Recatholiciser l’école sous contrat

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Le dossier du mensuel La Nef de mars est consacré à l’école catholique. Parmi les articles, on y trouve une tribune d’Anne Coffinier, présidente de la Fondation pour l’école, qui écrit :

“[…] Aujourd’hui, nombre d’évêques veulent recatholiciser l’école catholique, mais leurs efforts ne portent pas sur le plan intellectuel, sur la formation de la raison. Or c’est là que se décide hélas, il nous semble, la possibilité de recevoir ou non la foi. C’est là que se construit le rapport à la vérité, la vision anthropologique. Quand l’Église de France ne dit rien sur l’homme en Sciences de la vie et de la terre, en français, en histoire, en philosophie, qu’a-t-elle à dire aux élèves d’audible et de légitime sur sa rencontre avec Dieu ? Si l’Église regarde avec indifférence l’institution scolaire ou universitaire se détourner de la recherche de la Vérité et de la Sagesse, peut-elle encore oser nous faire une proposition spirituelle ?

Le discours de l’Église de France sur l’éducation a été délégué pour l’essentiel au Secrétariat général de l’Enseignement catholique, lequel a, avant tout, la responsabilité de gérer au mieux « son » réseau d’écoles, à commencer par en préserver les crédits budgétaires dans la relation toujours tendue avec l’État. Ainsi, c’est l’Église gestionnaire d’un réseau d’écoles privées qui semble avoir pris le pas sur l’Église mater et magistra. En France, l’Église n’intervient pas publiquement pour promouvoir une culture de l’étude, de la recherche, et dénoncer l’avilissement des programmes, la dénaturation des examens d’État, l’envahissement du politiquement correct qui rend la véritable pensée critique impossible. Elle a pris l’habitude de restreindre sa sollicitude à l’Enseignement catholique et de ne plus s’adresser à l’enfant de l’école publique ou aux professeurs en général.

L’Enseignement catholique ne s’est-il pas laissé enfermer en grande partie dans une gestion comptable de ses relations avec l’État ? Préserver les moyens, pour préserver le réseau : cet objectif est légitime et nécessaire, mais à quel prix? D’ailleurs, le 80/20 % mis en place en 1984 n’est plus respecté. Il y a à peine plus de 18 % d’enfants scolarisés dans l’Enseignement sous contrat, et le président Macron a fait savoir qu’il n’ouvrirait durant son mandat aucun poste en faveur de l’enseignement sous contrat, en dépit des longues listes d’attente et des résultats académiques probants. Il fait fermer les écoles rurales au profit de grosses écoles urbaines et des « banlieues sensibles », il vide sciemment la France des collines et des clochers au profit d’une France des mégapoles interconnectées. L’Éducation Nationale incite fortement l’Enseignement catholique à en faire autant, pour qu’il ne puisse paraître le sauveur de la France rurale.

Dans le contexte où il n’est plus possible de créer de nouvelles classes sous contrat, l’Enseignement catholique verra nécessairement s’ouvrir des classes hors contrat au sein de ses établissements sous contrat. À la faveur de ces ouvertures de classes hors contrat, ce sont des fertilisations croisées qui s’annoncent sur la base desquelles peut s’affirmer une nouvelle forme d’école catholique culturellement plus désinhibée.”

6 comments

  1. em

    “Re catholiciser l’école sous contrat” … qui n’aurait jamais dû être abandonnée à l’état.
    Aider les familles faisant le choix d’une éducation chrétienne pour leurs enfants était le but annoncé pour accepter l’aide de l’état. Il n’aurait dû être nullement question de permettre à l’état d’infiltrer ces établissements avec un enseignement contraire à leur foi catholique.
    Les associations des parents d’élèves sont grandement responsables d’avoir livré ces établissements à l’éducation nationale qui n’attendait que cela pour infiltrer ces écoles et y répandre leurs idéologies. Par leur manque de vigilance et leur indifférence sur les sujets essentiels ces associations ont grandement facilité l’ingérence de l’état dans ces écoles.
    Les évêques ont aussi délaissé, ces “écoles libres” d’autrefois, à des maîtres non catholiques, puisque choisis et imposés par l’état.

    Le résultat est plus que négatif, ces écoles ont perdu leur spécificité catholique, l’enseignement de la foi, s’il existe encore, n’est plus obligatoire (il ne faut pas choquer les autres nationalités), elles accueillent tous les enfants uniformément sans respect de l’enfant chrétien pour qui ces écoles ont été crées, il doit s’adapter à l’enseignement idéologique donné a tel point que lorsqu’il passe ses examens il n’est plus beaucoup question du contrôle des connaissances acquises MAIS de composer avec ce que le professeur aimera trouver dans la copie.

    C’est scandaleux … et pendant ce temps là les évêques vont se promener au Salon de l’Agriculture !!!!!!!!!!!!!

