ton – plus souvent respectueux et déférent que polémique – c’est le travail même d’information du site, et son succès (plus de 60 000 visites quotidiennes) qui gêne certains évêques espagnols. InfoVaticana met en effet au grand jour toutes les compromissions quotidiennes de ces prélats avec cette mondanité si souvent décriée par le pape François et si arrogante en Espagne, de Podemos qui rêve de rallumer la guerre civile aux lobbies gay, catalan ou féministe devant lesquels tant d’ecclésiastiques ibériques se couchent.

Que le Vatican protège son image est une chose, que le Vatican couvre la corruption de son clergé en est une autre. Surtout, encore une fois, flotte comme un air d’hypocrisie du côté de Santa Marta : alors que le pape François se fait le champion de la lutte contre la mafia et des droits des plus faibles, sa Secrétairerie d’État s’offre les services d’un des plus puissants et coûteux cabinets d’avocats du monde pour faire taire une voix non alignée.

FFI : Fideliter, Tosatti, Gotti-Tedeschi…
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L’actualité médiatique a quelque peu fait revenir l’affaire des franciscains de l’Immaculée (FFI) sur le devant de la scène. Tout d’abord, la revue Fideliter – émanation de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X – consacre un double article sous la plume de M. l’abbé Sélegny dans les numéros de juillet-août et de septembre-octobre. Par la suite, le site du vaticaniste Marco Tosatti a diffusé un appel en leur faveur de M. Ettore Gotti-Tedeschi, ex directeur de l’Institut des Œuvres de Religion (IOR) communément appelé “banque du Vatican”. Enfin, quelques nouvelles sont arrivées sur le front judiciaire.

Dans ses articles M. l’abbé Sélégny montre une bonne connaissance de l’affaire et de certains de ses mouvements internes. Sa conclusion révèle toutefois qu’il cherche à entrevoir une stratégie romaine dans le traitement de l’affaire. Notre hypothèse – peut-être extrême – est qu’il n’y en a pas en dehors de celle de la destruction, matérielle ou spirituelle ; la seule “stratégie” devient alors de la rendre acceptable médiatiquement. Les réactions internes et externes vont vite la rendre vaine car les diverses autorités sont incapables de mettre en évidence un motif plausible, même les bruits de couloirs du Vatican sont étonnamment discrets sur ce point alors que l’expérience de scandales récents montre bien que ce canal finit par révéler quelques vérités.

Par ailleurs, remémorons à nos lecteurs une affaire que nous avions relayée : celle des fameuses suspensions a divinis. Touchant six prêtres des FFI, elles étaient abusives tant par les motifs invoqués – de vrais et purs mensonges – que par la procédure appliquée – les supposés coupables n’ont jamais eu l’occasion de se défendre ou de rétracter leurs éventuelles erreurs. L’histoire s’est terminée par la révocation de ces suspensions après une bataille courageuse de ces prêtres. Ayant fait appel directement au commissaire de l’époque (le Père Volpi) qui les avait fulminées, puis à la Congrégation des Religieux, ils ont fini par se tourner vers le Tribunal de la Signature Apostolique devant le silence obstiné des deux premières instances. Le Tribunal intervint devant l’énormité des abus constatés de la part des autorités et obtint le rétablissement de leurs pleins droits sacerdotaux.

Ce petit rappel est utile car il révèle une vraie politique de terre brûlée qui, si elle vise aussi à terrifier, ne peut qu’aboutir à une destruction. Il y a aussi une petite note d’espoir, car le Tribunal de la Signature Apostolique a fait son travail, alors que le cardinal Burke en avait déjà été déplacé.

Le volet judiciaire de l’affaire, surtout contre la personne du fondateur, le Père Stefano Manelli, a tendance à se refermer dans une discrétion qui en dit long sur l’inconsistance des accusations proférées (agression sexuelle, escroquerie, aliénation de biens ecclésiastiques…). Il convient de signaler ici que des membres de la famille de feu le Père Volpi ont tenté de déposer plainte pour meurtre (par empoissonnement !) suite à son décès : la procédure a définitivement été enterrée après avoir été classée sans suite une première fois. La dernière procédure en cours concerne un éventuel abus de confiance pour ce qui concerne la gestion des associations civiles qui administraient les biens dont usaient les FFI pour leur apostolat. La question patrimoniale a pris une singulière importance pour les nouveaux commissaires – c’était déjà le cas avec feu le Père Volpi, mais dans une mesure moindre – et semble même l’ultime ressort pour prolonger une mesure qui a déjà révélé toute son injustice, tant dans ses fondements que dans ses conséquences. En effet il est bon de relever que le dernier procès en cours ne concerne que des faits qui ont eu lieu après l’arrivée du Père Volpi, personne n’a pu trouver de motifs solides qui justifieraient la mise en place d’un commissaire, mesure normalement réservée aux cas les plus graves.

