1965 : le grand effondrement du catholicisme

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Notre confrère Paix liturgique, dans sa dernière livraison, publie une analyse du livre de Guillaume Cuchet, Comment notre monde a cessé d’être chrétien, Anatomie d’un grand effondrement (Seuil, février 2018). Nous donnons ici des extraits de l’article :

*

« Ce livre-diagnostic, qui vient à peine de sortir, fera date. L’auteur, professeur d’histoire contemporaine à l’université Paris-Est Créteil, entend préciser à quel moment et pour quelles raisons a commencé, en France, le recul spectaculaire du catholicisme. […]

La fin du Concile, le début de la réforme liturgique

C’est entre 1965 et1966, que la pratique dominicale a décroché, c’est-à-dire à la fin du concile Vatican II, alors que la réforme liturgique avait commencé. Guillaume Cuchet combat l’idée reçue qui veut que Mai 68 et l’encyclique Humanæ vitæ de Paul VI, en 1968, condamnant la contraception, aient été les déclencheurs de ce décrochement. Ils l’ont accentué, mais il a eu lieu avant, en 1965.

Cet effondrement a été d’autant plus spectaculaire que les enquêtes sociologiques précédentes, jusqu’en 1962, étaient plutôt optimistes. Lancées après la guerre, de manière très systématique, dans les diocèses et les paroisses, par le célèbre chanoine Boulard, sur un projet initial du sociologue Gabriel Le Bras, elles avaient abouti, à partir de 1947, à l’édition successive de cartes (les « cartes Boulard). Elles montraient que la période d’après-guerre a correspondu à une embellie pour le catholicisme français […]

Et puis, patatras ! En mars 1975, entre bien d’autres études et sondages, une enquête révélait une chute de 47% de la pratique dans le diocèse de Paris depuis 1954. En 1974, à Lille, on constatait qu’un tiers des pratiquants avait disparu depuis les dernières années. Des analyses plus fines permettant de dater la chute de 1965-1966, plutôt en 1965. De travaux en travaux, toutes les instances ecclésiastiques devaient convenir, tout en cherchant d’abord à minimiser, qu’un incroyable décrochement s’était produit. Qui plus est, il affectait tout particulièrement les jeunes de familles pratiquantes du baby-boom. Autrement dit, la génération de catholiques qui arrivait à 20 ans en1965, pour la première fois dans l’histoire, n’a pas bénéficié de la transmission de l’héritage catholique.

Et bien entendu, ce fait colossal va désormais se démultiplier. En définitive, d’une pratique dominicale, juste avant le Concile, en moyenne, de 25 % des Français (avec 80 % des enfants faisant leur communion solennelle, c’est-à-dire pratiquant et étant catéchisés jusqu’à l’âge de 12 ans), on est passé aujourd’hui, si on considère les vrais chiffres, ceux de la pratique tous les dimanches et non pas une fois par mois, à moins de 2 % de pratiquants (très exactement : 1,8 %, enquête Ipsos pour La Croix, 12 janvier 2017) […].

Vatican II, « événement déclencheur »

« On ne voit pas en effet quel autre événement contemporain aurait pu engendrer une telle réaction. La chronologie montre que c’est n’est pas seulement la manière dont le concile a été appliqué après sa clôture qui a provoqué la rupture. Par sa seule existence, dans la mesure où il rendait soudainement envisageable la réforme des anciennes normes, le concile a suffi à les ébranler, d’autant que la réforme liturgique, qui concernait la partie la plus visible de la religion pour le plus grand nombre, a commencé à s’appliquer dès 1964 » (G. Cuchet, p. 130).

Dans le Concile, cependant, il incrimine le texte fameux sur la liberté religieuse, Dignitatis humanæ, qui concernait en définitive les rapports de l’Eglise et des Etats chrétiens, mais qui a été entendu, non sans raison, comme une consécration de la liberté de la conscience de chaque catholique. D’où le développement d’une “religion à la carte”, où chacun module en quelque sorte son propre Credo. Les normes gênantes sont désormais passées sous silence dans l’enseignement, la principale en l’espèce étant l’obligation faite par le commandement de l’Eglise d’assister à la messe le dimanche, sous peine de péché grave. […]

S’agit-il toujours de la même religion

En 1952, 51 % des adultes baptisés déclaraient se confesser une fois par an. En 1974, ils sont 29 %, presque la moitié en moins. Quant au groupe des pénitents fréquents (une fois par mois), il s’est évaporé entre 1952 et 1974. Le décrochage, ici aussi, a eu lieu à la fin du Concile.

Ceci s’est conjugué avec un silence sur les fins dernières : « Le clergé a cessé assez brutalement de parler de tous ces sujets délicats, comme s’il avait arrêté d’y croire lui-même, en même temps que triomphait dans le discours une nouvelle vision de Dieu, de type plus ou moins rousseauiste : le Dieu Amour (et non plus seulement d’amour) des années 1960-1970 » (G. Cuchet, p. 216). […]

Au total, la fracture au sein de la prédication catholique est « si manifeste qu’un observateur extérieur pourrait légitimement se demander si, par-delà la continuité d’un nom et de l’appareil théorique des dogmes, il s’agit bien toujours de la même religion » (G. Cuchet, p. 266). […]

[…] Tout cela participe de la grande crise d’autorité, ou de « paternité » par laquelle la modernité a basculé dans l’ultra-modernité. La grande conséquence est que le principe de la transmission par l’éducation ne fonctionne plus. On savait tout cela, mais ce que Guillaume Cuchet souligne est que cette rupture phénoménale a eu lieu dans l’Église avant d’avoir lieu dans la société. On s’est souvent gaussé des hommes d’Église qui couraient derrière le monde moderne mais avaient toujours un train de retard. Eh bien c’est faux ! La révolution doctrinale et liturgique du Concile a précédé la révolution de Mai 68. Et ce fut un suicide. »

49 comments

  1. François

    J’ai toujours pensé que 68 avait son origine (en grande partie) dans le Concile Vatican II – particulièrement l’interpreptation qui en a été faite, en rupture avec l’enseignement traditionnel de l’Eglise s’en suivit le relâchement généralisé de la pratique dominicale et tout ce qui constituait jusqu’alors la Foi « traditionnelle » – c’est aussi montrer le rôle majeur qu’avait encore l’Eglise dans les 60 et le rôle structurel pour la société en général qu’avait le catholicisme. Beau gâchis même si, cependant, une baisse (légère) de la pratique était inévitable.