  2. Xavier S.

    Re-catholiciser “l’école catholique” sous-contrat… Mais de quoi parlez-vous ?
    Pour moi, la première chose à faire serait de rétablir de vrais cours de religion catholique, complets et bien structurés.
    Et surtout que l’on mette fin à la situation actuelle, qui dure depuis les années 60, depuis que l’on a adopté la catéchèse dite “existentielle”. Ce qui doit être éliminé, c’est cette catéchèse stérile dans laquelle le Ciel, l’enfer, le purgatoire ont presque disparu depuis Vatican II au profit de grands thèmes de la vie, tels que l’amour, la solidarité, la paix, la justice, l’avenir de la société,… débattus à partir de textes de l’Evangile.
    Du bla-bla stérile, horizontal, sans concepts fondamentaux solides, sans structure, et qui ignore des matières très importantes comme la tentation, le péché, la confession, l’état de grâce, la définition catholique de l’homme (créature raisonnable composée d’un corps mortel et d’une âme immortelle),…
    Cette situation de l’instruction religieuse, et qui dure depuis 50 ans, est la grande responsable de l’ignorance religieuse généralisée d’aujourd’hui et de l’absence de pratique religieuse chez les jeunes. “A quoi sert-il d’être chrétien ?” demandent les jeunes. Cette question qu’ils posent souvent quand on aborde avec eux la question religieuse, est le symptôme d’une Eglise sans objectif clair, déboussolée.
    Il est très important et urgent que l’on propose aux écoliers de vrais cours de religion catholique traditionnelle.
    Si c’est nécessaire, les parents et les élèves ne devraient pas avoir peur de demander l’ouverture d’une option “catholique traditionnelle” pour le cours de religion. Au moins pour les élèves qui seraient intéressés, même s’ils seraient minoritaires. Les bibliothèque des écoles catholiques devraient mettre à la disposition des élèves du secondaire, des livres qui font autorité dans l’Eglise, comme le Catéchisme du Concile de Trente. Ce dernier a le charisme de se présenter comme une homélie écrite dans laquelle on sent la foi vivante et enthousiaste de ses auteurs. De plus, il abonde en références aux textes bibliques.
    Le prochain synode qui se tiendra en octobre 2018 à Rome, concernera les jeunes. Le contenu des cours de religion catholique sera une chose vitale pour l’avenir.

  3. don quijote

    recatholiciser quand on voit qu’une école dite catholique a transformé sa chapelle en salle de spectacle il y a du travail à faire

  4. Gilberte

    Les écoles sous contrat préparent chaque année des centaines d’enfants à la communion solennelle. O n les voit chaque année en photo dans le journal sur le porche des églises le jour de leur communion. Problème: on ne les revoit plus le dimanche à la messe. Où vont-ils rencontrer Jésus Christ?

  5. Arome

    Facile,

    il suffit d’avoir des évêques courageux, des textes législatifs qui permettent de faire le ménage dans les institutions, des corps intermédiaires (les DDEC) qui soient au service de l’évêque et non de la Franc-Maçonnerie, des professeurs vraiment catholiques, des enseignants de catéchisme fervents adorateurs qui utilisent de bons catéchismes, et des parents plus soucieux de la croissance de leur enfant que de leur bonne acceptation dans la bourgeoisie de province.

    En quelques mois, ce sera bon….

    Evidemment je plaisante. Je laisse aux responsables leur plein mérite. Il y a quand même aussi une responsabilité des parents et des laïcs. Tant qu’ils préfereront faire des ronds de jambes et croquer des petits fours plutôt que de travailler avec force à nettoyer l’école de leurs enfants, rien ne se fera.

    Question : parmi les parents du sous-contrat qui lisent ces lignes, combien connaissent le contenu des cours de caté de leurs enfants, le contenu des cours de français, d’anglais, d’Histoire – toutes excellents prétextes pour faire du pourrissage (gender, mariage gay, accueil des migrants, pédophilie…). Combien sont aller visiter le CDI de leurs enfants (mêmes thèmes, en versions illustrées pour jeunes) ?

    Et surtout : combien seraient prêt à se fâcher avec le responsable de la Pasto, qu’ils côtoient depuis plusieurs années, et si bien introduit parmi les gens bien ? Il fait faire du yoga aux enfants ? Ah, c’est embêtant, mais que voulez-vous, il ne faut pas compromettre la relation… Ah, il dit qu’il continuera ? alors il n’y a rien à faire, sinon faire taire les gêneurs, et revenir à nos petits fours…

    Oui, ce sujet me met un peu en colère. Ces braves modérés n’ont peut-être pas tort sur le temps long. Mais le temps d’un enfant passe vite. 3 ans pour récupérer une Pasto. Combien d’élèves pourris pendant ce temps (en admettant que la manœuvre réussisse) ? Et quid du reste de la chaîne de commandement évêque – DDEC – Directeur, hors d’atteinte des laïcs ?