C’est dans ce cadre qu’est arrivée, de manière inattendue, l’appel de M. Gotti-Tedeschi sur le site d’un vaticaniste réputé – plus de 2,5 millions de visite en deux ans – qui a le “défaut” de n’être qu’en langue italienne. En résumé, ce texte rappelle le caractère infondé de l’intervention du Saint-Siège en se basant sur les diverses sentences civiles en faveur du fondateur, déplore les dégâts causés par ce qui devait être un remède – surtout en terme de pertes de vocations – et demande une intervention directe du pape surtout pour préserver la charisme décisivement marial de l’institut. Nous pouvons rendre hommage à l’intention louable de M. Gotti-Tedeschi et souligner l’importance de l’affaire des Franciscains de l’Immaculée si des personnes d’une telle stature s’y intéressent… seulement, nous pouvons aussi craindre une suprême indifférence à son appel.

Euthanasie : Van Rompuy s’en prend au pape
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Ancien Premier ministre belge (2008-2009) puis premier président du Conseil européen (2010-2014), Herman Van Rompuy n’est pas d’accord avec la récente mise au point disciplinaire du pape François envers les quinze centres psychiatriques belges administrés par la congrégation des Frères de la Charité, et dans lesquels l’euthanasie peut être pratiquée sans doute au nom de la charité chrétienne… Van Rompuy, membre du Christen-Democratisch en Vlams, parti démocrate-chrétien néerlandophone de Belgique, a publié, le 13 mai dernier, un tweet critiquant ouvertement le pape François : « Le temps du Roma locuta, causa finita [Rome a parlé, l’affaire est close] est passé depuis longtemps ». Ce qui est inviter les religieux à résister au pape ! Il est vrai qu’on vient d’apprendre que Van Rompuy est membre du conseil d’administration de la structure des Frères de la Charité de Belgique gérant ces centres psychiatriques. Ceci doit expliquer cela…

Le cardinal Caffarra et Charlie Gard
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Ce petit texte est apparu sur le site d’un de nos confrères italiens, Messa In Latino (la traduction est nôtre) à l’occasion de la mort de Charlie Gard et la prise de position courageuse du cardinal Carlo Caffarra :

Thank you, Carlo… Merci Éminence…

Tu ne me reconnais pas… je suis Charlie.

Maintenant que, au Paradis, je peux parler librement, sans tuyaux ni sondes, je te remercie et je t’envoie un bisou parce que tu as été parmi les rares à me défendre pour de vrai, sans détour, non pas comme s’il s’agissait d’une “posture de circonstance”.

Je suis ici, à côté des martyrs anglais, de Thomas More, des catholiques tués sous Henri VIII et Élisabeth I…

Pour te remercier, je te promets de t’aider du Ciel dans la bataille pour la Vérité catholique, pour la vérité sur l’Eucharistie, sur la Confession, sur le Mariage, sur la Grâce, sur la morale objective…

Tout est lié… Charité et vérité ne peuvent être séparées…

Éminence, ceux qui combattent ce que tu défends sont ceux qui m’ont tué par leur silence…

Je prierai aussi pour eux parce qu’ils ne savent pas ce qui les attend… mais, comme Jésus, je prie pour mes bourreaux.

Goodbye Carlo… je t’en prie, ne lâche rien…

            Cet article s’inscrit dans une petite polémique en Italie à propos de la mort de Charlie Gard. Alors que de nombreux mouvements pro vie catholiques dénoncent, depuis maintenant plusieurs mois, la complaisance – pour ne pas dire plus – de certaines autorités du Saint-Siège envers des personnalités (Emma Bonino…) et organisations pro mort, certains ont cru devoir interpréter des analyses génériques dénonçant le manque de vigueur ou le retard des réactions vaticanes comme une attaque personnelle contre le pape François.

            Ce petit article entendait d’abord rappeler que le cardinal Caffarra – un des quatre cardinaux des dubia – fut le premier à donner de la voix avec des accents prophétiques. On peut lire sur Il Giornale du 30 juin ses déclarations qui rappellent un point essentiel : le pouvoir de décision de parents pour leur enfant contre celui de l’État. Par ailleurs la phrase finale, à l’adresse des médecins et juges anglais, mérite la traduction :

« L’ange de Charlie voit toujours la Face du Père. Arrêtez, au nom de Dieu. Sans quoi je vous dirai, avec Jésus : “Il vaudrait mieux que l’on vous attache une meule autour du cou et qu’on vous jette au plus profond de la mer” » (traduction prise sur le blog de Jeanne Smits).

Un autre organisme a agi et réagi vigoureusement : l’observatoire cardinal Van Thuan, qui n’hésite pas à parler d’euthanasie infantile dans ce cas précis.

Nous pouvons sans peine concéder qu’il ne revenait pas nécessairement au pape François d’adopter de telles attitudes prophétiques, mais les relations troubles entretenues par certains organismes sous sa responsabilité ainsi que le rappel, presque obsessionnel, de l’opposition à l’acharnement thérapeutique de la part de ces mêmes organismes – acharnement absent dans le cas de Charlie Gard – rendent les réactions vaticanes officielles peu lisibles.