      • François

        Effectivement les étudiants révoltés de 68 étaient bien loin des considérations conciliaires, toutefois, l’interprétation fallacieuse de VII ébranlait les fondements de la société d’alors qui était encore largement empreinte du catholicisme. Raison pour laquelle je pense que VII a été un élément déclencheur de 68. Bien sûr, comme je le disais dans mon commentaire, ce n’est pas le seul, mais à mon avis c’est un élément non négligeable.

    • Eve

      François,
      Avant quelques lignes sur mai 68, un livre excellent donne toutes les précisions sur ce qui s’est passé dans l’Eglise depuis le début du XXème siècle.
      Les ennemis de l’Eglise travaillaient.
      Livre : “La raison de notre combat : La Messe Catholique” Editions CLOVIS.
      On peut le trouver sur le site
      http://www.asonimage.fr/
      Mai 68 a été l’accompagnement civil de ceux qui œuvraient pour transformer l’Eglise de l’intérieur.
      Mai 68, par ses acteurs, revoir lesquels !!!, a cherché à détruire les valeurs morales de la France et du Catholicisme. C’est l’introduction de la licence des mœurs. L’avortement commençait à être une revendication.
      Et la jeunesse Catholique a suivi aussi. Dans des mouvements de Jeunesse étudiante ou autre, la morale s’est relâchée, et puis il fallait donner un peu plus de gaieté dans les Messes, alors les guitares sont entrées faire du bruit, et aujourd’hui ce bruit est pire encore.
      Ne l’entendez-vous donc pas ? C’est “l’abomination de la désolation” qui est dans certaines Messes !

  2. DUFIT THIERRY

    1965 ? N’est-ce pas l’année de la clôture du sinistre concile Vatican II ? On voit que le concile Vatican II et ses mauvais textes proches de l’hérésie ( Dignitatis humanae, Gaudium et spes, Nostra Aetate, Unitatis reintegratio) n’avaient pas attendu longtemps avant d’exercer leurs ravages dans l’Eglise.
    Dès 1966 (20/12/66) Mgr Lefebvre ( alors supérieur général des pères du Saint Esprit) alertait le cardinal Ottaviani sur la destruction de la foi engendrée par le concile.

    “Ce serait nier l’évidence, se fermer les yeux que de ne pas affirmer courageusement que le Concile a permis à ceux qui professent les erreurs et les tendances condamnées par les Papes, ci-dessus nommés, de croire légitimement que leurs doctrines étaient désormais approuvées.
    “Alors que le Concile se préparait à être une nuée lumineuse dans le monde d’aujourd’hui si l’on avait utilisé les textes préconciliaires dans lesquels on trouvait une profession solennelle de doctrine sûre au regard des problèmes modernes, on peut et on doit malheureusement affirmer : Que, d’une manière à peu près générale, lorsque le Concile a innové, il a ébranlé la certitude de vérités enseignées par le Magistère authentique de l’Eglise comme appartenant définitivement au trésor de la Tradition. (…)
    Il faut donc, acculé par les faits, conclure que le Concile a favorisé d’une manière inconcevable la diffusion des erreurs libérales. La foi, la morale, la discipline ecclésiastique sont ébranlées dans leurs fondements, selon les prédictions de tous les Papes.”
    Extrait de la lettre de Mgr Lefebvre au cardinal Ottaviani 20/12/66.

  3. Hervé Soulié

    Cette analyse de Guillaume Cuchet est profondément vraie.
    Cependant, il me paraît juste d’ajouter au grand décrochage du catholicisme (dont le Vatican II est certainement une cause), une autre cause.
    Cette cause externe, c’est l’incroyable enrichissement général des gens, entre 1955 et 1973, qui n’a pas été sans conséquence sur leur tenue spirituelle.
    Le niveau de vie en termes réels a plus que doublé pendant ce laps de temps.
    Or cette croissance, historiquement inconnue, des revenus et le matérialisme qui va avec font rarement bon ménage avec la foi chrétienne.
    Mais cela n’enlève rien du bien-fondé des observations de ce livre.
    Donc un concile coupable ? Certes.
    Mais pas seul coupable quand même.

  4. Rascol

    Pour être juste, Guillaume Cuchet ne dit pas que le concile est la cause de la déchristianisation: seulement le déclancheur d’une évolution qu’il fait commencer à la Révolution. La cause principale est selon lui la montée du baby-boom: les jeunes nés aprés la guerre décrochent de la pratique religieuse beaucoup plus rapidement que leurs prédécésseurs. Le meme phénomène se produit dans les églises luthériennes, anglicanes et réformées, non concernées par Vatican II.

  5. Magdeleine

    La “carte Boulard’ de 1955 montrait qu’une large partie de la population française avait déja décroché de la pratique religieuse à cet époque: en gros un arc de cercle allant des Ardennes au sud-est, en passant par le centre et le sud -Ouest.

  6. Louis

    Ce n’est pas le concile, mais son interprétation, et en plus le noyautage de l’église de France par le marxisme et la F.M. (écoles, catéchisme, perte du sacré, et tout cela continue)

    • DUFIT THIERRY

      Désolé de vous contredire M louis mais il y a bien des erreurs doctrinales pour ne pas dire des hérésies dans les textes de Vatican II notamment dans Dignitatis humanae ( qui a entrainé la laïcisation des Etats autrefois catholiques), Nostra Aetate, Unitatis reintegratio et Gaudium et Spes.
      Notre Seigneur a dit que l’on jugera l’arbre à ses fruits.
      On peut se demander comment un si bon concile a pu porter des fruits si mauvais : apostasie, perte de la Foi, destruction de l’Eglise.
      De plus ce sont ceux qui ont fait le concile qui l’ont ensuite appliqué.
      Lorsque Jean-Paul II convoqua à Assise les religions du monde entier pour prier de faux dieux il l’a fait en application du concile.

      • Arome

        Il est bien évident qu’autant de prêtres et d’évêques ne sont pas devenus des traîtres du jour au lendemain (ce qui rend ridicule tous les simplismes du type : c’est la faute à Vatican II)

        Pour ceux qui espèrent reconstruire et essayent de comprendre ce moment crucial des années 65 dont nous expions encore les conséquences, signalons fraternellement l’excellente analyse du défunt abbé Bryan Houghton.

        Partant du constat que les appels au changement vinrent non pas des laïcs, mais des clercs, il s’intéresse à la formation du clergé et essaye de remonter jusqu’à la cause du problème.

