“Piss Christ” : le cardinal Barbarin, pour l’honneur

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Rompant avec le mutisme de la quasi-totalité des évêques de France, après le courageux Mgr Cattenoz, le cardinal Philippe Barbarin, primat des Gaules, a pris l’initiative d’adresser un communiqué à l’AFP pour demander le « retrait » de l’« œuvre » d’Andres Serrano, Piss Christ, exposé à l’hôtel de Caumont qui abrite la collection du galeriste Yves Lambert en Avignon. Un texte court et sans circonlocutions.

« C’est une offense, une blessure profonde pour nous, surtout en cette Semaine Sainte, car elle touche Celui qui nous “a aimés jusqu‘à l’extrême” », écrit le cardinal Barbarin : « Jésus nous a préparés : “Heureux serez-vous lorsqu’on vous insultera” et il nous demande : “Priez pour ceux qui vous persécutent.” J’espère que nous aurons assez de courage intérieur pour le faire. »

Oui, on nous persécute, le mot est juste. Cette persécution nous touche dans ce que nous adorons et devrions aimer le plus profondément, notre Sauveur qui nous demande de regarder toute souffrance humaine à travers sa souffrance indicible, tout comme son Père regarde et réhabilite notre humaine nature déchue en aimant son Fils qui a assumé notre misère pour nous en laver. Cette persécution, toujours la même, est au fond une manière de nous demander de renier le Christ, de l’avilir, de sacrifier aux idoles du jour.

L’attitude chrétienne devant la persécution n’est pas la soumission résignée et encore moins la complicité, pour en éviter les conséquences parfois mortelles – ici, la « mort sociale » qu’appelle le qualificatif d’« intégriste ». Elle est proclamation de la vérité, quoi qu’il en coûte. Dire qu’il est heurtant, blessant et somme toute stupide de plonger l’image du Christ souffrant dans l’urine pour la photographier ne nous permettra certes pas d’être cooptés au sein du petit monde très lucratif de l’art contemporain. Ni de hurler avec les snobs.

L’idole du jour, en l’occurrence, c’est bien l’argent. De Piss Christ, il existe dix tirages – des « cibachromes » directement réalisés d’après diapositive – « originaux » dont l’un a été vendu en 2008 pour la jolie somme de 277 000 dollars. A condition de boire beaucoup, d’investir dans un crucifix en plastique et un bocal en verre, et de maîtriser un peu la photographie et la saturation des couleurs chaudes dans les tirages, la réalisation d’une telle « œuvre » est à la portée du bien des gens. Après, c’est juste la valeur marchande de l’objet qui peut varier. Réalisée par Dupont, c’est zéro euro. Andres Serrano, spécialiste de la « transgression », avait déjà touché 15 000 dollars de subventions publiques en 1987 à New York pour réaliser son œuvre – ce n’étaient même pas des « avances sur recettes ».

Joli filon, en vérité, puisque d’autres « immersions » dans des fluides corporels – sang, urine, sperme, lait de femme – d’objets aussi divers que des photos ou statuettes bon marché du pape, de la Vénus de Milo, de Dante, de Moïse, d’un discobole ou de l’Enlèvement des Sabines ont permis de réaliser des séries de tirages plus ou moins abondants cotés à 20 000 dollars, livres ou euros. Ça vaut moins qu’une image du Christ, forcément. Mais on en tire quand même un revenu confortable.

Lorsque Fabrice Hadjadj, dans une tribune décevante publiée par Le Figaro de ce mercredi, prend au sérieux les protestations du très catholique Serrano qui se veut « artiste chrétien », qui dit n’avoir « aucune sympathie pour le blasphème », il se laisse, à mon avis, embobiner. Lorsqu’il cite la sœur carmélite et critique d’art Wendy Beckett qui voit dansPiss Christ une évidence de « ce que, par nos péchés, nous faisons au Christ », il vise à côté. Car quel serait alors le sens des « immersions » du Discobole ou de Vénus ?

Le Christ aux Outrages, ça nous connaît, nous catholiques qui sommes convaincus d’y être personnellement, chacun, pour quelque chose dans les insultes et les coups reçus par Notre Seigneur. Mais les « Christ aux Outrages » ne prétendent pas L’outrager. Choisir comme titre pour une œuvre qui, visuellement et si l’on n’en connaissait pas le procédé et l’intention de réalisation, ne serait pas choquante, un mot vulgaire accolé au nom de l’Homme-Dieu, dans le contexte d’une « œuvre » qui se complaît dans la pornographie, la scatologie, la fascination des cadavres putrescents, c’est signer son travail. Une signature qui vaut de l’or dans ce bas monde. Mais dans l’autre ?

Aujourd’hui le monde médiatique s’étrangle devant l’acte de « vandalisme » qui a frappéPiss Christ, mais la photographie est réexposée en l’état, porteuse d’une valeur encore plus grande depuis qu’elle a provoqué la publicité et les discours qui sont l’essence même de l’art contemporain.

L’institut Civitas, qui a magnifiquement porté la contestation publique de l’exposition de Piss Christ en « tête d’affiche » de l’exposition en cours en Avignon, a réagi par la voix de son secrétaire général, Alain Escada : « Je constate que ce fait divers permet une victimisation qui tombe bien à point pour la direction de la collection Lambert et permet de redorer son blason alors qu’elle était stigmatisée, y compris par des députés et sénateurs, pour le caractère offensant et anti-chrétien qu’elle véhiculait à travers le contenu de cette exposition. »

Mercredi après-midi, l’AGRIF – Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l’identité française et chrétienne – était déboutée de sa demande en référé de faire retirer les affiches de l’« œuvre » visibles en Avignon. Elle est même condamnée à 5.000 euros de dommages et 3.000 euros au titre des frais de justice, à verser à l’association Collection Lambert, pour procédure abusive. Elle fera appel.

Source : www.present.fr.

2 comments

  1. Anonymous

    Je dois dire que je suis très étonnée que Fabrice Hadjadj accrédite les propos de Serrano … Faire un sacrilège, car c'en est un, pour dénoncer ce que nos péchés font au Christ est d'une hypocrisie indicible.
    Véronique LC

  2. Anonymous

    Seigneur Jésus, Pardonnez-leur ! Ils ne savent pas ce qu'ils font ! Avec Jean-Claude Carton et le petit peuple des tout-petits qui se tiennent en rangs serrés autour du valeureux Dr Dor, unis tous ensemble dans la prière nous avons constitué une chaîne de foi au micro de Radio Enghien IDF et nous appelons nos frères en esprit christique de Radio Courtoisie à faire de même !

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