Par ailleurs Messa In Latino fait le lien avec l’affaire des dubia en montrant la cohérence profonde du cardinal Caffarra : en défendant un enfant et ses parents, il défend la morale catholique non seulement dans un domaine particulier mais dans son ensemble, comme un corps organique relié vitalement à la doctrine. Ce que devrait faire tout catholique en somme…

Réforme financière du Vatican : résultats « très minces »
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Massimo Franco, journaliste politique de premier plan en Italie, a minimisé la « thérapie de choc » que le pape François voulait imposer à la réforme financière du Saint-Siège, en raison de ses « très minces » résultats. Dans un article du Corriere della Serra de samedi dernier, le journaliste rend hommage aux « efforts généreux » du pape, mais souligne qu’en matière financière les choses sont revenues « à la normale », c’est-à-dire à la situation antérieure. Il y voit la main de la Secrétairerie d’État confortée par la démission, le 20 juin dernier, de Libero Milone, financier italien et expert en comptabilité, qui avait été recruté en 2015 pour procéder à un audits général des finances du Saint-Siège, puis par le départ, sans doute sans retour, du cardinal George Pell, préfet du Secrétariat pour l’économie. Massimo Franco fait le pronostic qu’une troisième personnalité ne tardera pas à rejoindre les deux premières : le Français Jean-Baptiste de Franssu, président de l’Institut pour les œuvres de religion (IOR). « Épuisé » et traité « froidement » par la Secrétairerie d’État et la Curie, il pourrait démissionner cet été ou, au plus tard, à la fin de l’année. La fin annoncée du motu proprio du 8 juillet 2014 ?

Cardinal Pell : un début de procès ahurissant
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Bill Donohue, président de la Catholic League des États-Unis, a fait hier un commentaire bienvenu sur la première “comparution” du cardinal George Pell devant un tribunal de première instance de Melbourne (Australie). Tout serait à lire, mais nous n’en traduisons qu’une partie : celle qui manifeste la surprise d’un citoyen étatsunien devant les curiosités “exotiques” des procédures judiciaires australiennes. Il faut avouer que même pour un Français, l’ordonnance du sieur Andrew Tinney, procureur de la Couronne (Crown Prosecutor, CP), est surréaliste…

Aux États Unis ce serait inouï que quelqu’un soit cité à comparaître au tribunal devant un juge, sans savoir de quoi on l’accuse et qui l’accuse. Mais pas en Australie.

Le cardinal George Pell cité à comparaître, a dû faire le voyage de Rome à Melbourne pour se présenter devant la cour aujourd’hui [26 juillet]. Il a déféré à la citation. La procédure, qui n’était rien d’autre que du remplissage, a duré six minutes. Pell n’a rien déclaré. De plus, son avocat n’a fait aucun plaidoyer. Il en est ainsi parce que le mystère continue : on n’a pas dit à Pell de quoi il est accusé et qui sont ses accusateurs. Tout ce que nous avons appris c’est qu’il doit de nouveau comparaître le 6 octobre.

Et comme si tout cela n’était pas déjà curieux, le procureur a menacé d’inculper la presse d’outrage au tribunal, si elle osait spéculer sur l’affaire. Voici ce que Andrew Tinney a déclaré aux médias : « Toute publication d’informations spéculant sur la solidité de l’affaire ou sur n’importe quoi d’autre, sur la possibilité d’un procès équitable ou sur des procès passés, sur la question de savoir si l’inculpé aurait ou n’aurait pas dû être inculpé, sur la probabilité d’une condamnation ou d’un acquittement, ou sur toutes autres choses de ce genre, sera considéré comme un outrage au tribunal ».

Si les médias australiens avaient des tripes, ils devraient enfreindre collectivement cette ordonnance gaguesque et porter plainte devant les tribunaux. Ce type de censure est ce à quoi on peut s’attendre d’une dictature du tiers-monde, mais pas d’une démocratie de type occidental […]

Cardinal Pell : une audience de quelques minutes
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C’est à 9 h (heure locale, 1 h du matin à Paris) ce matin, au milieu d’un grand concours de médias – on parle de 200 journalistes… – et de manifestants pour ou contre, que le cardinal George Pell, flanqué de ses avocats et d’une dizaine de policiers, a fait son entrée dans la salle d’audience n° 2 du Tribunal de première instance de Melbourne. Cette audience administrative n’a duré que quelques minutes, le temps pour le tribunal de renvoyer au 6 octobre prochain la date de la première audience au cours de laquelle un magistrat entendra les deux parties et décidera si les accusations portées contre le cardinal ont suffisamment de substance pour ouvrir un procès et, sans doute, si le prévenu doit être ou non placée en détention pendant sa durée. L’accusation doit fournir à la défense les preuves retenues contre le cardinal au plus tard le 8 septembre. La défense a déjà indiqué que le cardinal plaidera non coupable. Comme nous l’avions signalé ici, le procès s’annonce long : on parle de plusieurs mois, voire de quelques années… Le retour rapide à Rome du cardinal Pell et sa reprise de fonction à la tête du Secrétariat pour l’économie, s’annoncent de plus en plus improbables.