        Constatant la différence d’esprit entre l’ancienne liturgie (contemplative) et la nouvelle (expressive), il remarque que cette différence s’étend aussi à la conception de la prière, expression du Saint-Esprit via les fidèles (avant), ou preuve créative de la sincérité de la recherche de Dieu (après).

        La source des deux pistes, pour lui, est le jansénisme. Lui seul a produit une nouvelle théorie de la grâce et de la prière. Bossuet n’était pas janséniste, mais Nicole, son théologien l’était. Ce christianisme cérébral et desséchant s’est propagé pendant des siècles, et a ébranlé l’édifice en silence. Puis, tout est tombé d’un coup, aidé par le souffle de l’Histoire (poussée de l’hédonisme, du marxisme, de la psychologie, du libéralisme, du modernisme…).

        Si vous pensez que le mal est plus ancien que Vatican II, alors la thèse de l’abbé Houghton est convaincante, et le remède, c’est retrouver le coeur de la prière contemplative, ie le Sacré-Coeur, qui s’est manifesté justement à la même époque et que les jansénistes ont toujours combattu. La prière contemplative chassera le mal de chacun de nous, les fidèles appelleront naturellement la messe contemplative, tout cela sera un débordement de l’amour de Dieu dans nos coeurs.

        Si vous pensez que le mal vient de Vatican II, disons simplement que je crois que vous vous trompez par simplisme. Ce simplisme peut paradoxalement amener des symétries étonnantes : un moderniste désobéit à gauche. Pas sûr que le remède soit de désobéir à droite. Combattre des intellectuels desséchés en étant soi-même aride, ce n’est pas très prometteur.

        A tous la bénédiction et la paix du Seigneur,

        • Timo

          Le problème du Concile, c’est que ce sont un minorité de gens condamnés par Pie XII qui ont imposés leurs hérésies (Congar, Küng, Lubach, …). La preuve en est que Congar revendiquera avoir changé la doctrine de l’Eglise sur la liberté religieuse !

          À tout problème, se cache une cause proportionnée nous dit la philosophie thomiste. La seule cause proportionnée au décrochage de l’Eglise dans les années 60 est Vatican II. Ce bouquin le montre très bien.

          Je suis désolé pour Houghton, mais faire remonter les causes profondes à Bossuet est pour le moins capillo-tracté …

          • Guillaume Cuchet fait remonter le début de la déchristianisation à la Révolution française . Une grande partie de la France etait déchristianisée en 1950, comme le montre la “carte Boulard”. 1950, c’était sous Pie XII : la faute à Vatican II, vraiment ?

          • Timo

            Cher Bruno Abel,

            Certes, l’Eglise a perdu beaucoup de terrain en 1789, par un facteur externe (la révolution). Mais elle a connu un décrochage sidérant en 1965 (pire qu’après Luther), qui ne s’explique que par la cause interne Vatican II.

            Ce sont deux stades politiques et dogmatiques de déchristianisation

          • Arome

            Cher Timo, c’est difficile de balayer la thèse de Houghton d’un revers de main, d’autant que votre alternative est nettement moins crédible.

            Vous parlez de cause proportionnée. Il me semble tout de même qu’il y a une disproportion étonnante entre 3 ans de concile d’un côté, et le renversement parfois complet de doctrines séculaires. Il y a de nouveaux disproportion étonnante entre le petit nombre d’experts hérétiques que vous évoquez, et l’ acceptation immense et durable par une majorité écrasante des évêques et prêtres catholiques de l’époque. L’argument de cause proportionnée ne me semble pas bien établi.

            Ensuite Houghton ne fait pas remonter la crise à Bossuet mais au jansénisme, excusez la nuance.

            Enfin, et là j’arrête de défendre un bouquin, démonstration par l’absurde de la validité du raisonnement de Houghton et de la faiblesse de la thèse adverses:

            – si le Vatican II est le problème, rétablissons la situation de 1961 et tout ira bien. Gardons nos préjugés, écrasons ceux d’en face, reprenons la trame de l’Histoire déviée par cet évènement magique que fut Vatican II (peut-être récupérerons-nous l’Algérie ? ça colle pour les dates…).

            – si le problème c’est la perte du centre de la foi et de l’amour, alors consacrons-nous au Coeur Sacré de Jésus en parole et en acte, retrouvons une foi incarnée et non plus intellectuelle ou moralisante, et convertissons-nous vraiment (ce que la Vierge n’arrête pas de demander dans ses apparitions, soit dit au passage). Soyons saints, vraiment. Le reste sera donné par surcroît (même la messe en latin). Etait-ce le cas en 1961 ? Pas sûr.

            J’attends votre réponse avec un intérêt fraternel,

            Bien à vous

        • Cher Timo, ce n’est pas la thèse que défend Guillaume Cuchet : Vatican II n’est pour lui qu’un des déclancheurs du décrochage de 1965, le principal etant l’arrivée à l’age adulte des générations du baby boom. Et les luthériens, puisque vous en parlez, connaissent le même décrochage à la même époque, sans rapport avec Vatican II.

  7. vendome

    M. Jean de Viguerie indique l’évolution de la pratique dominicale en France:
    1788: 95%
    1802: 50%
    1914: 50%

    La soutane remplacée trop souvent par le col roulé et le pantalon de velours (+ petite croix) n’a rien arrangé.

  8. Rascol

    Je fais remarquer que le chanoine Boulard divisait la France en trois zones des 1950 : zone A (Pratique supérieure à 20%), zone B (indifferentes mais de tradition chrétienne), zone C (pratique presque nulle). Pour être juste, il convient de souligner qu’un gros tiers de la France – et la moitié du territoire- etait déja déchristianisé en 1950. On ne saurait imputer cette déchristianisation précoce à Vatican II. La pastorale pré-conciliaire a sa part de responsablilité dans la déchristianisation de la France. La zone A, au milieu des années 60, n’a fait que rejoindre la zone B.

  9. Ideal

    Intéressante, l’analyse de Arôme. La prière est l’union à Dieu. C’est cette union qui porte du fruit : “je suis le ce, vous êtes les sarments”.

  10. S’il était vrai que Vatican II était responsable d’un décrochage massif de la pratique religieuse, comment se fait-il que les messes célébrées selon le rite tridentin attirent si peu de monde ? Je m’y suis rendu une fois: il n’y avait qu’une vingtaine de fidèles. Je suis d’accord avec Cuchet quand il affirme que le décrochage aurait eu lieu de toutes façons, même sans concile : c’était déjà fait en 1950 dans la moitié du territoire français.

