Affaire de Recife : enfin la vérité sur la lettre de Fisichella ?

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Dans l’affaire de Recife au Brésil (voir les deux messages précédents) on se souviendra des réactions pavloviennes d’une partie de l’épiscopat français qui se répandirent dans les médias pour dire leur compassion à l’égard de la fillette soumise au double avortement de ses jumeaux et, surtout, à sa mère et aux médecins « excommuniés » pour avoir demandé et pratiqué l’opération. Vint ensuite la désormais célèbre lettre de Mgr Fisichella, président de l’Académie pontificale pour la vie (APV), qui prenait « le parti » de la filllette brésilienne en suggérant que les médecins, agissant en conscience en choisissant pour elle l’avortement, lui avaient sauvé la vie, et que cela était bien.

Ceux qui osèrent exprimer un point de vue contraire (à la suite de l’étude précise du dossier) n’étaient évidemment que des extrémistes et, sans être jamais nommément cités, firent l’objet d’une polémique où l’on vit notamment Patrice de Plunkett, sur son blog, écrire à propos de la « lettre bouleversante » de Mgr Fisichella que « chaque mot » en avait été « soumis au pape ». Mgr Cardoso Sobrinho, qui avait tout fait pour que la petite fille soit entourée et que sa vie, ainsi que celle des jumeaux qu’elle portait, puisse être sauvée, était déclaré coupable d’un « dérapage » et tous ceux qui cherchèrent à expliquer et éclairer la réalité de son attitude dénoncés comme les « inhumains ».

Pour autant la Congrégation pour la doctrine de la Foi devait publier au mois de juillet une mise au point dans L’Osservatore Romano (ici) pour rappeler l’intégralité de l’enseignement de l’Eglise au sujet du respect de la vie de tout enfant conçu. La mise au point ne s’accompagna point d’une réparation ou d’une amende honorable à l’égard de Mgr Cardoso Sobrinho : cette injustice-là demeure mais on notera que les dénonciateurs de l’archevêque ne jugèrent en général même pas utile de donner un quelconque écho à la mise au point doctrinale qui les désavouait de fait.

La note publiée aujourd’hui par Sandro Magister, vaticaniste aux analyses toujours intéressantes, apporte des précisions inédites sur l’affaire qui confirment celle qui m’avaient été apportées de manière plus sibylline cet été par Mgr Schooyans, membre permanent de l’APV. Annonçant que la prochaine réunion de l’APV cette semaine risque de voir Mgr Fisichella mis en difficulté, il apporte la genèse de la cabbale contre Mgr Cardoso Sobrinho. Je sais qu’à l’époque des prélats français se sont plaints d’avoir été désinformés à propos de cette affaire (malgré des articles bien documentés, notamment dans Présent dès le 15 mars, dont je sais qu’ils ont circulé à Rome, sinon à Paris…) : nous savons maintenant comment. Le tollé médiatique et épiscopal, en France notamment, a joué un rôle de premier plan.

Sandro Magister écrit :

Lucetta Scaraffia, commentatrice de pointe de “L’Osservatore Romano”, était à Paris à ce moment-là. Elle a alerté le directeur du journal du Vatican, Giovanni Maria Via


Celui-ci, en accord avec son éditeur, le cardinal secrétaire d’état Tarcisio Bertone, a demandé à Mgr Fisichella d’écrire un article qui calme ces attaques contre l’Église et contre le pape.

Fisichella l’a écrit. Bertone l’a examiné et approuvé mot par mot, sans le faire contrôler au préalable par la congrégation pour la doctrine de la foi, comme le veut la règle au Vatican, pour les prises de position qui concernent la doctrine.

(On se demande comment le cardinal Bertone a pu approuver le choix de mots de Fisichella écrivant qu’il fallait « avant tout défendre, embrasser, caresser » la fillette… qui subissait des viols depuis trois ans.)

Notant que l’article avait été applaudi par les partisans de l’avortement, Sandro Magister rappelle les demandes répétées de Mgr Cardoso Sobrinho de voir son point de vue exposé là où il avait été calomnié, dans L’Osservatore Romano. Le 4 avril, 27 membres de l’APV écrivent un lettre à Fisichella demandant une rectification : il refusera par écrit.

Ils seront ensuite 21 – révèle Magister – à saisir la Congrégation pour la doctrine de la foi : le cardinal Levada transmet cette lettre le 4 mai au cardinal Bertone, le secrétaire d’Etat étant à l’origine de la lettre de Fisichella. Pas de réponse.

Du coup, nouvelle mobilisation. Christine de Marcellus Vollmer sera entendue avec quatre autre membres de l’APV par le pape Benoît XVI à l’issue d’une audience du mercredi :


Les cinq académiciens ont remis à Benoît XVI un solide dossier contenant un grand nombre d’articles de presse qui affirmaient tous que, grâce à l’article de Fisichella, l’Eglise avait définitivement ouvert la porte à l’avortement thérapeutique.


Le pape Joseph Ratzinger s’est montré stupéfait et attristé. Il a murmuré : « Il faut faire quelque chose… On va faire quelque chose. »

Ce quelque chose, ce fut la note de la Congrégation pour la doctrine de la foi – mais seulement sous la pression de Christine de Marcellus Vollmer, et de 16 autres académiciens qui l’ont rejointe, menaçant ensemble de démissionner de l’APV. Sandro Magister pointe les insuffisances de la note et l’impunité de Fisichella et Bertone.

Il faut lire le texte entier de Mgr Schooyans sur la « fausse compassion ». Je l’ai mis en ligne ici. Il place l’affaire de Recife dans le contexte plus grand des « compassions » écologiques, des « compassions » eugéniques, des « compassions » coupables à l’égard des affaires de prêtres pédophiles. Cette affaire va bien au-delà de la controverse journalistique suscitée par peur d’encourir la désapprobation du monde. Elle pose la question de certains médias catholiques, qui ont fait barrage, plus ou moins visiblement et complètement, à l’information juste diffusée – par exemple – dans L’homme nouveau ou Présent. Elle montre jusqu’ou la complicité peut mener.

Photo Olivier Figueras : Christine de Vollmer lors du Congrès mondial des familles, Amsterdam, août 2009

© leblogdejeannesmits.

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