Franciscains de l’Immaculée : le chantage continue…
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Le cas des Franciscains de l’Immaculée (FI) est désormais devenue emblématique… jusqu’à s’afficher sur les murs de Rome. Malgré cette publicité bien involontaire, il est à déplorer que la presse écrite francophone – même catholique – n’ait pas témoigné à l’occasion d’une bonne connaissance de l’affaire ni même manifesté l’envie d’approfondir le choix des auteurs des affiches. Car si l’affaire des Dubia était clairement évoquée, et désormais mondialement connue, les autres griefs méritent également le détour de l’analyse parce qu’ils permettent une connaissance plus étendue et plus fine de l’action du pape François. Peut-être est-ce précisément là la crainte de certains commentateurs.

Pour revenir sur les FI, nous tenons à réaffirmer notre stupeur devant le traitement réservé à un institut religieux dont aucun membre n’a jamais eu droit ni à une enquête sérieuse ni à un procès équitable, ce à quoi même les coupables ont droit. La Congrégation des religieux fut sollicitée de nombreuses fois par de nombreuses personnes sans qu’elle ne puisse clairement – même en interne – proférer un grief qui justifierait les sanctions prises. Un tel silence laisse supposer une injustice aussi profonde que scandaleuse qui, encore aujourd’hui, livre le bien peu catholique spectacle de dépositaires de l’autorité en guerre – injuste, donc – contre certains fidèles à qui rien n’a pu être reproché, ni quant à la foi ni quant aux mœurs.

Le mot guerre n’est pas trop fort si l’on en juge par les derniers développements évoqués par notre confrère italien Marco Tosatti. En même temps que l’affaire des affiches – il semble que ce ne soit que pure coïncidence – le fondateur des FI recevait des commissaires une mise en demeure à propos des biens gérés par les associations civiles qui soutiennent matériellement l’institut : il devait les restituer au Saint-Siège. Stupeur de l’intéressé : il n’est en rien propriétaire ou gestionnaire des biens et une restitution est métaphysiquement impossible car ces biens n’ont jamais appartenu au Saint-Siège, ni en fait ni en droit. D’autre part les commissaires exigeaient de sa part une lettre à tous les membres de l’institut en les invitant à suivre aveuglément leurs futures dispositions. Nous pouvons y voir une allusion à peine voilée au désir d’escamoter deux des plus beaux fleurons des FI : le vœu marial et la pauvreté radicale, même en commun. Ce dernier élément est la raison de l’existence des associations susmentionnées. Il y a évidemment un hic : ces deux éléments ont été formellement approuvés par l’Église en 1998 et en l’absence de preuves d’abus en la matière – ce qui est le cas en l’espèce – il n’y a pas lieu de les ôter de la forme de vie des FI. Encore une fois, la désagréable impression d’abus de pouvoir, présente depuis le début, se confirme.

Cette pression mise par les commissaires en février n’a pas porté ses fruits et elle a donc été dernièrement renouvelée. Il est toutefois permis de s’interroger : en cas de mise à exécution des menaces – on parle de suspension a divinis pour le fondateur, le Père Stefano Manelli – le Saint-Siège n’aura rien gagné et aura condamné un innocent… et après ?

Les membres des associations connaissent la situation du Père Manelli et n’ont aucune confiance dans les commissaires qui, du reste, n’ont jamais cherché à la gagner. Forts de décisions de justice civile en leur faveur, ils ne devraient pas céder à leur chantage odieux malgré l’attachement affectif au fondateur et donc la situation conflictuelle devrait se prolonger également avec les laïcs. Les commissaires n’auront vraiment rien gagné.

En attendant, l’institut continue de se vider et n’attire plus guère. Cela est tristement banal lorsque l’on connaît l’état de la vie religieuse dans le monde, mais cela est surtout triste pour toutes ces vocations authentiquement franciscaines que l’on empêche de se réaliser.

Arturo Sosa : le diable est une fabrication des hommes
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Baudelaire a dit que la plus belle des ruses du diable était de nous persuader qu’il n’existe pas. Le Père Arturo Sosa Abascal, supérieur général de la Compagnie de Jésus, semble bien être une nouvelle victime de cette ruse. Dans un entretien qu’il a accordé au quotidien espagnol El Mundo, le 31 mai dernier, le “pape noir” déclare en effet : « Nous avons fabriqué des figures symboliques comme le diable pour exprimer le mal. Le conditionnement social peut aussi représenter cette figure, dès lors qu’il y a des gens qui agissent [de manière mauvaise] car ils se trouvent dans un environnement où il est difficile d’agir en sens contraire ». On comprend donc que le diable a été fabriqué par l’homme. Ce n’est pas exactement ce que dit le Catéchisme de l’Église catholique : « Le diable et les autres démons ont certes été créés par Dieu naturellement bons, mais c’est eux qui se sont rendus mauvais » (n. 391).