  11. Arome

    Bonjour Idéal,

    merci de votre intérêt – permettez-moi d’insister. Les Français, et les catholiques en particulier, sont divisés depuis longtemps. En 1965, les camps étaient déjà polarisés : libéraux contre conservateurs, modernistes contre traditionalistes, marxistes contre anti-marxistes, etc… Or l’abbé Houghton, comme anglais, était étranger à ces crispations. Comme prêtre, et issu de plus des meilleures écoles anglaises, il avait une finesse d’analyse et une liberté d’esprit qu’il est difficile d’avoir en temps de crise.

    Son explication offre d’une part un diagnostic pertinent (et qu’on peut compléter : Hervé Soulié n’a pas tort de souligner l’enrichissement de cette époque. Hildegarde de Bingen dit que l’abondance de biens “dissout l’âme”. Quant à la gestion des appétits…). Pertinent parcequ’il tient compte de l’étendue et de la profondeur de la crise, et convaincante parcequ’elle s’inscrit dans le temps long.

    Son explication est vraiment une clé pour notre temps : enfin traditionalistes et catholiques conciliaires peuvent se parler sans penser que l’autre est un traître (car de fait, Louis a aussi raison : c’est l’interprétation des textes plus que les textes eux-mêmes qui a posé problème. Le concile Vatican II prévoit que le grégorien doit garder en tout la première place. Voyez s’il est appliqué…). Enfin on peut remettre les choses à leur juste place : oui la messe tridentine est un bijou, mais si j’y assiste d’un coeur sec et plein de méchanceté pour mon voisin, est-ce vraiment mieux pour moi ? On peut être plus condamné pour avoir plus reçu (miserere mei Domine, miserere mei..)

    Donc, le jansénisme désespérant et sec (et son enfant, l’abject “christianisme des valeurs”. Faut-il hélas s’interroger sur son jumeau, le christianisme de musée, également sec ? Je ne critique pas ici ni la messe en latin ni ceux qui y assistent – dont moi – j’interroge sur le fond des coeurs et sur l’esprit. Que celui qui n’a jamais entendu de médisance à la sortie de sa messe me jette la première pierre), voilà l’ennemi. Le coeur à coeur avec le Seigneur, voilà le chemin de la sainteté. Les crises cesseront quand il y aura une proportion suffisante de saints.

    Pax hominibus bonae voluntatis

    Quant aux hominibus malae voluntatis, Père, ne nous laisse pas entrer en tentation ! 🙂

    • Deo Gratias

      J’apprécie votre analyse.

      Je me permets un rectificatif.

      Ni cœur à cœur – ou nous sombrons corps et âme dans une sorte de protestantisme liquide.

      Ni tête à tête – ou nous sombrons corps et âme dans une sorte de jansénisme endurci.

      Mais une circulation d’amour et d’intelligence entre le cœur et la tête, la tête et le cœur – fides et ratio.

      Autrement dit : un catholicisme orthodoxe, ou une orthodoxie traditionnelle.

      Et il me semble que le grand drame du christianisme, c’est cette séparation des églises d’orient et d’occident. J’appelle de mes vœux et de mes prières une réconciliation en acte et en vérité pour la plus grande gloire de Dieu et le salut du monde.

    • Deo Gratias

      @ Arome, suite et fin :

      Je veux ici évoquer les trésors de la spiritualité orthodoxe et catholique, ces myriades de saints et de saintes à travers leur histoire respective des origines à aujourd’hui, ces miracles, ces apparitions, ces phénomènes surnaturels, autant dans la tradition orthodoxe que dans la tradition catholique. Et c’est suffisant pour savoir d’où vient la vérité qui est le Christ Jésus notre Seigneur.

      Je vous laisse méditer sur l’autre tradition chrétienne, tout à fait récente à l’échelle de l’histoire de l’humanité.

      Vous écrivez aussi : “Faut-il hélas s’interroger sur son jumeau, le christianisme de musée, également sec ? Je ne critique pas ici ni la messe en latin ni ceux qui y assistent – dont moi – j’interroge sur le fond des coeurs et sur l’esprit.”

      Quel est le monastère français qui, dans les années 70-80, comptait environ une centaine de moines et a fondé en France à la même période deux monastères, et en a fondé un autre aux Etats-Unis, ayant déjà 40 moines, et a ressuscité récemment Saint-Paul de Wisques dans le Pas-de-Calais ? Le monastère traditionaliste de Notre-Dame de Fontgombault.

      Quel est le monastère français qui est le seul en France et peut-être dans le monde a avoir développé une application smartphone qui permet très facilement et, surtout, très pratiquement, d’avoir toutes les informations sur ce monastère et de suivre en direct et en différé les offices de ce monastère (sauf matines) ? Un monastère qui doit compter aujourd’hui une cinquantaine de moines et qui est déjà à l’origine de la fondation d’un autre monastère bénédictin en France, Sainte-Marie de la Garde ? Sainte-Madeleine du Barroux.

      Je ne connais aucun autre monastère en France ayant une telle fécondité, j’en connais plusieurs qui ont fermé leurs portes et d’autres qui vont les fermer bientôt…

      C’est une tradition vivante et vivifiante. C’est un témoignage, simple, silencieux, efficace, c’est-à-dire porté par la grâce de Dieu

      Comme je l’ai écrit dans un autre commentaire ci-dessous : ce qui vient du diable, etc… Ce qui vient de Dieu, etc…

      • Arome

        Cher Deo Gratias,

        la crise est complexe. Je vous remercie pour vos indications (ni tête à tête, ni coeur à coeur) que je crois vraies, juste et équilibrée. Elles dépassent ma compétence (je suis jeune), mais pas mon espérance, et je vous remercie encore de me guider vers le haut. J’accepte avec reconnaissance.

        Entièrement d’accord sur la nécessité de former l’intelligence et de ne pas sombrer dans le protestantisme liquide : un de mes amis vit cela et c’est douloureux.

        Tout à fait d’accord aussi sur l’unité profonde avec les orthodoxes. Prions le Christ Sauveur et la Vierge de nous rassembler.

        Permettez-moi juste de préciser un point de ma pensée, dont la formulation prêtait à l’ambiguïté : je visite régulièrement Fontgombault, et le Barroux depuis mon enfance. Jamais je n’en dirai du mal, ce sont des fontaines spirituelles, hommage à nos frères moines.