    Pour en discuter, toute bonne idée étant la bienvenue. Dieu vous bénisse,

  6. Roland

    Madame Coffinier déplore un déficit d’intérêt de l’Eglise catholique pour le contenu de l’instruction donnée aux jeunes catholiques non seulement dans le catéchisme proprement dit, mais dans toutes les disciplines littéraires et scientifiques. Comme ça dure depuis des décennies, de nos jours ça finit par laisser des traces dans la formation des adultes et même des prêtres. Il ne suffit pas d’être de bonne volonté pour tout réinventer par soi-même ; il faut faire usage des expériences et savoirs accumulés par les générations qui se succèdent depuis 20 siècles. L’ADULTE SOIT TRANSMETTRE L’apprentissage est un point de passage obligé : Le NEOPHYTE DOIT APPRENDRE, Comprendre ne suffit pas. En apprenant on économise un temps fou, utile à d’autres découvertes et surtout, on s’épargne de retrouver la (mauvaise) solution de problèmes examinés depuis des siècles !
    Permettez que j’insiste comme d’autres commentateurs sur l’aspect de l’enseignement de la religion dans les établissements scolaires.
    Cette négligence a sa base dans l’enseignement du catéchisme qui a malheureusement souvent délaissé les bonnes vieilles méthodes d’autrefois, où l’on employait questions et réponses. Le catéchisme « à l’ancienne » c’était le manuel de base du secouriste catholique, le manuel de solution des petites pannes de l’âme ou du cerveau catholique, lorsqu’il est en dérangement avant de procéder à l’expertise du prêtre pour les grosses pannes. . Le catéchisme permettait de rétorquer sans hésitation à beaucoup de moqueries des athées, à affronter de multiples tentations (le Mal avec un M majuscule) ; il aidait à faire le tri entre le Bien et le Mal. Il permettrait aujourd’hui de répondre aux critiques des mahométans. Le catéchisme, il fallait s’efforcer de l’apprendre par cœur (mais les prêtres étaient indulgents sans être laxistes), Il fallait répéter à la maison ; c’était un lien entre les parents et les enseignants. C’était peut-être aussi une piqûre de rappel pour les parents, les grands-parents, les éducateurs.
    Mais il n’y a pas que l’ignorance de sa propre religion qui menace le jeune catholique ! Comme l’a fort bien souligné Anne Coffinier, l’Eglise doit encore et toujours s’intéresser à l’enseignement des Lettres et des Sciences en direction de la jeunesse, ce qui ne semble pas avoir été son souci principal depuis une cinquantaine d’années.
    Les Lettres : autrefois on enseignait (mêmes dans les lycées publics !) la Chanson de Roland, les Mystères, Bossuet, Pascal, Fénelon, Péguy, mais aussi des auteurs aux opinions divergentes et même opposés ! etc… etc…Cette panoplie ouvrait l’esprit sur la diversité des opinions et des philosophies, dont le fait religieux n’était pas le parent oublié. Combien de fois n’avons-nous pas entendu parler de la trilogie : thèse, anti-thèse, synthèse !
    En histoire on exposait le point de vue factuel sur les religions, mais avec une recherche approfondie du sens et de la controverse : les mythologies antiques, le judaïsme, le christianisme, la religion de Mahomet, les persécutions chrétiennes, les croisades, la querelle des investitures, la Réforme, la Contre-Réforme, le jansénisme etc…etc…les religions orientales et pré-colombiennes de l’Amérique etc….
    Dans le domaine scientifique, on peut se remémorer que le pape Jean-Paul II a fait « plancher » les hommes de sciences sur la solution de l’épisode confus de Galilée. Mais la science est un domaine où l’Eglise reste souvent peu motivée ; en tout cas elle ne se met pas à la portée du public ordinaire, qui écoute souvent le discours « savant » comme « parole d’évangile ». Or les jeunes adolescents qui sont enseignés en vue de passer le bacc., sont très sensibles au fait que la science semble rétrécir le domaine du divin comme « peau de chagrin » Plus on les instruit de sciences, moins ils trouvent la place du divin. Point de vue résumé par le cosmonaute Gagarine descendant de son satellite en disant qu’il n’avait pas rencontré Dieu. Et pourtant les arguments contre l’agnosticisme basé sur la science sont si faciles, qu’on peut s’étonner que l’Eglise en France n’en produise pas annuellement un petit compendium à jour des progrès des sciences et techniques, qu’on pourrait intituler « manuel de survie du jeune croyant au milieu des progrès de la science »
    En résumé l’Eglise devrait bien faire l’effort d’imprimer et d’utiliser des catéchismes « à l’ancienne » et des conseils pour mettre l’argumentaire religieux à la portée du jeune catholique de base, c’est-à-dire l’information qui permette de comprendre schismes, hérésies, et d’affronter les pièges classiques de l’athéisme. Ca se faisait il y a 80 ans d’une façon très simple, sans théologie compliquée. Il suffit de rechercher les textes que les maîtres catholiques d’avant-guerre rédigeaient à cette fin. Une mise à jour ne paraît pas compliquée. D’autre part dans le domaine de connaissances non religieuses, l’Eglise devrait rassembler les avis critiques ou positifs sur les manuels d’enseignement du primaire, du secondaire ou du supérieur pour recommander aux parents et aux enseignants des manuels conformes aux principes catholiques.

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