Le Pape à Fatima : y aura-t-il des journalistes dans l’avion ?
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Lors des voyages en avion du Pape, des places sont réservées à bord aux journalistes accrédités qui suivent ses visites apostoliques. Cela donne l’occasion, à l’aller comme au retour, de sessions de questions réponses dont les résultats sont parfois périlleux… À l’occasion du centième anniversaire des apparitions de Fatima, le pape François se rendra au Portugal les 12 et 13 mai, mais y aura-t-il des journalistes dans l’avion ? C’est la question qu’on se pose puisque trente journalistes de premier plan ont adressé une lettre de protestation à l’archevêque Angelo Becciu, substitut de la Secrétairerie d’État, à Monseigneur Mauricio Rueda Beltz, préposé aux déplacements du Souverain Pontife, et à Greg Burke, directeur du Bureau de presse du Saint-Siège. La raison de leur protestation ? Le coût prohibitif du billet d’avion en classe économique exigé des journalistes. Ils ont fait leurs calculs : pour un aller-retour Rome-Lisbonne-Rome, le prix du billet sur des vols commerciaux réguliers de compagnies internationales est de 232 €. Le prix peut être encore diminué si l’on prend des vols de compagnies à bas coût comme Ryanair, Easy Jet, Vueling, etc. Or le Saint-Siège propose des billets à 1 738 € : 650 % de plus que le prix du marché ! Les journalistes pressent le Saint-Siège de reconsidérer ces tarifs exorbitants pour des organes et des agences de presse frappés par la crise économique que connaît la profession. À défaut d’un arrangement, les journalistes se passeront de l’avion du Saint-Père, ce qui alourdira d’autant le coût du voyage pour le Saint-Siège…

Démission de Benoît XVI : pressions des U.S.A. ?
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Le site catholique pro-vie des États-Unis Life Site News a repris le 7 mars des extraits d’un long entretien accordé la veille à Rimini2 par Mgr Luigi Negri, archevêque du diocèse de Ferrare-Comacchio qu’il quittera en juin prochain pour limite d’âge. Prélat proche du pape Benoît XVI, il revient sur sa renonciation que le Souverain Pontife annonça le 28 février 2013. Il déclare notamment :

« Ce fut un geste inouï. Lors de mes dernières rencontres avec lui, j’ai pu constater qu’il était devenu physiquement fragile mais des plus lucide dans sa pensée. J’ai, heureusement !, peu de connaissance des faits et gestes de la Curie, mais je suis certain qu’un jour remonteront à a surface les graves responsabilités de l’intérieur et de l’extérieur du Vatican [ayant poussé Benoît XVI à la renonciation]. Benoît XVI a subi des pressions énormes. Ce n’est pas un hasard si en Amérique, même sur la base de ce qui a été publié par Wikileaks, certains groupes de catholiques ont demandé au Président Trump de créer une commission d’enquête afin de déterminer si le gouvernement de Barack Obama a exercé des pressions sur Benoît XVI. Cela demeure pour l’instant un grave mystère, mais je suis certain que les responsabilités seront découvertes. »

Malte : calomnie contre le cardinal Burke
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Dans un article du 15 février paru dans Crux, le journaliste Austen Ivereigh signale un entretien accordé la veille au journal autrichien Der Standard, par Fra’ Ludwig Hoffman von Rumerstein qui assure ad interim la direction de l’Ordre de Malte depuis la démission de son Grand Maître, Fra’ Matthew Festing, le 24 janvier.

LudwigHoffmannRumersteinInterrogé sur la fameuse réunion du 6 décembre au cours de laquelle le Grand Maître révoqua le Grand Chancelier Albrecht Von Boeselager, Fra’ Hoffman von Rumerstein prétend que cette réunion « fut en fait une conversation entre le cardinal Burke et Boeselager » et que « Boeselager a répondu non à la demande du cardinal Burke qu’il démissionne ». Il y avait déjà eu des rumeurs, provenant de l’intérieur de l’Ordre à Rome, que le cardinal Burke était à l’origine de la démission de Boeselager : il s’agit là d’une accusation en quelque sorte officielle. Les allégations de Hoffman von Rumerstein ont été fermement réfutées par le cardinal Burke qui, dans une déclaration publiée le 18 février sur le site du National Catholic Register, précise : « Le rapport donné par Fra’ Ludwig Hoffman von Rumerstein est inexact. Je n’avais aucune autorité pour demander au Grand Chancelier de démissionner. J’ai simplement dit que la personne qui sciemment avait autorisé la distribution de contraceptifs dans les opérations de l’Ordre, devrait en assumer la responsabilité, et c’est alors que le Grand Maître a, une fois de plus, demandé au Grand Chancelier de démissionner, ce qu’il a refusé de faire. Le Grand Maître a alors prononcé sa révocation sans aucune implication de ma part. Le rapport du Grand Maître et le mien sont maintenus. Franchement, je suis stupéfait de ce que déclare Hoffman von Rumerstein dans l’article. Je considère cela comme une calomnie ».