        Ce dont je souffre cruellement est au-delà des blocs et se joue dans le secret des coeurs. Il y a dans les paroisses “rite ordinaire” des croyants sincères voire des saints. Il y a aussi hélas parfois des idéologues et des sorciers. Il y a dans les communautés “traditionalistes” des croyants sincères voire des saints.

        Il y a aussi hélas parfois aussi des gens qui ne transportent qu’aigreur et rancoeur – d’un point de vue opérationnel, ils font autant de dégâts que les sorciers. Pour eux, l’espérance n’est pas la sainteté, l’espérance c’est la mort de Vatican II et la stricte observance des formes extérieures. Quant à la conversion personnelle, cela ne les concerne pas, ils sont déjà des “gens bien”, d’où la liberté de déchirer à belles dents et sans états d’âmes tout ce qui n’est pas dans l’alignement strict de leur conception. Et s’il n’y a personne à déchirer, ils se déchirent entre eux : par exemple la chasse aux faux tradis (dont les parents ne sont pas nés tradis…). Cela ne concerne pas toute la communauté des tradis, certes. Cette forme de sécheresse cependant est assez spécifique.

        J’ai aussi découvert récemment avec surprise une vulnérabilité étonnante dans ce milieu. Au nom de la Tradition, on va remonter à la Tradition primordiale (de René Guénon). On va assister à la messe en latin, être très conservateur et en même temps préparer l’Ere du Verseau et travailler dans l’énergie subtile. On sera même parfois l’objet d’apparitions ou de motions intérieures qui confèrent des titres ronflants, ce qui ne suprend pas le dépositaire : il était déjà conscient de faire partie d’une élite.

        Cher Deo Gratias, je m’arrête là – merci encore pour vos remarques judicieuses, que Dieu vous bénisse et vous garde, et qu’il rassemble les deux poumons de l’Eglise, l’oriental et l’occidental, comme saint Jean Paul II l’a tant souhaité,

      • C’est vrai : l’Eglise catholique a la grâce de l’universalité et les Eglises orthodoxes ont celle de la belle liturgie . Mais ne faisons pas de nos frères protestants les boucs émissaires porteurs de toutes nos imperfections. Eux aussi ont une grâce: celle de la connaissance de la Parole de Dieu et de la prière spontanée.

        • Arome

          La volonté d’unité est louable. L’unité avec les othodoxes serait facile sans les questions d’orgueil national (comme avec les anglicans : peu ou pas de différences doctrinales. Ils sont restés fidèles à la doctrine).

          Pour les protestants, c’est autre chose. Par définition, un protestant est quelqu’un qui ne reconnait pas d’autorité autre que la sienne – d’où le nombre en perpétuelle croissance de leurs églises, parfois monopersonnelles. Fidélité connait pas.

          Parlons de la Parole de Dieu : pour des gens qui disent la connaître, ça ne les dérange pas de l’amputer de tous les livres deutérocanoniques, et de lire une Bible de… 66 livres !!! Et ils ne tiquent même pas sur le chiffre !!

          Qu’ils soient cultivés, oui, de bonne volonté parfois. Frères… excusez-moi j’ai du mal. Ils suivent leur volonté propre en prétendant suivre Jésus qui a dit “Père non pas ma volonté mais la tienne”, ce qui lui a d’ailleurs coûté la vie. Ce sont peut-être des gens charmants, et pourtant le protestantisme est injustifiable.

          PS : si vous trouvez l’extraordinaire livre du chevalier Drach, rabbin converti au XIXe, sur les liens entre l’Eglise et la Synagogue, vous y lirez sous sa plume “qu’aucun juif ne s’est jamais abaissé au protestantisme”. Le respect de la chaire de Moïse a toujours été gardé, nul ne se serait montré suffisamment imbu de lui-même pour être son propre pontife et son propre docteur.

  12. Deo Gratias

    Il y a aujourd’hui 3% de catholiques pratiquants en France. Si la courbe des baptêmes poursuit son long déclin, il y aura dans 20 ou 30 ans 1% de catholiques en France.

    Je ne crains pas la MRJC et tous les mouvements qui, directement, à la manière du premier communiqué scandaleux du MRJC, ou, indirectement, à la manière de son communiqué rectificatif, beaucoup plus dangereux que le premier message, je ne crains pas le MRJC, car ce qui ne vient pas de Dieu, vient du diable, et ce qui vient du diable est appelé à disparaître totalement à brève, moyenne ou lointaine échéance, et le MRJC aura totalement disparu de notre beau pays et de notre mémoire nationale d’ici 20 ou 30 ans. C’est certain!

    Mais je m’interroge sur notre Eglise catholique en France et dans le monde.

    Je suis traditionaliste depuis 2 ans, et heureux de l’être dans des communautés en pleine communion avec le Saint-Siège, ou en fréquentant avec une grande prudence les chapelles de la FSSPX.

    Si je suis traditionaliste, c’est parce que cette forme de vie spirituelle et de célébration des sacrements, éprouvée par le temps et l’espace, est le plus proche de l’Eglise orthodoxe – c’est l’aspect positif de cette découverte, ou, pour le dire autrement, et de manière négative, est le plus éloigné du protestantisme, sous une forme ou une autre, dans ou hors de notre Eglise catholique.

    Je n’idéalise absolument pas la vie spirituelle et sacramentelle de nos ancêtres avant le deuxième Concile du Vatican, ce qui me rend extrêmement méfiant à l’égard de la FSSPX, car il me suffit de lire n’importe quel historien (de profession, pas un hagiographe ni un révolutionnaire) pour ne pas idéaliser cette période de notre histoire religieuse en France. Il me semble en réalité que la grâce de ce long désert post-conciliaire, c’est une purification active et passive des éléments mauvais de la vie spirituelle et sacramentelle d’avant Vatican II.

    Parfois, je me dis – j’en demande pardon à notre Seigneur Jésus si je me trompe avec cette opinion personnelle, parfois je me dis que la vraie Eglise du Christ Jésus est à mi-chemin entre l’Eglise catholique dans sa forme “traditionaliste” et l’Eglise orthodoxe d’hier et d’aujourd’hui. Autrement dit : il manque à l’Eglise catholique la dimension pénitentielle de l’Eglise Orthodoxe, et il manque à l’Eglise Orthodoxe la dimension missionnaire de l’Eglise catholique.

