On ne badine pas avec l’Eglise, surtout quand déclare en être, monsieur Poujol…

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René Poujol, ancien rédacteur en chef du magazine Pèlerin, publiait il y a quelques jours, sur le blog « les chrétiens de gauche », un article sur la sexualité et l’Eglise catholique. Un article digne de Rue 89 ou autres médias qui frisent souvent avec la haine du chrétien et de ses valeurs « rétrogrades ». Ironie du sort, c’est la réponse honnête et claire de Natalia Troullier qui a été publiée sur ces mêmes sites, comme envoyée aux patures des lecteurs de ces magazines…

En fait, ce n’est pas tant la sexualité catholique qui fait problème, mais les conditions de possibilité même d’un tel « débat », qui se veut « catholique » tout en remettant en cause la sagesse que l’Eglise a porté au fil des siècles. Votre réponse se veut elle aussi sur ce terrain « transcendantal », et vous vous autojustifiez de votre dérive.

Vivien Hoch

 Un débat pour le débat : à quoi cela sert-il ?

L’ancestrale tradition des disputatio, que les scolastiques – saint Thomas d’Aquin en tête – maitrisaient parfaitement, se faisaient sous la conduite d’un maitre, d’une autorité, d’un Magister, chargé de trancher dans le vif du débat en répondant de la question elle-même « respondeo dicendum quod ». On ne débat pas dans le vide, dans un débat pour le débat, permis, sur-permis même, par les réseaux sociaux. On débat pour agir, pour trancher, pour trouver des solutions à ds problèmes précis. Pas pour accuser l’Eglise du haut de sa petite subjectivité. L’obéissance aussi est une vertu. Elle s’autorise le débat, voir la critique, mais seulement sous la houlette d’une autorité. Dans le cas contraire, c’est une an-archie : un mouvement indéfini, une boucle perpétuelle vers le néant. Je ne vous ferais pas l’outrecuidance de vous rappeler les grandes pages de l’Ecriture où Dieu court après son peuple qui le délaisse. Débattons, argumentons, et tranchons contre nos adversaires, la cathophobie quasiment-étatique (majoritairement « de gauche »…) et la reclusion de l’Eglise dans ses sacristies. Faisons cela à la lumière de la Vérité, celle que tout baptisé connaît à la fois en son intime et dans le coprs immense du Christ.

Un débat mais “bien” orienté 

Je me rappelle, M. Poujol, de vos déclarations dithyrambiques contre le vote FN. Il n’y avait point de débat possible sur ce point, et votre zèle politique à ce propos était sans faille. Impossible pour un chrétien, avez-vous dit, et rediriez-vous sûrement encore, de voter pour le front national. Encore une fois, la question n’est pas dans le contenu, mais dans la forme : vous vitupérez contre une Eglise catholique « moraliste » et « dictatoriale », cependant que vous posez vous aussi vos propres commandements : « tu ne voteras pas Marine le Pen » ou « tu diras du bien de l’immigration et du mal de ceux qui en souffrent ».  Les “chantres de la tolérance” aiment tolérer qui bon leur semble, surtout selon l’air chaud du vent mondain qui aime tolérer les mêmes choses (la délinquance, les roms, les gays, et.) et rendre intolérable d’autres (ceux qui restent fidèles à l’enseignement de l’Eglise, les tradis ou autres “extrémistes”…). Hypocrisie ?

L’Eglise n’est pas une démocratie absolue : on ne lui oppose pas « sa » petite subjectivité

Se dire catholique, ce n’est pas avoir la carte d’un club de golf ou d’un parti politique, desquels on se sent évidemment partie prenante.  Trop de fidèles se disent catholiques, mais ne sont hélas que selon la phrase de saint Augustin « corpore sed non corde », comme vous le rappelait justement un Évêque lucide. Etre catholique, ce n’est pas faire sa petite sauce dans son coin, ou penser « contre » l’Eglise, à partir du monde. La foi n’est pas une opinion, mais une vertu théologale : elle s’infuse dans l’âme et agit « avec nous, sans nous », comme le dit magnifiquement saint Augustin.  Elle montre un autre monde, le Royaume, qui ne dépend pas de nous, et devant lequel les catégories d’un monde ultra-sécularisé ne sont que des écrans de fumée. Sachons seulement que cette fumée vient de nous, et de nous seuls. Le relativisme et le subjectivisme ne sont que les versants « modernes » de cette source nauséabonde qui nous cache le Royaume. Fricoter avec celle-ci, c’est se considérer plus fort que le péché, alors qu’un seul a la puissance de nous en délivrer, en nous, mais d’au-delà de nous. L’humilité est là pour nous en préserver.

***

            Oui, monsieur Poujol, c’est moi qui vous ait suggéré de quitter l’Eglise catholique si elle ne vous « plaisait » pas – puisque tout consiste au « plaire » ou au « déplaire » aujourd’hui ; ce qui est certes un peu outrecuidant, je vous le concède, mais qui manifeste la manière dont je ressens vos propos envers la sainte Eglise. Il faut que 68 passe, et finisse. Que le Concile Vatican II fasse l’objet d’une juste réinterprétation, une herméneutique qui n’aille plus de l’avant selon le monde et ses affres, mais selon le Royaume que nous attendons tous.


Itinerarium

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