On dit, à Rome, que Hoffman von Rumerstein a des problèmes de santé et qu’il ne disposerait plus de toutes ses facultés…

Le cardinal Burke envoyé à Guam…
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Il ne s’agit pas d’une mutation, même si l’île de Guam est distante de 12 155 km de Rome… Le cardinal Raymond Burke, spécialiste reconnu de droit canonique et ancien préfet du Tribunal suprême de la Signature apostolique est arrivé à Guam hier, mercredi 15 février. Ce qui n’était qu’une des innombrables rumeurs romaines, a été confirmé hier, selon Crux – mais aussi, le même jour, par le Washington Post – par la salle de presse du Vatican qui a annoncé que le dès 5 octobre dernier, un « tribunal de première instance », nommé par la Congrégation pour la doctrine de la foi et présidé par le cardinal Burke, avait été constitué pour enquêter sur des affaires d’abus sexuels sur des mineurs commis par Mgr Anthony S. Apuron, archevêque d’Agaña (Guam). Le 5 juin précédent, le pape François avait nommé Mgr Savio Hon Tai-Fai, administrateur apostolique sede plena – donc remplaçant l’archevêque non relevé ni démissionnaire de sa charge pastorale – de l’archidiocèse d’Agaña, puis le 31 octobre, le Souverain Pontife nommait Mgr Michael Jude Byrnes, alors évêque auxiliaire de Detroit (Michigan), archevêque coadjuteur du diocèse de Guam, territoire non incorporé organisé des États-Unis (le gouverneur et le parlement élus sont indépendants du Congrès des États-Unis). L’archevêque Apuron est accusé d’abus sexuels sur des enfants de chœur mineurs, commis dans les années 1970. Trois victimes ont porté ces accusations, et la mère d’une quatrième victime décédée, a également accusé l’archevêque d’avoir sexuellement abusé de son garçon. Un des accusateurs, Roland Sondia, aujourd’hui journaliste au quotidien Pacific Daily News de Guam, a déclaré avoir reçu une lettre du cardinal Burke lui demandant sa présence aujourd’hui 16 février à la chancellerie de l’archidiocèse, pour recevoir son témoignage. Il s’agit d’une enquête préliminaire. Outre son président, ce tribunal est composé de quatre évêques dont les noms n’ont pas encore été révélés.

Communication du Vatican : ratage sur ratage
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Le journaliste catholique Phil Lawler a publié hier sur le site de Catholic Culture un billet vif mais de bon sens sur deux actualités au Vatican, qui ont quelque peu défrayé la chronique ici à Rome lundi et mardi… En voici la traduction qui se passe de commentaires.

Phil Lawler - copieMais qu’est-ce qu’il se passe cette semaine à Rome ?

En premier lieu, le service de presse du Vatican a diffusé un communiqué du Conseil des cardinaux apportant leur soutien au Pape. Ce qui serait assurément une nouvelle c’est si le Conseil des cardinaux ne soutenait pas le Pape. Pourquoi donc cette déclaration méritait-elle de faire l’actualité ? Pourquoi donc le Conseil remercie-t-il le Pape en février d’un discours qu’il a fait à la Curie romaine en décembre ? Y a-t-il une quelconque possibilité de voir dans ce message autre chose qu’une opération visant à limiter des dégâts, une tentative de rassurer le monde que l’évidente montée des tensions dans la hiérarchie catholique n’est pas en train de déchirer l’Église ?

Malheureusement, il est évident que ces tensions continuent de monter. Aujourd’hui [14 février], la maison d’édition du Vatican lance un livre du cardinal Francesco Coccopalmerio qui soutient l’interprétation allemande, maltaise et argentine d’Amoris lætitia. Voici à présent que le cardinal Coccopalmerio, le plus haut responsable du Vatican en matière canonique, se trouve en opposition directe avec le cardinal Gerhard Müller, le plus haut responsable en matière doctrinale. Si le livre de Coccopalmerio avait pour but de rassurer quand aux questions posées dans les dubia, c’est raté tout comme est raté, et c’était prévisible, l’effet du communiqué d’hier [13 février] qui visait à calmer les inquiétudes sur les conflits au Vatican.

L’Église universelle n’a pas besoin d’une nouvelle lecture personnelle d’un prélat sur un document pontifical ; ce dont nous avons besoin c’est d’une réponse définitive, et elle ne peut venir que du Pape lui-même.

Mais il y a plus. Après que le Vatican eut annoncé une conférence de presse pour le lancement du livre de Coccopalmerio – avec suffisamment de tapage pour confirmer l’impression qu’il s’agissait là d’une tentative pour mettre fin au débat –, le cardinal lui-même ne s’est pas montré à l’événement. Le bureau du cardinal a expliqué qu’il y avait un problème d’emploi du temps.