    Bon dimanche dans la joie et la paix de notre Seigneur Jésus

  13. fg

    En 1650, 1789, 1850, ou 1950, le mariage ne se concevait que comme l’union d’un homme et d’une femme en vue, s’ils le pouvaient, de fonder une famille.
    Depuis quelques années, si vous défendez ce point de vue, y compris chez une majorité de catholiques, vous passez pour un SS, pire, pour un membre de l’inquisition. Et cette nouvelle conception de la famille n’est même plus contestée par les clercs.
    Qu’on ne me dise pas que le “vent de liberté” qui a soufflé lors du dernier concile n’y est pas pour quelque chose !
    C’est juste un exemple, mais il y en a beaucoup d’autres.

  14. Xavier S.

    En 1960, la pratique religieuse était déjà en baisse et je m’en souviens très bien parce que cette année-là, j’avais 12 ans et que je fréquentais un grand collège catholique de Bruxelles. Malgré que l’ancienne liturgie latine était encore en vigueur et que le catéchisme traditionnel faisait encore autorité partout, il régnait une certaine tiédeur religieuse.
    La cause de cette tiédeur était le matérialisme introduit en Europe par les Etats-Unis, après 1945. Le Plan Marshall pour la reconstruction de l’Europe donna aux Européens l’envie de vivre ”comme les Américains”. Le confort et le luxe ”pour toutes les bourses” était l’un des grands slogans commerciaux d’alors. Le film ”Mon Oncle” de Tati est une excellente satire du patron français américanisé des années 1950.
    A côté, il y avait aussi le fort développement du tourisme balnéaire (avec le bikini en 1950), et l’apparition de la mini-jupe en 1962.
    Tout ce matérialisme d’origine américaine était le principal facteur qui éloigna les catholiques de la pratique religieuse. Le fait que les études et les diplômes étaient devenus des ascenseurs sociaux qui promettaient un niveau de vie matériel jamais vu auparavant, les jeunes catholiques se détournaient facilement de la vocation religieuse. Avant même que le concile ne débutât.
    On ne peut pas marier la religion catholique avec le matérialisme: l’Aggiornamento était une pure utopie, et le Concile un coup d’épée dans l’eau.

  15. Eve

    Vers les années 1960, l’église de mon petit village était remplie tous les Dimanches et jours de Fête.
    La situation matérielle des gens commençait à s’améliorer, et des nouveautés techniques, comme les transistors étaient à la portée de foyers modestes.
    Et à la mort de Pie XII, qui était aimé de tous, les catholiques ont pu suivre les étapes de l’élection du nouveau Pape, et l’on a ainsi entendu en direct l’annonce de la fumée blanche qui venait de sortir de la fameuse cheminée du Vatican, mais cette fumée n’est restée blanche
    que quelques minutes et elle est devenu noire
    pour quelques jours encore. Les catholiques n’en revenaient pas !!!
    Puis en 1960, l’attente de l’ouverture de l’enveloppe du troisième secret de Fatima devait se terminer.
    Depuis des années, c’était un message attendu avec ferveur. La Vierge Marie avait un message important
    pour ce temps là. Mais non, le message n’a pas été donné.
    Les catholiques ne comprenaient plus. Mais un concile commençait.
    Le Catéchisme enseignait que nous pouvions et nous devions croire toutes les vérités enseignées par l’Eglise car “Dieu ne pouvait, ni se tromper, ni nous tromper”. Et entre les difficultés économiques, car s’il y avait amélioration, la situation était difficile pour beaucoup, et tout ce qui commençait à bouger dans l’Eglise, les gens se sont détournés de leur église paroissiale, et ont commencé à préférer les distractions et le cinéma.
    Les prêtres ont rendu leurs vœux, et beaucoup de ceux qui restaient ont jeté leur soutane aux orties.
    Mai 68, venu de contestataires sans religion (…) a troublé aussi l’ordre moral.
    Du concile à surgi une Eglise transformée et dans le Rite et matériellement par les tables de communion cassées et le Tabernacle sur le coté, et l’Autel remplacé par une table.
    C’était le commencement du bouleversement de l’Eglise, maintenant il continue insidieusement
    dans la Liturgie de la Messe, mais par des voies détournées, “L’ abomination de la désolation ” s’installe
    sous nos yeux et nos oreilles et va même jusqu’à vous faire trémousser à la Messe !
    Or, le chant grégorien reste le chant de l’Eglise. Chacun peut demander que cela soit respecté.
    Commençons par là !

  16. Deo Gratias

    Chers amis de Riposte catholique

    J’ai décidé de faire un jeûne de commentaires. Ce sera mon effort de carême. Il me semble qu’il y a souvent des approximations, des manques de charité fraternelle, et d’autres choses plus grave encore dans ces commentaires : je pense à l’expression de mes doutes sur notre Église catholique vraie Église de notre Seigneur Jésus.

    Je vous souhaite un bon temps de carême dans la paix et la joie de notre Seigneur Jésus.

  17. Tokani

    La société de consommation libérale hedonniste couplée aux nouveaux moyens de communication ont été un acide particulièrement corrosif pour la Foi ! Normal . Autrefois l’église luttait contre des erreurs là elle s’est retrouvée en but à une perte de substance de la foi et de ses rites qu’elle a elle même accéléré et aggravé….
    Vatican II a voulu régir à une menace en la devançant dans une fuite en avant c’est un fait unique dans l’histoire des conciles qui ont tous réagit aux erreurs en les combattant non en les relativisant…
    Cet état d’esprit de l’épiscopat occidental “qui a mené la danse” traduit le fait que ce concile non demandé par les Chrétiens traduit surtout une crise spirituelle profonde des clercs qui eux mêmes ne croient plus les vérités défendues par l’église de tout temps….
    Je vais acheter ce livre que j’espère sérieux !

  18. Comment Vatican II a-t-il joué un rôle d’accélération dans un décrochage de la pratique religieuse amorcé depuis plus d’un siècle ? Selon Cuchet, simplement en ne disant plus que la pratique religieuse était obligatoire “sous peine de péché mortel”, mais en affirmant que la messe était la source et le sommet de la vie chrétienne. Autrement dit , la messe n’est plus une obligation mais un rendez-vous à ne pas manquer. Aller aux sacrements par amour et non par crainte. Guillaume Cuchet n’hésite pas à embarquer Ste Thérèse de Lisieux dans sa démonstration : en mettant l’accent sur la miséricorde de Dieu plus que sur sa justice, elle a préparé la fin de cette “pastorale de la peur” qui prévalait depuis des siècles et scié la branche sur laquelle l’Eglise était tranquillement assise. Faut-il s’en affliger ? Bien sûr, on est tombé dans un excès inverse. Mais faut-il regretter les temps anciens pour autant ? Cuchet fait remarquer avec pertinence que dés le XVIIIe siècle, certains théologiens estimaient qu’une prédication trop axée sur la peur de l’enfer était une insulte à la Rédemption.

  19. Arome

    L’expérience de Milgram (psychologie sociale) est intéressante. Elle démontre que si la figure d’autorité cesse d’être unie ou homogène, en clair : s’il y a des disputes au sommet, alors, et seulement à ce moment, les subordonnés qui ne pouvaient ou ne savaient comment se dérober en profitent pour partir.

    Ce phénomène psychologique a pu jouer aussi un rôle d’amplificateur.

    Persiste et signe : cette crise a été et reste complexe. Dire que tout a commencé avec Vatican II est faux. Dire qu’il suffira de résorber Vatican II pour tout résoudre est faux.

  20. Pingback: De la création d'un réseau de cellules johanniques opérationnelles ... [ MAJ 27/02 ] - Cril17

  21. Benoît JP

    Nul doute que le concile de Vatican II a fait des dégâts… Mais je pense que le pape Jean XXIII a eu raison de le faire ! Le problème est que les nouveautés liturgiques sont devenues, sous les oukazes des progressistes et des modernistes, des “obligations” incontournables, et tout ce qui se faisait jusque-là est devenu “interdit”…

    Ce n’est pas tant le concile lui-même qui est en faute, mais l’interprétation qui en a été faite par les nouveaux “zélotes” des années 60 et 70…

  22. Pauvre pécheur que je suis

    Il est plus que temps de faire un arrêt et de bien s’asseoir car même la révolution française s’est faite contre l’Église + + +

  23. roland

    Voici mon modeste point de vue.
    Permettez que j’emploie à dessein un vocabulaire ringard ; de plus certains pourront le qualifier de simpliste ; je ne suis pas un théologien, donc je ne comprends pas vraiment toutes les discussions théologiques qui servent de bases à certains commentaires. Voici donc dans le désordre quelques idées concernant la baisse de la fréquentation des messes :
    – les prêtres, guides naturels du troupeau, ont commis plusieurs erreurs dont la plus importante est le renoncement à faire apprendre par cœur le catéchisme. (par cœur, c’est-à-dire avec tout son cœur et toute son intelligence). Au 19è siècle (et déjà avant) les évêques rédigeaient pour leurs diocèses des catéchismes contenant des questions et des réponses, compendium de ce qu’il fallait connaître pour avoir une vie chrétienne.
    – Ce catéchisme qu’il fallait apprendre et répéter à la maison, souvent avec l’aide des parents ou même en pensionnat avec l’aide des religieux ou religieuses ou autres personnels pédagogiques, avait l’immense avantage de servir de piqûres de rappel aux adultes en particulier sur le problème des commandements de Dieu. Il était un moyen pour les parents de se revivifier tout en communiquant avec leurs enfants sur le sujet de la religion. On priait donc en commun dans les familles en répétant les prières de tous les jours, on apprenant les prières à dire à l’occasion des repas etc..
    – Cette instruction religieuse a été remplacée par une éducation religieuse , qui se résume souvent à l’équation : DIEU = AMOUR.
    – Pour beaucoup de personnes cette égalité permettait de mettre l’amour (avec un a minuscule) au centre des préoccupations, des sermons et même des textes épiscopaux. Je me souviens d’un long texte produit par un évêque-cardinal où Dieu était cité 2 fois (deux fois seulement ! ) comme principe d’action ou source d’inspiration. C’est peu.
    – Le français est pauvre en mot pour l’amour, la charité, l’amitié. Ceci peut ouvrir la voie à des ambiguïtés et même des contre-sens.
    – Quand on autorise les peuples non latins à user de leur langue vernaculaire pour prier ou dire la messe, on se trompe en prétendant que les peuples latins doivent faire de même et renoncer au latin, qui était une langue fédérative en Europe occidentale. Le permettre c’est bien. En faire la règle au point que certains prêtres n’ont pas appris le latin c’est une ablation de culture.
    – Le fait que certains catholiques français n’admettent pas que d’autres chapelles emploient un langage rituel différent du leur est tout à fait déroutant. (cette discordance est perceptible aussi bien chez certains fidèles de la messe ordinaire que de la messe extraordinaire) ; dans une église de France où les deux rites étaient pratiqués successivement j’ai entendu des personnes dire de leurs prédécesseurs ou successeurs dans les lieux : « ils nous embêtent ! ». Si les principaux adversaires d’un rite sont ceux de la chapelle d’en face, c’est sûr que le catholicisme est dans une mauvaise passe. Pour être précis je dirais que les plus sectaires et les moins tolérants, ne sont pas toujours ceux qui se disent modernes.
    – Je pense que l’instruction religieuse devrait aboutir à un niveau de connaissances tel que les candidats à la confirmation devraient être capables de décrire les principaux schismes et hérésies. La connaissance des schismes et des hérésies permet de répondre à des questions classiques, souvent fort anciennes, qui sont reprises par les tentateurs du présent siècle et sont autant d’occasion de chutes pour ceux qui les écoutent. On est très loin de cette instruction. Beaucoup de jeunes catholiques ne connaissent pas même les différences entre diverses églises chrétiennes (catholiques romains, orthodoxes, protestants luthériens, calvinistes, évangéliques, anglicans, presbytériens, etc…). Mais pour affronter le monde présent, pour résister aux arguments des athées et agnostiques ainsi qu’à la submersion islamique, il faut être bien armé par des arguments qui viennent facilement. Il n’y aura pas de nouvelle évangélisation sans une bonne connaissance de notre propre religion.
    – Il est nécessaire d’avoir une certaine candeur dans la vie religieuse ; cette candeur ne doit pas empêcher la lucidité dans le monde. Par exemple certains prêtres qui devraient être les protecteurs naturels de leurs troupeaux n’assument pas cette défense de leurs ouailles ; ils suivent leurs idées personnelles (prises à la télé ou empruntées à leur quotidien préféré), qui sont souvent des idées très éloignées des préoccupations quotidiennes des gens. Ils ne les empêchent pas d’aller dans une direction dangereuse ; parfois même ils les encouragent dans ces directions dangereuses. Comme l’Esprit Saint n’est heureusement pas à disposition uniquement des clercs mais aussi du simple fidèle de base, ces catholiques de base se rendent bien compte que certains clercs détruisent les réactions immunitaires de la population catholique contre le malheur et le Mal. Lorsque le clergé se comporte ainsi, c’est qu’il oublie qu’il est séculier, c’est-à-dire qu’il doit tenir compte des soucis des populations.
    – Je prends quelques exemples :
    – Avortement : faute d’avoir entendu des explications appropriées du clergé sur le sujet, la dépénalisation est arrivée au point, que l’on considère que c’est un droit personnel. Ce qui était un délit il y a 50 ans a été complètement inversé en un « délit d’entrave ». Maintenant est coupable celui qui dissuade publiquement l’avortement Quel curé oserait encore « monter en chaire » pour suggérer qu’un comportement « alternatif » est possible et que le moyen d’y parvenir est de valoriser la femme tant sur le plan moral que matériel : de plus il importe de mettre à disposition des femmes enceintes une aide (ayant le droit à la publicité) très importante aide financière et une considération morale, des droits accrus à la retraite.
    – Théorie du genre : trop timides réactions des clercs sur le sujet.
    – Homosexualité : il faut vraiment être hardi pour s’aventurer en 2018 sur ce sujet. La police LGBT veille.
    – Un sujet sur lequel on peut encore s’aventurer c’est la mise en place progressive du prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu. Ce projet imminent est un encouragement à la dissolution de la notion de « foyer fiscal », qui est une preuve tangible de l’existence des familles. (avec les rubriques concernant les personnes à charge, descendants ou ascendants, pensions etc…). Que l’Eglise ne se rende pas compte des dangers est sidérant : il est un danger supplémentaire que je vois, à savoir la porte ouverte à la polygamie ; en effet il est évident qu’on aboutira rapidement à une situation où la déclaration fiscale du couple ou du ménage marié deviendra facultative.
    – Immigration Dans ma paroisse il ne se passe pas un sermon ou une « prière universelle » sans l’apologie de l’immigration. . Tout y passe depuis la migration d’Abraham, la fuite de la Sainte Famille en Egypte jusqu’aux réfugiés des guerres multiples en Europe et ailleurs et le racisme Ku-Klux-Klan. Tout est prétexte à soutenir moralement les vagues migratoires, quand ce n’est pas à quêter. A l’écoute d’un tel discours, quelle peut être réaction d’un salarié lucide, père de famille ? Voici ce qu’il pense : « les immigrés, qui ne proviennent pas souvent d’un pays en guerre (proportion très inférieure à 50 %) acceptent des tâches à un coût salarial très inférieur aux salaires des européens ; donc mon curé encourage une baisse substantielle de mon niveau de vie ». Pas étonnant que les gens soient lassés d’un discours qui rappelle un peu trop les velléités du « French Doctor » , discours qu’ils estiment contraire au bons sens de maintien des droits salariaux acquis N’ayant pas fait vœu de pauvreté, obligés de déménager pour retrouver un emploi, ils finissent par dételer d’une paroisse si contraire à leurs intérêts vitaux et familiaux.
    – N’êtes vous pas frappés par le fait que les participants aux messes, au denier du culte sont de plus en plus âgés ?. Qui sont les absents ? les jeunes générations. Les curés oseront-ils un jour voir la réalité de la « pyramide des âges » qui est devenue un ballon de plus en plus haut sur l’échelle des âges, un ballon en train de se dégonfler par l’effet des décès ?