Attendez un instant… Si vous êtes un éditeur préparant le lancement d’un nouveau livre, la première chose dont vous devez vous assurer c’est que l’auteur est libre pour la conférence de presse. Si vous êtes l’auteur et qu’on vous suggère une date, la première chose que vous allez vérifier c’est que la date suggérée est bien libre pour vous. Est-ce qu’on s’attend à ce que nous croyions que ni l’auteur ni l’éditeur n’ont fait cette première chose afin de s’assurer que la conférence de presse serait un succès ? Si l’on considérait particulièrement important ce livre – en vérité il s’agit d’une brochure –, pourquoi le cardinal n’a-t-il pas pu réarranger son emploi du temps pour participer à la conférence de presse, quand bien même il y aurait un problème d’emploi du temps ?

Des rumeurs d’intrigues circulent de manière incessante sur le Vatican. Mais ces dernières semaines les moulins à rumeurs se sont mis à tourner à une vitesse effrayante, produisant en série des informations inquiétantes qui ne sont pas faciles à écarter. La situation est-elle aussi tendue et volatile que le suggèrent ces rumeurs ? Si les annonces publiques de ces derniers jours avaient pour but de nous convaincre que tout continuait comme d’ordinaire au Vatican, c’est complètement raté.

FFI : victoire judiciaire pour le Père Manelli !
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Une étape – peut-être décisive – a été franchie dernièrement dans l’affaire des Frères Franciscains de l’Immaculée (FFI). Le Père Stefano Manelli était en effet sous le coup d’accusations très graves d’agressions sexuelles et de mauvais traitements infligés à des sœurs de la Congrégation “jumelle” des Franciscaines de l’Immaculée dont il est également le fondateur. Plusieurs plaintes avaient été déposées auprès du tribunal d’Avellino, chef-lieu du centre de l’Italie dont dépend juridiquement le couvent de Frigento, maison mère des FFI et siège d’un couvent de sœurs où auraient eu lieu les faits. Après plus d’un an d’enquête, l’affaire est classée sans suite en date du 21 novembre. C’est évidemment un immense soulagement pour tous les proches – familialement et spirituellement – du Père Stefano, qui n’ont cessé de clamer son innocence devant les autorités civiles et ecclésiastiques. Évidemment la chose pose de redoutables questions…

Une campagne médiatique d’une violence inouïe

Tout d’abord il convient de rappeler que cette affaire a eu une forte résonance médiatique en Italie, bien au-delà des cercles ecclésiastiques. Comme toujours en pareil cas, les médias “mainstream” ont chargé le Père Stefano alors même qu’aucune enquête – ni civile, ni pénale, ni canonique – n’était ouverte. Lorsque le procureur d’Avellino est saisi de l’affaire, ce fut une hallali médiatique d’une rare violence, les talk-shows télévisuels les plus en vue se saisissant de l’affaire en produisant des témoignages à la fiabilité parfois très suspecte. Elle ne fut tempérée que grâce à l’action décisive de l’avocat du Père Stefano qui attaqua à son tour pour calomnie ses accusateurs – qui ne furent en fait jamais très nombreux. Paradoxalement cette violence a probablement servi la cause du Père Stefano, les accusations confinant parfois au délire – jusqu’au meurtre, les connaisseurs de saint Athanase apprécieront. Le problème principal à nos yeux réside dans le silence de l’autorité ecclésiastique : absolument personne, sinon des journalistes laïcs, par ailleurs peu nombreux, n’a rappelé le principe de la présomption d’innocence, ni en public, ni en privé.

Et s’il n’ y avait que le silence…

Bien pire, cette montagne de mensonges fut appuyée par un acte positif de la Congrégation des Religieux. En effet, en date du 19 octobre 2015 cette dernière émet un décret qui délie frères et sœurs d’un hypothétique vœu privé de fidélité au fondateur. Comme nous l’avons déjà relevé, il s’agit d’un pur et simple mensonge – ce que la sentence civile confirme mais que de nombreux témoins avaient déjà affirmé, même devant des caméras de télévision. Or, quand le mensonge porte la signature officielle du préfet d’un dicastère romain, c’est tout le peuple de Dieu qui est trompé, pas seulement un institut religieux et son fondateur. Les organismes romains ont pour mission de réprimer les abus, pas d’en ajouter.

De nombreux abus de l’autorité

Comme la chose fut déjà relevée dans ces colonnes, l’affaire des Franciscains de l’Immaculée est grevée de lourds nuages dès le départ : visite apostolique sans visite, accusations génériques jamais prouvées (crypto-lefebvrisme, opposition à Vatican II…) sans par ailleurs donner l’occasion à leurs auteurs présumés de s’en défendre, refus constant de répondre aux demandes et inquiétudes légitimes, accusation de rébellion lorsque ces dernières étaient formulées, pression sur les jeunes religieux pour accepter, voire propager, les mensonges de l’autorité… C’est un petit miracle que les accusateurs du Père Stefano n’aient – pour l’instant – perdu que deux procès tant les occasions de demander justice sont nombreuses.