    • Roland, le dominicain Serge Bonnet (1924-2015) n’était pas tendre avec l’interprétation qui a été faite de Vatican II mais il défendait une thèse très différente de la votre : pour lui, ce sont les chrétiens sans grande connaissance des mystères de la foi qui ont décroché le plus vite. Quand je dis “sans grande connaissance” , il ne s’agit nullement des moins fervents, mais des pratiquants de ce que l’on appelait avec dédain “la religion populaire” . Je pense avec affection à ces vieilles dames d’origine portugaise qui fréquentent encore ma paroisse, même en semaine. Elles sont bilingues, mais ne pratiquent que le français courant. Une bonne partie de la liturgie parlée leur échappe, mais elles sont à genoux au moment de l’élévation et communient avec ferveur. Cramponnées à leur rosaire, elles ont traversé toutes les réformes liturgiques sans encombre : elles savaient que Jésus était là, sur l’autel. Ce sont ces gens-là, qui croyaient sans tout comprendre, qu’on a négligés selon Serge Bonnet. La foi n’est pas d’abord une connaissance, elle est une confiance faite à Quelqu’un .

  24. Pingback: De l’absence des « descendants du Temple » dans l’Histoire de France depuis le 8 juin 1795 (5) ( MAJ 16/03) - Cril17

  25. Marie, médiatrice entre chrétiens et musulmans

    http://eglise.catholique.fr/actualites/454092-ensemble-marie-2/

    Aveu pour aveu et citation pour citation ; Anouar Kbibech, président du Rassemblement des Musulmans de France, a témoigné combien lui était sorti de la première rencontre, en 2015, à la basilique de Longpont-sur-Orge (Essonne) « les larmes aux yeux » et il a fait référence à un proverbe marocain « Au lieu de te lamenter sur l’obscurité, allume une bougie ». « Avec Ensemble avec Marie, assure-t-il, on allume une bougie contre l’obscurantisme». En plus du dialogue islamo-chrétien « face à face pour aplanir les malentendus et comprendre les convictions et les valeurs de l’autre » et du dialogue « côte à côte pour dialoguer sur des questions de société, il nous manquait, a-t-il analysé, la dimension main dans la main : faire ensemble et se retrouver autour de thèmes fédérateurs ».
    Et c’est la belle figure de Marie qui unit les communautés. « Sans syncrétisme car Marie est différente dans le Coran et l’Évangile, a bien rappelé Gérard Testard, ni par prosélytisme car il ne s’agit pas de convertir l’autre mais de vivre en frères d’humanité »

  26. Gul

    Peut être que les gens ont enfin ouverts les yeux sur les aberrations que racontent les religions.

    Comment faire confiance a une religion qui a entraine un nombre de massacre incalculable? (Croisade , Saint Barth, etc.)
    Comment croire a une religion qui raconte un peu n importe quoi? ( adan et Ève….aucune trace de la vie des juifs en Égypte trouvée après 50 ans de recherche, évangile écrite 30 ans après la mort de Jesus).
    Aujourd’hui hui ceux qui se prennent pour le fils de dieu on les envoie en asile psychiatrique.

    Pas étonnant que les églises se soient vide. Il faudrait vraiment un miracle pour que ça change.

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