Et maintenant ?

Pour être tout à fait complet, il convient de signaler que le Père Stefano n’en a pas fini avec les tribunaux. Il demeure accusé dans une fumeuse affaire d’escroquerie présumée pour laquelle il est convoqué à une audience le 22 décembre prochain. Pour le moment, la rédaction est seulement en mesure d’affirmer avec certitude qu’il s’agit de faits qui se sont déroulés après l’arrivée du premier commissaire, feu le Père Volpi. L’analyse faite précédemment demeure donc valable quant aux dispositions scandaleuses qui ont amené l’intervention du Saint Siège – illégitime à nos yeux. C’est précisément l’attitude du Saint-Siège qui sera scrutée dans les mois à venir : après avoir laissé traîner dans la boue un innocent, peut-on attendre quelque justice en retour ?

FFI : une destruction “miséricordieuse”
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La saga des Frères Franciscains de l’Immaculée (FFI) semble ne plus devoir finir, ou en tout cas, comme les “raisons” d’une telle affaire demeurent obstinément obscures par la volonté même de l’autorité, le bon sens laisse penser à une fin funeste. Entendons-nous bien : “funeste” ici s’entend par rapport au projet de fondation approuvé légitimement par l’autorité suprême de l’Église militante en accord avec tous les textes encore en vigueur. En Italie, cette affaire est devenue emblématique d’une volonté de destruction en total désaccord avec des discours “miséricordieux” dont la teneur – par ailleurs non dépourvue d’intérêt – se heurte à la réalité des faits… et à la méchanceté des hommes. Les vaticanistes qui l’utilisent pour mettre en évidence les contradictions du pontificat actuel ne se comptent plus.

Destruction sans raison

Les derniers événements en date ne peuvent que confirmer une telle analyse. En premier lieu la situation globale des Franciscains de l’Immaculée a de quoi effrayer : quinze couvents et trois missions ont été fermés, tous les noviciats enregistrent une baisse d’affluence notable – celui basé en Italie est même vide de novices. Les autorités actuelles ne communiquent en rien sur les effectifs alors que l’on pouvait compter environ 350 frères au moment du commissariat. La question est immédiate : pourquoi se priver de telles vocations si elles sont authentiques ? Bien plus si elles étaient un vrai témoignage de vie pauvre et pénitente ? La question des missions est par ailleurs lancinante si l’on considère la supposée priorité donnée aux “périphéries”… Ajoutons en passant que la position actuelle du Saint-Siège par rapport à la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X vide de sens l’accusation de « crytpo-lefebvrisme » brandie au tout début de l’affaire.

L’unité… vraiment ?

Les commissaires successifs n’ont eu de cesse de clamer leur désir de faire l’unité. Or les dernières professions religieuses ont été prononcées avec un texte modifié de telle sorte de supprimer le vœu marial et de mitiger la pauvreté radicale que l’institut vivait jusqu’alors. Le vœu marial ayant fait en son temps l’objet d’un examen attentif, sa suppression est difficilement compréhensible, d’autant plus qu’aucune irrégularité n’a été relevée quant à son application. En tout cas aucun décret officiel ne relève des problèmes de cet ordre. Par rapport au désir d’unité, le problème réside dans le fait qu’une telle modification a été imposée par le commissaire – don Sabino Ardito, sdb – sans consulter largement alors qu’une telle matière touche profondément la vie de tous les membres de l’institut. La conséquence est immédiate : chez les Franciscains de l’Immaculée cohabitent des membres dont la forme de vie – manifestée par la profession religieuse – est différente ! Entre ceux qui ont accepté de prononcer cette nouvelle profession et ceux qui ont déjà définitivement adopté la vie des FFI avec le vœu marial et la pauvreté radicale il y a désormais séparation. Il faut donc bien admettre que cet objectif d’unité n’était que de la poudre aux yeux et, à ce train, les choses ne peuvent aller qu’en empirant.

Des départs significatifs

Par ailleurs les départs – et les envies de départ – se multiplient devant ce qui ressemble à un naufrage piloté par l’autorité. Ainsi deux prêtres américains, les Pères Angelo Geiger et Peter-Damian Fehlner, ont récemment rejoint les Franciscains Conventuels dont ils étaient issus. Quel intérêt me direz-vous ? Ces deux ex FFI faisaient partie des cinq signataires du recours au Saint-Siège qui a servi de prétexte à la Congrégation des Religieux pour son intervention injustifiée et violente. En résumé après avoir activement participé à la destruction, ils choisissent courageusement de quitter le navire. Il n’est pas interdit à un catholique d’apprécier ce genre de geste à sa juste mesure.

 

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